Analyse de l'Opération Tenaille de la CIA contre le Venezuela

Le document daté du 20 novembre 2007, classé « Confidentiel » (www.aporrea.org/tiburon/n105390.html) provient de Mr Michael Middleton Steere, fonctionnaire au Bureau de Affaires Régionales (BAR) de la CIA, situé à l’ambassade des Etats-Unis à Caracas (Venezuela)

Traduction par Jean-Louis Seillier pour Investig'Action

28 novembre 2007

Ce mémorandum confidentiel est adressé au directeur de la CIA, le Général Michael Hayden, et a pour sujet « l’avancement de la phase finale de l’Opération Tenaza (Tenailles, ndt) ». Cette Opération semble être l’organisation du « Coup d’Etat en douceur »qui est en cours contre le Venezuela et le gouvernement du Commandant Président Chavez depuis début 2007.

Dans le premier paragraphe de ce document confidentiel, l’auteur fait référence aux « avancées antérieures documentées en rapport avec l’Opération Tenaza » et confirme que cette Opération est coordonnée par l’équipe de l’Intelligence Humaine (HUMINT) au Venezuela. Il fait mention de la directive « 3623-g-0217 » qui semble être la communication antérieure sur cette Opération, et confirme qu’ils entrent maintenant dans la phase finale de ce Plan, comme prévu.

Le mémorandum résume les différents scénarii sur lesquels a travaillé cette équipe de la CIA, précisés dans une communication antérieure, et qui ont, selon l’auteur, connu de nouveaux développements qui doivent être exploités. Le premier scénario est le Scénario Electoral, qui confirme que les tendances d’intention de vote se maintiennent et donnent au OUI un avantage de 10 à 13 % ( 57% pour le OUI, 44% pour le NON), avec un taux d’abstention de l’ordre de 60%. La CIA indique que cette tendance est « irréversible » avant les élections.

Cependant, le fonctionnaire Steere précise que la CIA a suscité une campagne publicitaire pour le NON, avec un budget de plus de 8 millions de $ pour les opérations psychologiques, le payement des enquêteurs engagés par la CIA et la collaboration des agences et médias internationaux, en plus d’une équipe financée par la CIA et dirigée par Alberto Federico Ravell avec les journalistes et médias nationaux. Il mentionne le fait que la « désertion » du Général Raul Isaias Baduel et du parti « Podemos » pourrait « faire perdre 6% à Chavez » en faveur du OUI, quoiqu’ils n’aient pas eu d’impact supplémentaire depuis les déclarations initiales et qu’ils ne fassent pas partie du Plan en question.

Le bureau de la CIA au Venezuela recommande à son directeur les scénarios suivants comme réponses à l’inévitable victoire du OUI le 2 décembre prochain : « empêcher le référendum et/ou en contester les résultats même on appelle en même temps à voter pour le NON ». Malgré que les deux scénarios semblent contradictoires, le fonctionnaire Steere affirme que la « conjoncture politique du moment nécessite la combinaison des deux ». Plus avant, Steere souligne que pendant les quelques jours qui restent avant le référendum, « les activités visant à empêcher le référendum et en même temps préparer les conditions à la contestation de ses résultats » doivent être renforcées.

Pour parvenir à empêcher le référendum, la CIA propose les actions suivantes :

– Chauffer la rue et la prendre avec des Guarimbas et des défilés aux bougies

– Créer un climat d’ingouvernabilité

– Provoquer un soulèvement général d’une partie substantielle de la population

– « Votez et restez », plan visant à bloquer les bureaux de vote

– Commencer à donner des informations aux premières heures de la soirée du dimanche 2 décembre, en exploitant les sondages de sortie d’urnes ( en violation des normes du CNE)

– Coordonner tout ceci avec les médias nationaux ( Ravell, Globovision et RCTV ) et internationaux

– Coordination avec Peña Esclusa et Guyon Cellies, avec l’Attaché Militaire de la Défense et de l’Armée de l’ambassade des Etats-Unis à Caracas, Richard Nazario

Pour contester les résultats du référendum, la CIA propose ce qui suit :

– Créer un courant d’opinion assurant de triomphe du NON

– Utiliser les enquêteurs engagés par la CIA

– Critiquer et ôter la légitimité du CNE

– Créer une sensation qu’il y a fraude

– Utiliser une équipe d’experts des Universités qui rende crédible l’idée d’une manipulation de la date du CNE, du Registre Electoral Permanent ( REP ) et de l’encre utilisée pour le vote

De plus, le mémorandum de la CIA écrit par le fonctionnaire Michael Steere proclame la nécessité d’exécuter ces actions pour atteindre l’objectif de :

– Empêcher le référendum

– Dénoncer la fraude

– Prendre la rue

– Isoler Chavez au plan international

– Essayer d’unir l’opposition

– Tenter d’obtenir l’union des abstentionnistes avec ceux qui ont voté NON

– Soutenir fermement la propagande contre Chavez

– Réaliser des actions militaires en appui des mobilisations et actions de propagande

– Finaliser la préparation des opérations dans les bases militaires de Colombie et Curazao

– Contrôler une bande de territoire ou un siège d’institution pendant 72 à 120 heures

– Favoriser un coup d’Etat si possible au sein de la Guardia Nacional

Les acteurs principaux impliqués dans l’Opération Tenaza sont :

– Le bureau de la CIA au Venezuela (ORA) et son fonctionnaire, Michael Steere

– L’ambassade des Etats-Unis au Venezuela et son ambassadeur, Patrick Duddy

– Le bureau de la Défense, Crise et Opérations (DAO) de l’ambassade des Etats-Unis au Venezuela et son représentant officiel, Richard Nazario

– Le Commando National de Résistance

– L’Action Démocratique

– Le Drapeau Rouge

– Justice d’Abord

– Peña Esclusa

– Guyon Cellis

– Alberto Federico Ravell et Globovision

– Agences de presse et médias internationaux

– Société Interaméricaine de Presse ( SIP )

– Les Recteurs de l’Université Simon Bolivar ( Rudolph Benjamin Scharikker Pdolski ) et de l’Université Catholique Andres Bello ( Ugalde )

– Les Etudiants :

– Yon Goicochea ( UCAB )

– Juan A Mejias ( USB )

– Douglas Barrios ( UNIMET )

– Ronel Gaglio ( Monte Avila )

– Gabriel Gallo ( Santa Maria )

– Ricardo Sanchez ( UCV )

L’Opération a pour objectif final une insurrection armée au Venezuela, contre le gouvernement du Commandant Président Chavez, qui permette ensuite l’intervention des forces étasuniennes en territoire vénézuélien. En raison de tension actuelle avec la Colombie, le gouvernement des Etats-Unis et le gouvernement colombien ont renforcé les forces spéciales et les bases militaires installées à proximité de la frontière avec le Venezuela. Dans l’Opération Tenaza, il est fait mention de deux pays : Bleu et Vert, où les Etats-Unis ont des bases pour opérations militaires. Le pays Bleu est maritime, ce qui indique que ce devrait être Curazao, où les Etats-Unis entretiennent une base militaire sur l’aéroport international de Hato depuis 1999, qui a été renforcée en équipements, constructions et forces spéciales depuis un an et demi. Le pays Vert est frontalier avec le Venezuela, probablement donc la Colombie, où les Etats-Unis entretiennent trois grandes bases militaires, dont une à la frontière avec Apure en Saravena, et plus de 15 stations radar dans tout le pays, qui comprennent minimum 35 soldats des Etats-Unis, en plus des soldats colombiens. Via ces deux bases militaires étasuniennes proches de la frontière avec le Venezuela, la CIA et le Pentagone tentent d’équiper leurs « alliés » au Venezuela ( Ils font mention explicite des « contacts et réunions avec les officiels de divers secteurs, et en particulier de la Guardia Nacional » ) et d’appuyer les mobilisations de rue avec de l’armement. Il est même reconnu dans ce mémorandum que « une partie des armes envoyées par les Etats-Unis a été repérée et saisie », probablement ce qui a été intercepté la semaine passée par les forces de sécurité de l’Etat dans une maison de l’Urbanizacion Miranda, à Altamira.

La CIA confirme ce pour quoi j’ai sonné l’alarme depuis longtemps : les efforts de l’ennemi en propagande et en opérations psychologiques est le secteur où ont été « récoltés les plus importants résultats » du Plan contre le Venezuela. L’utilisation des médias nationaux et internationaux , et la manipulation permanente de la réalité au Venezuela a abouti à créer une image négative du Venezuela dans le milieu international. Au niveau national, ces opérations psychologiques ont abouti à mettre dans l’embarras plusieurs secteurs de la société vénézuélienne, et à accuser le gouvernement et le Président Chavez de tous les maux du pays, malgré que beaucoup de ceux-ci aient été provoqués par l’opposition elle-même (perturbations de l’approvisionnement, chaos provoqué par les guarimbas, etc ). Nous devons définir une stratégie de communication internationale efficace pour contrer les opérations psychologiques et les attaques médiatiques contre le Venezuela. Enfin, ce document de la CIA confirme ce que nous avons dénoncé depuis des années : il existe un plan global de déstabilisation en cours contre la révolution bolivarienne, qui comprend les médias, les partis politiques de droite traditionnels et nouveaux, les groupes étudiants de droite, les recteurs des universités privées, certains militaires à la retraite, les ONG financées par le gouvernement étasunien, entre autres acteurs. L’ambassade des Etats-Unis à Caracas n’est rien d’autre qu’un centre du complot de l’ennemi contre la révolution bolivarienne et le gouvernement du Commandant Président Chavez. A présent il tentent d’impliquer la Colombie et de profiter du conflit et des tensions entre les deux pays pour lancer une agression militaire contre l’intégrité du territoire du Venezuela. La Bolivie, en tant que pays frère de révolution du Venezuela, est également victime d’un plan semblable et mérite la solidarité et l’attention dans les rangs des révolutionnaires.

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