C'est Bush le patron

L'Ennemi du Jour de Bush

AfterDowning Street

Lundi 31 juillet 2006

États-Unis – Les journaux télévisées ne cessent de diffuser des images de civils libanais morts ou blessés, et de maisons détruites par les bombardements. Le tout est accompagné de commentaires soutenant le droit d'Israël à l'autodéfense.

Le mot "Hezbollah" n'est jamais prononcé dans une phrase sans être accompagné du mot "terroriste."

Les reporters s'interrogent pour savoir lequel d'Al Qaïda ou le Hezbollah représente la pire menace terroriste contre les États-Unis. Selon les dires de Richard L. Armitage, ancien secrétaire d'État adjoint américain du premier mandat du président George W. Bush, le Hezbollah constituerait "l'équipe A du terrorisme, alors qu'Al Qaïda n'est actuellement que l'équipe B."

D'après Robert Baer, ancien officier de la CIA, il n'existe aucune preuve que le Hezbollah opère aux États-Unis. Cependant, en réponse à la question posée par l'impartial et équitable présentateur-réalisateur de Fox News, Baer spécule que le Hezbollah "pourrait" lancer une attaque sur le territoire américain.

Le Hezbollah est l'ennemi du jour de George W. Bush.

Bien que soupçonné d'avoir pris part au détournement en 1985 du vol 847 de la TWA, le Hezbollah nie avoir attaqué qui que ce soit en dehors du Liban et d'Israël. Le Hezbollah, qui comprend le parti chiite, n'attaque même pas d'autres sectaires au sein du Liban. Le chef du Hezbollah, cheikh Hassan Nasrallah, déclare que le Hezbollah est "comme Jésus", citant ainsi en exemple l'action du mouvement en 2000 au Liban, durant laquelle le Hezbollah ne prit pas part à la vengeance à l'intérieur du Liban.

Le soutien au Hezbollah est extrêmement écrasant au Liban. En effet, un sondage effectué par "le Centre de Beyrouth pour les Recherches et les Informations" révèle que 87% des Libanais appuie la résistence du Hezbollah contre les attaques israéliennes qui visent le Liban. Le pourcentage est élevé dans les communautés non-chiites. Ainsi, parmi les personnes interrogées, 80% de Chrétiens, 80% de Druzes et 89% de Sunnites déclarent soutenir le Hezbollah.

Il est probable que ces chiffres augmentent à la suite des raids israéliens sur Cana hier. Bilan du bombardement: 60 morts civils, des enfants pour la plupart. Suite à ces frappes, des milliers de manifestants dans le Moyen-Orient sont descendus dans les rues pour protester contre ce massacre.

Contrairement à Ousama Ben Laden qui prend pour cible les pays arabes pro-Occident, Nasrallah ordonne à l'Arabie saoudite, l'Égypte et la Jordanie de rester neutres dans ce conflit.

Dans le discours télévisé retransmis le samedi, Nasrallah a déclaré: "Israël est prêt à arrêter l'agression, car il a peur de l'inconnu et d'un enlisement. Celle qui veut poursuivre l'agression c'est l'administration américaine. Aujourd'hui plus que jamais, Israël apparaît comme un instrument docile du projet américain."

Selon Noam Chomsky nous devrions toujours l’appeler « la destruction américano-israélienne du Liban. » Il ajoute également que bien qu’Israël a commencé avec une force proportionnelle par le passé, les États-Unis se sont mis à donner leur point de vue partial du conflit lors du sommet du G8. Bush aurait déclaré à Israël : « Vous ne pouvez pas vous arrêter maintenant ; vous agissez au nom de nous tous. »

Par cette déclaration, George W. Bush a donné le feu vert au gouvernement israélien, prouvant ainsi que celui-ci agit sous les ordres du gouvernement américain.

Si ce n’était pas le cas, alors pourquoi toute l’attention est-elle focalisée sur chaque geste que fait Condoleezza Rice ? Tout simplement parce que c’est son patron qui dirige les opérations.

Alors que le reste du monde fait appel à un cessez-le-feu immédiat, les excuses fournies par le duo Bush-Rice ne prennent plus. Ils rejettent la responsabilité sur l’Iran et la Syrie, et prétendent vouloir un cessez-le-feu « durable » afin de construire un « Nouveau Moyen-Orient. »

George W. Bush s’est lancé dans une nouvelle folie, avec comme victime un autre pays du Moyen-Orient, autrefois considéré comme l’ennemi principal lors de « la guerre contre le terrorisme » : L’Irak.

Le Président américain a provoqué un tel désastre dans ce pays que la plupart des Irakiens, qui détestaient Saddam Hussein, auraient préféré qu’il soit resté au pouvoir.

D’après un rapport réalisé par les Nations Unies, 14.338 civils ont été tués en Irak durant les six premiers mois de cette année. Ce compte repose sur les chiffres donnés par le ministère de la Santé et de la principale morgue de Bagdad.

Selon les Nations Unies, plus d’une centaine de civils irakiens ont été tués par jour le mois dernier. Une grande partie de ces affligeants incidents ont eu lieu ces derniers mois à Bagdad.

Le rapport ajoute aussi : « Les civils ont été sévèrement touchés par les bombardements de la Force multinationale. »

Le secrétaire américain à l’Énergie, Samuel W. Bodman, devait porter des lunettes avec des verres roses lorsqu’il a récemment rencontré les ministres irakiens du pétrole et de l’électricité à Bagdad. « La situation semble plus stable que lors de ma dernière visite, il y a deux ou trois ans. La sécurité semble s’être améliorée, et les gens sont plus détendus. Les gens sont optimistes, du moins ceux à qui j’ai parlé », a-t-il dit avec enthousiame.

Bien évidemment, Samuel Bodman a donné son interview au sein de la « zone verte » ultra-fortifiée de Bagdad. Il s’agit du seul endroit en Irak disposant d’une sécurité, à l’instar de la région kurde dans le Nord.

Toujours selon le rapport des Nations Unies, « les meurtres, les enlèvements et la torture sévissent toujours sur une grande échelle » en Irak.

"Aujourd'hui, dans certains quartiers de Bagdad, il est interdit aux femmes de se rendre seules aux marchés," indique le même rapport. Lors d'un récent séminaire à San Diego, la représentante Nadia Keilani a déclaré devant les membres de l'assistance que si une femme avait le malheur de quitter son domicile sans être voilée, celle-ci se faisait arrêter et raser la tête en guise d'avertissement. Et en cas de récidive, c'était la décapitation.

Nadia Keilani ajoute également que sa cousine de 26 ans ne sort de chez elle en Irak que trois fois par mois. Elle passe sa journée à regarder à travers un judas. "Elle est prisonnière dans sa propre maison", a-t-elle déclaré.

D'après le rapport des Nations Unies les homosexuels sont "de plus en plus soumis à des menaces, et sont illégalement exécutés par les milices et les "escadrons de la mort" à cause de leur orientation sexuelle.

Les Nations Unies ont également découvert que "les agressions envers les maîtres d'école, les professeurs d'université, les étudiants ainsi que les extrémistes au sein des universités se soldent par de nombreux morts et l'exil d'un nombre croissant d'universitaires et intellectuels.

Keila a également indiqué que 84% des universités ont été détruites.

Toujours selon les Nations Unies les enlèvements prolifèrent. La plupart des otages sont tués après que leur rançon a été payée.

"La poussée des violences dans certaines zones ", autres que la région kurde, "est telle qu'il est fort probable que chaque enfant y a été exposé dans une certaine mesure, ont ajouté les Nations Unies.

Le quotidien New York Times a publié hier: "Les agences d'enquête sont sans ressorts et mal équipés pour pouvoir faire face au crime qui ne cesse de monter en flèche. Dès lors, les familles qui ont besoin d'informations doivent se résoudre à se renseigner auprès des morgues pour obtenir une certitude."

Quant aux personnes qui se rendent à la morgue afin de récupérer leurs bien-aimés sont souvent enlevées et tuées si leur carte d'identité indique qu'ils sont sunnites au lieu de chiites.

La situation est tellement grave en Irak que les 4.000 soldats américains sensés quitter le territoire irakiens devront encore rester pour une durée de quatre mois.

Les dirigeants irakiens élus sous l'occupation avec la bénédiction du président Bush refusent de se plier. Mahmoud al-Mashhadani, président du Parlement irakien, a assimilé l'invasion américaine de l'Irak à un "travail de boucher." Il a déclaré que le gouvernement américain voulait que l'irak "reste sous le contrôle des autorités américaines."

"Laissez l'Irak en paix", a déclaré al-Mashhadani. "Nous n'avons pas besoin d'un agenda venu de l'extérieur."

Lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche la semaine dernière, Nouri al-Maliki a critiqué les raids aériens israéliens au Liban. Il a également réclamé un cessez-le-feu immédiat afin de "mettre fin au massacre des civils et à la destruction du pays."

Une résolution adoptée par le Parlement irakien avait qualifié les attaques d'Israël "d'agression criminelle."

En voulant paraître plus pro-Israël que les Républicains, vingt Démocrates du Congrès ont demandé que al-Malik ne prononce pas son discours lors d'une session de Congrès car il refusait de condamner le Hezbollah.

Le Premier ministre irakien a, malgré tout, pu s'addresser aux membres du Congrès, mais pour une quelconque raison a oublié de mentionner la guerre au Liban.

Un ecclésiastique chiite influent, cheikh Aws Khafaji, a qualifié la visite d'al-Maliki de traîtrise envers l'Islam et d'humiliation envers le peuple irakien. "

Le Premier ministre Nouri al-Maliki se retrouve ainsi pris entre l'Irak et la Maison Blanche. "Qui vous force à partager le repas des occupants?", a-t-il demandé. "Est-ce cela votre récompense? Vous savez mieux que quiconque que les voitures piégées, le terrorisme, les explosions et les massacres perpétrés en Irak ont été réalisés à cause de la politique américano-sioniste."

George W. Bush a déclaré ce matin que c’est "le statu quo au Moyen-Orient" qui a donné lieu aux attentats du 11 septembre.

Il n'a pas tort, mais les raisons ne sont pas du tout exactes. En effet, ce ne sont pas l'Irak, le Hezbollah, l'Iran ou la Syrie qui ont perpétré les attaques du 11 septembre. Le responsable est l'Al-Qaïda. Pour quelles raisons Ousama Ben Laden était-il si en colère? La réponse: L'imposition de nombreuses sanctions par les Nations Unis et les États-Unis contre le peuple irakien; la présence des bases américaines en Arabie saoudite; et le traitement des Palestiniens par les Américains et Israéliens.

Marjorie Cohn est professeur à l'école de jurisprudence Thomas Jefferson, vice-présidente de la guilde nationale des juristes, et représentante américaine au comité exécutif de l'association américaine des juristes.