Un diplomate hollandais rejoint un important lobby pro-israélien

Un diplomate hollandais a été engagé comme lobbyiste principal par un groupe pro-Israël qui encourage l’intolérance envers les musulmans.


 

Durant les deux dernières années, George van Bergen est passé du statut de fonctionnaire chargé de la gestion des dossiers sur le Moyen-Orient à celui de lobbyiste auprès de ses anciens collègues pour les intérêts d’Israël.

Après un passage à l’ambassade des Pays-Bas auprès de l’Union européenne, van Bergen travaille désormais en tant que sous-directeur de l’institut transatlantique, le bureau bruxellois de l’AJC (Comité juif américain).

C’est à ce titre qu’il a essayé de promouvoir l’hostilité envers les Palestiniens. Quand des explosions ont eu lieu à Bruxelles le 22 mars, van Bergen a écrit un article impliquant qu’il y avait un lien entre l’État Islamique, l’ignoble attaque d’une école juive de Toulouse en 2012 et les Palestiniens résistant à l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Gaza.

« L’État Islamique a maintenant effectivement revendiqué cette atrocité », a-t-il déclaré. « Et ce qui est à nouveau démontré, comme nous le disons maintenant depuis de nombreuses années, c’est que le terrorisme radical islamique peut débuter par l’attaque de juifs à Toulouse ou Tel-Aviv, mais ne s’arrêtera pas la – il menacera la civilisation occidentale dans son ensemble ».

De tels commentaires furent maladroits, insensibles et détournés de la vérité. L’État Islamique n’est pas impliqué dans une quelconque alliance avec les Palestiniens comme il l’a insinué.

Au contraire, il s’est comporté de manière brutale envers des réfugiés palestiniens en Syrie.

Ces commentaires étaient mis en perspective avec le point de vue de son organisation.

Murray Goldman, l’un des membres du conseil d’administration de l’Institut Transatlantique de l’AJC, a exploité les attentats de Bruxelles d’une manière encore plus opportune.

« Les leaders politiques en Europe et en Amérique doivent publiquement défier la majorité des musulmans dans le monde à condamner ces actes de terreur et de violence », a-t-il écrit dans l’Atlanta Jewish Times.

 

Insulte

Insinuer que la « majorité des musulmans dans le monde » approuve la violence est une insulte à la mémoire de Loubna Lafquiri, cette mère de trois enfants tuée par une bombe dans le métro bruxellois.

Elle vivait à Molenbeek, une zone largement musulmane de la cité qui est devenue le punching-ball des médias ainsi que des politiciens de droite.

Appeler les leaders américains à « publiquement défier » les musulmans empeste le deux poids, deux mesures. Depuis le début du siècle, les Etats-Unis on soit directement attaqué soit participé à des attaques contre les musulmans en Afghanistan, en Irak, en Somalie, au Yémen, au Pakistan, en Syrie, en Palestine, au Liban, au Mali et Lybie. Pardonnez-moi si j’en ai oublié.

L’article de van Bergen susmentionné était titré les portes coulissantes (il fait référence à cette comédie romantique hollywoodienne – Pile ou Face – dans laquelle « une fraction de seconde » peut changer le cours d’une vie)

Pourtant, van Bergen illustre parfaitement un phénomène connu sous le nom de portes tournantes ou portes-tambour, cette pratique antidémocratique au cours de laquelle des politiciens ou fonctionnaires acceptent des postes dans des groupes de pression financés de manière privée.

D’après son profil Linkedin, les missions actuelles de van Bergen incluent la « planification stratégique des politiques prioritaires de l’organisation en Europe » et « l’établissement et l’entretien de contacts avec les officiels de l’UE ».

En d’autres termes, van Bergen se sert donc de contacts qu’il s’est fait lorsqu’il tirait sa rémunération de la bourse publique, pour  susciter le soutien à l’apartheid israélien.

Il a y plus d’une semaine, j’ai demandé à Pieter de Gooijer, l’ambassadeur néerlandais à l’UE, s’il s’inquiétait du conflit d’intérêts de van Bergen. J’ai reçu un bref message du bureau de l’ambassadeur disant qu’il était trop occupé pour répondre. Van Bergen lui-même n’a pas souhaité répondre aux question

L’institut transatlantique de l’AJC est moins que transparent quant à ses financements et la nature de ses activités. Son inscription au registre des lobbies accrédités par les institutions européennes indique qu’il a pour but « la paix au Moyen-Orient et les droits de l’homme ».

La seule donnée fournie à propos de ses finances est qu’il disposait d’un budget annuel total de 598 000 € en 2015.

Je fais partie d’une équipe de chercheurs qui a enquêté sur le financement de l’institut ainsi que sur d’autres groupes pro-Israël à Bruxelles.

Le rapport de notre enquête fut publié lundi

 

Nuire à la paix ?

L’institut transatlantique de l’AJC fonctionne avec l’argent reçu par le Comité des juifs américains dont le quartier général est situé à New York. Le plus gros donateur connu de l’AJC est Seth Klarman, un investisseur milliardaire.

Il est également connu pour avoir supporté Elad, un groupe cherchant à exclure les Palestiniens de la partie occupée à l’est de Jérusalem afin que leurs maisons puissent être reprises par des colons israéliens.

L’institut transatlantique de l’AJC essaye de persuader l’UE de faire preuve de souplesse à l’égard des colonies d’Israël dans l’est de Jérusalem et plus largement, en Cisjordanie.

En 2013, l’UE a publié un document politique déclarant que les entreprises ou institutions situées dans ces colonies ne devraient pas être éligibles pour des bourses en recherche scientifique et autres subsides de l’UE.

Construire, élargir et entretenir ces colonies équivaut à des crimes de guerre. En effet, la quatrième Convention de Genève interdit à une puissance occupante de déplacer sa population civile dans les territoires qu’elle occupe.

Daniel Schwammenthal, le directeur de l’institut, a néanmoins eu l’audace d’arguer qu’en s’opposant de cette manière aux implantations, l’UE nuisait au  processus de paix.

Plus récemment, Schwammenthal a également tenté de répandre l’islamophobie.

Le mois dernier, il s’est plaint auprès du New York Times à propos d’un article offrant une vue nuancée de la population musulmane belge qui ne faisait pas état selon lui de « plusieurs origines essentielles de radicalisation ».

« Les immigrants du Maroc en Belgique regardent souvent les mêmes chaines arabes de TV vues à travers le Moyen-Orient », a argué Schwammenthal.

« Beaucoup de programmes facilement disponibles en Belgique par la TV satellitaire et par internet nourrissent les téléspectateurs arabophones d’un régime constant de propagande salafiste, de théories du complot et d’antisémitisme ».

Ses remarques à propos de l’antisémitisme devraient être traitées de manière sceptique. L’institut transatlantique de l’AJC continue de promouvoir une définition douteuse de l’antisémitisme qui associe la solide critique d’Israël à la haine des juifs.

Il y a énormément d’opposition à l’apartheid israélien parmi les musulmans vivant en Belgique tout comme il y en a de manière plus large, parmi les habitants européens.

Et c’est visiblement ce qui perturbe l’institut transatlantique de l’AJC. Accepter qu’Israël puisse être en tort serait une démarche bien trop risquée pour l’Institut. Il est bien plus facile d’attiser la peur.

 

Mise à jour : quelques heures après la publication de cet article, j’ai finalement reçu un commentaire de Pieter de Gooijer, l’ambassadeur néerlandais à l’UE.

De Gooijer a déclaré que « les conditions d’emploi dans la fonction publique néerlandaise ne prévoient pas de clauses anticompétitives ».

Il a ajouté : « les employés, par conséquent, peuvent démissionner quand bon leur semble – moyennant une mise en garde d’au moins deux mois – et choisir une nouvelle position comme bon leur semble ».

 

Source originale: Electronic Intifada

Traduit de l’anglais par OM pour Investig’Action

Source: Investig’Action