Schizophrénie climatique. Depuis Paris et l’amour pour le lac Poopó

Le lac Poopo se transforme en désert pendant qu’à Paris les gouvernements ont célébré un accord qu’ils ont qualifié d'”historique” pour affronter le changement climatique. L’Accord de Paris sauvera-t-il les plus de 125 000 lacs qui sont en danger de mort dans le monde à cause du réchauffement climatique ?

Le deuxième lac le plus grand de Bolivie n’a pas disparu par magie. Les causes de sa disparition sont multiples et complexes. Parmi elles se trouvent l’augmentation de la température et la plus grande fréquence de désastres naturels comme le phénomène El Niño provoqué par le changement climatique. Le lac Poopó qui se caractérisait par une superficie de 2.337 km² et une profondeur de 2,5 mètres est aujourd’hui un désert avec, au milieu, quelques flaques d’eau qui n’ont pas plus de trente centimètres de profondeur.

Si la température mondiale moyenne a augmenté de 0,8°, celle du lac Poopó a augmenté de 2,5° provoquant la mort de milliers de poissons et de flamants, laissant des bateaux de pêche ancrés dans la terre et des milliers d’habitants sans activité. Ceux qui, pendant des siècles, s’étaient consacrés à la pêche se retrouvent aujourd’hui sans aucune perspective. Voilà le vrai visage du changement climatique qui s’étend comme un cancer à la surface de la terre.

Paris et la rupture avec la réalité

La schizophrénie est un désordre mental et se caractérise par une rupture avec la réalité. La personne atteinte de cette maladie croit faire une chose et, en réalité, agit tout à fait différemment. Et c’est ainsi que se sont comportés les gouvernants à propos de l’accord climatique de Paris. Dans son article 2, cet accord stipule que l’objectif est de limiter la hausse de la température à moins de 2° des niveaux préindustriels et il projette également de consentir tous les efforts pour limiter l’augmentation à moins de 1,5°. Il semblerait donc que l’esprit du lac Poopó et des milliers d’autres lacs, montagnes et îles en danger ainsi que les milliers d’êtres humains qui meurent chaque année à cause du changement climatique aient enfin touché le coeur des gouvernements de la planète. Mais pas si vite ! Le paragraphe 17 établit une “grande préoccupation” car la somme de toutes les contributions de réductions des émissions présentées par tous les pays ne conduisent pas à un scénario de réduction de moins de 2°. En d’autres mots, une chose est l’amour que proclament les politiques du monde entier pour les lacs comme celui de Poopó, une autre chose, très différente, est ce qu’ils sont disposés à appliquer. Pour réellement contrôler la hausse de la température et éviter que la planète explose, nous devons laisser 80% des réserves connues de combustibles fossiles sous terre. Cela comprend les hydrocarbures (pétrole et gaz) et le charbon. Mais lorsqu’on lit avec attention l’Accord Climatique, il n’y a aucune référence à la limite d’extraction des combustibles fossiles.

L’autre mesure urgente pour éviter le réchauffement climatique est de mettre un terme à la déforestation. Cependant, dans leurs “contributions”, les pays qui possèdent de grandes étendues de forêts ne s’engagent pas à éradiquer ce crime, ne serait-ce que pour les 15 prochaines années.

En général, grâce aux “contributions” de réduction des émissions de gaz à effets de serre présentées à Paris, les émissions mondiales de gaz qui étaient en 2012 de 53Gt de CO2e continueront à augmenter pour atteindre les 60Gt CO2e en 2030. Si les gouvernements veulent réellement limiter la hausse de la température à moins de 2°, ils devront s’engager à réduire les émissions mondiales à 35Gt de CO2 pour 2030. Les gouvernements savent que c’est ainsi et pourtant ils font le contraire et au passage crient : Victoire ! La planète est sauvée !

N’est-ce pas un genre particulier de schizophrénie ?

Pendant ce temps, à plus de 10.000 kilomètres de Paris, les rayons du soleil continuent à laisser s’évaporer un lac où survivent les Urus, un peuple primitif des Amériques également connu sous le nom de “Hommes de l’eau”. Ces habitants millénaires qui, selon certaines études, seraient originaires de Polynésie seront bientôt les “Hommes du désert”

Impunité et crimes climatiques

S’il y a bien quelque chose dont on peut être sûr c’est que les Urus ne sont pas coupables du changement climatique. Leurs émissions de gaz à effets de serre sont parmi les plus faibles au monde mais pourtant ils sont les premières victimes du changement climatique. L’Accord de Paris permettra-t-il aux Urus de demander réparation aux pays responsables de cet ethnicide ? L’article 8 mentionne effectivement un Mécanisme de dommages et intérêts.

Le paragraphe 52 de la Décision qu’a entérinée l’accord de Paris éclaire catégoriquement l’article 8 : “il n’y a aucune base pour demander aucune compensation ou indemnisation”. Les Urus, comme des milliers de peuples à travers le monde qui n’ont pas provoqué le changement climatique, ont été totalement passés sous silence par cet accord schizophrénique qui mentionne les “droits des peuples indigènes” tout en les empêchant de juger les responsables de ce crime climatique.

Que sont ces droits que l’on ne peut exiger ?! Et tout cela “made in Paris” , Ville Lumière, ville des Droits de l’Homme.

Certains répondront : nous ne leur donnons pas le droit de poursuivre en justice les responsables des crimes climatiques mais nous prévoyons un fonds d’aide pour les dommages et pertes. Ce fonds sera-t-il approvisionné par les pays coupables du changement climatique ? La vérité est que les pays développés remplaceront habilement le mot “pourvoir” par “mobiliser”. L’article 9 de l’Accord dit que les “pays développés devront continuer à assurer le leadership afin de mobiliser les ressources pour le financement climatique” au moyen de fonds publics, d’investissements privés, de prêts, d’un marché du carbone, tout comme les pays en développement.

Et à hauteur de combien les pays développés vont-ils contribuer ? Un montant similaire au budget de l’armement qui atteint les 1.500 milliards de dollars ? Ou bien la moitié ? Au final, le problème le plus important sur terre pour la sécurité humaine, c’est le changement climatique. L’accord de Paris passe sous silence le chiffre mais la décision qu’il prend apparait dans ses paragraphes 54 et 115. Ce sera 100 milliards de dollars pour la période 2020-2025, c’est à dire 7% du budget militaire mondial. Pendant que la tragédie du lac Poopó est une petite démonstration de ce qui se produit, le sommet du climat à Paris nous montre que la vraie solution ne viendra pas des négociations internationales sur lesquelles pèsent les intérêts des grandes corporations et des gouvernements. Le futur de la vie telle que nous la connaissons dépend de ce que feront les terriens.
Pablo Solon
Source : La Razon, 20 décembre 2015