Civilisation…. ou barbarie ?

Dans ses voeux comme dans sa conférence de presse, Sarkozy nous promet une politique de civilisation qui tracera les contours d'une "nouvelle Renaissance", pas moins. Outre le fait qu'il emprunte le concept à Edgar Morin qui n'en demandait pas tant, il se présente en quelque sorte comme le Sauveur de la nation.

Dans ses voeux comme dans sa conférence de presse, Sarkozy nous promet une politique de civilisation qui tracera les contours d'une "nouvelle Renaissance", pas moins. Outre le fait qu'il emprunte le concept à Edgar Morin qui n'en demandait pas tant, il se présente en quelque sorte comme le Sauveur de la nation.

La civilisation version Sarkozy est une imposture de plus, qui en réalité va nous conduire directement à la barbarie. En avant le naufrage du navire France ! Et pas seulement d'ailleurs, car cette politique s'inscrit en réalité dans un cadre plus large, pré-déterminé. En ce sens, Sarkozy n'en est que l'exécutant, et nous, les futures victimes.

La première chose que j'aimerais vous dire, c'est que pour mieux nous berner, l'avocat Sarkozy proclame le contraire de ce qu'il fait, une technique éprouvée ; sa politique, ses pratiques, ses visées, sont en contradiction complète avec son discours. Un vrai magicien !

Le mot civilisation inclut plusieurs notions, entre autres celles de savoir, de culture, de valeurs humaines ; c'est aussi un art de vivre, de bien vivre, qualitativement, – une forme d'humanisme, finalement, qui conduit à reconnaître en chaque homme un alter-ego. C'est la France des Lumières, de la Culture, des belles Lettres, de l'esprit, des Droits de l'Homme, des valeurs républicaines aussi : Liberté, égalité, fraternité.

Et Sarkozy arriva, piétinant allègrement tous ces beaux idéaux . Avec l'élégance qu'on lui connaît, à l'américaine, c'est à dire le raffinement Eurodisney, Star Académie (je n'ai pas dit Académie Française), Mac Donald… Et un style de parvenu qui lui est très particulier, un mélange d'ostentatoire, de vulgarité, de people, de clinquant. De quoi choquer son électorat traditionnel, et les plumes les plus distinguées de la planète (je n'ai pas parlé des françaises, intentionnellement, celles-là se courbent devant le Monarque de pacotille).

Nous sommes en plein naufrage de toutes les valeurs, en pleine rupture, oui, le mot convient, mais rupture avec la civilisation, l'humanisme, le bien commun. Désormais, derrière les mots incantatoires et creux, se dessine un bouleversement total de tout ce qui fait l'identité française. On assiste à une remise en cause complète de toutes nos valeurs : Finis le vivre-ensemble, la liberté, la solidarité, la tradition d'accueil, le respect… Et par exemple, les seules solidarités sont désormais financières, ou le social est remplacé par le pénal. Et quel pénal !

Les citoyens sont étroitement contrôlés, et considérés comme des suspects potentiels ; les grévistes sont désignés à la vindicte publique ; les étrangers sont poursuivis impitoyablement, sauf s'ils servent à faire baisser le coût du travail ; les immigrés en situation irrégulière sont chassés, en fonction des quotas décrétés par des technocrates coupés des réalités, tant pis si derrière il y a des familles séparées, des drames humains effroyables ; les individus sont ravalés au rang de numéros, il s'agit de faire du chiffre, du rendement ; les étrangers sont fichés, exactement comme les délinquants ; la répression s'accentue pour les petits malfaiteurs, tandis que la délinquance en col blanc bénéficie de l'indulgence ; le caractère arbitraire des arrestations, des détentions, et de la répression, s'accentue. Et à Calais, le rêve d'une Europe terre d'accueil s'est brisé. Les petits, les sans grade, les étrangers n'ont plus leur place. Pas de pitié pour ceux qui ne réussissent pas. Nous sommes en 2008 ! Une nouvelle civilisation émerge, qui fait le tri entre les individus, ceux qui méritent des bons points et les autres. Et qui fait appel aux instincts les plus bas, de rejet, de peur – de l'immigré, du Musulman, du gréviste, de l'autre en général.

Les critères ont changé, avec la disparition progressive de l'Etat-Providence, soucieux du bien être de tous les citoyens. Désormais, on met en compétition lers individus les uns avec les autres, on joue sur laconcurrence, on dresse les gens les uns contre les autres, ceux qui se lèvent tôt contre ceux qui se couchent tard, les usagers contre les grévistes, ceux qui travaillent contre les assistés, les Français de souche contre les immigrés …la liste est longue.

De toutes façons, nous sommes en plein Darwinisme social : les plus forts absorbent, ou écrasent, les plus faibles. C'est la jungle, sauvage, à l'américaine – le modèle de Sarkozy. L'eugénisme social, la sélection des meilleurs, par le mérite, par l'habileté, par le cynisme, mais surtout par l'argent, érigé en valeur suprême. L'humain n'est plus au coeur de la civilisation, du projet de société, mais le veau d'Or, toujours plus luxueux, clinquant, ostentatoire.

Travaillons plus pour soi-disant gagner plus. Produisons toujours plus. Consommons toujours plus. L'individu est sacrifié à la logique économique, et l'économique lui-même au financièr. L'humanisme est remplacé par le productivisme, comme le spirituel par le matérialisme. Et ainsi de suite. L'idéal, au final, étant de se passer des travailleurs, en tous cas de réduire l'emploi et les coûts au maximum. Dans cette optique, la science, la technique, le marketing, la technocratie sont d'ailleurs encouragés. La civilisation occidentale se deshumanise complètement, elle génère des maux toujours plus importants, et son credo de plus en plus libéral, fondé sur l'exploitation et le profit à n'importe quel prix, est amoral – immoral, même. De nouvelles formes d'esclavagisme apparaissent, d'ailleurs, discrètement favorisées par les dirigeants cupides, sans scrupules, et dévoués aux maîtres du monde. Cela vous étonne ? Et alors, quand les protections sautent, que la sécurité de l'emploi disparaît, que les travailleurs sont taillables et corvéables à merci, et que la flexibilité et la précarité se généralisent à tous les niveaux, l' humain est sacrifié au profit d'une poignée de requins toujours plus voraces.

La lobbycratie est favorisée au détriment de l'Etat. Et d'ailleurs celui-ci n'est plus impartial, puisque son chef dépend des faveurs d'amis milliardaires, frôlant le risque de conflits d'intérêts. En tous cas, la confusion des genres est permanente, entre la vie privée et la vie publique, les intérêts privés et les intérêts généraux, les intérêts financiers et les intérêts privés… Nous sommes loin de l'idéal humaniste.

Cette barbarie-là entraîne une disparité croissante entre les individus, les plus pauvres s'appauvrissant toujours davantage, et les plus riches s'enrichissant toujours plus. Et cette tendance, Sarkozy l'accroît délibérement, notamment avec ses cadeaux fiscaux accordés aux plus favorisés ; Il encourage les plus riches à augmenter leur fortune. Quant aux exclus, dans une société de régression sociale, où l'Etat se désolidarise des plus pauvres et les abandonne à leur sort, il ne reste plus que la charité, la compassion. Comme chez l'Oncle Sam ! Or une politique de civilisation se mesure aussi au sort qu'elle réserve aux plus défavorisés des citoyens.

Dans cette nouvelle France, dans cette société sauvage, dure aux faibles et souriante aux forts, le rôle dévolu au chef d'Etat devient prépondérant, au détriment de la démocratie, de l'équilibre des pouvoirs. Le Présidentialisme s'installe, avec un Président qui gouverne seul, sans consulter le peuple, n'hésitant pas à proclamer "La France, c'est moi !", comme Bush " les Nations Unies, c'est nous ! ". La fascisme n'est pas loin, surtout avec des médias aux ordres, se contentant de répercuter l'information du chef, et de déconsidérer celle de l'Adversaire.

Pour conserver un pouvoir de plus en plus personnel, éloigné des préoccupations des citoyens, Sarkozy a des armes à sa disposition :

les médias complaisants, d'abord, bien sûr, mais aussi la parole – les mots, qu'il manie avec dextérité, des mots qui masquent les maux qui s'abattront sur la société – voyez l'article que j'ai joint, transmis par un ami journaliste, Michel, et les solutions qu'il propose. Les citoyens sont complètement manipulés : La civilisation de Sarkozy est une civilisation des promesses non tenues et du mensonge où, habilement, le réel est travesti et paré de toutes les vertus. Et c'est une société, aussi, où les petits privilèges, des cheminots par exemple, sont montrés du doigt, tandis que les grands sont renforcés.

Derrière la magie des mots, il y a une politique délibérée de déconstruction de la société, au profit des plus nantis, une véritable redistribution des plus modestes en faveur des plus puissants, dans tous les domaines, même juridiques. Et derrière les "contraintes économiques", il y a des individus, qui sont laissés pour compte. Impitoyablement. C'est exactement le contraire d'une société humaniste, soucieuse d'équilibre, de justice sociale et de l'intérêt général, attentive aux droits de tous, au sort de chacun, à l'égalité des chances, au partage équitable des richesses. Une politique de civilisation préfère le bien commun au luxe d'une minorité, l'intérêt général à l'intérêt particulier, et l'identité nationale aux communautarismes exacerbés.

La politique brutale et barbare de Sarkozy s'inscrit parfaitement dans la logique actuelle, à l'échelle mondiale, hormis quelques exceptions notables comme celle du Venezuela .Et cette logique est purement financière. D'une façon générale, la mondialisation ultra-libérale, carnassière et prédatrice, est antinomique d'une politique réellement de civilisation. Et elle conduit au choc meutrier des peuples.

Et c'est parce que ce qui se passe, en France, s'inscrit dans une politique à l'échelle de la planète, que l'orientation de mon blog change, pour aborder de plus en plus des thèmes qui concernent l'ensemble de l'humanité, son avenir, et notre présent à tous.

Je n'ai jamais fait de papolâtrie, de surcroît je n'apprécie pas spécialement le conservatisme outrancier de Benoît XVI, mais je vais lui laisser, exceptionnellement, le mot de la fin, car je le partage entièrement, et il est d'une grande sagesse : " On devrait, dit-il, se comporter comme une grande famille, en partageant les richesses, en désarmant, et en protégeant les ressources naturelles

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