Armes chimiques, une nouvelle croisade anti-Bachar

« Qu’il s’agisse de l’acte de désespoir d’un régime aux abois – scénario le plus probable selon les spécialistes ». (Le Figaro, jeudi 21 mars). Qualifier le régime syrien « aux abois » a été dit et redit depuis 20 mois déjà. Un propos qui démontre une fois de plus une réalité de papier bâtie par les Occidentaux car la vraie réalité du terrain est compliquée et « décevante » de leur point de vue.

 

 
 

Non, le régime n’est pas "aux abois", bien au contraire. Une semaine auparavant, l’armée syrienne a libéré Khan al-Assal, célèbre pour son école de police, aux mains des djihadistes al-Nusra, groupe très actif dans la région. Et pour comprendre cette vraie réalité du terrain, il faut prendre en compte cinq éléments essentiels :


1- Cela tombe pile-poil au moment où l'opposition désigne à Istanbul un 1er ministre pour un gouvernement d’exil (off-shore).


2- Cela tombe au moment où la France et le Royaume-Uni tentent de lever l'embargo sur les armes à destination des rebelles.


3- Cela tombe surtout juste après une victoire militaire de l’armée arabe syrienne qui a repris cette ville stratégique, Khan al-Assal, aux mains des djihadistes d’Al-Qaïda de Jabhat al-Nusra. La rébellion armée, en effet, s’est visiblement enlisée et ne peut plus avancer contrairement à l’armée syrienne qui travaille méthodiquement gérant bien son temps et ses interventions.


4- Un détail supplémentaire, les habitants de cette ville appartiennent à des minorités considérées hérétiques par les amis fanatiques de dirigeants occidentaux à savoir chiites, alaouites et chrétiens. Des armes chimiques en pleine zone "hérétiques", c’est non seulement le souhait des djihadistes fanatiques mais c’est aussi leurs appels sans cesse filmés par eux-mêmes d’exterminer les minorités "mécréantes" dont leurs vidéos trop nombreuses sur la toile témoignent.


5- Fin de mois d’août dernier, une usine de chlore et des dépôts ont été pris par les gentils rebelles pacifistes, à savoir le Front al-Nusra. Cette usine située à 50 km à l’est d’Alep sur la route d’Alep-Raqqa contenait plus de six tonnes de chlore. Malgré l’intervention de l’envoyé de l’ONU, Lakhadar Ibrahimi, le Nusra a refusé même que l’usine soit sous le contrôle des agents de l’ONU. Rappelons que le Nusra est la fille légitime d’Al-Qaïda en Irak réputée pour ses attentats quasi quotidiens, que ses membres maîtrisent parfaitement l’usage des armes chimiques, et que si Washington a décidé de le classer comme organisme terroriste d’Al-Qaïda, c’est pour des raisons plus qu’évidentes.


En effet, depuis mardi 19 mars au matin, une ligne rouge a été franchie. "Les gens mouraient dans les rues et dans leurs maisons", selon l'agence Reuters, après une attaque chimique à Khan al-Assal dans la province d'Alep. "J'ai vu surtout des femmes et des enfants", a indiqué le photographe de l'agence et "les victimes suffoquaient dans les rues et l'air sentait très fort le chlore". D’après les témoignages, les victimes souffraient de problèmes respiratoires.

 

Khan al-Assal, une tentative désespérée de compenser les pertes rebelles

 

En effet, cette ville Khan al-Assal située au sud-ouest d’Alep, néanmoins fidèle au gouvernement, venait d’être libérée par l’armée arabe syrienne après être tombée aux mains du Front al-Nusra à la fin de mois février dernier. Le Front al-Nusra visait l’académie de la police qui se trouve dans cette ville, depuis décembre dernier dans le cadre d’un programme baptisé "le début de la libération (sic) des entrées de la ville", annoncé surtout par la chaîne qatarie al-Jazeera fin décembre dernier.


Au-delà des effets de propagande, que l’armée ait pu s’emparer d’une localité située stratégiquement en plein territoire rebelle à mi-chemin des villes d’Alep, Harem et Idleb, montre que le sanctuaire rebelle (ou "la zone libérée" chère à Hollande) est pour le moins menacé. Cela signifie clairement que les rebelles, même dans leurs zones prétendument "libérées" ne sont en sécurité nulle part, et que l’existence de ces "zones libérées" n’est que chimère, que cette menace les touche partout où ils se trouvent, et que leur recours à l’arme chimique ne peut être qu’une signature de leur impuissance tout comme leurs attentats à répétition un peu partout en Syrie. C’est cette vraie réalité du terrain que les atlantistes cherchent à dissimuler par des gesticulations à répétition.

 

Le gouvernement syrien demande de l’aide à l'ONU

 

En effet, Bachar al-Jaafari, l’ambassadeur syrien à l’ONU, a demandé de l’aide pour former une mission technique spécialisée, indépendante et neutre, afin d'enquêter sur des attaques des rebelles utilisant des armes chimiques contre des civils.


Manœuvre pour forcer une intervention étrangère


Laurent Fabius et Obama avaient bien expliqué que l’utilisation des armes chimiques était une ligne rouge à ne pas franchir. Son utilisation aujourd’hui n’est peut-être qu’un prétexte pour une intervention militaire de l’OTAN pour faire tomber le régime de Damas ?

 

Et sans surprise, les atlantistes, défenseurs de leurs amis rebelles, accusent Damas, et depuis Jérusalem, Barack Obama a dit être "très sceptique" sur une éventuelle implication des rebelles. "Le régime Assad doit comprendre qu'il sera tenu responsable de l'utilisation d'armes chimiques ou de leur transfert à des terroristes".


Parlant de "leur transfert à des terroristes", Obama comme ses amis Israéliens, sous-entend "au Hezbollah", le parti chiite libanais et non les barbus à l’œuvre en Syrie. D’ailleurs à Washington comme à Tel-Aviv, des plans d'intervention destinés à sécuriser ces stocks en cas de chute du régime ont été étudiés.

 

Le chef du commandement européen de l'armée américaine va plus loin en réaffirmant que plusieurs pays de l'Otan étudiaient différentes options militaires pour mettre fin à la guerre en Syrie et aider les forces de l'opposition.

 

Du plus, Damas sait parfaitement qu’elle n’a aucun intérêt à recourir à l'arme chimique sachant que cela la condamnerait définitivement au plan international. Pourquoi l’aurait-elle fait alors que la situation militaire est à son avantage ? Non seulement l’armée syrienne est de loin supérieure en armes classiques mais elle vient de chasser le Nusra de la ville, ce même groupe classé par Washington comme mouvance d’Al-Qaïda. Seul le camp de l’opposition a besoin d’un tel acte désespéré pour réaliser "une équilibre militaire", si fantoche qu’elle soit.


Surenchères et gesticulations médiatiques

 

Lundi 18 mars, à Istanbul, la coalition fantoche d'opposition syrienne "a désigné" (selon le quotidien Le Monde) un premier ministre islamiste d’origine kurde, Ghassan Hitto, – qui a longtemps vécu aux USA et est proche des frères musulmans – pour diriger la soi-disant opération des "territoires libérés".

 

Bien entendu, cette coalition rejette tout dialogue, elle veut la guerre !

 

En effet, ce Premier ministre a été désigné par 35 voix sur les 50 présents, après 14 heures de consultations au cours desquelles l’ambassadeur américain Robert Ford est intervenu en personne. A peine désigné mardi à Istanbul, le Premier ministre annonce sous de grands airs ceci : "Nous confirmons au grand peuple syrien qu'il n'y aura pas de dialogue avec le régime d'Assad", une manière très diplomatique pour affirmer à ses maîtres la poursuite de la violence et destruction massive et programmée de la Syrie.

 

C’est ainsi que pour sa première grande intervention, ce Premier ministre SDF a fait le "plein", en nous offrant un instantané du rayonnement de l’opposition syrienne, restant fidèle à la pose et à l’habituelle jactance d’une opposition marquant son impuissance et son inféodation à Washington, Doha, Paris ou Istanbul.

 

Le quotidien al-Watan, un journal syrien proche du gouvernement a bien mis l’accent sur la nationalité américaine de ce monsieur depuis 20 ans, tout en précisant qu’il "a juré fidélité aux Etats-Unis d’Amérique".

 

Au-delà de ces précisions, on notera que ce "responsable" politique – qui annonce à l’avance sa stratégie qui est celle de ses amis et précise même l’objectif principal, à savoir le refus de tout dialogue donc l’option militaire – rend finalement un grand service au régime qui a de la chance de pouvoir compter sur des ennemis aussi obligeants ou crétins.

 

En effet, la "bonne nouvelle" annoncée par Hitto au "peuple syrien" est un nouveau leurre politico-médiatique !

 

Bref, rien de nouveau sous le soleil diplomatique : on condamne l’utilisation des armes chimiques, on menace d’intervention militaire, et on refuse tout dialogue avec le régime, cultivant l’illusion d’une victoire militaire quasi impossible qui se traduit depuis quelques temps par des attentats et assassinats ciblés. Le dernier acte de cette barbarie est l’attentat contre la mosquée al-Iman, en plein Damas, jeudi 21 mars dans le quartier d’al-Mazraah, et qui a coûté la vie à plusieurs dizaines de fidèles dont le célèbre savant syrien cheikh Mohammad Said Ramadan al-Bouti. Cet homme de paix et de dialogue a fait l’objet de plusieurs fatwas salafo-wahhabites rendant son sang halal, notamment de la part d'Qaradawi, mufti du Qatar et de l’OTAN ainsi que guide des Frères musulmans égyptiens.

 

Lien vidéo de l’attentat. Attention, images dures !

 

Source : investigaction.net