Bon anniversaire

Quelques remarques, complémentaires au texte de Michel Collon, à l'intention de ceux qui se sentent obligés d'étouffer de reconnaissance.

Passons sur le pipeau qu'on nous joue actuellement sur le thème "batailles décisive, suspens insoutanable, sort du monde en jeu" alors que les Allemands étaient déjà vaincus à l'Est, pour rappeler quelques faits.

1) Tous les manuels d'histoire officielle flétrissent l'URSS, qui n'est entrée en guerre que quand les Allemands l'ont attaquée (il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce point, mais ce n'est pas le sujet du jour) le 22 juin 1941. Curieusement, ils ne sont pas choqués que les Etats-Unis ne soient entrés en guerre que six mois plus tard, quand leurs colonies du Pacifique ont été attaquées par le Japon, et que leurs premières opérations contre l'Allemagne aient encore attendu un an.

2) Pendant toutes la décennie précédente, les Etats-Unis s'étaient totalement désintéressés des agressions successives de l'Allemagne de Hitler. J'ai entendu des Américains et de leurs laquais parler de Munich voici un an. Elle est bien bonne !

3) Il est vrai que, après que Wilson eut imposé à Versailles en 1919 un traité aberrant, le sénat américain a refusé de l'appliquer. Le gouvernement français d'alors n'avait accepté ce traité que contre la garantie des anglo-saxons sur sa frontière de l'Est. Après la non-ratification américaine, les Anglais ont fait savoir qu'ils ne se considéraient plus comme engagés.

Rappelons la réaction de Foch à ce traité "Je sais maintenant que nous aurons la guerre dans vingt ans".

4) Personne n'a encore osé se demander, depuis soixante ans, pourquoi, du moment où ils sont entrés en guerre, les Américains ont traité la population française en ennemie.

Ils ont libéré la France comme ils sont en train de libérer l'Irak: par des bombardements massifs sur les populations civiles.

5) Pourtant, ils ne considéraient pas le pseudo-gouvernement français d'alors comme un ennemi. C'est des USA, et d'un nommé Robert Paxton, qu'est partie la réécriture de l'histoire de France de ces années-là, grâce à laquelle on considère aujourd'hui le gouvernement de Vichy comme ayant eu une politique autonome, contre toute évidence. Mais personne ne dit que Roosevelt, héros de lutte pour la liberté (au même titre que Reagan et Bush) a maintenu jusqu'au dernier moment son ambassadeur auprès de Pétain (le Maréchal l'a rappelé à son procès).

Mieux, en JUILLET 44, des émissaires américains négociaient avec Laval pour le maintien du gouvernement, avec juste un changement d'occupant. C'est la Résistance française, extérieure et intérieure, qui a empêché cela en les prenant de vitesse.

6) Enfin, au milieu des larmes de reconnaissance pour les morts américains venus libérer la France, une petite comparaison chiffrée: la seconde guerre mondiale a fait 300 000 morts américains au total (compris bien sûr ceux qui sont morts dans le Pacifique pour y défendre leur empire colonial). Comme il est interdit de parler des 21 millions de morts soviétiques, nous n'en parlerons pas.

Il y a eu 610 000 morts français, alors que la France avait en 1939 42 millions d'habitants, les USA 131. Sur ceux-là, 250 000 militaires, 360 000 civils. Ce sont des chiffres qu'on trouve partout. En revanche, on ne trouvera pas combien des civils ont été tués par les bombardements anglo-saxons.

Il semble qu'à l'époque où l'Air Force rasait nos villes pendant que la Wehrmacht brûlait nos villages, il y avait au moins entre elles une alliance objective. Peut-être est-ce la pérennité de cette alliance que Bush et Schröder sont venus célébrer ensemble en Normandie.

Quant au rôle que joue Chirac, il est facile à identifier.