Ca s'est passé loin de chez vous ?

"En quoi ça me concerne ? Le Kosovo, c'est pas mes oignons! Toutes ces

guerres, c'est bien triste, mais c'est loin de notre quotidien!"

Voilà ce que ce que nous entendons parfois, ma collaboratrice Vanessa Stojilkovic et moi-même, puisqu'on présente un peu partout notre film documentaire Les Damnés du Kosovo. Bon ou mauvais raisonnement ?

En fait, Kosovo, Irak, et demain Corée, Iran ou Cuba, ça vous concerne bien plus que vous ne croyez. Certains ont intérêt à vous le cacher. Parce que ces guerres sont aussi contre vous, travailleurs, futurs travailleurs, ou sans travail des pays "riches".

Un exemple : la multinationale US Steel vient de racheter Sartid, principale usine sidérurgique des Balkans. Pour des cacahuètes. Et ces travailleurs serbes aussi sont payés en cacahuètes. But de US Steel ? Fermer ses usines "trop chères", délocaliser et inonder l'Europe d'acier très bon marché.

C'est pour ça qu'il fallait s'assurer le contrôle et la domination de cette main d'oeuvre très qualifiée et sous-payée. C'est pour ça que la Yougoslavie a été bombardée par l'Otan, puis travaillée par la CIA, et finalement gouvernée par le FMI.

Mais que va-t-il se passer ? Les sociétés sidérurgiques européennes devront faire pareil. Ou forcer leurs travailleurs à accepter eux aussi des salaires et des conditions de travail "cacahuètes".

En fait, toutes ces guerres ont pour véritable but de permettre aux multinationales de prendre le contrôle des mains d'oeuvre, des matières premières, des marchés les plus intéressants.Et d'en priver leurs concurrents.

Ces guerres mettent donc tous les travailleurs du monde en concurrence systématique. Les obligeant à accepter la dégradation de leurs salaires, de l'emploi, de la sécurité (voir la hausse des "accidents" de travail). Recoloniser le monde – c'est-à-dire détruire l'indépendance de certaines économies – c'est généraliser la précarité, l'incertitude, le chantage sur toute la planète.

De plus, les travailleurs paient une deuxième fois, parce que, bien sûr, ce sont leurs enfants, et pas ceux des riches, qui meurent ou vont mourir dans ces guerres.

Et une troisième fois parce que la hausse des budgets militaires (bientôt en Europe aussi) se fait en taillant dans les budgets des écoles, des pensions, des soins de santé, de la création d'emplois.

La guerre a donc deux ennemis. La population locale agressée et vous. C'est pour cacher cet enjeu, et pour diviser, qu'on vous présente ces guerres comme "humanitaires".

S'informer sur les conséquences de ces occupations, écouter leurs victimes, démasquer les médiamensonges qui ont servi à faire accepter ces sales guerres, ce n'est pas seulement lutter pour la paix, c'est aussi lutter pour le progrès social. Ici. Partout.