Robert Ménard, un grand menteur très aimé par les journalistes

 

Le maire de Béziers est plein aux as. Robert Ménard (R.M) puisqu’il s’agit de lui vient d’ajouter un nouveau trophée dans sa gibecière déjà bien remplie. Succédant à d’illustres récipiendaires comme Nicolas Sarkozy (2014) et Marine Le Pen (2015), Robert Ménard a remporté le « prestigieux » prix du Meilleur menteur (en) politique 2016.

 

La décision de ce jury d’un genre particulier est tombée mi-janvier. Battant plusieurs autres candidats en lice, Robert Ménard (R.M) a décroché son prix et entre ainsi dans le panthéon des menteurs intraitables. Le jury a passé en revue les déclarations du maire de Béziers sur l’immigration. Celui-ci n’a-t-il pas déclaré récemment que 75% de l’immigration actuelle vient du Maghreb et de Turquie ?


M. Ménard estime que le regroupement familial représente 40% de l’immigration. Aligné derrière les positions du Front national, il tient les immigrés sous haute surveillance et n’hésite pas à manipuler les chiffres pour montrer que les demandeurs d’asile hébergés à Béziers «ne repartiront jamais»…

Dans la corporation médiatique, c’est le branle-bas total depuis que Robert Ménard a eu son prix de « Grand menteur ». Beaucoup parlent de « revirement à 180° ». « Voilà les conséquences de son engagement en politique », ajoutent les plus vertueux, sans doute lecteurs de Le savant et le politique de Max Weber

Mais Robert Ménard a-t-il été autre chose qu’un menteur international? R.M, le Grand Chevalier de la Légion d’honneur française (2008) peut-il battre son propre record en mensonges au temps où il était l’inamovible et tout puissant secrétaire général de Reporters Sans Frontières?

La presse a ses monstres sacrés. Et R.M en est un. Devenu maire de la commune de Béziers, ses actions passionnent toujours les journalistes. Voilà un vrai effet de deux décennies de conditionnement ! Malgré ses contradictions et ses compromissions, l’homme a pourtant réussi à se tailler une réputation de combattant de la liberté de la presse et de combattant de la liberté tout court à l’échelle mondiale. Et la presse s’est carrément laissé aveugler, jusqu’aujourd’hui.

Robert Ménard et RSF sont des Grands ennemis des dictateurs. Nous disait-on hier. Savez-vous combien de temps Robert Ménard est resté à la tête de « son » association Reporters Sans Frontières ? Tenez-vous bien…23 ans ! Le pouvoir perpétuel n’est pas le seul dénominateur commun à Robert Ménard et aux autres dictateurs. Le premier et les seconds ont aussi en commun la propension à s’approprier la chose publique, faisant fi des critiques de leur entourage. Qui n’est pas content n’a qu’à aller chercher pitance ailleurs !

A sa création en 1985, Reporters Sans Frontières comptait dans ses rangs les journalistes Rémy Loury, Jacques Molénat, Émilien Jubineau. Rony Brauman (médecin) et Jean-Claude Guillebaud intègreront la machine RSF avant d’être écoeurés par son mauvais fonctionnement.

Les membres fondateurs de RSF ont tous critiqué les dérives de son éternel dirigeant Robert Ménard. Il lui était reproché sa propension à prononcer des accusations non fondées et/ou des exagérations concernant certains pays, ses accointances avec l’opposition dans plusieurs coins du monde, son silence concernant les médias français malgré les plaintes des journalistes…

 

Pour Robert Ménard, l’argent n’a ni couleur ni odeur !

 

Pour mieux apprécier une partition musicale, prenez toujours le soin de demander : « qui a payé l’accordéoniste ? ». Un critique d’art qui ne se pose pas cette question sera forcément hors sujet malgré son érudition et son ancienneté dans le métier ! Alors qui finançait et finance toujours Reporters Sans Frontières ?

Areva (pilleur et assassins dans plusieurs pays dans le monde et particulièrement au Niger). Le ministère français des Affaires étrangères (RSF est donc l’un des porte-parole de la politique étrangère française. Et vous comprenez pourquoi tout président qui s’oppose à la France devient un ennemi de la liberté de la presse).

Ce lien incestueux entre RSF et l’exécutif français remonte à la présidence de François Mitterrand (1981-1995). C’est lui qui a ouvert les portes de plusieurs chancelleries à Robert Ménard dans les années 80. En 1987, le président burkinabé Thomas Sankara est assassiné par son ami Blaise Compaoré et ses hommes avec le soutien de la France.

Quelques mois auparavant, Sankara avait littéralement ridiculisé François Mitterrand en visite au Burkina en refusant de lui remettre son discours comme le voulait la tradition diplomatique, rappelant au président Mitterrand que lui et la France ont les mains tachées de sang pour avoir reçu le sanguinaire président sud-africain Peter Botha.

Quelques mois plus tard, Sankara était assassiné. Pour RSF et Robert Menard, est-il tolérable que la presse évoque la responsabilité de la France dans l’assassinat de Sankara ? NON. « Sankara a été tué par son ami qui ne supportait plus ses dérives dictatoriales ». Rien de plus.


Parce que pour lui l’argent n’a ni odeur ni couleur, Robert Ménard s’est rapproché d’Omar Harfouch, ami du colonel Mouammar Kadhafi. Malgré l’argent reçu, il réussissait quand même à présenter la Libye comme un cimetière des libertés. Exactement comme Nicolas Sarkozy qui prend l’argent de Kadhafi pour financer sa campagne électorale et, une fois élu, instrumentalise le Conseil de Sécurité de l’ONU pour assassiner son généreux donateur d’hier.

Vous comprenez pourquoi Nicolas Sarkozy a reçu le prix de Grand menteur politique avant Robert Ménard. Sur ce point, ce prix est objectif et cohérent.

 

La CIA finance Ménard Reporter sans frontières

 

RSF a beaucoup de charges. Et pour les supporter, il faut faire tomber les barrières idéologiques et géographiques. Bref, chercher l’argent sans frontières… C’est pourquoi RSF obtient les financements des personnes physiques et morales étasuniennes comme la Fondation Ford, du sulfureux milliardaire George Soros…

En bonne place des pourvoyeurs de fonds de RFS, il y a l’omniprésente Central Intelligence Agency (CIA). Ne pensez pas que les barbouzes ne réfléchissent pas. Non. Ils sont assez intelligents pour financer RSF à découvert. Pour permettre à ses bénéficiaires de garder le peu de crédibilité qui leur reste, la CIA préfère leur verser des millions de dollars à travers des organismes écrans. La principale d’entre elle a pour nom : National Endowment of Democraty (NED).

Avez-vous déjà entendu ce nom qui sonne un peu barbare ? Le NED a été créé sous la présidence du très libéral Ronald Reagan pour porter les valises de la CIA et surtout permettre à cette dernière d’obtenir une quotepart plus importante dans le budget fédéral étasunien sans attirer les foudres des parlementaires. Et en trois décennies, le NED a fait des ravages dans le monde en finançant les oppositions et autres extrémismes contre les gouvernements dont la politique dérange les USA.

En Amérique latine, le NED a couvert l’opposition cubaine et surtout vénézuélienne de billets de banque pour tenter de mettre un terme au Chavisme, une véritable alternative au libéralisme sauvage. Pour en savoir plus, le livre de l’avocate Eva Golinger Code Chavez. CIA contre Venezuela, est nécessaire. (1)

 Les prochains jours nous permettront de savoir si le National Endowment of Democraty fait partie des organismes budgétivores dont parle le nouveau président étasunien, Donald Trump. Si c’est le cas, le nouveau locataire de la Maison Blanche plaide pour qu’on réduise considérablement son budget. Et donc son champ d’action.

La respectabilité de Robert Ménard et de Reporters Sans Frontières repose au mieux sur l’ignorance des journalistes et au pire sur leur silence complice.

 

Autres lauréats

Nicolas Sarkozy, lauréat 2014, est récompensé par le prix spécial du jury pour l' »ensemble de sa carrière ». Sont aussi récompensés : Christian Estrosi qui gagne le prix « Un certain regard », décerné pour des mensonges « particulièrement absurdes ou bizarres » et Jean-Pierre Chevènement qui obtient le « prix du grand remplacement » pour avoir affirmé qu’il y a “135 nationalités à Saint-Denis, dont une (la française) qui a quasiment disparu” ; Florian Philippot et Nicolas Bay remportent le prix « jeune espoir » qui récompense le meilleur menteur de moins de 45 ans ; Maud Fontenoy gagne le « prix du naufrage en politique » pour avoir prétendu que 12 000 chercheurs français sont partis aux États-Unis faute de pouvoir chercher en France des techniques non polluantes d’extraction du gaz de schiste. Donald Trump obtient le prix du meilleur menteur politique à l’étranger pour l' »ensemble de son œuvre ». Enfin, François Fillon est récompensé pour son changement de position sur la sécurité sociale : il remporte le « prix Jacques Dutronc » qui met en valeur « le plus beau retournement de veste ».

D’autres prix ont été décernés. Manuel Valls est 1er grand dauphin du prix pour ses affirmations souvent hasardeuses.

Le jury, présidé par le politologue Thomas Guénolé, était composé de huit journalistes : Mélissa Bounoua (Slate), Hélène Decommer (l’Express), Alexandre Devecchio (FigaroVox, le Figaro), Hugo Domenach (le Point), Antoine Krempf (le Vrai du faux, France Info), Delphine Legouté (Marianne), Pauline Moullot (Désintox, Libération) et Estelle Schmitt (France Inter).

 

Note:

  1. Eva Golinger, Code Chavez. CIA contre Venezuela. Editions Oser dire, 2006. (avec une préface de Michel Collon).

 

Source: Investig’Action