Alerte rouge dans le Caucase, que cherchent les Etats-Unis ?

Le vendredi 8 août, la guerre a éclaté entre la Géorgie ( le Caucase du Nord ) et la république autonome d’Ossétie du Sud appuyée par la Russie. La capitale autonome de l’Ossétie, Tskhinvali, a été bombardée. Il y aurait eu 1 400 morts, en majorité des civils, selon l’agence de presse russe Interfax qui cite le chef des séparatistes ossètes, Edouard Kokoity.

14 août 2008

La capitale ossète, Tskhinvali, a été investie par la Géorgie qui a prétendu venir mater les “tendances séparatistes”. On compte de nombreuses victimes, mais les communiqués venus des deux camps sont contradictoires. Un porte-parole de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés en Ossétie du Sud a aussi indiqué que de nombreux immeubles et maisons avaient été détruits dans le combat.

La Russie n’a pas tardé à réagir, d’autant que des tirs géorgiens avaient tué dix soldats russes dans une caserne de la force de maintien de la paix, à Tskhinvali. Cent cinquante chars et véhicules blindés russes sont entrés en Ossétie du Sud, alors que, à Moscou, se tenait un conseil de sécurité sous la présidence de Medvedev. La Géorgie a fait état du bombardement de sa base aérienne de Vaziani, à 25 km de Tbilissi, par l’aviation russe.

En Occident, on présente l’Ossétie comme ayant choisi le séparatisme, mais c’est oublier qu’à l’époque de l’URSS, l’Ossétie du Sud avait le statut de “région autonome” au sein de la RSS de Géorgie, qu’elle est peuplée par une population qui a souvent le double passeport et qu’elle est proche de l’Ossétie du Nord qui est restée russe.

En 1991, elle a proclamé son indépendance envers Tbilissi après la suppression de son autonomie par le premier président géorgien Zviad Gamsakhourdia. Tbilissi a perdu le contrôle du territoire sud-Ossète en 1992 à la suite d’un conflit meurtrier. La paix dans la zone du conflit osséto-géorgien est actuellement maintenue par un contingent composé de trois bataillons (russe, géorgien et ossète), fort de 500 hommes chacun comme soldats de la paix. Dans son attaque de l’Ossétie, la Géorgie a tué des soldats russes chargés de maintenir la paix.

La Géorgie est devenue la marionnette des Etats-Unis

Dans ce conflit, nous sommes devant le résultat du dépeçage de l’ex-URSS, dépeçage organisé par les Etats-Unis, en particulier par le milliardaire Soros, homme de la CIA, qui a entretenu une masse d’ONG provoquant des guerres civiles et des mouvements sociaux, en profitant de la débandade des institutions et des pouvoirs. Le tout sur la décomposition de l’ancien appareil d’Etat soviétique et la ruée des apparatchiks vers l’appropriation privée des ressources nationales.

Georges Soros, le milliardaire américain, a soutenu financièrement les mouvements étudiants géorgiens et le parti de Saakachvili et il a financé la carrière politique de Saakachvili depuis le début. Son influence continue aujourd’hui à être grande sur le nouveau gouvernement géorgien. Des ministres de l’actuel gouvernement sont des anciens collaborateurs du financier américain au sein de sa fondation. Un certain nombre de jeunes conseillers de Saakachvili ont également été formés aux Etats-Unis dans le cadre des échanges universitaires mis en place et gérés par la Fondation privée de Soros.

Le gouvernement américain, quant à lui, a doublé son aide économique bilatérale à la Géorgie depuis la révolution. Cette aide annuelle atteint donc aujourd’hui 185 millions de dollars. De plus, la Maison-Blanche est engagée dans un programme de formation des forces spéciales de l’armée géorgienne dans le cadre de la lutte contre le terrorisme islamiste dans la région avec l’aide d’Israël. Les Etats-Unis ont également débloqué de l’argent pour régler la facture énergétique de la Géorgie au lendemain de la révolution de novembre 2003. Il est évident que Soros, qui y trouve ses propres intérêts financiers, a joué, en lien étroit avec la CIA, un rôle dans la main-mise directe des Etats-Unis sur cette zone stratégique, d’abord sur un plan énergétique mais pas seulement. (1)

C’est un scénario que l’on a vu s’appliquer dans bien d’autres endroits. Cette balkanisation/ vassalisation est partout, y compris en Amérique latine, en Asie, comme en Europe, le moyen d’asseoir la puissance étasunienne face à des pays rebelles. Aujourd’hui, c’est l’avancée de l’OTAN, l’installation de missiles dirigés contre l’Iran mais en fait contre la Russie.

Mais pourquoi envahir l’Ossétie indépendante de fait depuis de nombreuses années? S’agit-il de créer une situation irréversible avant le départ de l’actuel hôte de la maison Blanche? Si l’influence de Soros reste déterminante, s’agit-il au contraire de jouer la carte dessinée par Obama du renforcement de l’intervention vers l’Afghanistan et vers une zone irano-orientale ?

Pourtant récemment Condolezza Rice était à Tiblissi et on imagine mal que l’opération se soit faite sans son aval, sans l’influence de Washington, qui souhaite l’intégration de la Géorgie dans l’OTAN .

Depuis, la Géorgie est totalement soumise aux Etats-Unis et d’un point de vue militaire très liée à Israël. Il est donc peu probable que la Géorgie ait lancé l’assaut sur l’Ossétie, tué dans leur caserne des soldats russes du contingent de la paix, sans l’accord des Etats-Unis.

Dans un premier temps la Géorgie, puissamment armée et entraînée par Israël a contesté l’organe chargé de régler le conflit – la Commission mixte de contrôle est coprésidée par la Russie, la Géorgie, l’Ossétie du Nord et l’Ossétie du Sud.

S'en est suivi le 7 août, l’attaque contre l’Ossétie, le bombardement de sa capitale et la fuite des populations civiles. On parle d’un désastre humanitaire.

Et c’est enfin l’affrontement direct avec les forces russes.

Une attaque contre l’Ossétie mais aussi contre la Russie

Aujourd’hui, les dirigeants politiques géorgiens prétendent mener une opération de pacification. Tbilissi se dit prête à arrêter le bain de sang si Tskhinvali [capitale sud-ossète] accepte une négociation directe [sans médiation russe], ce qui signifierait une capitulation des Ossètes. Tbilissi promet par ailleurs d’octroyer à la république “une large autonomie au sein de la Géorgie et une aide humanitaire de 35 millions de dollars pour la reconstruction.” Le Premier ministre géorgien Vladimir Gourguénidzé a également proposé “une amnistie juridico-politique pour tous les hauts fonctionnaires de la république autoproclamée” tout en réïtérant la volonté de Tbilissi de “poursuivre [l'action militaire] jusqu’au rétablissement de l’ordre“.

Dans son allocution à la nation, citée par l’agence d’information géorgienne Akhali Ambebi Sakartvelo, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a annoncé que dans la matinée du 8 août, “la majeure partie de l’Ossétie du Sud était libérée et contrôlée par les forces gouvernementales géorgiennes”. Il a ensuite accusé Moscou d’avoir envoyé des bombardiers SU-24 frapper les alentours de la ville géorgienne de Gori [à une cinquantaine de kilomètres de Tskhinvali] et les régions de Kareli et de Variani. Information catégoriquement démentie par la Russie : “C’est du délire, une énième provocation nauséabonde de Tbilissi”, a rétorqué un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères russe, cité par Izvestia.

Le même jour, ce “délire” sur le bombardement de Gori était relayé par toutes les agences de presse occidentales qui faisaient avec une belle unanimité de la Russie l’agresseur.

Le premier dirigeant russe à avoir réagi à l’escalade de la violence a été le chef du gouvernement Vladimir Poutine. Depuis Pékin, il a regretté le non-respect par la Géorgie de la trêve olympique et a promis “une riposte à l’agression géorgienne“, rapporte le quotidien en ligne russe Vzgliad. L’agence russe Ria Novosti fait état des propos de Vladimir Poutine auprès de Bush affirmant que les peuples russes, en particulier ceux du Caucase, n’accepteront pas une telle agression contre leurs compatriotes.

Bush paraît avoir manifesté de l’embarras. Pour sa part, le président russe Dimitri Medvedev a promis de protéger la population civile ossète dont la majorité possède un passeport russe, informe Vzgliad. “Nous n’accepterons pas la mort impunie de nos concitoyens où qu’ils se trouvent“, a-t-il martelé. Selon Vzgliad, le jour même, des troupes et des blindés russes franchissaient la frontière russo-géorgienne et se dirigeraient vers Tskhinvali.

Les Etats-Unis, par la bouche de Condoleezza Rice, ont réclamé la fin de combat alors que la vraie question est leur implication dans l’assaut. Quant à la communauté internationale, l’OTAN, l’ONU et le Conseil de l’Europe ont appelé les parties à cesser le feu et à s’asseoir autour de la table des négociations. A l’heure actuelle, la pacification semble toutefois être un vœu pieux.

Le Caucase s’embrase ?

La fièvre monte du côté russe, en particulier dans le Caucase. L’agence de presse Ria Novosti nous apprend que “les Cosaques ont lancé la formation de bataillons de volontaires pour faire face à une éventuelle aggravation de la situation en Ossétie du Sud, a annoncé mardi aux journalistes le chef (ataman) de la Troupe des Cosaques du Don, Viktor Vodolatski".

“Ces bataillons sont prêts à aller dès demain en Ossétie du Sud”, a indiqué l’ataman. Selon lui, les bataillons sont formés de Cosaques qui ont servi dans l’armée. “Nous voulons que les meilleurs Cosaques qui défendront l’Ossétie du Sud et la Russie en fassent partie”, a souligné l’ataman. Selon les responsables sud-ossètes, si la Géorgie déclenche une guerre contre la république autoproclamée, on fera appel à ces bataillons. “Dans ce cas-là, les Cosaques auront le statut de militaires sud-ossètes”, a précisé Anatoli Barankevitch, secrétaire du Conseil de sécurité de la république. Ces derniers jours, a-t-il poursuivi, la Géorgie a multiplié ses provocations, “tuant, lors de tirs, six personnes et en blessant treize autres”.

“Sur les six tués, trois sont des civils”, a-t-il rappelé, ajoutant que l’évacuation des femmes et des enfants des zones menacées par les tirs géorgiens avait été ordonnée le 2 août.”

Au-delà de l’événement

Comme toujours, on ne peut dire la véritable signification de l’événement – et a fortiori qui en sortira victorieux- qui ne peut se comprendre qu’en le renvoyant à la totalité historique qui lui donne sens.

Le fond est ce que nous avons décrit, c'est-à-dire le dépeçage des marches de l’ex-URSS et la tentative de poursuivre l’assaut, en particulier à travers l’OTAN qui tente d’intégrer la Géorgie et l’Ukraine. Partout ont été installés par de pseudo- révolutions populaires et des élections achetées et manipulées, des hommes de paille dont la politique consiste à s’approprier, sous couvert de privatisation, les ressources du pays, entraînant une aggravation de la situation des populations.

Il faut également mesurer que l’entreprise a commencé avec Gorbatchev qui, sous couvert de créer un pluripartisme, a sollicité partout des partis “nationalistes” ou plutôt régionalistes issus de l’appareil, avec une propagande en faveur des autonomies puis des indépendances.

La Géorgie était l’une des républiques où le niveau de vie était le plus élevé, avec les Pays baltes et certaines régions de la Russie occidentale. Quelques années après la chute de l’Union soviétique, la Géorgie était dans le peloton de queue des républiques post-soviétiques.

Si l’on prend les revenus par habitant, la Géorgie est aujourd’hui dans les trois ou quatre derniers pays de l’ex-Union soviétique. Le PIB a chuté de manière très spectaculaire : le PIB de 1993 représentait 17% de celui de 1989. Au lendemain de la disparition de l’URSS, il y a donc eu une décomposition totale du tissu économique. Depuis 1995-1996, la croissance est redevenue positive. A partir de 1998, la crise financière russe a marqué la Géorgie. La corruption et la criminalisation de l’économie sont également entrées en jeu à partir de la fin des années 90, entravant sérieusement le développement de l’économie.

En matière économique, la Géorgie est ainsi devenue un pays en proie à des groupes d’intérêts politico-mafieux qui empêchent tout investissement étranger. Les seules entreprises étrangères qui sont parvenues à s’implanter dans le pays, notamment dans la distribution d’électricité ou la production de vin ou d’eau minérale, ont dû quitter le pays au bout de deux ou trois ans en raison de la pression de ces groupes criminels. Il y a eu aussi des enlèvements d’hommes d’affaires à plusieurs reprises.

La révolution de velours, menée en fait directement par les Etats-Unis avec des “experts” et politiciens directement importés de ce pays, a été menée contre la corruption et les bandes mafieuses. Il a été fait grand bruit de quelques arrestations de responsables politiques impliqués dans la corruption de l’ancien régime. Les ministres de l’Energie, des Transports, le directeur des chemins de fer ou encore le président de la Fédération géorgienne de football ont ainsi figuré sur la ” black list ” de l’équipe Saakachvili.

Mais en fait il y a eu entente entre les nouveaux et les anciens dans le dépeçage, et le peuple qui avait accueilli avec soulagement le changement d’équipe a rapidement déchanté.

Qu’est-ce qui peut donc expliquer cette offensive contre une région autonome depuis pas mal de temps et surtout contre l’armée russe ?

Le Caucase du sud est une région stratégique d’une très grande hétérogénéité ethnique et c' est la région qui sert de lien entre la Russie et l’Asie Mineure et qui, après la chute de l’URSS, s’est convertie en une zone de tension et de conflits armées. Le chef du gouvernement de Géorgie est un agent nord-américain, c’est un avocat new-yorkais d’origine géorgienne, Mijail Shajashvili.

La situation créée de toute pièce est un des principaux facteurs d’instabilité, à cause notamment de la politique intérieure de privatisation et de l’hostilité à l’égard des russophones. Du côté russe, la défense de la dignité nationale par Poutine a d’abord consisté à enrayer le dépeçage. Cette politique a aussi été menée en s’appuyant sur la résistance des populations russophones à la soumission aux Etats-Unis. On retrouve en Ukraine un cas de figure comparable.

On connait par ailleurs la manière dont la Russie a été conduite à créer autour d’elle un glacis d’alliance dont la plus célèbre est l’Organisation de coopération de Shanghai. Il faut également considérer l’organisation des riverains de la mer Caspienne proche de cette zone. Partout, la Russie a sollicité des alliances défensives contre les assauts conjugués de pseudo-terroristes et de séparatistes dirigés par des hommes de paille, avec intégration dans l’OTAN.

Un autre facteur de déstabilisation est le rôle que les États-Unis et leur allié Israël prétendent faire jouer à la Géorgie. La Géorgie, en effet, constitue une des pièces du dispositif contre l’Iran. C’est une chaîne de poudrière qui comprend la Tchétchénie, le Daguestan avec ses réserves et l’enclave arménienne de Nagorno-Karabaj dans le territoire de l’Azerbaidzhan. Pour bien mesurer l’ensemble, il faut encore avoir en mémoire que se multiplient dans la même zone les agressions de la Turquie contre les Kurdes, le tout dans le contexte explosif de l’Iran.

Derrière ces conflits ethniques, il y a en effet le grand jeu pour le contrôle des gazéoducs et oléoducs qui permettent d'exploiter le gaz du Turkménistan et les réserves pétrolières d’Azerbaïdjan. Les Américains sont actifs depuis longtemps dans cette région en raison des ressources énergétiques de la Caspienne.

Ils sont également en train de déplacer leurs bases militaires de l’Europe de l’Ouest vers l’Europe de l’Est et l’Asie centrale, officiellement dans le cadre de leur stratégie de lutte contre le terrorisme. Washington envisage notamment d’installer de nouvelles bases en Géorgie ou en Azerbaïdjan.

La Géorgie est le véritable verrou stratégique du Caucase car c’est le seul pays qui a un accès à une mer ouverte et qui a une frontière très longue avec le Caucase russe et est donc un pays-clef pour la stabilité régionale dans le Caucase.

Alors que le conflit armé paraissait improbable, il semble que celui-ci ait été décidé, ce qui est très inquiétant pour l’embrasement de la zone.

S’agit-il d’une mise à feu dont la poudrière serait l’Iran? Avec les Etats-Unis, on peut s’attendre à tout.

(1) Cela dit, Soros, dont nul ne peut nier le rôle dans la déstabilisation qui lui rapporte en général pas mal d’opérations financières, est actuellement en crise ouverte avec le gouvernement Bush et un des plus gros soutiens financiers de Obama. C’est un personnage qui s’agite beaucoup mais est-ce lui qui tire les ficelles? On peut en douter car le complexe militaro-industriel étasunien se méfie de cet aventurier et l’utilise.

Source: http://socio13.wordpress.com/