De l’intolérance bouddhiste

Nous voudrions vous faire part de notre indignation face à l’activisme dalaïste (groupes pro-indépendance du Tibet) qui rôde en nos contrées occidentales. Par trois fois cette année, nos conférences et cours ont été soudainement annulés par les organisateurs à qui « nous avions été dénoncés » (termes explicitement usités !) par la gente dalaïste.






Le 21 mai 2009


Les organisateurs de nos interventions, curieusement tous en connexion étroite avec notre noble « gauche engagée » (proches du PS, des Laïcs, et même du PCF !) ont pris peur devant les menaces de troubles que nos opinions auraient pu causer en leurs demeures. Il est vrai que plusieurs de nos conférences se sont terminées dans des crises de larmes ou d’hystérie de la part du public (mais c’était parmi les verts bio !). Nous sommes particulièrement scandalisés (mais finalement peu étonné) que dans un pays, ou une Europe, que l’on dit de « libre pensée » et de « libre expression », une opinion différente de la « norme » puisse devenir un délit « à dénoncer ».


Le sujet de notre délit ?


1. le fait que nous nous prononcions contre l’indépendance du Tibet, et ce en avançant des arguments historiques et géopolitiques.


Pour beaucoup d’occidentaux, cela nous range automatiquement dans le « camp des prochinois » et nous donne une image que le « tout un chacun » interprète comme agressive, répressive, voire violente. C’est, à l’évidence, un manque de raisonnement qui frise le ridicule, mais cela n’a pas l’air d’inquiéter grand monde, pas même la majorité de nos intellectuels de gauche (socialistes, verts, progressistes, et autres). Cependant, ce qui nous paraît encore plus dérangeant est que, en raison de notre réflexion politique, nous soyons accusé de menacer l’intégrité du peuple tibétain, voire de l’attaquer ! Or nos travaux ne concernent que le développement du Tibet et de ses habitants ; y ayant circulé à de nombreuses reprises ces dernières années (depuis 1991), nous faisons part de ce que nous y observons. Cependant nous soutenons, avec arguments à l’appui, que dans la situation actuelle, le développement du Tibet ne passe pas par son indépendance. En effet, l’indépendance du Tibet signe inévitablement l’éclatement de la Chine : elle entraînera avec elle celle du XinJiang, puis celles de la Mongolie et de la Mandchourie, suivies de l’isolement d’une Chine rabougrie autour de son bassin central. Pour l’Occident, cela ferait d’une pierre deux coups : fin du socialisme en Asie et ouverture du gigantesque marché chinois à nos multinationales. C’est exactement ce à quoi prétendent les puissances occidentales qui voient dans la fulgurante ascension de l’économie chinoise un spectre d’envergure, dirigé par un système politique et social encore plus dérangeant et auquel nos dirigeants n’osent pas même réfléchir. Nous pensons que les Tibétains seraient les premiers touchés par le paupérisme qu’entraînerait inévitablement cette « révolution orange » à la sauce aigre-douce.


2. le fait que nous expliquions, avec preuves à l’appui, le rôle politique particulièrement répressif que le clergé bouddhiste a exercé sur plus de 95% des Tibétains (serfs et esclaves), pendant un millénaire.


Ces faits ne sont pas nouveaux, mais ils sont systématiquement tus ou minimisés par les dalaïstes, or l’institution bouddhique du Tibet fut une des plus scandaleusement intolérante, cruelle, arrogante, usurpatrice, et de plus, défendant une religion polythéiste et dogmatique. De nombreux historiens ont mis à jour les exactions du haut clergé bouddhiste au Tibet, mais cela ne semble pas toucher outre mesure notre gente bien pensante qui n’y voit qu’affres d’un lointain passé révolu. Faut-il rappeler que parmi les relations proches de Sa Sainteté le 14ème Dalaï Lama (l’actuel !) se comptent Pinochet, G.W.Bush, Jean-Paul II, Haider, Serrano, pour ne citer que les plus illustres. Faut-il rappeler que Sa Sainteté le DL, à l’instar de l’autre Sainteté, celle du Vatican, condamne indifféremment l’homosexualité, l’avortement, le suicide et l’euthanasie ? Faut-il rappeler d’où viennent les moyens financiers qui permettent aux centres du bouddhisme tibétain de s’installer en contrées occidentales, qui dans des châteaux, qui dans d’immenses domaines privés, qui dans d’anciennes chartreuses, etc. ? Faut-il rappeler le « contrat » conclu entre le gouvernement américain et le DL, dès avant son exil de 1959, qui a fait de lui le pion orange des américains dans une partie d’échec qui se joue essentiellement entre les USA et la Chine, et où les Tibétains ne sont que des figurants de seconde zone ?


3. le fait que nous démystifions la « bouddhomania » occidentale en démontrant, entre autres, que le bouddhisme est une religion de salut comme toute autre.


Or le DL et ses lamas, judicieusement répartis en Occident, ne cessent de nous répéter que le bouddhisme n’est pas une religion, mais une philosophie de vie, une méthode pour trouver le bonheur, etc. Au final, peu nous importe qu’il soit une religion ou non (bien que nous n’adhérions à aucune religion), mais nous dénonçons le discours du DL qui associe consciemment et consciencieusement le bouddhisme tibétain au dharma (enseignement originel du bouddha), et ce depuis qu’il s’est lancé dans une vaste campagne de marketing défendant les couleurs d’un Tibet indépendant (fin des années septante). Bien sûr, le bouddhisme tibétain est porteur du dharma, comme toutes les autres écoles bouddhistes (osons l’espérer !), mais il est aussi et surtout le bouddhisme qui s’est le plus éloigné du dharma. Pourquoi le DL s’y est-il pris de cette manière ?… parce qu’à cette époque de marasme idéologique, nos intellectuels étaient certes prêts à avaler et digérer une « philosophie de vie » ou un « athéisme qui embrasse l’absolu », mais non une religion, et encore moins une institution religieuse dont les déviances s’avéraient encore plus profondes que celles du clergé chrétien. Le DL, qui avait conclu un accord tacite avec les américains, se devait de réunir la gente bien pensante de l’Occident autour de l’idée de l’indépendance du Tibet. Assimiler le dharma au bouddhisme tibétain allait séduire bon nombre d’intellectuels. De plus, cela renforçait l’image charismatique du DL, image du roi- père responsable de son peuple torturé et disséminé, image d’un roi-dieu déchu de son trône et chassé par les horribles diables rouges à queue fourchue (du PCC, bien sûr). C’est un archétype qui a fonctionné à merveille et qui, depuis cinquante ans, éveille la compassion dans l’inconscient de nos intellectuels. Apparemment, c’en est resté à leur inconscient : dès qu’on ose toucher aux clichés concernant le bouddhisme et le Tibet, on se fait taper sur les doigts, voire insulter, menacer, expulser !


Notre travail déplait et dérange. [1] Nous en sommes désolés ; devrons-nous nous excuser d’avoir une opinion différente de ce qui est séant de dire et de penser ? Notre travail déplait et dérange simplement parce que nous avons choisi comme position de départ de constater la réalité actuelle : le Tibet est une province chinoise, devenue une des cinq Régions Autonomes de la Chine en 1965. Partant de ce constat, il nous a paru peu intéressant de tergiverser à propos de faits historiques, toujours sujets à interprétation (l’Histoire est encore une science humaine, peu exacte à l’heure actuelle !… voyez par exemple les diverses interprétations concernant les Croisades) ; nous ne les avons cependant pas évité et les avons développé longuement dans nos travaux . Plusieurs historiens et tibétologues en Occident avancent des interprétations historiques comme des faits indiscutables et, dès lors, se perdent dans des discours ethniques jugés par eux éthiques. Quant à nous, il nous a semblé plus intéressant de mettre momentanément entre parenthèses les discussions à propos de l’Histoire, et d’étudier les différentes réactions suscitées par le « conflit sino-tibétain » : réactions des Tibétains, des Chinois et des Occidentaux.


1. Réactions des Tibétains, mais de quels Tibétains parlons-nous ? S’agit-il des six millions de Tibétains vivant en Chine ou des 120.000 Tibétains vivant hors de Chine ? Leurs réactions sont bien différentes. Les six millions de Tibétains vivant en Chine ne désirent certainement pas revoir le clergé bouddhiste se réinstaller au pouvoir, même si une majorité d’entre eux seraient heureux du retour du DL comme représentant religieux. Ils considèrent toutefois que l’agitation autour de la question de l’indépendance du Tibet leur est nuisible ; ils la ressentent comme un sujet d’inquiétude car leurs préoccupations immédiates sont d’ordre social et économique et, actuellement, leur développement dépend du gouvernement local tibétain et du gouvernement central chinois. Tandis que la communauté tibétaine en exil, soit environ 120.000 personnes issues majoritairement des classes dirigeantes de l’ancien Tibet (haut clergé et noblesse marchande) est d’un tout autre avis, bien que actuellement cet avis soit divisé. Pour les uns, qui suivent en cela le DL, la revendication d’une indépendance radicale est prématurée et ils optent plutôt pour une « autonomie poussée » (mais si on analyse de plus près ce que cela signifie, on ne voit pas très bien la différence avec une indépendance réelle) grâce à des méthodes pacifistes. Les autres, faisant partie pour la plupart de générations plus jeunes, revendiquent une indépendance radicale et n’écartent pas la possibilité de prendre les armes contre la Chine. En tout cas, tous sont d’accord pour exercer leurs revendications non pas sur la province tibétaine (ou Région Autonome), mais sur ce qu’ils appellent le « Grand Tibet », soit une surface double de la province tibétaine, ou un quart de la Chine.


2. Réactions des Chinois, mais de quels Chinois parlons-nous ? Les Chinois « de la rue » ne s’intéressent guère à la question tibétaine. Par contre, la masse de plus en plus imposante d’universitaires et d’intellectuels soutient le gouvernement chinois. Le gouvernement chinois est radicalement fermé à toute discussion à propos de l’indépendance du Tibet et ne veut entendre aucun discours séparatiste. Ce n’est pas nouveau… déjà en 1911, SunYaTsen, en proclamant l’avènement de le République chinoise, a dit que la force de la Chine viendrait de l’unité de ses cinq nationalités : les Han, les Mandchous, les Mongols, les Ouïgours et les Tibétains, qui devraient rester soudées comme les cinq doigts d’une main. Pour la Chine, le Tibet a été annexé à la Chine lors de la dynastie mongole des Yuan au 13ème, et est devenu une des 18 provinces de la Chine sous la dynastie mandchoue des Qing au 18ème. Depuis lors, le Tibet n’a pas changé de statut et ce n’est certainement pas sous la pression des américains qu’il en changera.


3. Réactions des Occidentaux, mais de quels Occidentaux parlons-nous ? « Monsieur et Madame Tout le Monde » n’ont cure de la question tibétaine, tout comme les Chinois. Par contre, les intellectuels ont un avis assez tranché sur la question mais, bizarrement, un avis identique à celui des médias. Il est pourtant connu de notre gente intellectuelle que les médias ne font qu’obéir aux exigences du marché et, en général, la gauche est la première à dénoncer ces « chiens de garde ». Rien que le fait que les médias divulguent, depuis cinquante ans, les mêmes infos sur le sujet, sans une once de nuances ou de remise en question, devrait leur mettre la puce à l’oreille : ne s’agit-il pas d’une manipulation de l’opinion publique (une de plus) ? Même chose pour les gouvernements occidentaux : ils ne font qu’obéir aux exigences du marché, mais faut-il pour autant classer nos dirigeants parmi les « intellectuels » ?


Notre travail n’est certes pas très apprécié en Occident, et ce pour plusieurs raisons : nous ne nous limitons pas à mettre en lumière un nœud géostratégique de portée internationale, mais nous touchons à une zone sensible des « convertis au bouddhisme », celle où le domaine public se mêle au domaine privé dans un flou pas toujours artistique. Une portion non négligeable de notre classe moyennement fortunée et relativement bien pensante a fait sienne le bouddhisme comme chemin spirituel, soit. Mais il se fait que, simultanément, elle a épousé la cause tibétaine sans même s’en rendre compte, c’est-à-dire sans analyse politique, puisque l’élan spirituel était son guide… et c’est exactement ce qui était visé par le marketing dalaïste ! Ce que nous dénonçons, c’est l’utilisation politique que fait le DL (et ses lamas éclairés) de sa religion. Il se présente comme un être éminemment spirituel, il présente le bouddhisme tibétain comme profondément spirituel, il présente les Tibétains comme un peuple baigné de spiritualité, or tout cela est faux, bien entendu (il faut vraiment être naïf ou idiot pour croire qu’un Tibétain est plus ou moins spirituel qu’un pygmée, qu’un auvergnat ou qu’un bruxellois !). En outre, si le DL rajoute plusieurs couches de sérotonine à sa spiritualité, ce n’est même pas dans le but de soutenir les Tibétains ou de défendre le Tibet, non, c’est pour justifier un conflit beaucoup plus vaste qui se trame entre l’Occident et la Chine. Lorsque nous mettons cet enjeu politique et économique à nu dans nos conférences et que nous montrons l’implication du DL, c’est le tollé : comment ose-t-on confondre la « spiritualité pure » qui émane du saint personnage et des intrigues financières de haut niveau ? C’est pourquoi, régulièrement, nous sommes censurés et pointés du doigt comme des « terroristes de la pensée bouddhiste », des « vilipendeurs de la cause tibétaine », des « spécialistes autoproclamés qui ne s’intéressent au Tibet que pour mettre en avant leur propre idéologie », etc. !


Restez vigilants, chers amis, vous ne vous doutez pas à qui vous avez affaire !… heureusement, il existe une liste des suspects, rangés par ordre alphabétique, où nous avons l’honneur de figurer aux côtés de Michael Parenti (sociologue américain), Jean-Luc Mélenchon (sénateur français), Danielle Bleitrach (sociologue communiste), Michel Collon (journaliste indépendant), Domenico Lesurdo (philosophe qui n’a pas sa langue en poche, enfin un !), etc. [2] Cela fait plaisir de n’être pas tout seuls ! Aurons-nous bientôt aussi notre nom dans le très saint Kalachakra (un des textes fondamentaux du bouddhisme tibétain), au même titre que les pires ennemis de la « Bonne Doctrine » (entendez, le bouddhisme, bien sûr) ? Sont cités dans le texte, à éliminer d’emblée : « Adam, Hénoc, Abraham, Moïse, Jésus, Mani, Mohamed et Mathani » [3] . Certes, nous voilà bien entourés ! Mais, tout cela ne prête-t-il pas à sourire ?… ou à pleurer de honte devant tant de bêtise ?… En tout cas, cela nous fait dire haut et fort que, loin de la tolérance et de l’esprit libre-exaministe, signes distinctifs du bouddhisme du bouddha (le dharma), le clergé du bouddhisme tibétain, suivi par les mouvements pro-indépendance du Tibet, exercent une censure sévère dès que l’on touche aux limites permises de l’histoire du Tibet, de son clergé, de son dalaï et de ses trompettes.


Notes
[1] En français : « Histoire du bouddhisme tibétain, la compassion des puissants », El. Martens, L’Harmattan 2007 ; « Tibet, au-delà de l’illusion », J-P. Desimpelaere, El. Martens, Aden 2009 ;www.tibetdoc.eu. En néerlandais : « Tibet, het land van roepers », J-P.Desimpelaere, Epo, à paraître en 2009 ; http://infortibet.skynetblogs.be


[2] www.tibet-doc.org/vigilance : remarquez que l’adresse du site, créé plus récemment que le nôtre, ressemble à s’y méprendre au nôtre (www.tibetdoc.eu), à un tiret près !


[3] Banerjee B., « Kalachakra-tantra », Calcutta 1985


Source: Tibetdoc