Corée du Nord et USA : qui menace qui ?

Il y a des raisons immédiates et des causes plus éloignées qui ont incité la Corée du Nord à entreprendre un test nucléaire au début du mois. Toutes sont liées, à mon avis, à la nécessité pour la Corée du Nord de dissuader les Etats-Unis de mettre à exécution leurs menaces de guerre. Selon le ministère des relations extérieures de la RPDC, le test a été conduit pour protéger « la souveraineté et le droit à l’existence [du pays] face au danger croissant de guerre de la part des Etats-Unis ».

A propos du test nucléaire de la Corée du Nord

http://www.korea-is-one.org/article.php3?id_article=2693

Washington déclare qu’elle n’a pas l’intention d’attaquer ou d’envahir la Corée du Nord ; les propos de la Corée du Nord selon laquelle elle réagit simplement aux menaces et intimidations US seraient de la pure paranoïa. Pourtant quiconque qui prétend que la Corée du Nord n’est pas menacée n’est pas pris au sérieux ou sert seulement la propagande.

La Corée du Nord tente depuis plus de 50 ans de parvenir à une sorte de coexistence pacifique avec Washington ; mais ses efforts de paix ont été à plusieurs reprises sapés. Il n’y a pas si longtemps, par exemple, le secrétaire d’Etat Colin Powel avait rejeté une offre de coexistence pacifique de la Corée du Nord en disant : « Nous ne signons pas de traité de paix, de pacte de non-agression ou de choses de cette nature. » C’est exact. Les Etats-Unis ne font pas cela. Ils tentent d’obtenir ce qu’ils veulent par l’intimidation.

Ainsi Washington déclare que la Corée du Nord fait partie d’un « axe du mal », envahit et occupe un autre pays du prétendu « axe du mal », l’Irak. C’est alors que John Bolton, alors sous-secrétaire d’Etat US en charge du contrôle des armes, menace la Corée du Nord, la Syrie et l’Iran d’appliquer « la leçon qui convient ».

La Corée du Nord a connu une histoire de domination, de pillage et d’exploitation par les pays les plus vastes et les plus puissants. C’est pourquoi elle est fièrement anti-impérialiste et attachée à son indépendance. Elle a tiré la leçon appropriée – il ne s’agissait pas seulement de la leçon que Washington voulait qu’elle tire, mais celle à laquelle l’histoire de la Corée du Nord la préparait.

Pas de danger

Le seul danger que pose la Corée du Nord est celui de perturber les plans US d’attaquer le pays. Ce n’est pas une menace offensive.

D’abord il n’est pas sûr que Pyongyang dispose même d’une tête nucléaire valable. La validité du test nucléaire reste en question. Ensuite, elle n’a pas de moyens fiable pour projeter un tête nucléaire. Ses tests de missiles balistiques n’ont pas été particulièrement un succès. Enfin, elle affronte un considérable défi technique en fabriquant sa bombe qui, pour être utilisable, doit être assez petite pour entrer dans une tête de missile ou une charge d’artillerie ou une bombe aérienne.

Il reste cependant assez d’ambiguïté sur les capacités nucléaires de la Corée du Nord pour que Washington réfléchisse bien avant d’entreprendre une attaque.

La Corée du Nord est militairement très faible. Le budget militaire des Etats-Unis avoisine les 500 milliards de dollars par an. Celui de la Corée du Nord est d’environ 5 milliars de dollars par an, soit 1% de celui des Etats-Unis. Les pilotes de combat nord-coréens n’ont que 2 heures de vol par mois, parce qu’ils n’ont pas assez de fueil pour leurs avions. Leur équipement est ancien et inférieur comparé à celui de la Corée du Sud et des troupes US stationnées dans la péninsule. Et bien que la Corée du Nord dispose d’une armée d’un million d’hommes, la moitié est engagée dans l’agriculture et la construction.

La dernière résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies vise à maintenir l’état de faiblesse de la Corée du Nord en l’interdisant d’acheter de l’équipement militaire, des chars d’assaut, des systèmes d’artillerie, des navires de guerre. Il ne s’agit pas de nuire à la Corée du Nord en tant que menace offensive, ce qu’elle n’est pas, mais de la préparer pour une invasion aisée.

La Corée du Nord représente-t-elle un danger ? Comme le déclare Bruce Cumings, probablement le meilleur expert de la Corée, dans le New York Times le 12 octobre, la Corée du Nord « n’est pas en train de commettre un suicide en attaquant la Corée du Sud ou le Japon avec des bombes nucléaires. Elle sait qu’elle perdrait. Son orientation fondamentale est de se mettre à l’abri pour sa défense. »

Conséquences

Les Etats-Unis veulent utiliser le test nucléaire pour soutenir leur plan de missiles de défense, qui a les faveurs de la classe des riches sociétés aux Etats-Unis et qui pourrait rapporter d’immenses profits. Le Japon veut utiliser le test nucléaire pour éliminer sa constitution pacifiste et ouvrir une nouvelle étape dans sa route vers la résurection de son passé militariste.

Un mois avant qu’il ne devienne le premier ministre du Japon, Shinzo Abe a évoqué la construction d’installations capables d’attaquer préventivement la Corée du Nord.

Il est clair qu’Abe souhaite la restauration de l’armée japonaise, qui passerait d’une force d’auto-défense à une force capable d’opérer au-delà de ses frontières. A la façon des grands impérialistes, celle-ci opérerait comme avant qu’elle ait été stoppée dans une bataille contre les Etats-Unis qui cherchaient à contrôler le Pacifique durant la Seconde Guerre mondiale. Il agite la menace de la Corée du Nord afin de mettre en place l’appareil militaire et construire un impérialisme japonais puissant.

Crise programmée par Washington

Washington a proféré à plusieurs reprises des menaces nucléaires contre la Corée du Nord. Après la Guerre de Corée, elle a introduit un arsenal nucléaire en Corée du Sud, destiné à être utisé dans la première phase d’une guerre contre la RPDC.

La Corée du Nord s’est retirée du Traité de Non-Prolifération nucléaire au début des années 90 (pour le rejoindre plus tard) après l’annonce par les Etats-Unis que certains de leurs missiles stratégiques nucléaires pointés vers l’Union soviétique avaient été re-dirigés vers la Corée du Nord.

En 1998, les Etats-Unis ont simulé une attaque nucléaire à longue portée sur la Corée du Nord. Au même moment, un général des Marines a déclaré que Washington avait planifié un renversement du gouvernement de la Corée du Nord pour le remplacer par un régime fantoche ainsi que l’éventuelle utilisation de frappes préventives.

Dans sa Nuclear Posture Review de 2002, Washington annonce qu’elle se réserve le droit d’utiliser des armes nucléaires contre la Corée du Nord.

Un des principes fondamentaux de la non-prolifération est que les pays nucléaires ne menacent pas les pays non-nucléaires par des armes nucléaires. Les Etats-Unis ont violé maintes fois ce principe.

Le Conseil de Sécurité

Le prédécesseur des Nations Unies, la Ligue des Nations, a été un jour qualifiée de la cuisine des voleurs, ce qui est une assez bonne description du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Les résolutions du Conseil de Sécurité contre la Corée du Nord sont formulées de façon à désarmer et affaiblir le pays, afin qu’il puisse être plus facilement dominé et pillé. En fait, on peut généraliser cela pour les autres pays faibles. Les résolutions du Conseil de Sécurité ne profitent pas au monde dans son ensemble, elles profitent aux membres permanents du Conseil de Sécurité, habituellement aux crochets du gros de l’humanité.

Derrière l’hypocrisie

Si les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et d’autres peuvent avoir des armes nucléaires, pourquoi pas la Corée du Nord ? La réponse, bien sûr, est que les pays riches veulent préserver leur monopole nucléaire afin de pouvoir aisément écarter les pays faibles. D’autres pays ne peuvent avoir des armes nucléaires parce cela créerait une menace potentielle pour leur défense. Les tentatives de non-prolifération menées par les Etats-Unis n’ont rien à voir avec la protection du monde contre une guerre nucléaire, mais bien avec la protection de la capacité de Pyongyang d’intimider et cela par la force.

De plus, Washington n’est pas vraiment opposée à la prolifération, sauf si elle implique des pays qui refusent d’être dominés. Les Etats-Unis parlent de transférer des technologies nucléaires à l’Inde, tandis que l’Inde n’a pas ratifié le traité de non-prolifération. La France a transféré des technologies nucléaires à Israël, qui les utilisent pour constituer un arsenal de centaines d’armes nucléaires. Washington veut utiliser l’Inde par procuration contre la Chine et Israël agit par procuration des Etats-Unis au Moyen Orient. Ainsi il n’y a aucun problème pour Washington à proliférer en faveur de ces pays. Mais pour la Corée du Nord, qui cherche à rester libre de toute domination par d’autres pays, c’est interdit d’avoir des moyens effectifs d’auto-défense.

La véritable menace

La véritable menace n’est pas la Corée du Nord. Bien sûr l’idée que la Corée du Nord présente un danger pourrait être risible, ou insensée, car elle a peu à voir avec la réalité.

La véritable menace, c’est ce système pourri de l’impérialisme, par lequel une poignée de pays riches cherchent à dominer la majorité des pays représentant le gros de l’humanité, au profit des sociétés pétrolières, des banques financières, de l’industrie militaire et des sociétés riches.

Voilà ce qui devrait véritablement préoccuper les gens, et pas les tentatives de la Corée du Nord de jeter un bâton dans les roues des Etats-Unis, qui depuis plus de cinquante ans tentent de succéder au Japon en tant que maîtres de toute la péninsule coréenne.

Au plus longtemps la Corée du Nord se maintient, au mieux c’est pour le reste d’entre nous. C’est pourquoi, la Corée du Nord mérite notre solidarité et notre soutien, au même titre que la Belgique, les Pays-Bas, la France, l’Union soviétique, etc., méritaient notre solidarité et notre soutien quand elles ont été menacées par le passé par un autre agresseur infernal, qui voulait dominer le monde.

(Stephen Gowans blog , 16 october 2006)