Vive le progrès ! Vive le TTIP ?

 

 

 

Mesdames, Messieurs, Je me propose de vous adresser une petite bafouille sur le modèle du discours de Benjamin Constant à propos des « Anciens » et des « Modernes ». Vous savez qu’en 1819, Benjamin Constant a prononcé un discours resté fameux sur la Liberté des Anciens (liberté de discuter ensemble des lois et s’y soumettre une fois qu’elles sont votées) et la Liberté des Modernes (déléguer sa voix à un représentant pour consacrer son temps à faire du commerce). Ne possédant ni le parcours académique de ce grand personnage à la fois homme politique et « philosophe médiatique », ni sa familiarité avec les envolées lyrico-politiques, mon texte se résumera à quelques exemples bien choisis.

 

 

 

 

Bref, le sujet que je veux aborder aujourd’hui est le TTIP et je rappelle en passant que le principe de précaution est inscrit dans les textes de l’Union Européenne depuis longtemps.

Mais qu’est-ce que ce principe de précaution si ce n’est un mépris des avancées technologiques permises par les récentes découvertes scientifiques, un refus de toute expérimentation et donc le repli frileux d’un vieux monde face au dynamisme du nouveau ?

N’est-ce pas, comble de l’intolérance, une entrave inqualifiable au libre commerce ? Et qu’est-ce qu’il y a de plus beau que le commerce ? Dites le moi. Grâce au commerce, nous avons des fraises en décembre et des oranges au mois d’août. Ne prétendez pas que vous n’aimez pas les fruits !

Soyons sérieux. Pensons-nous que l’industrie soit disposée à investir des millions de dollars-euros-yen-pesos et clous de girofle pour procéder à des tas d’analyse et parvenir à produire des fruits calibrés tous les jours de l’année sans être assurée de les vendre ? Non, Mesdames ! Non, Messieurs ! Même si je devine sur vos visages des sourcils levés en points d’interrogation, je vous dis non dans toutes les langues. Avez-vous envie de pouvoir continuer à choisir vos desserts ?

M’éloignant un instant de ces préoccupations gastronomiques, je prendrai un exemple plus grave. La firme Humanadiablis du Minnesota a conçu un nouveau médicament, le Béatusquine, dont la propriété principale, moyennant trois gélules par jour, est de redonner le moral au chômeur pour chercher de l’emploi et le cœur à l’ouvrage au travailleur pour qu’il supporte le sien. Sachant que la rentabilité du travailleur est la condition sine qua non de nos industries, n’est-il pas salutaire de répandre de façon maximale la consommation de ce nouveau médicament ? N’est-il pas judicieux que ce nouveau produit bénéficie d’une publicité sur tous les Abribus, dans tous les magazines et sur toutes les chaînes de télévision ? Si la firme investit dans la publicité, n’est-il pas juste qu’elle retrouve ses billes ?

Les « Anciens » me demanderont si ce nouveau produit est vraiment d’utilité publique dans une société saturée par le chômage et qui ne sait comment s’y prendre pour le réduire. On est, il est vrai, soucieux d’améliorer la flexibilité, de permettre le travail du dimanche et d’affaiblir les syndicats. On crée en France de nouvelles compagnies de cars pour augmenter la circulation des personnes, rentabiliser les sociétés de péage et polluer un peu plus l’atmosphère. En Belgique, on adopte un « tax shift » qui se résume à une pirouette pour ne pas faire hurler la FEB et le VOKA.

Les « Anciens » me demanderont aussi si le produit fait l’objet d’une réelle attente de la part du public. A-t-elle envie d’une gélule lui permettant de voir la vie en rose ou a-t-elle envie d’avoir une vie plus rose ? Quand, Mesdames, quand Messieurs, allons-nous demander l’avis du public ? Il s’agirait de démagogie et nous pourrions être taxés illico de populisme. Vous connaissez comme moi la perversité des sondages.

Je vous l’affirme tout net : il est temps d’être « Modernes » ! Vive le progrès ! Longue vie à SCA !!!

PS : SCA = Saint Commerce Américain !
Source : Investig’Action