Chavez et les médias français

Compte-rendu de la visite à Paris de Chavez :

Présente sur les lieux, au plus prés de l’évènement, notre camarade Marie Cloiseau nous livre ici son témoignage. L’occasion de souligner la détermination de Chavez, mais aussi d’indiquer la faillite de notre presse nationale incapable de quitter l’invective contre celui que l’administration Bush a mis en bonne place des hommes à abattre.

9 mars 2005 18h30

Je me rends à la Maison de la radio invitée par le Cercle Bolivarien de Paris. Il s’agit de rencontrer Hugo Chavez, Président de la République Bolivarienne du Venezuela. On me propose de faire circuler l’information le plus largement possible.

Quand j’essaie d’entrer, j’en suis empêchée par des policiers. Il y a là quelques personnes qui se disent invitées également. Une personne a dans les mains une lettre de l’ambassade du Venezuela. Mais les policiers ont reçu l’ordre de ne laisser entrer que les journalistes munis d’une carte de presse. L’un d’eux nous dit qu’il y a une manifestation d’opposants « par là ». Je ne vois pas et je n’entends rien. De l’autre côté de l’avenue du Président Kennedy, j’avise une centaine de personnes avec des drapeaux cubains et vénézuéliens. Deux ou trois drapeaux de la LCR. Ce ne sont pas des opposants, je traverse. Il y a beaucoup de latino-américains qui scandent « Chavez, amigo, el pueblo esta contigo ». Et puis des Français, PCF, LCR ou rien ou presque, comme moi.

Il fait froid, on piétine. Quelqu’un annonce dans un mégaphone qu’il ne faut pas bouger parce que le Président Chavez a promis qu’il viendrait nous saluer personnellement. J’ai du mal à y croire. Est-ce qu’il va traverser l’avenue ?

Un Colombien, chercheur ayant participé à la manifestation de l’après-midi distribue des tracts et m’explique dans un Français épouvantable qu’il faut voter non au référendum sur la constitution. Il me dit aussi que si le Président Chavez est venu à Paris, c’est parce que ça va très mal pour lui. Il me dessine une carte de l’Amérique Latine. Au Nord, un triangle avec le Panama, la Bolivie, le Venezuela et Cuba. Les Etats-Unis ne supporteront pas que ces pays se regroupent.

Le temps passe. La police nous encercle, ils sont presque aussi nombreux que nous. Je vais voir un des policiers pour essayer de savoir ce qui se passe. Il me dit qu’il s’agit de protéger Hugo Chavez. Je lui demande s’il pense qu’il va traverser l’avenue et s’ils vont l’en empêcher. Il me dit qu’un président a tous les droits.

La conférence de presse se termine. La voiture officielle se positionne devant la porte de la Maison de la radio avec deux motards devant. Le temps passe encore, et les motards arrêtent leurs moteurs. Le Président Chavez sort. Il y a un moment de flottement. Il est entouré de journalistes, de micros, violemment éclairé par des projecteurs. Et… il s’avance, traverse l’avenue et vient vers nous. J’essaie d’avancer, mais je ne suis pas assez rapide et trop petite. Il serre des mains, répond à des questions en Espagnol. J’entends « seguiremos » (nous continuerons). Et il retraverse l’avenue, monte dans sa voiture. Il nous adresse encore des signes en passant devant nous.

Le lendemain et les jours suivants, je pense à tous les journalistes qui ont assisté à la conférence de presse. Ils ont certainement des choses à raconter, ils ont dû poser des questions.

Dans Libération, un article de Georges Dougueli intitulé « Face à face des pro et anti-Chavez à Paris ». Ca commence mal, parce qu’il va parler de ce qu’il n’a pas vu, puisqu’il n’y a pas eu de face à face, sauf avec la police. Il a bien rencontré un ancien diplomate en poste à Paris, mais il ne dit pas où. Pour le reste, il parle bien de nous, mais pas de la conférence de presse. Il n’y était pas ?

Le Monde publie le 10 mars un article intitulé « De l’élection à la crise » sur le Venezuela, sans dire un mot de la visite du Président Chavez la veille à Paris, et bien sûr, de la conférence de presse à laquelle ses journalistes auraient tout de même bien dû assister. Ces gens-là ne refusent pas seulement d’informer, ils refusent même d’être informés. Y a-t-il des journalistes dans les rédactions des grands quotidiens français ?

Pour le reste, ils se contentent d’impressions, dont la subjectivité est attestée par les termes de « populiste de gauche » (Libération 10 mars), « fidèle à ses provocations » (Libération 9 mars), « dérive paranoïaque » (l’Express, 14 mars), « turbulents voisins » (Le Monde, 11 mars).

Pour tous ces journaux, qui s’adressent à des adultes sains d’esprit, le Président élu du Venezuela, pays de 21 millions d’habitants, est traité au mieux comme un enfant, au pire comme un malade mental, voire un tyran psychopathe.

On lit aussi dans les journaux qu’il subit l’influence de Fidel Castro, et qu’il aurait même quelques sympathies pour les « guerillas colombiennes d’extrême gauche » (Libération). On comprend pourquoi George Bush veut le rappeler à l’ordre. Mais de là à vouloir l’éliminer, c’est de la paranoïa. Ces accusations sont « ridicules et fausses », parce que bien sûr, il n’en est pas capable.

Moi, j’ai été très touchée par le geste du Président Chavez. Je me demande quel autre chef d’Etat aurait traversé l’avenue pour saluer une poignée de sympathisants frigorifiés et leur dire qu’il va continuer. Un paranoïaque ? Un populiste de gauche ? Je comprends qu’il soit populaire dans son pays, même si être populaire passe pour ridicule et suspect.

Marie-José Cloiseau (site La sociale)