Bush se prépare à envahir l'Iran

Article présenté sur le site Global Research de Michel Chossudovsky

Alors que le massacre se poursuit en Irak, les Etats-Unis ont les yeux rivés sur leur véritable objectif : la 23 mars 2003

Même si la Syrie sera la prochaine nation à passer sur la planche à découpe, s’il faut en croire les auteurs de A Clean Break: A New Strategy for Securing the Realm (Pour en finir une fois pour toutes : Une nouvelle stratégie de protection du royaume) – les principaux d’entre eux étant Richard Perle et Douglas Feith –, c’est l’Iran qu’ils convoitent, en fait. A leurs yeux, c’est le moment de récupérer ce qui a été investi dans le renversement du shah, au cours des années 70, après la reprise du pouvoir par Khomeyni (à l’époque, exilé en France), l’occupation de l’ambassade américaine, la crise des otages qui s’en est suivie, la tentative avortée de libération qui a souillé la réputation militaire de l’Amérique et les nombreuses années d’actions terroristes de représailles entre les Etats-Unis et l’Iran (la marine américaine ayant abattu un avion de ligne iranien ; les attentats terroristes, soutenus par l’Iran, contre les troupes américaines, etc.). Qu’importe qu’en 1953, les services secrets américains, britanniques et israéliens aient été responsables d’un coup d’Etat qui avait chassé le Premier ministre nationaliste de l’Iran, Mossadegh, et qui allait finalement déboucher sur un conflit régional avec l’Irak et une haine à l’égard des Etats-Unis qui ne s’est toujours pas apaisée à ce jour. La même stupidité fut répétée en 1963, en Irak, lorsque les mêmes services de renseignements américains, britanniques et israéliens déclenchèrent un coup d’Etat qui vit la destitution du Premier ministre Assem (un certain Saddam Hussein, âgé de 25 ans à l’époque, joua un rôle clé dans cet épisode) et qui allait finalement déboucher sur un conflit régional avec l’Iran et le Koweït et une haine à l’égard des Etats-Unis qui, elle non plus, ne s’est toujours pas apaisée à ce jour.

Les grandes lignes sont demeurées inchangées, en 2003. Tout est une affaire d’économie. Dans les années 50 et 60, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne étaient ennuyés à propos de la nationalisation par l’Irak et l’Iran de leur production pétrolière. En 2003, c’est la même chose. Les Etats-Unis consomment en gros 30% de la production d’énergie de la planète (mesurée en unités thermiques britanniques) tout en ne représentant que 5% de sa population. « Nous disposons de 50% de la richesse du monde mais de 6,3% de sa population. Dans une telle situation, notre véritable boulot (…) est de mettre sur pied toute une série de relations qui nous permettront de maintenir cette situation de disparité. Pour y arriver, nous devons nous dispenser de toute sentimentalité. (…) Nous devrions cesser de penser en termes de droits de l’homme, de hausse du niveau de vie et de démocratisation. » C’est ce que disait George Kennan en 1948 (voir le bel article de Richard Heinberg sur www.onlinejournal.com pour plus de détail sur les Etats-Unis et l’Eurasie).

Les Etats-Unis et l’Europe occidentale ont appliqué sans réserve le conseil de Kennan et ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes pour la folie qui se déchaîne actuellement au Moyen-Orient et dans le golfe Persique. Depuis plus de 50 ans, par le biais de coups d’Etat, de frappes aériennes préventives et de propagande vicieuse, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, Israël et d’autres nations européennes se sont longuement engagés dans la « prévention » en attaquant et en déboulonnant les dirigeants légitimes des nations qui constituent cette région.

Et dire qu’ils sont toujours nombreux à se poser cette question stupide : « Mais pourquoi nous détestent-ils à ce point ? »

Les criminels de guerre américains à l’action

Dick Cheney, Paul Wolfowitz, Donnie Rumsfeld, Richard Armitage, Elliot Abrams, Zalmay Khalilzad et autres criminels de guerre en place ou à venir sont anxieux de remettre les pendules à l’heure avec l’Iran. C’est au tour de l’Iran d’être soumis à la version 21e siècle de la blitzkrieg si chère à l’Allemagne nazie, muée en cette meurtrière « American Shock and Awe Campaign » [textuellement : campagne américaine de l’ébranlement et de la crainte respectueuse, NdT] inventée par l’éminent criminel de guerre Harlan Ullman. Ullman rédige régulièrement un éditorial pour le Washington Times du révérend Moon et il est l’un des principaux associés du Centre d’Etudes stratégiques et internationales, au sein duquel a été conçu pour la première fois le Département de Sécurité interne [dirigé par Connie Rice avant qu’elle ne devienne secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, en janvier 2005, NdT].

Du 21 au 24 mars 2003, l’espace aérien iranien a été impunément violé par l’aviation américaine. Les Etats-Unis ont attaqué les installations pétrolières de Khorramshahr, d’Abadan et de Manyuhi en Iran, non loin de la péninsule de Faw contrôlée par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Koweït et d’Umm al-Qasr (Irak), points de contrôle de la région du Shatt al-Arb par laquelle des milliards de gallons de pétrole brut ont été acheminés à destination des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et du Japon. Les principales cibles étaient la raffinerie et les dépôts de pétrole d’Abadan. Il y a eu des dégâts importants mais pas de pertes en vies humaines. Les bombardiers américains et britanniques ont également survolé la région d’Arvand-Kenar en Iran avant de gagner l’Irak. Les officiels iraniens ont protesté contre ces violations des législations internationales, mais sans résultat. Les officiels du Pentagone ont déclaré que les raids avaient été provoqués par des missiles et des bombes « égarés ». C’est hautement improbable.

Ces raids (et survols), semble-t-il, faisaient partie d’une série d’objectifs préprogrammés plus tôt par le commandement militaire américain afin de tester ou de vérifier les défenses aériennes de l’Iran en vue d’une invasion susceptible d’avoir lieu si George Bush II assume à nouveau la présidence, fin 2004. Elles servent également d’avertissement cinglant à l’Iran de ne pas se mêler de ce qui est aujourd’hui la zone d’influence américaine, britannique et koweïtienne dans le secteur sud-est de l’Irak.

Les plans d’attaque iraniens

Entre avril 2003 et novembre 2004, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israël vont accélérer les opérations de déstabilisation en Iran et se lancer dans des campagnes mondiales de désinformation visant à déconsidérer la direction politique et militaire du pays. Ils vont se servir des ondes pour faire découvrir aux Américains des images d’un pays rongé de luttes et dissensions internes. Les grands médias vont ressortir la fameuse crise des otages de l’Iran, ainsi que des séquences d’époque – 1978-1980 – montrant des Américains assoiffés de guerre. Ils montreront également des images d’acolytes de Khomeyni occupés à pendre ou à exécuter les membres de la police secrète du shah. Des films comme Jamais sans ma fille, de Sally Field, dépeignant de nombreux Iraniens sous les traits d’« agents sataniques », seront diffusés par toutes les chaînes. Reza Pahlavi, fils de l’ancien shah d’Iran, sera présenté bien plus fréquemment sur CNN, Fox, ABC, NBC, CBS et PBS.

Des images de 1983, montrant le bombardement, prétendument par les Hezbollah soutenus par l’Iran, de la caserne des Marines américains au Liban seront retransmises et imprimées. Coïncidence ou pas, à Washington, DC, le 17 mars 2003, des proches des Marines américains tués au Liban ont pu intenter un procès visant à réclamer au gouvernement iranien 2 milliards de dollars de dommages et intérêts. Selon le Washington Post, un journal parfois digne de foi, « le juge de district Royce C. Lamberth a statué que les survivants et leurs familles pouvaient poursuivre l’Iran en s’appuyant sur une loi de 1996 autorisant les citoyens américains à intenter des actions en justice contre les nations soutenant le terrorisme. ‘Les forces militaires américaines (…) incarnent tout ce qui est détesté par les ennemis de ce pays’, a écrit Lamberth. ‘L’absence d’autorisation à des militaires en service [d’intenter des procès] constituerait un encouragement pour des Etats qui soutiennent le terrorisme à s’en prendre au personnel militaire américain non combattant.’ Des centaines de proches des militaires en question étaient présents pour assister à ce qui constituera, pense-t-on, deux journées de témoignages et de preuves destinés à éclairer le rôle de l’Iran dans ces bombardements. L’Iran n’a pas envoyé de représentant au procès. » Maintenant que l’Irak a été occupé avec succès, les médias vont concentrer leur attention sur l’Iran et sur ce procès.

Pas d’issue

Déjà, des sources rapportent que des éléments de la CIA sont occupés en Iran et dans les régions limitrophes et que les équipes d’opérations spéciales américaines, britanniques et australiennes opérant hors de l’Afghanistan et du Koweït – et de la province américaine de l’Irak – ont subrepticement ouvert boutique en Iran depuis plusieurs mois. L’Iran se sent désormais épinglé de toutes parts par des forces pro-américaines et pro-britanniques. L’opération « Libérez l’Iran » aura lieu en recourant à la même stratégie et aux mêmes tactiques que celles utilisées pour le massacre de l’Irak. L’Iran n’a guère de choix. Le premier, c’est l’accélération de son programme nucléaire et un test réussi avec un engin nucléaire ou une preuve de son existence. Cela pourrait postposer une invasion dirigée par les Etats-Unis. Une seconde option serait de faire partie d’une nouvelle alliance contre les Etats-Unis, laquelle inclurait la Russie, l’Inde, la France, l’Allemagne et la Chine. Dernière option, naturellement, c’est du « désarmement » ou du « départ pour l’exil ».

Les croisés du 21e siècle George Bush II et Michael Leedon (Benador Associates, AEI, conseiller de Bush) croient en leur quête judéo-chrétienne en vue d’écraser l’islam, du fait qu’ils considèrent ce dernier comme une religion usurpatrice et insidieuse qui s’est lancée sur la voie de l’extraction du pétrole. L’actuelle campagne dans la région n’est rien de moins qu’une extension des croisades remontant à 1096. Leeden a joué sa carte divine en déclarant, juste avant l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis, que « par la volonté de Dieu, le jour du jugement a commencé pour le Moyen-Orient et, après de longues souffrances, les peuples de l’Irak, de la Syrie, de l’Iran et de l’Arabie saoudite vont enfin avoir la chance d’être libres ». Mais, comme le faisait remarquer Ahmad Faruqui, dans The Asia Times, ce n’est qu’un nouveau remake de l’histoire :

« Le monde arabe se souvient bien des mots prononcés par le général britannique Allenby, un descendant des croisés anglais, lorsqu’il entra dans Jérusalem, le 9 décembre 1917 : ‘Les Croisades se sont terminées aujourd’hui !’ De même, le monde arabe n’a pas oublié non plus le contenu ni le ton des déclarations faites par le général français Henri Gouraud lorsqu’il est entré à Damas en juin 1920. Marchant en direction de la tombe de Saladin, à proximité de la Grande Mosquée, Gouraud lui avait donné un coup de pied et s’était écrié : ‘Eveille-toi, Saladin, nous revoici. Ma présence ici consacre la victoire de la Croix sur le Croissant.’ »

Le peuple arabe n’oubliera pas non plus les proclamations de George Bush II et de Tony Blair avant au moins cent ans.

(John Stanton , est un écrivain virginien spécialisé dans les questions de sécurité nationale. Copyright J Stanton 2003. Pour usage non lucratif et équitable seulement.)

Traduction : Jean-Marie Flémal pour Stop USA