31 ans dans le ventre de la bête

Veronza Bowers Jr. est détenu depuis plus de 36 ans dans une prison fédérale de Georgie, ce qui fait de lui le plus vieux prisonnier politique de l’histoire des Etats-Unis. Condamné à la suite d’une enquête douteuse pour le meurtre d’un garde-forestier, Veronza Bowers Jr. était surtout membre des Black Panthers à l’époque où le groupe était la cible de J. Edgar Hoover et du FBI. Aujourd’hui, il attend depuis cinq ans la libération conditionnelle à laquelle la loi lui donne droit, au-delà de trente ans de détention. Ci-dessous, la lettre que Veronza écrivit en 2004 et quelques informations plus récentes sur son cas.

 

 

J’envoie à chacun de vous mes plus chaleureuses salutations depuis le ventre de la bête où je me trouve depuis 31 ans.

Comme vous le savez, je suis un ancien membre du parti original des Black Panthers et même si les responsables du gouvernement affirment qu’il n’y a pas de prisonniers politiques dans les prisons de ce pays, c’est tout simplement faux. Ayant déjà « servi » pendant plus de trois décennies en détention continue dans une prison fédérale, je suis un des plus vieux prisonniers politiques détenus aux Etats-Unis d’Amérique. Nous sommes un certain nombre éparpillés dans différentes prisons mais ceci est une très longue histoire.

Imaginez ceci… si vous osez :

Après 30 ans de refus de liberté conditionnelle, malgré le fait que votre conduite a été exemplaire pendant plus de 20 ans et que vous avez depuis longtemps, répondu aux critères pour être mis en liberté conditionnelle, finalement la date de votre libération d’office est juste devant vous : le 7 avril 2004. Tout est prêt.

Votre fille, qui avait 5 ans quand vous avez été mis en prison et qui en a maintenant 36, vous a envoyé un ensemble de vêtements à la dernière mode afin que vous soyez convenablement habillé pour « marcher avec amour, au nom de la liberté » Accompagnée de trois de vos sœurs, elle a traversé tout le pays pour être là, aux portes de la prison et venir vous chercher. En fait, tous vos amis chers et des sympathisants seront devant la prison avec pour projet de se rassembler dans la maison d’un ami, à environ une heure de route, dans la nouvelle Cadillac rouge.

Une grande fête est prévue : un grand barbecue où votre marraine aura cuisiné des ailes de poulet épicées et un gâteau au fromage à la fraise. Un autre ami, originaire des îles Tonga, en accord avec ses traditions culturelles, aura fait rôtir sous terre plusieurs porcelets. D’autres amèneront toutes sortes de mets.

Il y aura des musiciens qui joueront du jazz et du blues, une piscine, etc., etc., etc. En un mot, un tas de gens attentionnés ont fait beaucoup d’efforts, sans mentionner les dépenses, pour vous accueillir dans leur nouveau monde bienveillant, loin des murs de la prison qui vous ont gardé dans de la glace depuis si longtemps. Ils sont là pour vous accueillir avec un amour et un soutien inconditionnels.

A l’intérieur de la prison, il y a eu une fête pour votre « retour à la maison », organisée par des amis, avec de la nourriture, de la musique et des conversations pleines d’émotions, de sincérité et avec des larmes dans les yeux et des rires. Tout le monde est venu vous souhaiter une nouvelle vie heureuse et prospère.

Vous avez donné à vos amis toutes vos possessions : montre, réveil, survêtements, shorts de course et chaussures de tennis, de handball, ceinture d’haltérophilie, vêtements et chaussures pour les visites, ravitaillement, poncho de pluie et manteau d’hiver. Les seules choses que vous avez gardées sont votre flûte en argent Shakuhachi de Taipeh et quelques livres.

Vous avez utilisé vos 300 minutes mensuelles d’appels téléphoniques car après le 6 avril, vous n’aurez plus à recourir au Bureau des Prisons. Vous avez fait votre tournée, serré des mains et serré dans vos bras tant d’hommes que vous ne reverrez probablement jamais. Vous avez même essayé de dire quelques mots d’encouragement et d’espoir autant aux jeunes hommes qu’aux plus vieux, que vous laisserez derrière vous dans des situations très désespérés.

Oui, le moment se rapproche où vous allez quitter le monde du béton et de l’acier, de l’instabilité et du danger constant, le pays des mort-vivants, et vous êtes très heureux et en même temps, très triste.

La dernière « chose officielle » qu’on vous a demandé de faire, vous l’avez faite. Le jour avant la date de leur libération, tous les prisonniers doivent faire « un tour de manège », c’est-à-dire que vous devez apporter un formulaire de contrôle à chaque chef de service pour qu’il y appose sa signature, afin que vous puissiez être dégagé de toutes obligations vis à vis de ce service. Tout est donc prêt et en bonne marche.

Après avoir fait tout ça, vous êtes assis dans le temazcal [bain de vapeur rituel et thérapeutique pratiqué par les peuples indigènes d’Amérique centrale et du Nord ; il en existe dans de nombreuses prisons US, NdE] avec vos deux meilleurs amis et vous profitez simplement de leur compagnie en SILENCE. Une annonce sonore dans le haut-parleur qui vous ordonne de « vous présenter immédiatement devant votre unité » rompt la quiétude. Vous savez que quelque chose ne va pas. Votre sixième sens – peut-être même le 7ème – vous avertit tout de suite de ce qui va se produire.

Alors que vous marchez en direction du bureau de votre conseiller, vous savez ce qu’il va vous dire, avant même qu’il le dise. Alors vous vous concentrez sur la seule chose qui vous a soutenu et vous a toujours sorti des plus durs moments – même lorsque des lames de couteau entaillaient votre chair, quand des balles volaient dans les airs essayant d’atteindre votre corps, quand vous appreniez la mort de votre chère maman et que les responsables ne vous autorisaient pas à vous rendre à ses funérailles alors qu’il ne vous restait que 7 mois avant la date de votre libération d’office – oui et surtout respirer doucement. « Vous ne sortirez pas demain. »

Vous le saviez déjà mais vous ne saviez pas pourquoi et donc vous respirez profondément, une grande inspiration, deux grandes inspirations. Un étrange silence emplit la pièce, et comme il est  totalement évident qu’une réaction est attendue de votre part, vous continuez juste à vous concentrer sur la respiration. « Pourquoi ? »

« Eh bien, tout ce que nous savons est que la Commission Nationale des Libérations Conditionnelles a appelé l’institution et a ordonné que vous ne soyez pas libéré demain. Le directeur est contrarié et il a passé la journée avec eux au téléphone pour essayer d’obtenir des éclaircissements. »

Voilà ! Un simple coup de téléphone d’un agent de la Commission Nationale à Chevy Chase dans le Maryland et tous vos projets de « marcher  avec amour, au nom de la liberté » sont annulés, effacés, nuls et non avenus jusqu’à nouvel ordre. Comment vous vous sentez ? Moi, pareil !

Depuis ce jour terrible, avec l’aide de quelques amis ici, j’ai rédigé, un très bon projet pour une requête d’urgence sur ma détention illégale au delà du 7 avril 2004, date de libération statutaire selon le décret 18 U.S.C. 4206 (d.).

J’ai essayé d’obtenir que le prestigieux cabinet d’avocats Willie E. Gary s’occupe de mon affaire. A ce jour, je ne sais pas si ce cabinet va prendre mon dossier.

Le 2 mai, au parloir, j’ai rencontré  l’avocate Gilda Sherrod-Ali de Washington D.C. et je lui ai présenté l’ébauche de ma motion 2241. Nous en avons parlé longuement et nous avons convenu qu’elle la déposerait au Tribunal Fédéral d’Ocala en Floride.

Elle passera devant le Juge Hodges, le même juge qui a refusé et écarté ma dernière action contre la  Commission de Libération conditionnelle. Ma situation est aujourd’hui telle que je suis détenu en prison ILLEGALEMENT depuis le 7 avril 2004, date de ma libération d’office.

Voilà, c’est à peu près tout ce que je peux vous dire de ce côté de l’enfer, mes amis.
Je veux vous remercier de tout mon cœur, de tout mon amour, pour l’attention et le soutien que vous m’avez apportés.

Je sais que, dans le passé, à chaque fois que nous avons lancé un appel à une contribution financière pour couvrir les frais d’avocat, vous n’avez pas hésité. Je dois vous le demander à nouveau. Il y aura une dernière tournée et malheureusement il n’y a pas autant d’avocats qu’il pouvait y avoir dans les années 60. Ainsi, je vous suis reconnaissant pour tous les dons que vous pourriez m’accorder pour financer ma défense.

Je reste moralement fort et j’espère un meilleur avenir pour nous tous.

 

Vous pouvez écrire à Veronza Bowers Jr:
Veronza Bowers, Jr.
#35316-136
U.S. Penitentiary – Atlanta
P.O. Box 150160
Atlanta, GA 30315
USA
[email protected]

 

Actualisation: 

De bonnes nouvelles de Beronza

Chers amis et famille de Veronza,

Ça va peut-être enfin se produire !

Je vous écris pour vous informer sur l’affaire Veronza, actuellement devant le Juge du Tribunal Fédéral d’Atlanta, M. Charles Moye, qui décidera s’il va adopter le rapport et recommandation du magistrat, Mme Susan Cole. Elle a délivré un rapport et une recommandation appelant à la libération de prison de Veronza, une victoire éclatante dans sa lutte pour la libération conditionnelle. Nous espérons une décision favorable du Juge Moye, qui peut être annoncée à tout moment. Si le tribunal ordonne la libération de Veronza, le gouvernement a l’option de faire appel. S’il y a appel, il est possible que Veronza soit libéré sous caution tant que l’appel est en instance.

L’équipe juridique travaille dur pour préparer des « déclarations » qui seront présentées devant le tribunal si le rapport et recommandations du magistrat sont adoptés. Ces déclarations sont destinées à établir l’éligibilité et les qualifications de Veronza pour une libération sous caution. L’équipe juridique pense que la décision du Juge Moye peut dépendre de la présentation par Veronza de ses ressources financières et du soutien qui devront être suffisants pour qu’il puisse s’adapter avec succès à la vie à l’extérieur des murs de la prison.

C’est pour cette raison que nous vous demandons, encore une fois, votre aide, en espérant que ce sera la dernière fois !

Merci de bien vouloir envisager de contribuer au financement que nous avons fixé pour aider Veronza durant cette transition critique. Toute contribution, peu importe son montant, sera appréciée et aidera à garantir au juge que Veronza ne sera pas une charge et sera, en fin de compte, capable de se tenir debout tout seul. Comme par le passé, chaque cent sera utilisé à 100 % pour le compte de Veronza et exclusivement pour aider à sa réinsertion dans la société.

C’est un moment important, aussi nous vous remercions de bien vouloir envoyer vos promesses de dons et vos dons au « Fonds pour la défense juridique de Veronza Bowers, Jr» à l’adresse suivante :

Maynard Garfield, 2500 Barton Creek Blvd., Apt. 1509, Austin, TX 78735

Justice sera rendue quand ceux que le système n’a pas violés seront aussi révoltés que ceux que le système a violés!

Veuillez agréer mes sincères salutations

Maynard Garfield

 

Source: Tlaxcala

Plus d’infos: Tlaxcala