A Gaza, les écoles meurent aussi

Un nouveau mot de vocabulaire émerge cette semaine du carnage de Gaza : « scolaricide » – la destruction systématique par les forces israéliennes des centres d’enseignement chers à la société Palestinienne tels que le ministère de l’Education bombardé, les infrastructures du réseau d’enseignement détruites et toutes les écoles de la bande de Gaza prises pour cibles d’attaques par air, par mer et par terre.
Source: http://www.guardian.co.uk/world/2009/jan/10/gaza-schools

« Etudie mon petit, étudie », tel était le slogan du mouvement pour les droits des noirs dans les ghettos américains il y a une génération mais ce slogan affirme aussi l’idée que l’enseignement et la culture sont les piliers de l’identité palestinienne, une priorité renforcée par l ‘occupation, quelque chose que les Israéliens « ne supportent pas…et tentent de détruire », selon le Dr. Karma Nabulsi qui enseigne les sciences politique à St. Edmund Hall, Oxford. « Nous savions déjà et réalisons maintenant mieux que jamais qu’Israël vise à détruire la Palestine instruite » affirme-t-elle.

Les Palestiniens comptent parmi les peuples les plus instruits et les plus cultivés au monde. Pendant des décades, la société Palestinienne – sur son sol, en Cisjordanie et à Gaza, ainsi que dans sa diaspora disséminée de par le monde – a mis particulièrement l’accent sur l’enseignement. Après les expulsions de 1948 et l’occupation de 1967, les vagues de réfugiés ont généré une diaspora Palestinienne influente qui a marqué de son empreinte des disciplines comme la médecine et les sciences appliquées dans le monde Arabe, en Europe et en Amérique. « L’enseignement est la chose la plus importante, il fait partie de notre vie familiale, de notre identité et de notre soulèvement » dit Nabulsi. « Tout le monde le sait et, dans un camp de réfugiés comme Gaza, chaque enfant sait que sur les bancs où se sont assis ses parents et ses grand parents, il contribue à transmettre une tradition.. « L’école et l’université sont les moteurs de la vie en dépit et pas à cause des circonstances : chaque université des territoires occupés a été fermée l’une ou l’autre fois par les forces Israéliennes, beaucoup de manière répétée. Néanmoins, ces fermetures et les arrestations d’étudiants (plus de 300 à l’université Birzeit de Ramallah, dit Nabulsi) ne font que renforcer le désir de s’instruire.

Au cours de l’offensive actuelle, Israël s’en est pris d’emblée aux institutions d’enseignement. La semaine dernière, au deuxième et au troisième jour des attaques aériennes, l’aviation Israélienne, par des bombardements ciblés, a infligé des destructions sévères à l’Université Islamique de Gaza. Les principaux locaux ont été dévastés, détruisant les archives et interrompant toute activité. Le ministère de l’éducation a été touché à deux reprises par des tirs aériens.

Le samedi de l’invasion terrestre était aussi le jour où la plupart des étudiants palestiniens présentaient leurs examens de fin d’année. Dans la majorité des cas il a fallu y renoncer et il n’est pas certain qu’ils puissent à nouveau se tenir .

D’autres écoles ont aussi été attaquées, plus particulièrement celle des Nations Unies dans le camp de réfugiés de Jabaliya où quarante personnes ont été massacrées mardi.

Dimanche, une autre attaque aérienne israélienne a détruit le pinacle des écoles de Palestine, la très privée et élitiste Ecole Américaine Internationale que fréquentaient les enfants des hommes d’affaires et autres dirigeants ainsi que des boursiers Fulbright qui n’avaient pu poursuivre leurs études aux Etats Unis à cause du blocus Israélien. Ironiquement, cette école avait été attaquée et vandalisée à répétition l’an dernier par un groupe dénommé « les brigades de la guerre sainte » en raison de sa proximité avec le style d’enseignement occidental. L’école avait été fondée en 2000 pour offrir un cursus scolaire de pointe et de type américain, en coopération avec les Palestiniens, de la maternelle à la fin du secondaire ; elle avait été accusée par les Israéliens d’avoir été le point de départ ou à proximité d’un point de départ de tir de rocket. Un veilleur de nuit a été tué au cours du pilonnage des locaux. Iiad Saraj, président du conseil d’administration, nous déclare : « C’est la meilleure école de Gaza si pas de Gaza et de la Cisjordanie. Je ne puis jurer qu’aucune rocket n’a été tirée mais si c’était le cas, cela ne pourrait justifier la destruction de toute une école ». Il ajoute « c’est la destruction d’une civilisation », l’école n’a pas de lien direct avec le gouvernement US et nombre de ses 250 gradués annuels vont poursuivre leurs études dans des universités Américaines. « Ce sont d’excellents éléments, très instruits et avec une belle ouverture d’esprit qui pourraient devenir dans le futur des dirigeants palestiniens.

Des jeunes Palestiniens qui jouent dans le fameux orchestre « Est-Ouest Diwan » de Daniel Barenboim qui cette semaine encore a conduit des musiciens Israéliens et Palestiniens à se produire ensemble lors d’un prestigieux concert à Vienne, déclarent que les écoles de musique dans leur communauté et dans les camps de réfugiés ne se contentent pas de former des jeunes mais les aident à comprendre leur identité comme le dit Nabeel Abboud Ashkar, un violoniste de Nazareth, qui ajoute : « et les Israéliens n’en sont pas particulièrement heureux. « Ramsi Aburedwan qui dirige l’école de musique classique Al-Kamandjati de Ramallah ajoute : « Ce que les Israéliens font, c’est tuer les vies du peuple. Apportez de la musique et vous apportez la vie. Les enfants qui jouaient ici étaient tout à coup intéressés par leur avenir. »

Nabulsi, lors d’une récente conférence à St.Edmund Hall rappelait la position traditionnelle de l’enseignement dans l’histoire de la Palestine et la place récurrente de l’enseignant comme icône dans la littérature palestinienne. « Le place et le pouvoir de l’enseignement dans une société occupée est énorme. L’instruction implique des aptitudes et ouvre des horizons. La liberté de pensée contraste dramatiquement avec le mur de l’apartheid, les check points qui entravent et les prisons scandaleuses » déclare-t-elle. Cette semaine, après le bombardement des écoles de Gaza, elle nous dit : « la destruction systématique du réseau d’enseignement Palestinien par Israël a contrarié cette tradition depuis l’occupation de 1967 », rappelant la mise à sac systématique du Centre de Recherche Palestinien à Beyrouth pendant la guerre de 1982 et la destruction de tous ses manuscrits et documents historiques. Aujourd’hui à Gaza, ajoute-t-elle, nous comprenons mieux que jamais cette politique, ce « scolaricide ».

Les Israéliens ne savent rien de ce que nous sommes réellement tandis que nous étudions et les étudions. Mais au fond d’eux même ils savent quelle place tiennent l’instruction et l’éducation dans la tradition et la révolution Palestiniennes. Ils ne peuvent le supporter et se doivent de les détruire.

Traduit de l’anglais pour Investig’Action par Oscar Grosjean.