Carlo Giuliani : l’impossible vérité

 «Les autorités italiennes n’ont pas mené une enquête adéquate sur les circonstances du décès de Carlo Giuliani» Huit ans après le sanglant G8 de Gênes, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné hier l’Etat transalpin pour avoir foulé aux pieds les «obligations procédurales» découlant de l’article 2 –sur le droit à la vie– de la Convention.

Il s’agit toutefois d’une «victoire» très partielle pour les proches du jeune homme de 23 ans abattu par un carabinier au cours des manifestations contre le sommet des grandes puissances. En effet, sur le fond, l’arrêt accrédite la thèse officielle selon laquelle le tireur a agi en état de légitime défense et rejette les autres griefs de la famille Giuliani. Comprenne qui pourra.

Pour Strasbourg, la justice italienne a tout simplement bâclé l’autopsie pratiquée sur le corps du manifestant. Cette dernière n’a pas pu déterminer la «trajectoire précise du tir mortel». Alors que les deux balles tirées n’ont jamais été retrouvées, personne n’a procédé à l’extraction et à l’analyse d’un fragment métallique pourtant repéré au scanner dans le crâne de la victime. Bien qu’au courant de ces zones d’ombre, les autorités ont donné leur feu vert à l’incinération de Carlo Giuliani deux jours seulement après les faits, ce qui a rendu impossible une seconde autopsie. «Eu égard aux lacunes de l’examen médico-légal et à la non-conservation du corps. Il n’est pas surprenant que la procédure judiciaire ait débouché sur le classement sans suite de l’affaire», déplorent les juges européens.
Enfin, la Cour constate que l’enquête aurait dû s’intéresser au «contexte général», à savoir si «les autorités avaient planifié et géré les opérations de maintien de l’ordre de façon à éviter» un tel drame. Car un «lien étroit» existe bel bien entre le tir mortel et la situation confuse qui prévalait sur les lieux, reconnaît Strasbourg.

Face à ce verdict en demi-teinte, la famille Giuliani semble déterminée à poursuivre son combat. Elle a déjà indiqué son intention de faire recours. Notamment pour tenter d’éclaircir si des policiers ont profané le corps de Carlo Giuliani juste après sa mort afin de faire croire que le projectile ne lui était pas destiné mais avait été malencontreusement dévié par une pierre… Cette version moyennement crédible, immédiatement défendue par les autorités, a été définitivement retenue par la justice italienne.
Reste qu’un aspect fondamental de la répression sauvage qui s’est exprimée dans les rues de la capitale ligure, en juillet 2001, ne sera probablement jamais établi: la responsabilité du gouvernement et de la hiérarchie policière. Pour le mouvement altermondialiste italien et les proches de Carlo Giuliani, il ne fait aucun doute que le chaos a été planifié au plus haut niveau, en laissant de surcroît toute latitude aux forces de l’ordre pour se déchaîner.

Source : Le Courrier