Agriculture en Martinique : @@à qui profite l’argent de l’Europe ?

MARTINIQUE. Fort-de-France. Vendredi 3 juillet 2009. Caribcreole. Après une longue et remarquable enquête, Lisa David a réussi à identifier le cercle très fermé des pwofitè des subventions agricoles européennes. Ainsi donc, Caribcreole révèle, pour la première fois, le circuit et surtout les montants que l’Europe attribue à ces “agribusinessmen”.


 

Pour la plupart, ce sont des békés, des gwo tyap qui – en Guadeloupe et en Martinique – font, depuis des décennies, la pluie et surtout le «beau temps» dans l’agriculture des dernières colonies. Ils se sucrent allègrement : c’est un véritable scandale ! Un clic sur le site Telepac et la liste des heureux bénéficiaires du Feaga (Fonds européen agricole de garantie) et du Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural) s’affiche. En France, certains observateurs parlent d’ « agribusiness européen » et c’est peu dire. Parmi les plus gros bénéficiaires de la PAC (Politique Agricole Commune) les « gros mordants » remportent …le gros lot. Qui sont-ils ? L’enquête exclusive de caribcreole.     

 
    
Depuis le 30 avril, en vertu d’une décision de la Commission européenne, les Etats membres doivent publier, chaque année, la liste détaillée de tous les bénéficiaires des subventions agricoles au niveau national. Si de nombreux pays ont joué le jeu, la France a attendu la date limite fixée par le règlement communautaire pour les rendre publics. Dans le monde agricole français, on ne décolère pas, et les syndicats, pour la plupart, sont restés discrets pour ne pas en rajouter. La Coordination Rurale en France s’est distinguée en s’élevant contre cette transparence, craignant un piège pour les agriculteurs qui seraient considérés comme des assistés. Côté assistés, les gros agriculteurs martiniquais sont bien classés.

Les journaux nationaux se sont indignés de constater que la Queen Elizabeth II, pauvre comme on sait, bénéficie des aides européennes avec plus de 5 millions d’euros. Le prince de Monaco, dont la famille est propriétaire d’un domaine de 773 ha, est aidé pour son soutien aux cultures « propres » avec 253 986 € (Le Parisien 28.05.09). Une bagatelle, comparée aux montants qu’empochent les planteurs békés sous les cocotiers.

Gagner plus avec plusieurs sociétés

Qui se cache derrière le nom d’une société ? Une même personne peut avoir des intérêts dans plusieurs exploitations agricoles sans que cela apparaisse. Nous avons voulu en savoir plus et chercher ce que la liste publiée sur Telepac ne dit pas. De surprise en surprise se découvre la générosité faite aux riches.

Si seule Gardel en Guadeloupe figure dans le peloton de tête des plus gros bénéficiaires de la PAC dans les Départements d’Outre Mer avec 10 millions d’euros, suivie de l’habitation guadeloupéenne de Capesterre Belle Eau «Bois Debout», avec plus de 4 millions d’euros, c’est bien faute de savoir qui se cache derrière le nom des sociétés.

En Martinique, avec ses sept millions de fonds européens, Jean-Michel Hayot fait partie de cette catégorie qualifiée d’«Agri-Millionnaires par Farmsubsidy.org une ONG qui s’est battue pour la transparence de l’utilisation de l’argent des contribuables.  L’exploitation agricole « Petit Morne » au Lamentin a été bénéficiaire de la confortable somme de 3 859 391,42 € du Feaga (Fonds européen agricole de garantie) pour la période du 16 octobre 2007 au 15 octobre 2008. Mais ce n’est pas tout puisque cette habitation n’est qu’une de ses nombreuses propriétés. À 53 ans, ce planteur sait comment planter les bananes et récolter les subventions. Un vent de millions d’euros s’abat sur ses «cultures de fruits tropicaux et subtropicaux». «Petite Grenade» obtient du Feaga, 1 079 297,75 euros. «Trianon», toujours au Lamentin, 1 305 234,08 € et sa voisine «Bochet» 1 144 190,04 €. Il y a aussi «Le Lareinty S.A» (90 807,38 €) présidée par Madame Hayot Jean-Michel (comme précisé par les documents d’immatriculation) avec «Monsieur» comme Directeur Général. Au total, plus de sept millions d’euros pour une année (7 478 921,07 €). Jean-Michel Hayot, ancien administrateur de la Sicabam (fondue dans Banamart), a de quoi regarder l’avenir et gérer sereinement sa dizaine d’entreprises, dont certaines tournées vers l’immobilier.
La plaine du Lamentin, où pleuvent les subventions, risque bien de se transformer en montagne d’euros. Avec 871 726,85 € (Feaga et Feager), la « Sarl La Désirade » de Jacques Plissonneau Dusquesnes, créée en 2001, grimpe déjà vers la crête millionnaires.

Un peu plus loin, Jean Simonet gagne aussi le pactole avec plus de 5 millions d’euros pour ses exploitations «Caféière» (3 518 133,60), «Rivière Lézarde» (1 178 685,46) à Saint Joseph et «Mag Do» (791 549,73) au François. Cette dernière n’est créée qu’en janvier 2005.
Jean Simonet qui est aussi actionnaire de la SPM, (Société Productrice de Banane au Cameroun) peut avoir l’esprit tranquille pour conduire sa quinzaine d’entreprises. Du commerce de gros de parfumerie et de produits de beauté en passant par la fabrication de produits azotés et d’engrais, la location et location-bail de machines et équipements agricoles, ce jeune chef d’entreprises de 45 ans a l’avenir devant lui.

Au palmarès des «Agri-Millionnaires», on retrouve un autre membre de la famille. Pour la «culture de fruits tropicaux et subtropicaux», l’exploitation d’Henri Simonet «Citefi» au François (dont les administrateurs sont Jean Simonet et son épouse), reçoit 1 155 122,62 d’euros. Mais ce que les réalisateurs du classement ne savent pas, c’est que le même planteur peut encore compter sur la généreuse PAC avec 901 274,04 € pour son habitation «Grance Trace» et 613 609,77 € pour «Saint Aroman» au François. Henri Simonet bénéficie au total de plus 2 millions et demi d’euros.

Gilles De Reynal de Saint Michel, patron d’une trentaine d’entreprises en Martinique, Guadeloupe et Guyane dont les associés se comptent dans le monde très fermé des békés, remporte le gros lot. Lauréat du classement des fonds de la Pac pour l’exploitation agricole «Bagatelle» au Gros-Morne, avec 2 005 422,86 €, il ne pense pas qu’à la bagatelle. Il fait l’Europe cracher au bassin avec 427 500,22 € pour l’habitation «Perpigna» de Macouba, placée en plan de redressement par jugement du Tribunal Mixte de Commerce le 27 novembre 2008.

La culture de la canne à sucre rapporte 54 007,54 € dans les caisses à l’habitation «Lapalun» à Rivière Salée. Des subventions qui ne semblent pas aider à la bonne santé des plantations de l’ancien patron de la Sicabam puisque «La Richard» à Trinité, qui bénéficie d’un versement de 1 709 206,25 € du Feaga, fait l’objet d’une procédure collective en date du 8 décembre 2008.
Avec 645 568,38 € reçus pour l’habitation «Cheneaux» de Macouba, (placée en redressement judiciaire le 29.05.2007) le gérant du «Musée de l’ananas et des cultures d’antan» a bénéficié de près de 5 millions d’euros de la Politique Agricole Commune, pour la période du 16 octobre 2007 au 15 octobre 2008.

En Martinique l’Europe ne protège pas des poisons

Sous la plume de Patrice Louis, un journaliste qui sème son mépris sur les Martiniquais, on peut lire dans « Le Monde » (05.06.2009) qu’« En Martinique, l’Europe protège aussi du soleil. Les 438 abris d’attente des transports en commun de Fort-de-France et de ses environs ont été édifiés avec les fonds communautaires du Fonds européen de développement régional (Feder) à hauteur de 36 %. Les clients qui attendent leur bus s’en doutent d’autant moins que les indications qui l’attestent ont souvent été décollées. » Aurait-il osé écrire les mêmes mots pour son département français ? Manifestement il y a aussi quelque chose de décollé chez Patrice Louis. Sa curiosité peut-être.Sous les abris bus attendent beaucoup de chômeurs, de mères de famille licenciées, dont certaines ont trimé sous le soleil dans les plantations de cannes ou de bananes. Plantations alimentées au poison chlordécone et aux subventions.
Dans ce même article pointant du doigt les ingrats abstentionnistes martiniquais, Frédéric De Reynal, président du principal groupement de planteurs Banamart, confie que « sans l’Europe, on parlerait de la banane au passé » et rappelle que « les producteurs antillais reçoivent 130 millions d’euros de Bruxelles. »
Pour son « Eden » à Ajoupa Bouillon, Frédéric De Reynal a bénéficié de la main du Dieu Europe avec 837 014,14 €. De quoi suivre les conseils de Jean Crusol, (ancien député européen et départementaliste socialiste), qui déclare dans l’article de Monsieur Louis, au sujet des Martiniquais : « Ils devraient se réveiller tous les matins en disant «vive l’Europe», car l’aide porte sur des sommes considérables ».

La famille De Reynal de Saint Michel peut en témoigner puisque l’exploitation agricole « Sud Est » au Lamentin, figure dans le classement des agri-millionnaires avec 1,083,643 €. Co-gérants Tanguy et Cyrille, du même nom. La « Sarl Union » de Cyrille De Reynal De Saint Michel encaisse 1 803 759,43 €.
Henri De Reynal de Saint Michel remporte pour l’habitation « Gondeau » au Lamentin, le petit montant de 471 734,26 €, auquel viennent s’ajouter 435 661,32 € pour l’habitation « Rivière Monsieur » et 358 294,54 € « Ban-Union » à Sainte Marie. Avec plus d’un million des charités de la Pac, ce planteur devrait se remettre des malheurs d’ Agriconseil , le Groupement d’intérêt économique de Bois Rouge dont il était le président et qui après une liquidation judiciaire en janvier 2006, a été clôturé pour insuffisance d’actif par jugement du 16 janvier 2007.

Administrateur d’Agriconseil, Axel Assier de Pompignan pour sa « culture de fruits tropicaux et subtropicaux » à l’habitation « Choisy » de Saint Joseph, encaisse 633 684,59 € pour la période du 16 octobre 2007 au 15 octobre 2008. « Choisy » a été placé en redressement judiciaire par décision de justice le 30 septembre 2008.
On l’appelle Sigy. Avec son million (1 029 437,41), placée au palmarès des Agri-millionnaires, cette ’habitation du Vauclin, ne dit pas le nom de sa petite sœur « Château Paille ». Née en 2004, celle-ci se contente de 572 151,66 €. Ces deux exploitations sont gérées et co-gérée par Madame Rimbaud Elisa. Une agricultrice très tournée vers l’immobilier puisqu’on la retrouve à la tête de trois sociétés immobilières en France et en Martinique.

Subvention ka descend la Capote

Les subventions européennes coulent à Basse Pointe. Le Feaga déverse 1 520 174,85 € pour l’habitation « La Capote » de Bertrand Aubery. « Le Verger », immatriculé en 2002, lui vaut un classement parmi les Agri-Millionnaires avec 1 226 177 €. Mais le trésor ne s’arrête pas là. Le gérant de l’habitation « Gradis » à Basse-Pointe (1 287 446,03) peut écouter Jean Crusol et crier « Vive l’Europe » en se réveillant le matin. Son habitation « Moulin l’Etang » profite de 1 446 930,33 € et si pour son « activité de soutien aux cultures », sa société « Mecagri » se contente de 40 520,00 €, le « Jardin Clément », toujours à Basse-Pointe s’en tire avec 1 387 311,97 €. Ancien administrateur de l’usine Socomor (transformation de l’ananas) qui a fermé ses portes, suite à sa mise en liquidation judiciaire en janvier 2007, Bertrand Aubéry remporte le gros lot. Ce planteur de 57 ans règne sur quinzaine d’entreprises dont certaines, comme on le constate, bien arrosées par la Poltique agricole Commune.

Joseph De Laguarigues de Meillac se rapproche du million avec 960 milles euros pour ses exploitations de Basse-Pointe . « Leyritz Senecourt » « culture de légumes ; maraîchage » 637 675,52 €. En 2001 il crée une EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée), « Leyritz Beranger » pour la « culture de melons, de racines et de tubercules ». C’est bien connu, les melons ne poussent pas bien dans le Nord et le tribunal de commerce place en 2005, cette entreprise en plan de continuation. En 2008, arrive du Feaga 322 956,34 €.

« La banane de Guadeloupe et de Martinique, rien ne peut la battre » ! Décidément le slogan publicitaire de l’Union des Groupements de Producteurs de banane de Guadeloupe et de Martinique se vérifie. C’est la « culture de fruits tropicaux et subtropicaux » qui permet à Marie-Joseph Marraud Des Grottes d’entrer dans le top des agri-millionaires avec 1 169 527,84 €, pour l’habitation « Macouba Sarl ».
A Saint-Pierre c’est banane au top. L’exploitation « Parnasse » de Serge Ernoult a eu du Feaga, un versement de 1 134 619,15 €. Toujours dans la ville d’art et d’histoire, Jean-Claude Marraud Des Grottes peut compter sur 1 000 328,77 € pour sa « Société Agricole Perinelle ».
Dans la même famille, mais au Lamentin, Nicolas Marraud Des Grottres propriétaire de l’habitation « Socoban », immatriculée en 2004, ne touche qu’un petit 325 859,01 €.

Des millions pour les Békés

Depuis la colère soulevée dans le pays par les propos racistes d’Alain Huygues Despointes, tenus dans le reportage de Canal Plus, « Les derniers maîtres de la Martinique », le petit monde béké n’a eu de cesse de chercher à prouver qu’il n’est pas maître de l’économie. Difficile de trouver un non béké dans la longue liste des agri-millionaires des fonds de la Pac en Martinique. L’AMIV (Association interprofessionnelle de la viande, du bétail et du lait) fait exception avec 3 891 270,23 €.

Les békés ne pourront plus faire croire que les assistés sont d’un seul coté des populations de Martinique ou Guadeloupe. Désormais les bénéficiaires des aides de la Pac s’étalent en même temps que les licenciements dans l’agriculture. « La route de la Banane » est semée de millions même si les exploitations agricoles martiniquaises sont caractérisées par leur superficie réduite. En 2006, la surface moyenne des exploitations est estimée à 7 ha et 74% d’entres elles ont moins de 5 hectares.

Alain Huygues Despointes, héros du reportage « Les derniers maîtres de la Martinique » (Canal Plus), ne connaît pas que les « bons côtés » de l’esclavage qu’il nous servait en « caresse antillaise » ce soir du 6 février 2009. Il sait lui aussi profiter de la Pac qui se déchaîne pour le bien être des békés. Avec « Denel Confitures et Jus de fruits tropicaux », 369 057,96 € lui sont directement versés par le Fonds européen agricole de garantie (Feaga), auquel viennent s’ajouter 257 217,70 €, pour la «fabrication de lait liquide et de produits frais » de la SNYL (Société Nouvelle des yaourts Littée).

Interrogé par « Le Parisien » Pierre Boulanger, chercheur au groupe d’économie mondiale de Sciences-po et qui conduit un programme de recherches sur la politique agricole commune, constate: « Des montants considérables sont versés dans les DOM (départements d’outre-mer). Au regard de l’actualité de ces derniers mois, il est opportun de se demander si ces sommes créent des emplois et sont redistribuées localement ou si elles ne bénéficient qu’à une minorité de riches familles de békés. »
Dans une interview à « France Antilles » (6.02.09) qui devrait faire son entrée dans le Guiness des records de couillonades, le porte parole de la caste béké, Roger De Jaham (quoi qu’une certaine Mme Depaz expliquait récemment à Madiana, au micro du jeune David Dlys de « MartinikLité » qu’il ne la représente pas), explique sans rire qu’ « Aujourd’hui la majorité des békés est pauvre … il y a des békés smicards. Il y a des békés au chômage. » On est rassuré il n’y a pas de békés qui font la manche !

Si Thierry Hayot n’obtient pour son  Exploitation Agricole « Rivière La Manche » à Ducos, que l’obole de 775 760,00 €, ce n’est pas le cas pour d’autres Hayot comme on le verra plus loin.
Millionnaire de la Pac, Jean-Jacques De Jaham remporte pour la « Bellesperance » (517 776,11 €) et pour une meilleure vue sur l’avenir, 865 591,14 € pour l’habitation « Bellevue Sainte Marie ».
En faisant l’addition, Joseph Gouyer peut lui aussi entrer dans le cercle des agri-millionnaires avec 702 748,67 € du Feaga pour « Ban Hackaert » et 720 715,55 € pour son autre exploitation à Basse-Pointe, « Foma Hackaert ».
L’Europe toujours généreuse verse à Alain Vivies 1 million et demi de subventions du Feaga pour ses habitations au François « Ti Fonds » (831 833,70 €) et « Fond Ban Sas » (728 915,89 €).
À Trinité, l’« Exploitation de bananes du Galion » de Jean-Marie Le Guay, en fait un agri-millionaire avec 1 113 362,28 € pour la « culture de fruits tropicaux et subtropicaux ».
Idem pour son voisin et associé dans l’immobilier, Georges Picot Eric, qui avec la « culture de fruits à pépins et à noyaux » des « Bananes du Malgré Tout » a un versement de 1 093 396,29 €.
Au Lorrain l’habitation « Assier » de Marie-Josephe Genin a aussi son million (1 139 362,00 €).

L’Europe aide plus propre

En 1992, l’Europe avait décidé de baisser les prix agricoles et de verser aux agriculteurs des aides compensatoires pour préserver leur compétitivité. Désormais, la PAC n’a plus pour objectif d’encourager la production. Son objectif est de garantir une agriculture européenne compétitive, respectueuse de l’environnement, capable de maintenir la vitalité du monde rural et de répondre aux exigences des consommateurs en matière de bien-être animal, de qualité et de sécurité des denrées alimentaires.
En matière de sécurité, les Antillais sont servis. Le Président de Banamart affirmait en janvier dernier dans le quotidien local « Il faut savoir que l’épandage aérien est la solution de traitement la moins polluante ! ». Ceci pour justifier une demande de dérogation après que les eurodéputés aient adopté une loi interdisant cette pratique pour limiter les risques d’expansion des pesticides dans les zones habitées.
Concernant le chlordécone, on sait que sa molécule, très stable, peut rester présente dans les sols jusqu’à sept siècles et continuer à transiter vers les produits cultivés. Aux dernières nouvelles, nous apprenons que le chlordécone (qui a bénéficié de deux dérogations d’utilisation, après son interdiction en 1990), serait responsable de la baisse du nombre de spermatozoïdes. On ne sait pas tout puisque le récent rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), relève que la contamination potentielle des poissons et des crustacés a été oubliée dans le plan élaboré en 2008 pour limiter l’exposition de la population antillaise.
Ne soyons pas mauvais joueurs, considérons que nous sommes déjà empoisonnés et qu’il faut oublier. Comme il faut oublier l’esclavage et toutes ces atrocités du passé.

Laurent de Laguarrigue de Meillac connu pour avoir racheté le brevet de la molécule du Chlordécone, pour la revendre sous le nom de « Curlone », est aussi un agrimillionnaire de la Pac. Propriétaire de l’Habitation « Duhaumont  au Marigot où pour la  culture de fruits à pépins et à noyau » le paiment du Feaga est de 1 264 976,41 €, il figure dans le classement de Farmsubsidy.org pour son exploitation « Horti Fruits » du Marigot avec 1 211 677 €.

Souhaitons qu’on ne découvre pas bientôt que le chlordécone a des effets sur la vue et l’ouie. « Je ne dis pas ce qu’il ne faut pas dire, je ne vois ce qu’il ne faut pas voir et je n’entends pas ce qu’il ne faut pas entendre » telle serait notre devise, pour le bonheur de tous ! En attendant l’Europe s’occupe du bonheur des gros planteurs pendant qu’en Martinique on constate qu’entre 2000 et 2007, la Surface Agricole Utilisée (SAU) est passée de 32 041 ha à 25 354 ha, soit une diminution de l’ordre de 20%. La Martinique perd 1000 hectares de terres agricoles par an. (Source chambre d’agriculture).
Loi de défiscalisation aidant, l’immobilier a trouvé toute sa place. Et rare sont les planteurs qui n’ont pas, parmi leurs nombreuses entreprises, une Société Civile Immobilière (SCI). Rappelons pour mémoire que la loi Girardin permet de payer moins d’impôts en achetant un bien immobilier dans les DOM TOM, pour le louer. Les économies d’impôts servant à financer le bien, l’acheteur peut ainsi se constituer un patrimoine immobilier très facilement.

Grandes fortunes et subventions

Classée au 119e rang des plus grandes fortunes de France par le magazine « Challenges », la famille Hayot a vu la sienne passer de 300 millions d’euros en 2007 à 350 millions d’euros en 2008. Le groupe de Bernard Hayot remporte plus de 3 millions d’euros de fonds de la Pac. Pour la « culture de fruits à pépins et à noyaux  de l’ Habitation Pécoul » 1 671 167,38 € et pour « Bamaryl » au Francois, où pousse la précieuse banane, 1 440 266,34 €.
Un des associés de Bernard Hayot au sein du « GIE Rhum Agrimat », le neveu José, a de quoi être ivre de joie. L‘« Habitation Saint Etienne (HSE)» « production de boissons alcooliques distillées», ne lui rapporte que 807 407,56 €, mais la « Distillerie du Simon » , où il est directeur général et associé de son père Yves, reçoit 807 407,56 € du Feaga.

Autre grand groupe à profiter des largesses de la Pac, celui de Jean-Pierre Cayard, classé 136e des plus grandes fortunes de France par le magazine « Challenges », numéro deux français des spiritueux. Pour les « Rhums Martiniquais Saint James » il gagne 1 129 445,81 € du Feaga et deux fois plus pour les « Sucreries et Rhumeries de Marie- Galante » (2 126 827,96 €). Le patron de la « Société des vins et spiritueux La Martiniquaise », est actionnaire de l’Usine sucrière du Gallion, par le biais de la Cofepp (Compagnie Financière Européenne de Prise de Participation).
Si la distillerie de Rivière-Salée « Bellonie et Bourdillons Successeurs » (BBS) du groupe de Xavier Thieblin se contente de 989 437,62 €, il remporte le gros lot à la Réunion pour la « Sucrière de la Réunion » avec 25 millions d’euros qui le classe sur la liste des agri-millionnaires de l’ONG Farmsubsidy.org. Il faut ajouter 58 146,52 € obtenues pour les « Distilleries Agricoles de Sainte-Luce ».

Presque gros mordants et petits mordants

Quelques efforts restent à faire pour la «SCEA Mont Eole» de Thierry Plissonneau Duquesnes, avec ses 600 310,41 €(Feaga et Feager) ou l’exploitation agricole «Preville» de Daniel du même nom avec 689 071,31. Idem pour La «Vallée du Lorrain» de Robert Marcellin qui a eu du Feaga 817 377,90 € pour la culture de fruits à pépins et à noyaux au Marigot. Entre les aides du Feader et du Feaga, l’habitation «Belfort» de Mesdames Govindoorazoo, au Lamentin, remporte 862 712,14€. À Trinité, sainte Europe arrive, guidée par une «Belle Etoile», habitation d’Hugues De Reynal de Saint Michel, à qui revient la modeste somme de 372 381,75 €.

L’Europe n’est pas généreuse pour tout le monde. Exemple, une agricultrice du Lamentin qui a reçu 130 euros, À peine de quoi rembourser ses frais de dossier !

EN GUADELOUPE

En Guadeloupe, les gros bénéficiaires des aides européennes sont moins nombreux qu’en Martinique. Gardel arrive en tête du Palmarès des agri-millionnaires des DFA avec ses 10 millions d’euros. Suivent de nombreux gagnants avec des montants qui ne révèlent pas vraiment la réalité. Exemple à Capesterre Belle Eau où «Bois Debout» entre dans le classement avec plus de 4 millions d’euros (4 225 628,23 €). Mais l’administrateur Marc De Lacaze peut se réjouir de la générosité de l’Europe qui rapporte à ses exploitations plus de 6 millions d’euros (6 815 283,18 €). On peut s’étonner qu’une autre de ses exploitations, «Dumanoir» dont il est le gérant, obtienne du Feaga 1 003 577,27 € pour la période du 16 octobre 2007 au 15 octobre 2008. Par jugement du Tribunal de commerce du 23-08-2007, «Dumanoir» a été placée en liquidation judiciaire. La «Bananeraie Saint Julien» de Capesterre Belle-Eau avec ses 1 586 077,68 €, ne devrait pas connaître le même sort que «Choisy Monbello», ou la «Bananeraie Chabert», deux autres plantations de Marc De Lacaze, mises en liquidation judiciaire en juin et août 2007.
Avec 3 340 289,74 € du Feaga, le PDG des Grands Moulins des Antilles (GMA), Charles Fribourg, peut regarder avec optimisme l’avenir de la meunerie de Baie Mahault.
À quelques bras de mer, la SA des Sucreries et Rhumeries de Marie-Galante reçoit du Feaga 2 126 827,96 €.
La «Société de distribution Philippe Mallenec» de Petit Bourg au titre des paiements directs aux agriculteurs du Feaga obtient, elle, 1 023 593,02 €.

En Martinique comme en Guadeloupe, les largesses de la Politique Agricole Commune n’empêchent ni le rétrécissement des terres agricoles, ni les licenciements qui, depuis le cyclone Dean, se multiplient. Les subventions tombent en même temps que les bras des salariés qui, sous les abris d’attente des transports en commun, espèrent ne pas passer des journées dans les files du désespoir, au Pôle Emploi.
 
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