Venezuela: manœuvres et actions derrière les déclarations de Joe Biden

La déclaration de Joe Biden selon laquelle “le Venezuela continue à commettre de graves violations des droits de l’homme” s’inscrit dans une orchestration diplomatique et médiatique claire pour tenter d’isoler le Venezuela, définie dans les 3 derniers éditoriaux contre le pays de Bloomberg, The Wall Street Journal et The New York Times et accompagnée par les déclarations de la chef des Relations Extérieures de l’Union Européenne Federica Mogherini: « Le choc entre le gouvernement et l’Assemblée bloque toute tentative pour résoudre la crise et une impasse ne peut ni freiner la violence ni ralentir l’inflation ». 
 
Le paravent et le rideau de fumée des droits de l’homme servent à mettre en cause, soutenir et donner un sens politique aux arguments d’ « État qui a échoué » utilisés contre le Venezuela. 

Précisément, c’est sous ce voile discursif que le vice-président des Etats-Unis Joe Biden soutient que le Venezuela continue à commettre de graves violations des droits de l’homme et d’intimider les représentants de l’opposition sans évidemment nommer les dirigeants et les activistes assassinés par des tueurs à gages politiques et la répression récente de Polichacao contre les membres du Campement de Pionniers de cette municipalité.

Les seuls droits de l’homme valables pour Joe Biden sont ceux des agents et des hommes politiques de la droite vénézuélienne. Hors de là, c’est à dire dans le chavisme, la violence est permise, soutenue et demande le plus d’opacité possible.

Mais non seulement Mogherini parle comme Biden en ce qui concerne « les restrictions des libertés civiques » dans le pays, mais ces déclarations viennent renforcées par l’action du vice-président des Etats-Unis au premier Sommet de la Sécurité Energétique aux Caraïbes (soutenues aussi par le récent discours tenu par le secrétaire général de l’OEA Luis Almagro à Washington).

Par son nom seul, cette instance diplomatique ne dit rien mais dans sa courte histoire, on rappelle immédiatement que Barack Obama a lancé cette initiative à quelques jours de l’ordre exécutif contre le Venezuela pour que les pays des Caraïbes s’ouvrent à ce qu’on appelle les « énergies alternatives » (avec un tampon d’exportation nord-américain) pour freiner l’influence de Petrocaribe: un objectif essentiel du gouvernement des Etats-Unis sur demande express des corporations Chevron et Exxon Mobil, dans ce qu’ils considèrent comme leur lac intérieur, selon les câbles internes états-uniens déclassifiés par Wikileaks.

Bien qu’ils cherchent la destitution définitive, le Venezuela n’est pas le Brésil et ni Maduro ni Diosdado ne sont Dilma.

L’intervention et l’Assemblée Nationale

Conjuguées avec cette manœuvre de large spectre géopolitique et avec le coup d’Etat au Brésil, les déclarations de Biden, proches des intérêts énergétiques comme ceux de Chevron Corp (celle-là même qui a financé la Loi de Sanctions contre le Venezuela) cherchent à installer l’idée que le Venezuela est au bord d’une crise humanitaire, d’un effondrement et que son éventuelle implosion pourrait affecter la sécurité de la région, c’est pourquoi on devrait chercher une coalition multilatérale qui intervienne comme l’a envisagé l’année dernière le think-tank financé par George Soros, Internacional Crisis Group, qui a dans son personnel l’ex chef de l’OTAN Wesley Clark.

L’Opération Venezuela Liberté-2 du Commando Sud des Etats-Unis réaffirme que cette situation est considérée comme une possibilité réelle à moyen terme.

Et tandis que Ramón Aveledo cherche le soutien du Brésil pour l’intervention dans son pays par l’application de la Charte Démocratique de l’OEA, Luis Florido, au Sénat du Canada, avec une délégation de députés de la MUD, composée par Freddy Guevara, Williams Dávila et Luis Emilio Rondón, soutient que « la situation au Venezuela est celle d’une vague de pression sans soupape de sécurité » qui peut exploser « et déstabiliser toute l’Amérique Latine ». Et le même Luis Florido complète : « La responsabilité du Canada et de tout el concert des nations américaines est d’agir dans le cadre multilatéral et bilatéral pour faire pression pour des sorties constitutionnelles dans le pays ».

Synchronisées à la perfection avec ces déclarations, la représentante de la politique étrangère de l’Union européenne indique qu’au Venezuela, « il y a un choc des pouvoirs » et « demande des sorties constitutionnelles de la crise » en accord avec Joe Biden qui signale, en outre, que l’Assemblée Nationale représente « la diversité de la vision politique du pays ». Cette légitimation de ce qu’envisage le Commando Sud sur le « choc des pouvoirs » et l’utilisation de l’Assemblée Nationale pour organiser l’ingouvernabilité en permanence, s’inscrit dans l’approbation d’un accord pour exhorter le Pouvoir Exécutif, le Tribunal Suprême de Justice (TSJ) et le Conseil National Electoral (CNE) à « respecter la Constitution » qui garantisse l’exportation du message de « rupture » de l’ordre constitutionnel au Venezuela.

Comme nous l’avons vu, les députés de la MUD jouent à la limite du refus de reconnaître le reste des pouvoirs constitués au Venezuela et envisagent, entre les lignes, l’application de la Charte Démocratique mise en œuvre uniquement quand il y a, précisément une rupture de l’ordre constitutionnel dans un pays membre de cet organisme (l’OEA) comme s’ils étaient un pouvoir parallèle du meilleur style aux gouvernements de mercenaires (ou qu’on appelle « de transition » par ceux qui sont toujours prêts à intervenir) reconnus par les Etats-Unis et l’Union Européenne en Libye et en Syrie.

Tandis que s’aiguisent les fronts intérieurs les plus agressifs de la guerre, résumés dans le front alimentaire, le pharmaceutique et l’illégal, plus dépressions seront faites de l’étranger pour mettre au placard le chavisme et ses autorités légitimes. Et le Brésil, en particulier, représente une accélération de cette offensive. Mais ici, ce n’est pas le Brésil et ni Maduro ni Diosdado ne sont Dilma. Biden et le Commando Sud le savent.

Traduit en français par Françoise Lopez pour Bolivar infos, relu par Investig’Action

Source originale: Mision Verdad