«Loi Bâillon» et Venezuela: le deux poids deux mesures des médias espagnols

Avec l’entrée en vigueur en Espagne le 1er juillet de la {{« loi Bâillon »}}, le peuple espagnol se retrouve entre deux feux. Avec la mise en route de cette loi qui attaque la liberté d’expression, le gouvernement a conçu un instrument juridique qui favorisera ouvertement les dirigeants ainsi que les corrompus de l’Etat espagnol et qui défavorisera les plus démunis.

Pendant ce temps, le peuple attend que le Parlement approuve des lois qui protègent ceux qui perdent leur maison, ceux qui se sont fait escroquer par les banques, ceux qui ont perdu leur emploi et qui sont en fin de droits, des lois qui défendent les pauvres et les démunis qui n’ont pas voix au chapitre.

Mais en ces temps de corruption, toujours plus de lois sont votées en faveur des puissants, des riches et des corrompus qui dirigent cette nation. On peut également apprécier l’insolence des institutions juridiques espagnoles, quand un procureur anti-corruption demande la relaxe de l’Infante (fille de la Reine), au motif que – selon sa défense – elle {« ne savait pas… ce qu’elle signait. »} Pourtant, cette dame a fait des études supérieures de troisième cycle et possède même un Master.

L’Espagne est en train de devenir un Etat policier qui se transforme en un instrument répressif et viole le droit de manifester et le droit à la liberté d’expression, au moyen d’un arsenal de lois qui violent de nombreux articles du code civil espagnol et mettent en relief le retard de ce pays en termes de respect des droits de l’homme.

Mais nombre de ses dirigeants jouent les étonnés, et ne veulent pas voir ce que subit le peuple ibérique pour pouvoir ainsi remettre en question ce qui se passe dans d’autres pays du continent européen et dans le reste du monde.

Contrairement à ce qu’il se passe en Espagne, en République Bolivarienne du Venezuela le peuple vénézuélien profite de tous les bénéfices et des droits de l’Homme qu’a légués le président Hugo Chavez à travers ses projets d’inclusion sociale. Le changement s’est opéré à partir de la Constitution de 1999, dans laquelle la participation et le rôle du peuple lui a permis d’être maître de son destin.

En ce qui concerne le domaine juridique vénézuelien, contrairement aux lois qui sont approuvées au Parlement espagnol, il a permis aux plus démunis du Venezuela de profiter de nombreux bénéfices tels que: le droit au logement, l’accès gratuit aux soins y compris concernant les médicaments au coût élevé, l’accès gratuit à l’éducation et ce jusqu’au niveau universitaire, l’accès aux technologies et à d’autres projets d’inclusion sociale et de reconnaissance des peuples indigènes, la possibilité de bénéficier d’une pension de retraite et de prêts bancaires à des taux d’intérêt peu élevés.

Le Venezuela compte beaucoup de missions à travers tout le pays qui sont un bastion précieux et couvrent différents type de besoins. On compte parmi celles-ci 34 institutions possédant des capacités dans tous les domaines. Cependant, les médias étrangers ne montrent jamais les avantages que ces missions fournissent aux Vénézuéliens.

L’un des nombreux médias qui se distingue par sa guerre intensive menée contre le Vénézuela est ABC Espagne. Son directeur exécutif, Jaime Gonzalez a indiqué un jour en une du journal que « Le chavisme se sert de l’Espagne comme centre de distribution de la drogue en Europe ». La une était accompagnée d’une photo du président de l’Assemblée Nationale du Vénézuela et du président de la République Bolivarienne du Vénézuela, prétendant ainsi corroborer ce grand mensonge envers ces deux hommes.

Grâce au titre ainsi qu’aux commentaires de cette publication du journal ABC, on peut analyser la stratégie basée sur la délégitimation et la disqualification du président Nicolás Maduro et de son équipe gouvernementale. A cette occasion, on a pu évaluer la stratégie de {{« qualification/disqualification »}} (1) qui consiste à recourir à une rhétorique qui permet d’élever ou de rabaisser la condition d’une personne ou d’un groupe selon sa position vis-à-vis du gouvernement. Les groupes et les personnes qui soutiennent le gouvernement seront systématiquement présentés comme violents, agressifs, intolérants et corrompus. Et les groupes qui s’opposent à cette administration sont présentés comme victimes de la violence, civilisés et pacifistes. Une autre des stratégies qui accompagnait cette publication du journal ABC était la {{« dissolution des sources ».}} (2)

A l’aide de la même stratégie, les journaux El Nacional et El Universal (contre qui le Président de l’Assemblée Diosdado Cabello a porté plainte devant les tribunaux) ont essayé d’agir comme l’avait fait le quotidien El Universo quelques années plus tôt contre le président Rafael Correa.

ABC est membre de la Société Inter-américaine de la Presse, l’ONG dont l’objectif est de saper les gouvernements latino-américains qui ne se soumettent pas à leur idéologie politique. ABC, fondé en 1903 est un quotidien {« à la ligne conservatrice, monarchiste, et catholique »} qui, selon l’historien français Jean-Michel Desvois, était durant la première moitié du siècle dernier {« le quotidien de l’oligarchie, c’est à dire de l’aristocratie, de la grande bourgeoisie, de l’Eglise, et certainement d’une bonne partie de la petite bourgeoisie réactionnaire de province qui se sentait solidaire de la classe dominante et qui n’est pas au service des démunis mais au service des bourgeois. »}

ABC conserve une position…à la droite de Franco ! Mais toujours en soutenant la répression en Espagne de même que l’impérialisme dans tous les conflits internationaux. Le directeur de la rédaction de ce journal s’est un jour adressé au président Maduro et a déclaré : {« Vous n’allez pas nous donner des leçons de quoi que ce soit, ABC défend plus la liberté que vous ne la défendez vous-même ».}

Cet acteur politique, qui ne rend aucun service à sa nation, a aussi affirmé  : {« Nous nous sommes confrontés à des personnes beaucoup plus puissantes que vous (Maduro), la liberté et la démocratie sont toujours plus fortes que les tyrans ».}

Dans une autre déclaration, Gonzalez a exprimé « des mots de solidarité face aux moments difficiles que vit le peuple vénézuélien, nous ne les abandonnons pas, nous luttons pour la liberté ». Le cynisme et le culot de cet individu qui prétend être un {« professionnel de la communication »} sont définitivement un détournement de la profession de communicateur social. Curieusement, le journal dans lequel il travaille ne publiera ni communiqué de presse ni article contre la {{« Loi Bâillon »}} de son pays.

Notes:

1) Voir mon article:[ Les Etats-Unis et sa guerre médiatique contre le Venezuela->http://www.investigaction.net/Les-Etats-Unis-et-sa-guerre.html]

2) Ibidem

Traduit par Rémi Gromelle pour le Journal de Notre Amérique

Source: [Le Journal de Notre Amérique n°6->http://www.investigaction.net/Le-Journal-de-Notre-Amerique-no6.html], septembre 2015.