Curaçao: victoire du peuple dans le combat anti-colonial

Parti de l’indépendance de Curaçao pour l’émancipation et les droits de l’homme du peuple et de la nation

Lors du référendum du 15 mai, la population de Curaçao a emporté une fantastique victoire dans son combat pour l ‘indépendance et la libération nationale en votant à 48 % pour le NON à la re-colonisation proposée par les Hollandais et le gouvernement local.

La question à laquelle on pouvait répondre par OUI ou par NON était la suivante : « J’approuve les conclusions de la Conférence de la Table Ronde pour le statut d’un Curaçao autonome au sein du royaume. Les 48 % qui ont refusé de restituer au pouvoir colonial des secteurs vitaux tels que la justice, les finances publiques, la bonne gouvernance, les forces de police – une police décrite par les experts comme «  colonialiste par consentement  » – réduisant ainsi l’autonomie interne du gouvernement des îles, sont les vrais vainqueurs de ce référendum, compte tenu du fait que tous les fonds publics furent mobilisés par le gouvernement pour soutenir l’option du OUI. Si les moyens financiers de la campagne avaient été équitablement répartis, les 52 % en faveur du OUI, le choix officiellement gagnant, ne l’auraient pas emporté.
Un tiers de ceux qui avaient le droit de voter ne l’ont pas fait. ( 67 % de votants ).

L’issue du scrutin ne peut être interprétée que comme la crainte par la population que, – dans le contexte national de manipulation des médias, le financement illimité par le gouvernement et le secteur privé en faveur de la propagande pour le OUI, les interférences du gouvernement Hollandais dans le processus électoral au mépris des règles internationales et l’intimidation des populations – , sa sécurité matérielle ne soit plus assurée si la proposition n’était pas acceptée.
Le projet de re-colonisation a été refusé par près de la moitié de la population ! Les résultats par bureau montrent que, dans 58 des 106 circonscriptions, le choix du non l’a emporté sur celui du oui qui n’avait la majorité que dans 48 circonscriptions. Le message est fort et clair : la proposition du gouvernement Hollandais et du gouvernement local n’est pas partagée par la population en dépit de la participation électorale de riches Hollandais récemment arrivés ou installés depuis longtemps sur l’île et qui ont fait basculer le résultat en faveur d’une courte majorité de 52 % de OUI. Dans un bureau de vote situé dans la banlieue riche de Brakkeput Ariba dans la parie Est de l’île et peuplée essentiellement de Hollandais fortunés, sur les 2007 électeurs potentiels, 1296 se sont exprimés en faveur du OUI et 156 en faveur du NON.

Comme la plupart des îles des Caraïbes, Curaçao est capable de subvenir à ses besoins. Un solide projet Latino-américain et Caraïbe de coopération, de soutien mutuel et d’utilisation des nombreuses ressources au bénéfice des populations fait partie des instruments qui nous conduiront vers l’indépendance, que cela plaise ou non aux forces coloniales. Curaçao occupera sa place dans le concert des nations indépendantes du monde. Nous demandons au gouvernement Hollandais et au gouvernement local qu’ils reconnaissent le droit inaliénable de la population de Curaçao à l’autodétermination et à la création d’un état indépendant..

La présidence du Parti de l’indépendance a rappelé, lors du séminaire régional du comité des Nations Unies pour la décolonisation qui s’est tenu à St. Kitts deux jours seulement – du 12 au 14 mai 2009 – avant le référendum, les deux points fondamentaux sur lesquels reposait sa stratégie pour obtenir le soutien des forces nationales et internationales en faveur de son combat pour l’indépendance. Cet appel a été communiqué au président , le Dr. Marty Natalegawa, par nos observateurs, experts et autres représentants qui étaient présents à cette conférence bien qu’ils n’y aient pas été officiellement invités parce que Curaçao a été retirée de la liste du Comité de Décolonisation depuis qu’elle dispose de l’autonomie interne.

Nos deux revendications de principe sont les suivantes :
-Le parti de l’indépendance demande que Curaçao soit ré-introduit sur la liste du Comité de Décolonisation afin que son cas soit discuté conformément à la réalité : c’est une colonie Hollandaise, le gouvernement Hollandais y viole les lois internationales et la charte du Royaume ainsi que les conventions internationales et les résolutions des Nations Unies sur les droits à l’autodétermination.
-Le problème de Curaçao doit être soumis à la conférence du comité qui doit se tenir en juin à New-York et une troisième décennie doit lui être octroyée pour permettre la décolonisation des Caraïbes et des autres colonies.
Notre présence à St. Kitts était couverte par les médias Kittitiens et ceux de Curaçao.

Nous tenons aussi à remercier le Parlatino ( le parlement d’Amérique Latine ) pour avoir envoyé le député Laureano Seijas comme observateur du réferendum. En parcourant l’île le jour du référendum, le député Seijas a pu discuter avec la population dans les bureaux de vote et aux alentours. Il a entendu leurs préoccupations de voir leurs terres vendues, leurs plages confisquées au profit d’investisseurs immobiliers, le chômage augmenter et les contraindre à l’émigration économique vers la Hollande et leurs enfants recevoir un enseignement inapproprié.

Voyez les photos du député Seijas au bureau de vote du collège St. Joris à Santa Maria et à la Goiloschool où Joceline Clemencia a voté entourée des membres du parti portant notre T-shirt rouge et blanc imprimé du texte : Paso un mama no ke mita su yu sufri. Ta basta awor. NO !  (Parce que les mères ne veulent pas voir leurs enfants souffrir plus longtemps. Assez. NON )
C’étaient les T-shirt les plus portés pendant la campagne tout comme nos posters et nos drapeaux éparpillés partout sur l’île.

Nous avons toutes les raisons de conclure que nous avons emporté une victoire le 15 mai en dépit de nos maigres moyens et qu’en tant que peuple nous avons vaincu notre appréhension de prétendre à nos droits à l’auto détermination. A nos frères et sœurs qui n’ont pas voté, nous répétons que nous sommes certains qu’ils prendront la prochaine fois leurs responsabilités basées sur nos propositions et notre alternative que nous leur présenterons et discuterons avec eux. Nous avons besoin de tout notre peuple pour une victoire complète. Construisons de solides alliances avec les travailleurs, les jeunes, les femmes, les paysans et toutes les forces qui aiment notre pays et s’opposent à la domination étrangère sur Curaçao. Renforçons nos liens avec les populations des autres îles des Antilles : Bonaire, St. Marteen, St. Eustache, Aruba.
Nous voulons remercier tous nos amis, d’ici et d’ailleurs qui ont contribué à franchir ce pas essentiel vers notre libération nationale. Longue vie au peuple de Curaçao, longue vie aux peuples des Caraïbes et de l’Amérique Latine, longue vie aux peuples du monde.

De la part du Parti pour l’indépendance de Curaçao.
Sa présidente, Joceline Clemencia.

Traduit de l’anglais par Oscar GROSJEAN pour Investig’Action.