Pour une nouvelle problématique des « indésirables » dans la France des années 1930 (1ère partie)

Le terme d’« indésirables » était avant 1914 appliqué par les divers services de police, en vue de neutralisation ou d’expulsion, à des individus ou groupes jugés nuisibles pour des raisons tant intérieures (concurrence économique, agitation sociopolitique) qu’extérieures (espionnage). Dans l’entre-deux-guerres, il désignait essentiellement deux catégories : les “rouges” et les “mauvais étrangers”.

 

1° les « rouges » ou présumés tels, nationaux ou étrangers, matériau-type du carnet B confié aux « Services chargés de la surveillance des indésirables » après la Première Guerre mondialei comme avant, mais avec, depuis la deuxième révolution russe et plus encore après la fondation du PCF, les « bolcheviques » pour cible obsessionnelle;

2° les « mauvais » étrangers – il y en avait de « bons » pour l’appareil policier d’Étatii ‑, dont la prépondérance « ethnique » des vagues reflétait la conjoncture intérieure de chaque pays de départ et/ou la politique extérieure des pays de départ et d’accueil.

La crise des années 1930 étendit l’usage du mot très au-delà des services de police de tout type pour en faire un leitmotiv politique ou de presse : à partir de 1933 et surtout de 1936-1938, régna en France la dénonciation quotidienne de la « marée » d’étrangers plus ou moins bolcheviques. Les travaux des décennies 1980 et 1990 ont mis en parallèle la faiblesse des chiffres d’arrivants – tardif cas espagnol excepté – et la submersion alléguée. Mais ils ont aussi souligné le trouble généralisé qui aurait à cette occasion saisi la société : du bas au sommet, des humbles aux sommets de l’État et du patronat, tous auraient été frappés. L’hostilité, l’accablement, la peur et un sentiment d’impuissance auraient envahi toutes les classes, ralliées aux arguments de l’extrême droite à un moment ou à un autre, surtout à partir de 1938 : l’idée d’un rejet en quelque sorte dans l’air du temps, lié à « l’aggravation » de la conjoncture intérieure et extérieure, nous rapproche du « ras-le-bol » contemporain imputé aux Français « de souche », face aux Roms, Arabes, « Blacks », etc., mesuré et commenté par des sondages hebdomadaires qui semblent, eux aussi, surgis de l’atmosphère générale.

L’historiographie, bornée ici à deux spécialistes d’une catégorie phare des parias d’avant-guerre, les juifs étrangers, Ralph Schor et Vicki Caron, a été, faute d’accès aux sources policières et administratives des années 1930, tentée par l’hypothèse d’une quasi-égalité sociologique dans l’initiative et l’ampleur de la xénophobie. L’ouverture à la consultation des fonds intérieurs bloqués pendant soixante ans (1939-1999) invite à réviser cette problématique – révision que Gérard Noiriel amorça en contestant le vieil axiome de la « rupture » entre la république et Vichy en matière de répression xénophobe et anticommuniste, violation d’un tabou qui provoqua l’indignation de l’historiographie dominanteiii. Or, ces sources policières et administratives remettent en question l’influence des « politiques » sur la politique d’immigration, et la sincérité de leur désarroi devant la conjoncture migratoire, objet essentiel des ouvrages susmentionnés; et font surgir d’autres maîtres d’œuvre, les dirigeants de l’économie.

Ma contribution, après avoir présenté les travaux centrés sur la sphère « politique », étudie, sur la base des sources originales enfin accessibles, la capacité d’initiative en ce domaine du grand capital, étendue très au-delà de la sphère de l’économie et des questions sociopolitiques « intérieures ».

Un « ras-le-bol » sociopolitique général sous l’effet du « déluge »?

Un « déluge » modeste

Rappelons d’abord le caractère relatif de la « marée » étrangère, phénomène bien antérieur à la dernière décennie d’avant-guerre. Les miséreux (tradition d’après 1880) et/ou antifascistes italiens avaient dans les années 1920 précédé ou accompagné des réfugiés économiques et politiques divers, notamment des juifs, misérables ou bourgeois, qui avaient depuis 1919 fui l’Europe centrale et orientale pionnière en antisémitisme. Dès la mi-mars 1933iv, et surtout après le boycott du 1er avril, affluèrent des juifs allemandsv et déjà (beaucoup moins nombreux alors) autrichiens : « il s’agissait principalement de juifs exerçant une profession libérale dans la médecine ou le droit, de fonctionnaires privés de leur place, de savants, d’écrivains, d’étudiants, de quelques rares travailleurs manuels et pour le plus grand nombre, de petits commerçants, employés ou représentants de commerce »vi. En octobre, peu après que l’État français eut claqué la porte, au motif, osa déclarer le ministre des Affaires étrangères Paul-Boncour, que « les Israélites d’Allemagne ne paraissaient plus courir de risques immédiats »vii, la Préfecture de police évalua le flux « à 25 000 environ, bien que nos consuls n’[eussent] accus[é] que 13 100 demandes de visa de passeports ». Ils s’étaient « principalement dirigés sur la région parisienne et vers les grandes villes », dont « plus de 8 000 » pour le seul département de la Seineviii. Chiffre provisoire très gonflé : fin juillet 1933, 2 775 « réfugiés politiques identifiés [… s’étaient] présentés à nos postes-frontières ou aux commissariats spéciaux de Forbach, Metz et Strasbourg »ix. L’aggravation des persécutions depuis les « lois de Nuremberg » de septembre 1935 maintint un effectif faible : au tournant de 1937, sur 135 000 émigrés juifs allemands partis « à l’étranger », il y en avait 6 000 en France, 5 000 en Hollande, 4 000 en Angleterre, 2 000 en Italiex.

Précédant ou accompagnant ceux d’origine germanique, nombre de juifs de Pologne, Roumanie et Hongrie durent fuir l’incendie antisémite amplifié par l’alignement inconditionnel de leurs États, déjà champions en la matière, sur la politique intérieure et extérieure du Reich. La privation de leur nationalité, mesure systématisée en 1936-1938, leur interdit définitivement le retour (qu’ils n’avaient guère envisagé). En 1938-1939, l’aryanisation à marches forcées en Allemagne même et l’expansion du Reich qui raya de la carte l’Autriche, en mars 1938, et la Tchécoslovaquie, entre octobre 1938 et mars 1939 et persécuta leurs juifs précipitèrent les départs : ce que Vicki Caron qualifie de « déluge » avait porté les effectifs totaux de ces juifs d’Europe centrale et orientale à 40-60 000 fin 1938. Seul vrai « déluge », amorcé alors et grossi après le 26 janvier 1939 (chute de Barcelone) et surtout par la victoire franquiste en mars, 750 000 républicains espagnols franchirent la frontière des Pyrénées. S’y ajoutèrent les centaines de juifs chassés depuis l’automne 1938 par l’alignement (plus tardif qu’ailleurs) du fascisme italien sur l’antisémitisme allemandxi.

Un « ras-le-bol » politique général?

Le rejet des étrangers par des catégories très diverses de Français décrit par l’historiographie avait de longtemps précédé l’unique « marée », celle des Espagnols, pourtant écartés du marché du travail par leur mode d’accueil : les « camps de concentration » du Sud-Ouest, que Pétain, nommé ambassadeur de France depuis mars 1939 pour préparer tranquillement chez Franco le putsch prévu à l’occasion de l’invasion allemande prochainexii, jugeait si idylliques qu’ils « ne pourr[aie]nt pas être éternels »xiii. Depuis 1930, les Français « de souche », mais aussi les étrangers naturalisés et intégrés, parfois de longue date, auraient de moins en moins supporté les intrus encombrant le marché de travail, alors que la crise économique tendait à les en exclure eux-mêmes. Dans ce pays d’immigration, les étrangers entraient en compétition avec les ouvriers et autres salariés, selon l’habitude créée depuis les années 1880 par les crises capitalistes cycliques. Mais au surplus, depuis 1933, des artisans, commerçants, industriels et des membres des professions libérales, juridiques et médicales vinrent par milliers fouler les plates-bandes de la petite et moyenne bourgeoisie.

Spectaculaire dans la droite extrême, ce rejet aurait donc gagné toute la société, et tous ses représentants politiques, jusqu’aux hérauts notoires de l’antiracisme et de l’union des « prolétaires de tous les pays ». Selon Ralph Schor, « la droite vitupérait contre les étrangers avec une colère particulièrement vive. Mais la gauche se laissa emporter par un égal nationalisme. En septembre 1937, le parti communiste lui-même, par la bouche de son secrétaire général Maurice Thorez, reprit à son compte le vieux slogan “La France aux Français” et ajouta : “À la porte les espions! À la porte les provocateurs au meurtre! À la porte les assassins![”] Les communistes précisaient que leur condamnation visait le terrorisme fasciste, mais l’opinion retint surtout que les rouges se convertissaient au nationalisme »xiv.

Notons que le camp ici visé échappait précisément au « nationalisme » présumé universel. Aucune source policière, administrative ou politique du temps ne met en doute l’internationalisme du PCF, accusé par ses adversaires (police comprise) d’être le principal responsable et bénéficiaire de la marée étrangère et d’alimenter « le dépotoir [français] de l’Europe »xv. Ce discours de Thorez cité par Ralph Schor, comme ceux des autres intervenants de la vaste réunion antifasciste convoquée le 28 septembre 1937 par le PCF, dont Paul Vaillant-Couturier, ou le compte rendu (par ce dernier) dans L’Humanité du lendemain, désignait une cible exclusive : l’Axe et ses complices français. L’atteste le titre de première page étalé sur trois colonnes : « Assez! Assez! Assez! Hors de France les agents d’Hitler et de Mussolini! En prison, les chefs factieux, leurs complices! Il faut assurer la sécurité de notre pays et de notre peuple! Il faut rendre la France aux Français ».

Le reste de l’article était aussi clair sur le caractère non « nationaliste » mais « patriotique » de la formule antifasciste et antinazie. Et ce d’autant plus que l’initiative communiste eut lieu en plein déchaînement de la « stratégie de la tension » du tandem Cagoule-synarchie et sur fond d’apparente mise en mouvement de l’appareil policier : les perquisitions du 16 septembre 1937, ordonnées dans le cadre de l’enquête sur des trafics d’armes de la Cagoule avérés depuis 1936; et celles qui suivirent sur « l’attentat de l’Étoile » ou « de la rue de Presbourg » (11 septembre 1937), puis, sur le dépôt de bombes, deux jours après, chez le général Prételat, tous deux objets d’un autre article de première page du 29 septembre : « Pas d’étouffement. Toute la lumière! […] Dans l’affaire de l’Étoile, la police a effectué 42 perquisitions. Ce n’est pas par vengeance comme l’a insinué certaine presse qu’une bombe a été déposée à la porte du le général Prételat »xvi.

Ralph Schor a fait en 1996 de la « menace pour la sécurité nationale », plus exactement de la peur panique de « l’éclatement d’une guerre contre l’Allemagne », un puissant motif de rejet des étrangers. Les Français, « attachés à la paix », se seraient soudés dans l’alarme suscitée par l’inclination des réfugiés à « se battre aux côtés de la France en cas de conflit ». « Le gouvernement, qui partageait les inquiétudes des Français, prit, par la voie réglementaire, toute une série de précautions ». Sa « vigilance inflexible » s’exerça, entre autres, sur les étrangers tentés par « la grève générale du 30 novembre ». Vicki Caron a repris le thème en 1999 et imputé à toutes les couches de la population française d’égales « peurs de la Cinquième Colonne » : jusqu’à l’invasion allemande, la terreur, étrangère aux exilés, de la guerre ‑ que, dimension absente de ces deux ouvrages, le Reich préparait à marches forcées nonobstant l’« attach[ement] à la paix [des] Français » ‑, constitua un des motifs essentiels de la colère de ces infatigables pacifistes contre le « déluge ». Les dirigeants civils, ministres, parlementaires, policiers, et militaires, état-major de l’armée en tête, se seraient particulièrement inquiétés du « bellicisme » des hôtes non invités. « L’aggravation de la situation internationale » de 1938 (leitmotiv de l’ouvrage) aurait aggravé les craintes, les réfugiés, juifs en tête, étant accusés de vouloir entraîner contre son gré le pays d’accueil dans un conflit général « juif ». La peur du « terrorisme et [de] la subversion inspirée par l’étranger » ‑ mais l’auteur ne précise pas quel « étranger » – aurait porté l’alarme au paroxysme.

Les auteurs cités s’attachent surtout aux dirigeants politiques ou idéologiques (ministres, parlementaires, chefs de partis et de presse, etc.), devenus xénophobes, par pacifisme, d’une part, sous l’effet de la crise, d’autre part : c’est sur ce plan qu’intervinrent les « pressions » exercées sur les gouvernements, dont celui de Daladier, par « le lobby protectionniste anti-immigration », chambres de commerce et médecinsxvii. L’idéologie antisémite et xénophobe de tradition aurait contaminé jusqu’aux plus solides partisans, nombreux à droite, d’une immigration « libérale ». Sans épargner la gauche non communiste (la communiste est absente de son ouvrage) pourtant si compatissante, surtout à la SFIO, autour de Léon Blum, aux misères des juifs (surtout sinon exclusivement) allemands. Suivant au fil des années, voire des mois, les déclarations publiques des décideurs présumés « libéraux », Vicki Caron est confrontée aux mutations étonnantes de ses héros, particulièrement en 1938-1939. L’extrême droite aurait déteint sur les plus modérés, tel le Temps : ce « porte-parole semi-officiel du Quai d’Orsay », traditionnel défenseur d’une politique « libérale » d’immigration, aurait fait volte-face depuis 1936 et se serait déchaîné en 1938, exigeant désormais avec éclat révision de la trop laxiste loi de naturalisation de 1927. Les juifs bien installés fermaient aussi l’accès aux arrivants, proposant, tel le sénateur de Haute-Saône Moïse Lévy, en avril 1938, de différer le droit de vote des naturalisés de fraîche date. En octobre, « le député conservateur de Moselle, Robert Schuman », futur héros de la geste « européenne », soutint un projet de loi en vue de réviser « toutes les naturalisations octroyées depuis [non pas 1927] mais 1919 » ‑ « hostilité aux immigrés […] typique de nombreux hommes politiques des partis chrétiens-démocrates, particulièrement en Alsace et en Lorraine »xviii.

Bref, le « déluge » incontrôlable de 1938 aurait raidi les décideurs (politiques) français débordés. Et inspiré les décrets-lois xénophobes se succédant en rafale depuis mai, juste après la constitution du cabinet (radical) Daladier (10 avril), sous la houlette d’Albert Sarraut, ministre de l’intérieur, qui répétait à l’envi, sur fond de rafles policières, que « le point de saturation [était] atteint, sinon dépassé ». C’est ainsi que le leader radical justifia après Munich le refus de visa français aux juifs tchèques violant la promesse antérieurement faite d’accueillir des « réfugiés tchèques » : ce veto en orienta 2 000, dont 60% juifs « au moins », surtout vers l’Angleterre. Mais, après un long alignement sur Berlin, illustré par « l’affaire Grynszpan » consécutive à l’exécution, le 7 novembre 1938, du conseiller de l’ambassade d’Allemagne Ernst vom Rath (Paris n’osa pas même murmurer contre la Nuit de Cristal, au contraire de Washington et Londres, pourtant aussi « apaiseurs ») et par le décret-loi xénophobe du 12 novembre assénant des coups terriblesxix, les « courants contraires (crosscurrents) de 1939 » auraient infléchi le cours jusqu’alors dominant (mainstream).

La xénophobie aurait subi le « tournant » de la politique extérieure consécutif à la destruction définitive de la Tchécoslovaquie, le 15 mars 1939, ses tenants se montrant sensibles aux effets, plus cruels que prévu et finalement néfastes à la France, de leur politique de verrouillage et d’internement. À la rigueur auraient fait place non seulement la compassion, mais la conviction que la France affaiblie en tous domaines (face à qui?) avait besoin de ce flux d’étrangers (contre qui?). Ainsi aurait aussi été enregistré « un tournant majeur dans la politique envers les réfugiés », reflétant à la fois les « exigences militaires », les besoins économiques (de main-d’œuvre) et la perception, aussi aiguë que tardive, du déficit démographique. Se multiplièrent les partisans sonores, politiques, journalistes, etc. de cette nouvelle ligne, impliquant intégration rapide de ces étrangers tardivement bienvenus. Dans le camp de ceux qui avaient guerroyé contre la loi de naturalisation de 1927 et prôné la dénaturalisation des juifs ‑ tels les parlementaires de droite Louis Marin et Fernand-Laurent, le 8 décembre 1938 – dont la Pologne, la Roumanie et la Hongrie avaient fourni le modèle en 1936-1938xx, surgirent désormais des partisans de naturalisation accélérée et de conscription des étrangers : dans des corps, cependant, où les intéressés ne verraient jamais les soldats allemands de la vraie guerre à venir, telle la Légion étrangère.

Mais Mme Caron, qui décrit par le menu, sans s’en étonner, ces brusques conversions de marsxxi et ne commente pas l’accueil simultané des réfugiés espagnols en camps de concentration inhumains, doit bien relever la reconversion à nouveau fulgurante des humanistes à chronologie et géométrie variables. Les bontés printanières furent suivies à l’été d’un terrible durcissement et à l’automne de l’internement en masse, dans des conditions effroyables, des étrangers ayant fui le nazisme. Comment comprendre, au vu des objectifs patriotiques proclamés de mars à août 1939, que, outre des centaines de milliers d’Espagnols, dont nombre de combattants éprouvés (exclus de cette étude), près de 18 000 juifs, résolus avant et après le 3 septembre à en découdre avec le Reich mais strictement interdits d’enrôlement dans l’armée régulière, aient été parqués en camps de concentration et soumis à des « conditions de vie […] épouvantables »? Ces hommes, estimés pendant cinq mois vitaux pour l’économie, l’armée (sauf celle supposée combattre) et la démographie françaisesxxii, auraient donc été sacrifiés à « l’hystérie de Cinquième Colonne » : le gouvernement ne voulait plus connaître, dans son émoi, que des « étrangers ennemis ». Quelle « occasion significative » perdue, « emblématique de l’ineptie politique et du manque de détermination qui conduisirent à la débâcle de juin 1940. »

L’auteure consacre un chapitre à « l’occasion perdue » d’exploiter des ressources si précieuses. Confrontée aux antagonismes entre les proclamations sonores du « tournant » et le sort effectif des « indésirables », elle finit par douter de ses sources. Pourquoi, comme l’avait déploré l’émigré Erich Noth, « la France » prit-elle la responsabilité, en renonçant au « criblage » des camps susceptible de séparer le bon grain de l’ivraie des espions, de « perdre un vaste réservoir de forces combattantes »? Pourquoi fut-elle la seule à pratiquer cette politique absurde, au contraire de la Belgique, des Pays-Bas et de l’Angleterre? L’auteure donne pour preuve du caractère imprévu du nouveau « tournant » la construction de « la plupart des camps au dernier moment ». Mais elle concède les lourdes exceptions, qui anéantissent l’improvisation alléguée, du camp de Rieucros, bâti pour « les femmes [étrangères] politiquement suspectes » (communistes) depuis janvier 1939, et des « camps déjà en place pour les Espagnols ».

Il lui faut donc, une fois de plus, invoquer « les peurs de la Cinquième Colonne » et se convaincre que la présumée trahison communiste peut seule expliquer l’inexplicable : « il semble donc que c’est un événement spécifique intervenu à la veille de la guerre qui fit pencher la balance en faveur d’une politique d’internements de masse, et il n’y a guère de doute que cet incident fut le pacte de non-agression nazi-soviétique ». Mais en quoi cette hypothèse non étayée (et fausse) règle-t-elle la question soulevée deux pages avant ? : « on ne peut régler définitivement même aujourd’hui » (1999) la question de savoir « pourquoi la France opta en faveur d’internements globaux […] alors que la grande majorité des réfugiés d’Europe centrale et orientale étaient notoirement antifascistes […] puisque le gouvernement n’a pas encore autorisé la consultation des fonds d’archives pertinents. »xxiii

Les exécutants étatiques rassérénés…

Ceux-ci, désormais accessibles, balaient nombre d’hypothèses et d’affirmations antérieures, et l’idée que les « indésirables » menacèrent la paix ou l’« attach[ement] à la paix » ou nourrirent « les peurs de la Cinquième Colonne » de tous les Français ou presque. Expressions qui, si on lit attentivement Ralph Schor et Vicki Caron, ne décrivent guère que, soit la peur d’une guerre reconnue inévitable, soit la terreur de contrarier l’Allemagne. Les dirigeants français ne montrèrent en effet aucune répulsion pour la « Cinquième Colonne », avérée, des délégués, officiels ou officieux, des États « révisionnistes » ou « revanchards » affairés à réviser les traités d’après-guerre. L’appareil d’État au complet s’appliqua à ménager l’Italie et l’Allemagne, seules susceptibles de présenter des « menaces pour la sécurité nationale », celle des frontières, à commencer par sa composante la plus concernée par la question, la police. Celle-ci surveilla leurs ressortissants, certes, de 0 à 24 heures et en tout lieu, mais ne s’inquiéta pas ou guère de leurs œuvres en France même.

Les autorités policières suprêmes, que Vichy allait, pour leur quasi-totalité, maintenir en poste, voire promouvoir, – promotion requise par l’intense activité des années d’Occupation ‑ montrèrent indifférence ou bienveillance à l’égard de la forte colonie nazie ou nazifiée, établie à Paris et sur tout le territoire avant et régulièrement grossie après le 31 janvier1933 : les mêmes passivité et indulgence qu’elles avaient manifestées d’emblée à l’Italie fasciste, toutes composantes étatiques réunies (ministres radicaux compris). De la tâche multiforme (espionnage stricto sensu inclus) confiée aux policiers allemands fourmillant sur le territoire national français, les services du ministère de l’intérieur et de la Préfecture de police n’ignoraient aucun détail. Et ce qui vaut pour eux vaut pour la Guerre et les Affaires étrangères : les trois ministères partageaient quotidiennement leurs renseignements, dans l’ensemble excellents, leurs antipathies (contre les « indésirables ») et leurs enthousiasmes (pour l’Apaisement).

Or, une des missions assignées aux représentants du Reich consistait à traquer les réfugiés communistes et/ou juifs, antinazis par définition, sauf les « faux » ou les « repentis », embauchés pour duper les précédents. La police française savait tout : nom des membres du NSDAP, des responsables policiers et des faux antinazis investis, objet et durée de leur mission, etc. Une circulaire du 7 juillet 1933 du contrôleur général des Affaires d’Alsace et Lorraine, A. Mallet, qui en recense, avec signalement, quatre « susceptibles d’être des agents de la police allemande avec mission d’enquêter sur les Allemands réfugiés à l’étranger » résume la routine des séries F7 des Archives nationales et GA ou BA (Renseignements généraux) de la Préfecture de policexxiv : 1° le Dr Kindermann, actuellement en Alsace, a été « impliqué, en 1927, à Moscou, avec les nommés Wolscht et Dietrich, dans un procès d’espionnage. Le GPU lui reprochait d’être venu en Russie comme agent de l’organisation Consul (capitaine Ehrhardt). Par la suite il a été libéré sur intervention du gouvernement allemand », puis « autorisé [en mai 1933] par M. Goering à accompagner un groupe de journalistes suisses dans les prisons allemandes où sont enfermés les leaders communistes et socialistes et de constater les conditions normales dans lesquelles ils sont incarcérés, » l’intéressé veut « éclairer l’étranger (France, Suisse, Italie) sur ce point »; 2° Gerhard Giesecke, « ex-Oberleutnant de la Police prussienne et ancien communiste »; 3° Dr Heyl, membre du service de renseignements du NSDAP; 4° Paul Toller, alias Landau, « ancien commerçant juif de Berlin, ex-leader socialiste et communiste. Il a déclaré qu’il se rendrait à Paris pour y relever les adresses d’émigrés allemands » et s’y trouverait. Il convenait de « surveiller les agissements des individus signalés » pour en rendre comptexxv, mais pas pour prendre la « série de précautions » contre la « menace pour la sécurité nationale » évoquée par Ralph Schor.

Cette routine de surveillance, bénédiction pour l’historien, ne visait en aucune façon la « Cinquième Colonne » : toute éventuelle exclusion d’agent hitlérien était d’ailleurs immédiatement suivie de l’envoi de son remplaçant, en toute connaissance (française) de cause; et le gibier le plus spectaculaire était soigneusement ménagé à la demande explicite des ministres de l’Intérieur ou des Affaires étrangères. À l’inverse, les rouges (étrangers comme vernaculaires) et/ou juifs étrangers, allemands inclus, figuraient en tête des listes françaises d’« indésirables ». Ici, comme il ressort du rapport d’août 1933 du même Mallet sur l’efficace action des « commissaires spéciaux aux frontières, […] conformément aux instructions de MM. les préfets, […] suivant les directives pratiques d’application que je leur ai transmises », il ne s’agissait pas de simple « surveillance » mais d’expulsion (vers le Reich) d’antinazis avérés : « de nombreux refoulements ont été opérés, des arrêtés d’expulsion […] ont été pris à l’égard d’étrangers déjà entrés […]. Plusieurs d’entre eux ont été déférés aux tribunaux pour délits divers (usage de fausses pièces d’identité, en particulier). »xxvi

Les performances policières allemandes faisaient l’admiration des autorités françaises, civiles et militaires, tant avant l’ère nazie que pendant, contre les ennemis communs. Quelle différence de nature y avait-il entre les chasses aux communistes allemands et français, juifs ou non? Mallet s’inquiétait autant de la propagande antinazie « dangereuse pour l’ordre public » diffusée par le « nommé Wodli, Georges, secrétaire du Syndicat unitaire des cheminots d’Alsace et de Lorraine »xxvii (« Français, aryen, […] ajusteur » que la police de Bousquet arrêta à Chatou en octobre 1942xxviii avant de le livrer à la Gestapo, qui le tortura à mort à Strasbourg en 1943xxix) que le commissaire spécial de Saint-Louis des projets du communiste allemand Eugen Seidt, venu en France « muni de faux papiers » : le premier se félicita d’avoir « fait refouler sur l’expéditeur un envoi de 1 200 brochures » antinazies en allemand, « imprimées à Bâle (Suisse) » destinées au militant français; le second d’avoir le 13 septembre renvoyé et remis à la police de Bâle le valeureux Seidt, « être intelligent décidé, susceptible d’accomplir les missions les plus dangereuses »xxx. La police française n’était pas moins émoustillée que l’armée, début janvier 1933, par « la répression du communisme sous toutes ses formes d’activité » pratiquée en Allemagne depuis Brüning et surtout depuis le coup d’État en Prusse [juillet 1932], et par les perspectives qu’ouvrait à ce sujet l’avènement prochain des hitlériens. Et ce d’autant plus que « la répression internationale du communisme » avait pris forme fin 1932, à l’initiative du « chef de la police politique prussienne » : « La France et l’Angleterre auraient détaché un commissaire de police à Berlin, et inversement, un commissaire de police allemand aurait été détaché à Paris et à Londres »xxxi.

Tout l’appareil d’État, Affaires étrangères comprises, était au diapason. L’antisémitisme s’y exprima précocement, avec une virulence qui n’attendit pas les sarcasmes d’avril 1938 de Georges Bonnet à destination de son compère de l’Intérieur Sarraut contre « les Israélites polonais » trop nombreux, sabotant la haute « qualité [traditionnelle…] de notre production artisanale » et « encombr[ant] nos établissements hospitaliers [… vu la fréquence de leurs] déficiences physiques et même [leurs] tares héréditaires »xxxii ou sa flagornerie de décembre 1938 à l’égard de Ribbentrop, qu’il félicita du règlement allemand de « la question juive », modèle pour la France qui se proposait aussi de transférer « 10 000 juifs ailleurs », par exemple « à Madagascar »xxxiii. Comme Bonnet, la partie de l’administration policière la plus violemment xénophobe, antisémite et anticommuniste prépara tôt ses exploits et son ascension vichystesxxxiv. Dès 1933, elle déplora la présence d’« une véritable colonie judéo-allemande […] formée depuis quelques mois avenue des Champs-Élysées » et plus généralement « l’afflux des réfugiés israélites à Paris […qui] se signal[ai]ent au public par leur type sémite, parfois très marqué, par leur langue et par leurs journaux en allemand ou yiddish, et ceci d’autant plus qu’ils [avaie]nt toujours tendance à se grouper et à se retrouver aux mêmes endroits »xxxv. La sous-direction des étrangers et passeports ‑ noyau de la célèbre « direction des étrangers et des Affaires juives » ou « Service juif » de Jean François et André Tulard, qui dès l’arrivée de l’occupant concocta sous la houlette de son préfet de police Roger Langeron le « fichier juif »xxxvi ‑ se porta en novembre 1933 (comme Paul-Boncour) garante du traitement débonnaire et légitimement ciblé des juifs allemands : « faut-il dire que l’exclusion fut prononcée contre tous les juifs sans distinction d’origine ou de sentiments? Certes, non! À l’heure actuelle il reste encore des juifs en Allemagne et qui se portent bien – nos consuls sont là pour le dire. » Et elle anticipa ou sollicita une hostilité qui ne s’était pas déclarée : « L’installation d’un trop grand nombre de réfugiés juifs dans nos grands centres ne laisse pas d’être inquiétante pour l’avenir, des mécontentements de toutes sortes peuvent se manifester : à gauche, des employés sans travail, par l’intermédiaire de certains syndicats, peuvent faire entendre bruyamment leurs voix; au centre, des commerçants à bout de patience peuvent faire intervenir énergiquement leur chambre syndicale; à droite, les nationalistes peuvent, de leur côté, réagir du point de vue sécurité du pays. L’opinion publique est prompte à s’enflammer, le Parisien est cocardier, surtout dans la rue […]. De tout cela peut naître un antisémitisme combiné dont on ne saurait prévoir les conséquences funestes », etc.xxxvii

Antisémite, certes, mais dotée de bon sens et de renseignements solides, la police clama d’emblée que les juifs fuyant leur pays, si gravement menacés par l’avènement du nazisme, ne pouvaient, dans leur masse, être « des agents secrets d’Hitler ». La sous-direction des étrangers et des passeports de la Préfecture de police déjà citée opposa cette catégorie à celle des rares réfugiés « républicains » de Weimar ralliés à l’hitlérisme triomphant avant ou après janvier 1933 : « S’il n’est pas douteux que quelques observateurs curieux, à la solde d’Hitler, figurent parmi les réfugiés israélites, on peut estimer que dans l’ensemble ceux-ci ne sont pas inquiétants en ce qui concerne la défense nationale (en dehors de l’appât du gain, quelles bonnes raisons auraient-ils de “travailler” pour l’Allemagne?) Il ne saurait en être de même de tous les réfugiés politiques, à étiquette républicaine ou social-démocrate. Accueillis, eux aussi par des comités politiques et mis en œuvre dans les mêmes conditions de facilité, ils sont assurément en petite minorité à côté des réfugiés israélites (dans la proportion de 1 à 10), mais ce sont pour la plupart de vrais Allemands, cent pour cent, et qui, il ne faut pas l’oublier, n’ont pas quitté leur pays sans esprit de retour. C’est donc parmi eux qu’il semblerait que doivent se trouver le plus grand nombre d’individus à faire surveiller par nos services de contre-espionnage. »xxxviii Mais, comme je l’ai dit, la nazification galopante des Allemands « aryens » de France et l’espionnage hitlérien, également avérés et surveillés, ne taraudaient en général pas les chefs de la police.

Notes :

i P/3796 (Direction sûreté générale, devenue « nationale » en 1934), « Renseignement », Paris, 31 octobre 1922, F7, 12951, « notes Jean » sur les activités des partis et hommes politiques, la situation financière et la politique extérieure, 1918-1920 et 1922, AN.

ii Annie Lacroix-Riz, « La gestion étatique du travailleur étranger dans la France des années trente, reflet de la priorité de l’ennemi intérieur : les cas polonais et yougoslave, in Pilar González-Bernaldo, Manuela Martini et Marie-Louise Pelus-Kaplan, dir., Étrangers et Sociétés. Représentations, coexistences, interactions dans la longue durée, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 127-138.

iii Gérard Noiriel, Les origines républicaines de Vichy, Paris, Hachette, 1999, et Lacroix-Riz, L’histoire contemporaine toujours sous influence, Paris, Le temps des cerises, 2012, p. 199 et n. 329.

iv « Jusqu’à présent aucun exode d’Allemands venant se réfugier en France » n’a été enregistré, lettre 1115 du contrôleur général au ministre de l’intérieur, Strasbourg, 6 mars 1933, F7 (police générale), 13430, Allemagne, janvier-juin 1933, Archives nationales (plus loin AN).

v Lettre sans numéro du commissaire spécial au préfet de Moselle, Forbach, 4 mai 1933, F7, 13430, AN.

vi RGPP, 24 octobre 1933, BA, 1814, réfugiés allemands, archives de la Préfecture de police (plus loin APP), véritable mine sur le sujet.

vii Lettre (Bureau du contrôle des étrangers) du MAE au ministre de l’Intérieur, 19 octobre 1933, F7, 13431, Allemagne, juillet-décembre 1933 (+3 documents de 1934-1935), AN.

viii RGPP, 24 octobre 1933, BA, 1814, réfugiés allemands, APP.

ix Lettre 4302 du contrôleur général au directeur de la Sûreté générale, Strasbourg, 24 juillet 1933, F7, 13431, Allemagne, juillet-décembre 1933 (+3 documents de 1934-1935), AN.

x RGPP, 25 janvier 1938, BA, 1814, réfugiés allemands, APP.

xi Vicki Caron, Uneasy asylum: France and the Jewish Refugee crisis, 1933-1942, Stanford, Stanford University Press, 1999, traduction, L’Asile incertain : La crise des réfugiés juifs en France 1933-1942, Paris, Taillandier, 2008, passim, « Le déluge » sert de titre au chap. 8, entre Anschluss et conférence d’Évian (mars-juillet 1938); effectif cité fin 1938, p. 210.

xii Lacroix-Riz, De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, Paris, Armand Colin, 2008, chap. 4 et 8 (plus loin, Munich).

xiii Tél. 252 Pétain, Saint-Sébastien, 28 juillet 1939, Documents diplomatiques français, 2, XVII, p. 573-574; Munich, p. 129-132.

xiv Ralph Schor, Histoire de l’immigration en France de la fin du XIXe siècle à nos jours, Paris, Armand Colin, 1996, p. 156-160 (citation, 158).

xv Titre d’une caricature de Roger Roy, Gringoire, 18 septembre 1936, représentant les voisins de la France, allemands, suisses, italiens et espagnols, soucieux de propreté chez eux, jetant sur la France leurs poubelles respectives de « juifs allemands », de « communistes », d’« antifascistes » et d’« anarchistes. « Frente Popular », reproduite dans le cahier d’illustrations de Munich (non paginé, entre les p. 184 et 185). Caricature antisémite, Ralph Schor, « Racisme et xénophobie à travers la caricature française (1919-1939) », Revue européenne de migrations internationales, 1988, vol.  4, n°-1-2 p. 141-155.

xvii Schor, Histoire, « Les étrangers et la guerre », p. 160-161 (160-164) ; Caron, Asylum, p. 172 et 208.

xviii Caron, Asylum, p. 157, 194 et n. 40, p. 478 et 278-280. Notons que les Mosellans durent leur nationalité française à la défaite allemande de 1918 : le très clérical Schuman, issu d’une famille « dont aucun membre n’opta pour la France », avocat, soldat et fonctionnaire, demeura « loyaliste » au Reich jusqu’en novembre 1918, François Roth, Robert Schuman. 1886-1963. Du Lorrain des frontières au père de l’Europe, Paris, Fayard, 2008, p. 18, et Raymond Poidevin, Robert Schuman, homme d’État 1886-1963, Imprimerie nationale, 1986, p. 34-47.

xix Caron, Asylum, chap. 9, « The impact of Appeasement » 187 sq., dont 190-191, Lacroix-Riz, Munich, p. 79-113, et Schor, Histoire, p. 159-160.

xx Un des facteurs du « déluge de l’Anschluss à Évian » (titre du chap. 8), Caron, Uneasy asylum, chap. 8-9, p. 171 sq. ; Marin et Fernand-Laurent, p. 238.

xxi Caron, Asylum, chap. 10, p. 206-239.

xxii Sur l’escroquerie « démographique » qui invoqua après Munich l’urgence d’une politique d’immigration destinée à remplir les berceaux, et prépara l’ère vichyste, Paul-André Rosental, L’intelligence démographique, sciences et politiques des populations en France (1930-1960), Paris, Odile Jacob, 2003 p. 18-27, 62; index Sauvy et INED; et Lacroix-Riz, Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Colin, 2010, p. 531, et Munich, « Entre sacristie et hantise des berceaux vides », p. 103-105.

xxiii Caron, Asylum, chap. 11, p. 240-267, dont p. 243-247. Faits, Choix, chap. 6-10, et Munich, passim.

xxiv Sur la nazification de l’(énorme) appareil allemand en France préparant l’Occupation (ses principaux responsables revinrent à Paris depuis juin 1940) et l’excellente information quotidienne de l’État français, tous services confondus, jusqu’en 1939, Lacroix-Riz, Choix, chap. 4, 6 et passim. Cas italien, ibid.

xxv Note A.R, juillet (sic), circulaire 74, de Mallet, Strasbourg, 7 juillet 1933, F7, 13431, Allemagne, juillet-décembre 1933 (+3 documents de 1934-1935), AN.

xxvi Lettre 4980 de Mallet au MI, Strasbourg, 21 août 1933, F7, 13431, AN.

xxvii Lettre 4980 de Mallet au MI, Strasbourg, 21 août 1933, F7, 13431, AN.

xxviii Répertoire BS2 (brigade spéciale n° 2 des [tortionnaires des] Renseignements généraux) 9 janvier 1942-20 mars 1943, avec les « affaires les plus importantes » du « dernier trimestre » de 1942, fiches d’arrestation de 65 militants, dont Wodli, p. 284, n° 485 (n° de dossier avec listes de militants communistes arrêtés pour « menées terroristes et complicités »), F7, 15333, René Bousquet 1942-1948, AN.

xxx Lettre 4980 de Mallet au MI, Strasbourg, 21 août; lettres du CS de Saint-Louis au préfet du Haut-Rhin, 14 et 15 septembre, F7, 13431, AN.

xxxi Renseignement 232 S.C.R.-2/II, « très bonne source », 6 janvier 1933, F7, 13430, AN.

xxxii Lettre de Bonnet à Sarraut, 28 avril 1938, SDN, 2173, MAE. Détails, Munich, p. 88-89.

xxxiii Rapport Ribbentrop, Paris, 9 décembre 1938, Documents on German Foreign Policy (DGFP), D, IV, p. 481-2, et Munich, p. 24-25. Vicki Caron cite souvent Bonnet, Asylum, surtout chap. 8-9, dont l’entretien avec Ribbentrop du 7 décembre 1938, p. 203-204, et index.

xxxiv La série F7, 12950 à 12961, dite « notes Jean », sur les activités des partis et hommes politiques, la situation financière et la politique extérieure, 1918-1936 (manquent 1932, 1933 et presque tout 1934, lacunes comblées par d’autres sources, cf. infra), confirme « les origines républicaines de Vichy » (Noiriel). On connaît mal la biographie d’Occupation de Bonnet parce que l’occupant, qu’il servit jusqu’à son départ pour la Suisse fin 1943, jugea inutile ou nuisible de lui rendre le rôle politique public qu’il sollicitait de lui sans répit : elle est éclairée par les « archives de Berlin » (copies des fonds de l’Auswärtiges Amt transférées à Paris de juin 1945 à novembre 1948 dans le cadre de la procédure de la Haute Cour de Justice, W3, 347-358); j’en traiterai dans mon prochain livre, ainsi que de la répression policière.

xxxv RGPP, 24 octobre 1933, BA 1814, réfugiés allemands, APP.

xxxvi Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, 2013, p. 58-59 et 449.

xxxvii Rapport PP, SDÉP, 10 novembre 1933 (« étude d’ensemble des réfugiés israélites d’Allemagne » rédigée « d’un point de vue plutôt subjectif »), souligné par moi, BA, 1814, réfugiés allemands, APP.

xxxviii Ibid.

Source : Investig’Action