Belges en Syrie: Les mamans appellent à l’aide

Lettre ouverte des parents de deux ados partis en Syrie

 
 
Le 4 avril 2013, par un matin tendrement ensoleillé, deux jeunes ados de 15 et 16 ans, camarades de classe à la même école à Schaerbeek, enfants sociables et à la scolarité exemplaire, quittent le territoire belge via l’aéroport de Zaventem sans être nullement inquiétés.

Ce drame a lancé plus d’une interrogation dans l’esprit des parents qui ne comprennent toujours pas comment deux adolescents ont pu passer les contrôles douaniers avec une simple carte d’identité belge, sans document d’autorisation parentale et se retrouver ainsi à l’autre bout du monde sur une terre en proie au chaos le plus total et aux conflits les plus sanglants.

Mais revenons un peu sur la chronologie des faits. Le 4 avril 2013 à 19h30, l’alerte est donnée par la maman de l’adolescent de 15 ans (Bilou de son petit nom) car ce dernier venait de lui envoyer un texto pour lui annoncer qu’il était en Turquie, à Istanbul et qu’il s’apprêtait à faire le transit vers Hatay le lendemain matin avant de passer en Syrie. Anéantie par la nouvelle, elle rassemble malgré tout les quelques réflexes qui lui restent pour aller au poste de police le plus proche pour déposer plainte pour la disparition de son gamin et s’attend légitimement à une prise en charge à la mesure du drame. On lui assène que son fils est probablement parti pour une virée entre copains et qu’elle ne doit pas s’inquiéter.

De son côté, la maman de l’ado de 16 ans (Paï pour les intimes) attend 19 heures, puis 20 heures – son fils lui avait expliqué la veille qu’il avait un après-midi cinéma au Kinépolis avec une troupe de copains. Les heures passent, le GSM ne répond pas. 22 heures, là ce n’est plus possible, elle prend sa voiture, fait le tour du quartier pour aller sonner chez ses copains qui l’un après l’autre disent ne pas l’avoir vu ce jour-là, va jusqu’au Kinépolis, au bowling, en vain – revient à la maison peu après minuit et se résigne à appeler la police pour une déclaration de disparition. "Il est probablement passé chez un copain et a oublié de prévenir" , lui dit-on. Ce n’est que le lendemain vers 15 heures que le Commissariat l’appelle pour l’informer de ce que son fils est en Syrie !

Dimanche 8 avril 2013, 4 heures du matin, les mamans reçoivent un texto : "On nous emmène vers la Syrie dans une heure."

Résumons donc pour les lecteurs qui veulent bien compter avec nous : entre la déclaration de la maman de Bilou le 4 avril 2013 à 19h30 et le moment où les deux ados sont arrivés à Hatay au Sud de la Turquie le 5 avril 2013 à 9h45 se sont écoulées pratiquement quinze heures. Quinze heures durant lesquelles les autorités belges, si elles l’avaient voulu, auraient pu alerter leurs homologues turcs. Homologues turcs qui auraient pu intercepter sans problèmes les deux jeunes. En effet, durant ces quinze heures, les enfants se trouvaient en permanence au sein des zones aéroportuaires.

Par ailleurs, entre le 4 avril à 19h30 et le 8 avril à 4 heures du matin, se sont écoulées pratiquement septante-deux heures durant lesquelles les enfants se trouvaient encore sur le territoire turc; septante-deux heures durant lesquelles les autorités belges, si elles l’avaient voulu, auraient pu alerter leurs homologues turcs et leur demander de réaliser une géolocalisation à base des numéros de GSM

Alors notre question est simple : pour quelles raisons la Belgique n’a-t-elle rien fait pendant toutes ces heures ? [ ]

Lettres sans réponses


Chaque parent de son côté a adressé un courrier à M. Di Rupo, à M. Reynders – pas même un accusé de réception. Les mamans ont envoyé un courrier à l’ambassadeur de Turquie, à l’ambassadeur des Etats-Unis pour leur demander leur appui dans les possibilités de recherche et location de ces enfants : pas une seule réponse.

Le seul ministère à avoir fait quelque chose est celui de l’Intérieur : en allant rencontrer ses homologues turcs à Ankara et pour avoir mis ce dossier d’enfants mineurs à l’ordre du jour.

Ceci étant, Paï, Bilou et Kaya ne sont pas les seuls. D’après les PV de disparitions, on en serait à 70-80 cas. Mais, en réalité, en pourrait facilement en compter 400 à 500 car tous ces jeunes partis en Syrie n’ont pas fait l’objet d’une déclaration de disparition par leur famille ou entourage.

Ces mamans ont rejoint d’autres groupes de parents qui traversent la même épreuve : les parents de Sean, qui est malheureusement décédé en mars dernier, quelques jours à peine après son 24e anniversaire, les parents de Jejoen, les parents de Sammy

Tous des jeunes issus de famille à la spiritualité ouverte, sereine et sans problèmes, toujours prêts à aider et à rendre service.

Et c’est manifestement cette générosité d’âme qui a été à la base de leur folle aventure. En effet, on apprend qu’un certain "Jean-Louis le soumis" a eu droit à un temps de parole, de prêche et d’appel à donations au sein de certaines mosquées à Bruxelles. De là à ce que ces jeunes se retrouvent à ses distributions de sandwiches aux SDF de la Gare du Nord (sandwiches financés sur leurs propres deniers), il n’y a qu’un pas que nos ados ont franchi la main sur le cœur puisqu’on les retrouve sur des vidéos YouTube du site du pseudo-restaurateur du Tawhid.

Ce qui interpelle fortement ces parents concernés par ce drame, c’est que lors des rares communications téléphoniques avec leurs enfants ces derniers leur tiennent sensiblement le même discours : "Nous sommes partis pour aider, pour construire un monde meilleur, un monde où égalité rimerait avec fraternité" – la terre promise en somme où ces gamins seraient les sujets "élus" par on ne sait quelle organisation machiavélique et internationale avec des succursales et filiales un peu partout à travers le monde. Ou une forme de mouvement sectaire sous le couvert d’idéologie et d’humanitaire dont nos 400 ou 500 enfants ne seraient que les victimes ?

Et les caméras de surveillance ?


Dans la procédure de constitution de partie civile que ces parents ont lancée, ils demandent qu’on puisse visionner les caméras de surveillance de la Gare du Nord autour de ce fameux Jean-Louis lors des trois derniers samedis qui ont précédé la disparition des ados et ainsi identifier d’éventuels personnages qui graviteraient autour de ce Jean-Louis et qui auraient pour rôle d’identifier les proies faciles et de les prendre à part pour une discussion plus précise d’enrôlement et d’évasion de ce pays où la fracture sociale est jugée flagrante et les mœurs déliquescentes. A ce jour, aucune information n’a pu être obtenue.

Même requête pour les caméras de Zaventem, au niveau du boarding gate, lors de leur disparition et celles de l’aéroport d’Istanbul pour pouvoir identifier les éventuels accompagnateurs, car ces gamins n’ont manifestement pas franchi toutes ces étapes seuls – toujours le même silence assourdissant !
 
 
Source: La Libre Belgique