Afghanistan : 4 prétextes pour faire la guerre

Pourquoi la Belgique devrait-elle envoyer des soldats en Afghanistan à des milliers de kilomètres de chez nous ?

25 juin 2008

L’Afghanistan se trouve au centre de l’Asie et occupe une position stratégique entre le monde arabe, avec ses énormes réserves de pétrole, et les nouvelles économies émergentes que sont la Chine et l’Inde.

Par le passé, cette position stratégique lui a régulièrement valu d’être un lieu d’affrontements pour le contrôle du continent asiatique.

Autre élément non négligeable, on y prévoit un oléoduc via lequel les États-Unis espèrent contrôler l’approvisionnement de toute l’Asie du Sud.

Ce n’est donc pas un hasard si les USA ont, en 2001, lancé là-bas leur première guerre en Asie depuis le Vietnam.

On savait déjà à l’époque de Léopold II et de son « œuvre de civilisation » au Congo que pour vendre une guerre, il faut lui trouver de nobles intentions. Il serait en effet du plus mauvais effet de dire que nous envoyons des soldats pour mener aux côtés des USA une guerre stratégique en vue de contrôler l’Asie centrale.

Ainsi, le ministre De Crem a lui aussi avancé de nobles objectifs pour présenter cette guerre.

1er prétexte : « Aider les pauvres Afghans »

Il est un fait que l’Afghanistan est un pays pauvre. 53% des 32 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Le revenu moyen s’élève à 1 490 dollars par an. Ce dont les Afghans ont besoin ce sont des écoles, des routes, des usines et des hôpitaux. Pour cela, il leur faut développer une industrie nationale propre. Le pays regorge d’atouts puisque, selon le Service géologique des États-Unis, le pays disposerait d’une réserve de 1 000 km3 de gaz naturel, 570 km3 de pétrole et 210 km3 de gaz liquide. Outre d’importantes réserves d’or, de cuivre, de charbon et de minerais de fer.

Naturellement, développer une industrie de base nationale coûte très cher. Mais lancer des bombes coûte cher également. Selon les calculs de Joseph Stiglitz, ex-économiste principal à la Banque Mondiale et Prix Nobel, la guerre en Afghanistan coûte aux États-Unis 3,5 milliards de dollars par mois.

Si les USA avait donné cet argent à la population, on aurait pu doubler le revenu de chaque Afghan ! Pour l’heure, la guerre ne rapporte qu’aux seuls fabricants d’armes. Et qui finance tout ceci ? Nous tous, aujourd’hui à la pompe et demain via nos impôts.

2e prétexte : « Protéger les droits des femmes »

Le journaliste néerlandais Arnold Karskens explique qu’aux Pays-Bas, la mission militaire a été « vendue » au grand public avec la promesse qu’on irait bâtir des écoles pour filles. Mais deux ans plus tard, aucune école n’a encore été construite, on a juste bombardé des villages et parmi les victimes on retrouve des femmes et des enfants.

L’argument des droits de la femme a donc été utilisé de façon perverse pour nous entraîner dans une logique de guerre.

Selon les organisations de défense des droits de l’homme sur le terrain, le nombre de mauvais traitements infligés aux femmes n’a pas diminué comparé à l’époque des talibans.

Les hauts fonctionnaires qui doivent leurs postes à l’OTAN continuent de bafouer les droits de la femme. Selon Fawzia Kofi, un parlementaire qui cette année a pu visiter la prison de Policharkhi, de nombreuses femmes et jeunes filles y sont abusées sexuellement.

3e prétexte : « On ne peut tout de même pas soutenir les talibans »

Pardon ? Les talibans se sont développés durant les 5 années d’opposition fondamentaliste contre l’invasion de l’Union Soviétique en Afghanistan (1979-1994). La CIA leur a fourni armes et entraînements. Ce n’est certainement pas le mouvement pacifiste belge qui leur a fourni les armes !

Et savez-vous qui favorise le regain de popularité des talibans aujourd’hui ? L’armée américaine et l’OTAN qui ont fait bien plus de victimes civiles que les talibans eux-mêmes.

4ème prétexte : « Si nous nous retirons, il y aura une guerre civile »

Il s’agit là bien sûr d’un argument de pacotille : justifier une guerre en cours par le fantôme d’une guerre future.

Personne ne peut prédire l’avenir. L’histoire de l’Afghanistan nous apprend qu’entre 1839 et 1919, le pays a été en guerre perpétuelle contre les Anglais qui ont tenté (en vain) de le conquérir.

Le pays a connu sa plus longue période de stabilité entre 1933 et 1973, c’est-à-dire à une époque où on l' a laissé tranquille. Entre 1978 et 1992, durant la Guerre Froide, le pays a été le jouet des États-Unis et de l’Union Soviétique d’alors. Les États-Unis ont considéré que l’Afghanistan était un territoire conquis.

Depuis 2001, les États-Unis y mènent une guerre contre les talibans.

Une chose est sûre, c’est que l’Occident n’a certainement pas amené la paix en Afghanistan, bien au contraire !

http://www.ptb.be/fr/hebdomadaire/article/article/de-crem-entraine-la-belgique-dans-la-guerre-en-afghanistan.html