Relations USA-Cuba : un rapport de force totalement déséquilibré

Les États-Unis, c’est simple : c’est la première puissance mondiale, c’est un Produit Intérieur Brut de l’ordre de 17,5 mille milliards de dollars, c’est 320 millions d’habitants et 9, 6 millions de km². Et, face à eux, Cuba, qui est « un peu plus » petit : c’est 11 millions d’habitants, donc ça fait deux agglomérations de Miami, c’est 111 mille km², c’est plus petit que la Floride… bon vous me direz que l’Angleterre a à peu près la même superficie, et a réussi à dominer le monde pendant deux siècles, donc ce n’est pas une excuse, d’accord.

Pour ce qui est du PIB, là on est dans une disproportion tout à fait colossale : quel est le rapport, très difficile à calculer, mais le PIB cubain pourrait être 250, 300 fois plus petit que le PIB étasunien. En gros on peut comparer la richesse produite annuellement à Cuba aux chiffres d’affaire d’une grosse entreprise étasunienne. C’est même plus petit que le chiffre d’affaire de General Electric qui vient de racheter Alstom, c’est même plus petit que le chiffre d’affaire de la BNP- Paris Bas, qui vient de se faire taper sur les doigts.

Ce rapport de force est totalement déséquilibré, il faut vraiment l’avoir en tête dès le début, d’autant que les États-Unis sont aussi et peut-être surtout, ou plus que, la première puissance militaire du monde. Alors là aussi, les chiffres sont assez difficiles à éclairer, mais d’après les calculs que j’ai pu réaliser, pour ma part, il pourrait y avoir plus de 935 mille militaires ou personnels dépendants du ministère de la Défense des États-Unis d’Amérique, en mission à l’extérieur du territoire continental des états-Unis dans le monde. C’est 100 000 personnes de plus que lors du pic de la guerre du Vietnam – vous imaginez un peu -, et c’est même plus, environ 10 ou 15 mille personnes de plus, que l’ancien record historique de présence de soldats étasuniens dans le monde dans l’immédiate après-deuxième guerre mondiale. Et ils sont dispersés sur, d’après ce que j’ai pu calculer, – ces chiffres n’engagent que moi mais je pense qu’ils sont assez crédibles – ils sont déployés sur quelques 1150 bases militaires à l’extérieur du territoire continental. Vous comprenez bien qu’on ne compte pas les bases sur le territoire continental des États-Unis… dont une à Guantanamo dans le Sud-Est de Cuba.

Je commence comme ça pour qu’on ait bien à l’esprit que c’est en présence de cette super-puissance et sous la contrainte, imposée, par cette super-puissance, que Cuba a fait une révolution, et fait, encore, une révolution, qui est toujours debout, aujourd’hui.

Une révolution aux avancées très importantes sous les agressions unilatérales, répétées et continues des USA

Et cette révolution a fait des avancées très importantes, à mon sens – soyons tout à fait clair – sous la contrainte d’agressions répétées, sans discontinuité, venant des États-Unis d’Amérique. Des agressions unilatérales, des agressions qui ont pris toutes les formes possibles de la violence : les premières tentatives d’assassinat des hauts dirigeants de la révolution cubaine remonte à 1959 ; le premier attentat manqué – la tentative d’assassinat contre Fidel – a lieu le 2 février 1959, et plus de 620, 630 autres tentatives d’assassinat suivront, ce qui fait une moyenne assez impressionnante d’un peu plus d’une tentative d’assassinat de Fidel déjoué par mois sur sa période d’exercice de pouvoir (49 ans).

Je suis en train de vous dire que, sans avoir ça à l’esprit, on ne peut pas vraiment comprendre ce qui se passe là-bas, que ce soient les avancées ou les limites, ou les difficultés rencontrées par la Révolution : c’est d’abord cette succession d’agressions, d’actes terroristes, mobilisant même parfois le terrorisme d’État, perpétrés, organisés par les États-Unis et les exilés contre-révolutionnaires Miaméens, que l’on doit analyser le déroulement de cette révolution.

Et ces actes terroristes sont légions. Je tiens à commencer par ça :

Dès 1959 : mitraillages de zones d’habitation, bombardements de centrales électriques, incendies de sucreries, et puis – comme vous le savez sans doute – il y a eu l’attentat contre le bateau français La Coubre, qui a explosé le 4 mars 1960 dans le port de la Havane lors d’opérations de déchargement.

La Coubre a explosé le 4 mars 1960 : 75 morts, environ 200 blessés

C’est au lendemain de cet attentat qu’a été prise cette fameuse photo très célèbre du Che par Korda lors de la cérémonie pour les obsèques des victimes. Il y a eu 75 morts et plus de 200 victimes dont des marins français.

Che Guevara lors de l’enterrement des victimes du cargo La Coubre le 5 mars 1960. Photo : Alberto Korda

Des provocations incessantes depuis la base navale de Guantanamo, qui ont parfois causé la mort de soldats du bataillon frontalier cubain, des attentats très nombreux, surtout dans les années 60, contre les représentants de missions diplomatiques et commerciales de Cuba à l’étranger, causant parfois des morts et des blessés. Il y a eu l’attentat – le premier de l’histoire de l’aviation civile- contre un avion de la Cubana de Aviación en 1976 qui a explosé et tué 73 personnes au dessus de la Barbade, qui a été organisé – ça a été « archi » commenté – par un exilé contre-révolutionnaire agent de la CIA, – cubain « anti-cubain » si vous voulez : Luis Posada Carriles – qui a été protégé et a fait l’objet d’une aide et d’une protection permanentes des États-Unis.

Il y a eu un peu plus tard, des bombes posées dans des écoles primaires, même dans des « cercles infantiles » comme on dit là-bas, c’est à dire, des écoles maternelles, des haltes-garderies, au début des années 80, et puis dans les années 90, des bombes posées dans des hôtels, qui ont parfois tué.

Et puis il y a eu, – il faut passer un peu de temps là-dessus quand même, parce que ce ne sont pas de petites choses ni des détails que l’on laisse à la fin, non : ça doit être pris en compte, à mon avis, dès le début – … il y a eu des attaques biologiques, multiples, qui ont visé la population cubaine, qui ont visé le cheptel, qui ont visé les cultures. Par exemple, en 1981, une diffusion intentionnelle d’une épidémie de dengue hémorragique a été relevée à Cuba, cela a été prouvé parce qu’en fait, la souche était inconnue à l’époque, et donc à l’issue d’une enquête et d’un jugement sur le territoire des États-Unis, il a été prouvé que cette souche avait été fabriquée intentionnellement dans un laboratoire des États-Unis : 158 morts, principalement des enfants.

L’invasion de la Baie des Cochons en avril 1961 : l’échec du débarquement, la mise en déroute de l’armée mercenaire, aidée, financée, entraînée, appuyée militairement par les États-Unis… il y a eu je crois 160 morts côté Cubain. C’est important car c’est la seule défaite militaire à ce jour enregistrée lors d’une opération organisée par les États-Unis en Amérique Latine et ça a même contraint les États-Unis à payer des dommages de guerre à Cuba.

Tout ça, évidemment, sans oublier la crise des Fusées en 1962, le Blocus, sur lequel je reviendrai sans doute un peu plus tard, qui date de cette époque de Kennedy, 1962, jusqu’à des menaces de guerre, implicites mais quand même assez claires, formulées en 2004 par l’administration de Georges W. Bush contre Cuba pour soi-disant « atteinte » à la sécurité nationale des États-Unis d’Amérique.

L’éthique de Cuba pour les USA

Vous comprendrez que face à tout ça, le gouvernement cubain a toujours accordé beaucoup d’importance à la lutte contre le terrorisme, et j’imagine que dans deux jours, lors de la première visite d’État qui sera effectuée par un président cubain en France, Raul Castro ne manquera pas -c’est ce que j’imagine – de réaffirmer à François Hollande la disposition du gouvernement cubain à coopérer avec les services français à la lutte anti-terroriste. Je dis ça parce que les cubains ont déjà apporté des preuves de bonne volonté. Peut-être que vous n’avez pas entendu cette histoire là mais qui est vraie, ça a été rendu public le lendemain de l’attentat du 11 septembre par Fidel Castro, il a révélé qu’en 1984, lorsque les services secrets cubains avaient acquis la preuve qu’un groupe d’extrême-droite étasunien opérant sur le territoire des États-Unis préparait un attentat visant le président des États-Unis, à l’époque c’était Ronald Reagan, Fidel a donné l’ordre aux services cubains de transmettre l’information aux services étasuniens en charge de la protection du président des États-Unis. Alors évidemment, il n’y a pas eu une énorme couverture médiatique sur cette affaire-là, côté occidental, – on comprend pourquoi -, mais ce que je voulais vous dire en fin d’introduction, c’est qu’il faut beaucoup de désinformation, beaucoup de propagande, beaucoup de calomnie anti-cubaine pour faire oublier l’éthique – je le dis très clairement – l’éthique qui anime en fait ce qu’il est coutume d’appeler la « dictature castriste », et en même temps, beaucoup de propagande pour dissimuler la nature véritable que les États-Unis – « la démocratie en Amérique » comme on dit – entretiennent à l’égard de Cuba.

Je vais articuler mon intervention en trois parties : le passé lointain, le passé proche, le présent.

Le passé lointain

Je vais essayer d’aller vite mais il faut bien comprendre que ces relations entre les États-Unis et Cuba s’enracinent dans leurs relations bilatérales, avant tout autre chose, avant même d’être vues comme un résidu de la confrontation Est-Ouest de jadis.

Cuba a été une colonie espagnole pendant plus longtemps que les autres, pendant plus de quatre siècles, et ce qui va caractériser – pour aller vraiment très très vite – ces quatre siècles de dépendance, de domination coloniale, c’est une succession de cycles productifs (du cuivre, du bois, du cuir etc… ) mais qui se caractérise toujours par l’ouverture d’un cycle par un pillage et la fermeture de ce cycle productif par une désindustrialisation. C’est à dire qu’il y a eu des fonderies cuivreuses à Cuba qui ont été démantelées, il y a eu des chantiers navals à Cuba qui ont été démantelés. Et ils ont été démantelés évidemment par la volonté de la métropole coloniale espagnole, mais aussi et progressivement dans le temps, surtout, par la volonté de l’hégémonie de l’époque à partir du XVII° siècle, et surtout du IX°, l’Angleterre – c’est le cas typiquement du cuivre -. De manière à enfermer la spécialisation productive économique et commerciale de la colonie, strictement dans l’exportation de matières premières et rien d’autre.(…)

Pour la suite de la conférence sur vidéo de Rémy Herrera, cliquez ici.

Source : http://www.francecuba.org/relations…

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