40e anniversaire de la révolution populaire à Grenade : Maurice Bishop, soldat de la révolution

Le 13 mars 1979, des membres de l’Armée de libération nationale, la branche armée du mouvement New Jewel (NJM en anglais), ont attaqué la caserne des Forces de défense de la Grenade (GDF en anglais) à True Blue et ont déclenché la Révolution à Grenade.

Le Gouvernement révolutionnaire du peuple (PRG en anglais) est formé avec Maurice Bishop comme Premier ministre. Bishop a déclaré dans son discours à la nation sur les ondes de Radio Free Grenada le 13 mars que « cette révolution est pour le travail, pour la nourriture, pour des logements et des services de santé décents, et pour un avenir radieux pour nos enfants et nos arrière-petits-enfants. » 

Découvrez ce témoignage en exclusivité de Carlton Briggs, compagnon d’armes du regretté Maurice Bishop.

 

 

Je me suis engagé en politique au milieu des années 1970, lorsque j’étais un militant du mouvement New Jewel dirigé par Maurice Bishop et j’ai pris part à la préparation des élections générales de 1976.

J’ai grandi en voyant les erreurs et les fautes commises par le gouvernement d’Eric Gairy, mais avant cela, mes grands-parents et mes parents, en particulier ma mère, étaient des partisans du Parti national grenadien, qui représentait la classe ouvrière et les paysans qui s’opposaient à Gairy, donc j’ai grandi comme un opposant à Gairy. Pour ces raisons, lorsque le mouvement Jewel est apparu, soudainement appelé New Jewel, je me suis identifié à sa politique et à son programme, et c’est pourquoi j’ai dû rester avec eux.

J’ai commencé par aider à l’impression des informations et je suis devenu membre du groupe de soutien dans la région où je vivais. Après cela, j’ai été membre de la Milice populaire pour défendre la Révolution. En 1981, j’ai rejoint l’Armée révolutionnaire du peuple (RAP en anglais) en tant que soldat régulier. Mais j’ai poursuivi mon travail politique là où je vivais.

Je connaissais Maurice depuis 1974; j’étais au lycée. Il est revenu d’Angleterre et a commencé à mobiliser des étudiants et des ouvriers dans ses combats. Il les a entraînés dans des luttes pour de meilleures conditions de travail et des hausses de salaire.

J’ai participé aux préparatifs pour les élections nationales, j’étais assis à côté de lui dans les réunions, discutant de la façon de faire les choses et de comment avancer.

Le 13 mars 1979, nous sommes allés à la maison de la radio, prise à ce moment-là par les révolutionnaires de Maurice, Unison Whiteman, Bernard Coard et d’autres qui étaient là-bas. On m’appelait la ruche de la révolution. Nous étions armés et ils nous ont donné différentes tâches. Quelque chose de bon se passait, nous continuons à accomplir au quotidien les tâches de la Révolution dans l’Armée révolutionnaire. Plus tard, on me confia, à moi et à d’autres camarades, la tâche d’organiser la Milice populaire.

 

 

Maurice est devenu un danger pour les États-Unis
parce qu’il parlait aux pauvres, aux Noirs, et qu’il le faisait en anglais »

 

 

Maurice était conscient des menaces auxquelles la Révolution devait faire face et nous devions être prêts à la défendre. Ensuite, les principales idées, réflexions et responsabilités étaient : enseigner au peuple ce qu’était la Révolution et lui faire savoir qu’elle peut affronter les menaces. Nous avons fait beaucoup de choses nécessaires pour la Révolution. Lorsque l’invasion a eu lieu, les Nord-Américains pensaient que ce serait facile de nous envahir parce qu’ils sont l’armée la plus puissante au monde.

Malheureusement, ou pas, je n’étais pas là en octobre 1983 lorsque la Révolution a été détruite et lorsque le pays a été envahi, mais étant soldat à ce moment-là, parce que j’étais entré dans l’armée en 1981, j’ai compris pourquoi les envahisseurs ont pris le temps pour contrôler le pays et pourquoi ils ont subi tant de pertes humaines. Les partisans de la Révolution, en particulier les membres de la RAP, étaient assez capables et ils défendraient la Révolution aussi loin qu’ils le pourraient. Nous n’espérions pas gagner ou l’emporter sur l’armée des États-Unis, mais nous savions que nous pouvions résister et mener une bonne bataille.

J’ai été témoin de ce qui a été fait pendant quatre ans et demi dans le gouvernement, entre le 13 mars 1979 et octobre 1983. Tous les progrès que nous avons accomplis, l’aéroport, la construction de nouvelles routes, d’écoles, de maisons, les améliorations dans l’agriculture, dans les méthodes de culture. Je suis conscient de tout cela.

 

 

Nous savions ce qui allait se passer, ce qui s’est finalement produit, les améliorations. En tant que Grenadiens, nous le souhaitions et donc nous devions le défendre. Nous avons confiance dans notre combat, nous savions ce que nous défendions, la Révolution. Beaucoup de gens se rappellent ces quatre années avec amour et personnellement, je ressens que la Révolution est toujours là, pas dans la politique, mais qu’il en reste quelque chose.

Maurice est devenu un danger pour les États-Unis parce qu’il parlait aux pauvres et aux Noirs et qu’il pouvait le faire en anglais. Il pouvait faire connaître tous les progrès de la Révolution grenadienne aux pays anglophones. D’innombrables communautés ont suivi notre exemple, comme le Nicaragua, le Cap Vert, la Guinée-Bissau et d’autres pays africains ; ils ont dit que si Grenade pouvait faire ceci et cela, ils le pouvaient aussi. Je crois que c’est le peuple qui a subi les conséquences principales de l’intervention militaire, elle a détruit la vie, les processus, et les dommages psychologiques ont été terribles. On ressent une énorme impuissance parce qu’on ne peut rien faire pour arrêter cette destruction massive.

Fin août 1983, nous sommes allés à Cuba pour nous préparer et là, nous avons été surpris par l’arrestation et, pire encore, par la mort de notre dirigeant. Cela a été un moment dur pour nous. Nous ne trouvions pas d’explication. Que s’était-il passé exactement ? Pourquoi, lorsque nous avons quitté Grenade pour Cuba, je n’ai vu aucune difficulté et il était clair que la Révolution prenait une longueur d’avance, elle promettait de financer l’aéroport pour la célébration du cinquième anniversaire de la Révolution en mars 1984. Les événements d’octobre m’ont choqué tout comme les autres camarades.

Ce matin, je me rappelle qu’en tant que soldats à l’entraînement, nous voulions retourner chez nous et participer à la défense. Mais les Cubains nous ont expliqué que ce n’était pas possible, Grenade avait été envahie et il y avait la guerre. Tout était dramatique ; nous espérions retourner pour défendre la Révolution bien que nous sachions qu’elle avait été détruire le 19 octobre lorsque Maurice et ses autres camarades avaient été assassinés.

 

 

Traduit par Diane Gilliard pour le Journal de Notre Amérique

Peinture réalisée par Cris Gonzalez

Source: Courier of Alba, mai 2019. Reproduit dans le Journal de Notre Amérique avec l’aimable autorisation de l’auteur