Au Venezuela, la mort perd son combat face au peuple

En ce mois de mars 2013, partager le quotidien du peuple bolivarien du Venezuela dans les rues de Caracas est une expérience à la dimension humaine difficile à décrire.
Hugo Chavez avait annoncé il y a longtemps déjà : « Je ne suis plus Chavez. Chavez est un peuple désormais ». Dès le 10 janvier 2013, date à laquelle il n’a pas pu prêter serment comme président après sa réélection du 7 octobre 2012 et comme il a fait des Vénézuéliens un peuple souverain et participatif, la réponse fut immédiate. Les bolivariens révolutionnaires ont répondu : « Nous sommes tous Chavez » et chacun porte un t-shirt ou une pancarte : « Je suis Chavez ».

 


La mort se plaît à marquer ce qu´elle voudrait avec un point final pour la vie des hommes. Lorsque la maladie gagna son combat et que la mort pensa avoir emporté Chavez, elle ne s´imaginait sûrement pas qu´une multitude ne la respecterait pas et lui répondrait immédiatement et spontanément : « Chavez vit, la lutte continue ». La mort ne pouvait imaginer qu’à l’instant même où elle a pris le corps d’Hugo Chavez, des millions de Chavez sont nés et ont accompagné le cortège funèbre du Comandante le 6 mars 2013 pendant des heures sous le soleil de plomb de Caracas.


L´expression qui dit que la mort n´est qu´une disparition physique prend en ce moment au Venezuela tout son sens. Une jeune fille interviewée par une journaliste « Vos nom et prénom? », répond du tac au tac : « Mon prénom est Hugo, mon nom est Chavez ». Un journaliste vénézuélien déclare « Je pensais qu´il s´agissait d´un cauchemar et que j´allais me réveiller. Non. Le vrai cauchemar serait que Chavez n´ait pas existé ».


La patience et la détermination de ceux qui durant plus d´une semaine ont attendu avec une discipline exemplaire jusqu’à trente heures pour se présenter une seule seconde devant le cercueil d´Hugo Chavez laissent songeur. Il faut être attentif pour juger. Plus qu’un ultime adieu, il s´agit surtout pour eux de renouveler leur loyauté et fidélité à cette nouvelle forme de socialisme proposée par leur leader, le socialisme bolivarien. C´est une immense espérance pour un nouveau monde possible, un monde où les déshérités et les laissés pour compte trouvent enfin leur place en reconquérant leur dignité.


La mort se pare depuis des lustres de sa musique lugubre et du noir pour bannière. À Caracas, en ce mois de mars 2013, les bolivariens ont décidé de ne pas respecter ces tristes emblèmes. Malgré une profonde douleur et une grande tristesse, leur deuil est combatif. Il est dans les rues, populaire et revendique l’exemple moral en promettant qu’il sera suivi au pied de la lettre.


La chapelle ardente où le corps de Chavez a été exposé pendant dix jours a perdu toutes ses significations conventionnelles. Bien sûr, il y a eu recueillement, gardes d´honneurs et condoléances. Mais aussi, seconde après seconde, pour le voir juste une seule seconde, un incessant défilé, nuit et jour. Des millions de personnes. Des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux, des enfants, des handicapés, des civils, des militaires, des indigènes, des Vénézuéliens, des Latino-américains, mais aussi des amis venus d´autres continents. Des larmes versées, mais surtout des poings levés fermement et des mains sur le cœur. Et aux abords de l´Académie Militaire où repose Chavez, des centaines de personnes passent la nuit en famille à même le sol car ils sont venus de loin.


Dans cette chapelle ardente, des chants aussi ont retenti, du folklore traditionnel vénézuélien, de la musique llanera que Chavez chantait souvent. De nouveaux Chavez chantent pour Chavez les chansons qu´il aimait interpréter. Au “cuatro” (guitare à quatre cordes) succèdent la harpe, les tambours et tous les instruments typiques qui emplissent de vie ce lieu de deuil. Sur les écrans de télévision ou sur les ondes radio, Chavez continue de chanter, de déclamer et de proclamer ses messages pour la protection des enfants, des femmes, des moins favorisés, des indigènes, des analphabètes qui grâce à lui désormais lisent et écrivent, ou des incultes qui maintenant s´instruisent.


Au Venezuela, parviennent aussi les informations du monde. Celles d´une quinzaine de pays qui ont déclaré un deuil national. Plus de cinquante délégations et plus de trente chefs d´Etat ont décidé de venir accompagner le peuple vénézuélien et rendre un hommage à l´ami Chavez. Parviennent aussi les actes de naissance au nom de “Chavez” d’enfants qui naissent sous d´autres latitudes.


Durant plus de dix ans, Chavez s’est imposé comme un stratège qui gagna ses batailles une à une contre les pires ennemis qui soient. Et il se méfiait aussi de la mort qu´il regardait en face. Pour cela il est parti sans oublier de laisser son testament politique pour que sa révolution bolivarienne lui survive et en ayant soin de désigner ses successeurs. A ce jour, le peuple vénézuélien peut s’appuyer sur les cinq lignes principales d´un programme pour la Patrie et avec un Plan National pour le mandat 2013-2019 préparés par Chavez lui même.


Son décès aura aussi permis qu’une fois de plus tombent les masques de ses opposants. Déjà durant sa maladie, nous avions vu leurs sordides souhaits de mort. Un ecclésiastique prétendument chrétien avait même « béni son cancer ». Ces jours-ci nous avons entendu Capriles Radonski, le candidat d´opposition démontrer sa perversité et sa maladresse politique en déclarant avec un sourire sournois à un peuple chaviste en deuil : « Chavez est mort et personne ne pourra vous le rendre ». Pire, il a offensé personnellement divers ministres et aussi la famille de Chavez. Si telles sont les lignes directrices de campagne présidentielle qu´il a reçues lors de son tout récent séjour aux Etats-Unis, il faut croire qu’il accorde plus d´attention aux avenues newyorkaises qu´aux messages de ses compatriotes dans les rues de Caracas.


Maria Gabriela, l´une des filles de Chavez qui jamais n’était apparue sur la scène politique auparavant, lui exprima sa réponse par lettre publique en expliquant ce qui « n´est pas juste », ce qui « n´est pas humain », et en lui demandant de « ne pas jouer avec la douleur d´un peuple ». Lui précisant qu´elle savait que « la politique était sale mais ne l´imaginait pas aussi sale ».


Alors que les bolivariens ont décidé que la campagne présidentielle pour élire leur candidat Nicolas Maduro (désigné par Chavez) serait nommée la “Campagne Chavez”, l´opposition a annoncé une provocatrice et cynique “Campagne Simon Bolivar”. Les dirigeants de l’opposition croit-ils réellement que les Vénézuéliens ont oublié que lors de leur coup d´Etat d´avril 2002 ils ont décroché des murs du palais présidentiel le tableau du libérateur Simon Bolivar et que leur Président Pedro Carmona avait éliminé dans la minute où il fut mis en place la définition de « bolivarienne » du nom de la république du Venezuela ?


A ces offenses et attaques psychologiques sans pitié, le peuple répondra clair et net devant les urnes à ce candidat présidentiel déjà vaincu par Chavez.


Depuis plus d´une décennie, certains grands médias ont diffusé une litanie de mensonges concernant Hugo Chavez. Obéissant à d´autres intérêts que ceux d´un monde meilleur pour les peuples, ils ont fabriqué des informations pour inculquer à leurs audiences l´image du « dictateur populiste ». Pourtant, ils n´ont pas vraiment expliqué pourquoi ni comment ce surprenant dictateur a vaincu ses adversaires politiques quinze fois sur seize dans les urnes, résultats reconnus sans équivoque par tous les organismes internationaux.


Quant au « populisme », c´est le mensonge par omission auquel sont livrés ces grands médias, à moins que le « populisme », ce soit par exemple alphabétiser un million et demi de citoyens, réduire le taux de malnutrition enfantine de 40%, faire passer de 6 à 13 millions le nombre d’enfants scolarisés et faire passer l´enseignement secondaire de 53,6% à 73,3%, de 895.000 à 2,3 millions le nombre des étudiants universitaires, que ce soit créer 7.873 centres de santé, augmenter le nombre de médecins de 400% réduire de 49% le taux de mortalité infantile, opérer de la cataracte un million et demi de condamnés à la cécité et améliorer l´espérance de vie de 72,2 à 74,3 ans ?

 

Etre « populiste », c’est aussi baisser le taux de pauvreté de 42,8 à 26,5% et celui de la pauvreté extrême de 16,6 à 7%. Suivant son coefficient GINI, l´Indice de Développement Humain (IDH) du Programme des Nations Unies (PNUD) classe le Venezuela comme le pays sud-américain où l’inégalité est la plus faible.

 

Etre « populiste », c’est également augmenter les budgets sociaux de 60,6%, faire passer le nombre des bénéficiaires des pensions de retraite de 387.000 à 2,1 millions, construire 700.000 logements populaires, rendre un million d´hectares de terres à leurs ethnies originaires, remettre trois millions d´hectares de terre aux petits agriculteurs, augmenter la consommation alimentaire de 81%, faire passer de 250.000 à cinq millions le nombre d’enfants recevant une alimentation à l´école, impulser 50.000 coopératives populaires, augmenter le salaire minimum de 2.000% (16 à 330 dollars), offrir aux adultes en âge de retraite et n’ayant jamais travaillé 60% du salaire minimum comme retraite, 80% pour les femmes et les handicapés physiques, réduire la dette publique de 45 à 20%, ou améliorer le PIB par habitant de 4.100 à 10.810 dollars

 

Etre un « populiste nationaliste », c’est sans doute récupérer la souveraineté énergétique face aux monopoles pétroliers, aux secteurs électriques et de communications et lancer ses propres satellites. C’est sans doute se retirer du FMI et de la Banque Mondiale en remboursant ses dettes de manière anticipée. C’est sans doute arriver à un taux de croissance de 5,5%, l´un des meilleurs au monde.

 

Et le « populisme international » consiste évidemment à soutenir le continent américain par 8.800 millions de dollars en dons, financements et aide énergétique. A comparer avec les 3.000 millions de l´administration Bush.

 

C’est sans doute créer Petrocaribe (Pétrolière Caraïbes) qui offre à 90 millions d´habitants de 18 pays d´Amérique Latine et des Caraïbes ou même à des communautés défavorisées des Etats-Unis un pétrole subventionné entre 40 et 60% pour leur indépendance énergétique. Ou créer avec huit pays une Alliance Bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique (ALBA) afin de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Ou créer avec 33 nations la CELAC (Communauté des Etats Latino-américains et des Caraïbes) pour s´émanciper de la tutelle des Etats Unis et du Canada.


Chavez a laissé au peuple bolivarien du Venezuela une immense lueur d´espérance. Les programmes de santé, d´éducation, d´alimentation et de logements sont bien en marche. Ce n´est pas Henrique Capriles, gouverneur d´un des Etats du pays avec les pires indices sociaux qui pourra facilement les convaincre qu´il fera mieux. Alors qu’il a déjà fait ses preuves en leur retirant les conquêtes sociales acquises pour avantager une minorité d´oligarques.


Chavez continuera de vivre une longue vie au sein de sa révolution. Et son adversaire finira très probablement des jours paisibles dans son luxueux appartement newyorkais dont la provenance économique reste à ce jour mystérieuse. Il n´est pas non plus exclu qu´il prépare un nouveau show que le peuple connaît bien. Par exemple, se retirer de la campagne à la dernière minute pour tenter de discréditer les élections. Ou alors, « bon perdant » annoncer via les classiques manœuvres médiatiques internationales l´éternelle "fraude électorale" qui permet de justifier l´injustifiable.


Malheureusement pour lui, les Vénézuéliens ne croient plus à ces grossières manœuvres passées de mode depuis longtemps.  « Chavez vit, la lutte continue ».

Source : investigaction.net