“La mémoire de la Résistance était considérée comme une menace pour l’ordre traditionnel rétabli” (1/2)

La méconnaissance de la Résistance en Occident est aujourd’hui quasi-totale. Il s’est agi, non seulement de réhabiliter un passé trop souvent jugé, aux yeux des milieux les plus conservateurs, honteux parce qu’antinational, mais aussi de discréditer ceux qui avaient été reconnus comme « héros de la Résistance ». Un long travail de sape a été mené durant des décennies en France, particulièrement après les premières lois d’amnistie de 1947 et 1951 effaçant les condamnations pour faits de collaboration.

 

Tout a été entrepris pour que la Résistance (communiste notamment) ne soit plus perçue comme patriotique, mais seulement comme subversive, préparant la Révolution sociale, tout comme le combat de la Russie était dénoncé comme la préparation de la révolution communiste dans toute l’Europe. Ceux qui avaient bradé la Nation faisaient ainsi sans retenue le procès du « faux » patriotisme de la Résistance.

La Résistance française a été ainsi « dénationalisée » par l’accusation de n’avoir débuté qu’avec l’agression allemande contre la Russie en 1941. Malgré son unité durant la guerre jusqu’à la Libération, tout a été fait pour faire imploser la Résistance, dissociant les communistes des non communistes, la seule « authentique » étant celle des Gaullistes.

Les seules personnalités – peu nombreuses – issues de l’élite traditionnelle, ralliées à la Résistance, furent tolérées. Le peuple de la Résistance, essentiellement composé de communistes et de citoyens anonymes, subit une propagande destructrice. La clandestinité avait entraîné de nombreux problèmes, tels ceux, par exemple, du ravitaillement et de l’équipement des maquis. Ils étaient parfois contraints de pratiquer des réquisitions sur l’habitant, source de mécontentement de certaines populations. Les dénonciations n’étaient pas rares ; les trahisons de quelques- uns menaçaient des réseaux entiers.

La torture, les déportations et les exécutions sommaires frappaient les résistants faits prisonniers, particulièrement les communistes jugés « irrécupérables ». Selon l’historien peu contesté H. Michel, la Résistance française eut au moins 20.000 fusillés et sur ses 115.000 déportés, 40.000 seulement revinrent. Cette violence subie provoquait une violence en retour contre les collaborateurs avérés mais aussi contre de simples suspects.

La justice expéditive et sommaire à l’encontre des amis de l’ennemi n’excluait évidemment pas les erreurs et les injustices. Dès lors que l’ordre traditionnel a été rétabli et que la Résistance ne fut plus qu’un souvenir, assimilé au désordre et à une révolution avortée, des opérations visant à son discrédit se sont multipliées. L’une des voies empruntées est celle du judiciaire, les tribunaux étant chargés, totalement éloignés du contexte de guerre, de juger de la légalité des actes d’une Résistance condamnée à l’illégalité par des occupants et leurs collaborateurs locaux.

 

« Ceux qui étaient jusque-là considérés comme des héros locaux
furent l’objet de poursuites judiciaires »

 

En France, par exemple, quelques années seulement après la victoire des Alliés, la justice pénale s’est saisie d’un certain nombre d’affaires mettant en cause quelques résistants dans le but de discréditer toute la Résistance, dont la mémoire était considérée comme une menace pour l’ordre traditionnel rétabli, alors qu’il était jugé nécessaire de renoncer à l’indépendance nationale vis- à-vis des États-Unis et de faire endurer l’Histoire à la population comme une fatalité excluant tout volontarisme politique. La guerre froide, comme dans d’autres pays de l’Europe occidentale – surtout après 1947 – a conduit à multiplier les procès d’anciens résistants pour des faits de guerre.

Ceux qui étaient jusque-là considérés comme des héros locaux en raison de leur engagement durant la Seconde Guerre mondiale furent l’objet de poursuites judiciaires pour des affaires liées à la vie difficile des maquis : réquisitions, exécution sommaire de dénonciateurs ou de suspects de trahison. Dans tous les maquis, les deux questions majeures étaient en effet la sécurité et le ravitaillement. La seule façon de limiter les dénonciations potentielles était de faire exemple en éliminant les suspects.

Ces procès s’inscrivaient dans la continuité de la répression « Vichyste » : c’était la même police qui arrêtait, les juges qui poursuivaient les anciens résistants étaient les mêmes, qui lors de la Libération, avaient échappé à l’épuration, c’est-à-dire la quasi-totalité du corps de la police et de la magistrature et qui fonctionnaient dans le même esprit après la guerre comme durant son déroulement…

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Extrait du livre “Faut-il détester la Russie ?” (Chapitre : Le Procès de la résistance)


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faut-il-detester-la-russie-Quels intérêts sert la campagne actuelle de diabolisation de la Russie ?
D’où vient ce courant de
révisionnisme historique qui minimise la contribution de l’URSS à la victoire des Alliés pendant la
Seconde Guerre mondiale et qui tend à assimiler le communisme au nazisme ? 
Ce livre original nous met en garde : une certaine propagande médiatique peut nous mener tout droit
vers une nouvelle guerre froide. Pas si froide ?

 

Source: Investig’Action