Clinton et son racisme sans complexe

Dans de précédents éditoriaux publiés en cette année d’élections, nous avons prédit que, dans une élection américaine mettant en scène un homme de couleur en tant que candidat viable à la présidence, le racisme des deux partis bourgeois en lice allait se révéler de plus en plus – requérant ainsi une riposte et une argumentation défensive du sénateur Barack Obama contre les attaques racistes, nonobstant la politique qu’il prône lui-même. Des remarques récentes – émanant de nulle autre que de son adversaire démocrate – semblent confirmer cette affirmation.

Publié le 14 mai 2008

Dans une interview accordée le 6 mai à USA Today – l’une des publications les plus diffusées du pays – la candidate à la présidence Hillary Clinton déclarait : « Je dispose d’une base bien plus large pour mettre sur pied une coalition gagnante », citant ainsi un article d’Associated Press estimant, en étant d’accord avec elle, « combien le soutien au sénateur Obama parmi les travailleurs Américains, les gens durs à la tâche, les Américains blancs, diminuait à nouveau et à quel point les blancs de ces deux États, qui n’avaient pas achevé leurs études secondaires, me soutenaient ». Elle expliquait en outre : « Voilà les gens, si vous êtes un démocrate, qu’il vous faut rallier à votre cause en nombres suffisants pour gagner vraiment les élections. Tout le monde sait cela. »

Prononcés au lendemain de sa défaite dans les primaires de Caroline du Nord et de sa victoire étroite – avec une marge de deux points – en Indiana, les propos de Clinton renvoient à « la bonne vieille époque » de la « stratégie sudiste » du Parti démocrate. Cette stratégie tentait de séduire les électeurs blancs par des termes des plus racistes, disant en gros que les blancs ne voteraient pas pour un candidat favorisant la population noire et, à plus forte raison, aujourd’hui, pour un candidat noir. Clinton avait même poussé le bouchon un peu plus loin encore en différenciant les blancs qui voteraient pour elle, les qualifiant d’« Américains durs à la tâche ».

Le 1er mai, faisant campagne pour Hillary Clinton à Clarksburg, en Virginie-Occidentale, l’ancien président Bill Clinton exprima des sentiments similaires, tout en tentant d’édulcorer le racisme dont ils étaient empreints : « La grande ligne de rupture dans ce pays ne se situe pas sur le plan de la race, ni même sur celui des revenus, elle se situe chez ceux qui estiment qu’ils valent mieux que tous les autres et qu’ils devraient participer au jeu en fonction d’un assortiment de règles différentes. En Virginie-Occidentale et en Arkansas, nous avons de quoi il retourne quand nous voyons ce qui se passe. » (Associated Press, 2 mai)

Le fait même qu’Obama a fait d’aussi bons résultats dans ce deux États sudistes, principalement parmi les travailleurs des villes, montre bien le caractère incorrect des arguments racistes des Clinton.

Il n’est pas surprenant que les médias traditionnels aient très peu dénoncé ces affirmations fausses, en comparaison avec le nombre de critiques qui ont suivi les commentaires très valables du pasteur Jeremiah Wright sur la race et la justice. En tant qu’éléments à part entière du système capitaliste, les médias traditionnels véhiculent toujours le même message – laissez la classe dirigeante exacerber le racisme ; c’est la tactique favorite pour garder divisée la classe ouvrière. Mais si vous permettez aux masses d’appeler cela du racisme, il va falloir que vous les réduisiez au silence.

Chaque année d’élections, des candidats des partis capitalistes tentent de faire bonne impression en disant qu’ils « ressentent les peines » des travailleurs et en se sentant autorisés d’une manière ou d’une autre à parler en leur nom. Une fois qu’on les retrouve élus, toutefois, leurs actions reflètent rarement leurs discours. Hillary Clinton est particulièrement bien placée pour le savoir. Son mari, Bill Clinton, signa le fameux projet de loi de réforme de l’aide sociale, qui coupait les vivres à quelque 5 millions de personnes – pour la plupart, des enfants et leurs mères. Blancs ou noirs, tous furent frappés dans des proportions sensiblement égales. Il en résulta une hausse énorme de la pauvreté parmi les enfants. L’administration Clinton introduisit également le NAFTA (North American Free Trade Agreement – Accord libre-échangiste pour l’Amérique du Nord), qui réduisit les salaires et imposa des conditions de travail infernales aux travailleurs de toute l’Amérique du Nord.

La seule fois où le message des gens qui travaillent vraiment est mis en lumière dans les médias traditionnels, ou reflété dans la politique bourgeoise, c’est quand les travailleurs eux-mêmes se lancent dans une lutte qu’on ne peut ignorer. À une époque de crise économique qui affecte tous les travailleurs, c’est une bonne raison de plus de rejeter le racisme et toutes les tentatives de diviser la classe ouvrière – parce que cela sape l’unité de tous les travailleurs qui combattent efficacement et victorieusement le système qui nous opprime.

Traduit par Jean-Marie Flémal pour Investig'Action