Karl Marx (1818-1883), un écolo avant l’heure

Ce qu’on oublie souvent, c’est que Karl Marx est d’abord et avant tout un philosophe. Cependant, parce que ses idées, jugées trop contestataires, ne plaisaient pas au pouvoir en place, il n’a jamais pu obtenir une chaire dans une université. Il s’est alors tourné vers le journalisme mais, là encore, il a été attaqué et a finalement dû s’exiler.

 

Il s’est proposé un but scientifique : l’analyse des conditions sociales et économiques dans lesquelles s’effectuait le processus de production et qui expliquaient comment les rapports de domination et de subordination étaient eux-mêmes le produit des rapports de production capitaliste.

 

La nature devient très présente dans sa pensée, Marx souligne en effet toute l’importance qu’elle a pour l’homme et donc non seulement sa valeur en tant que telle mais la richesse qu’elle permet de produire. Il attire également l’attention sur les risques qu’elle court du fait de sa surexploitation et sur les dégâts qu’elle subit par la pollution des eaux et des sols. A noter que la pollution de l’air n’est pas encore un souci à son époque, malgré les vapeurs des machines qui asphyxient l’atmosphère.

 

Marx considère que l’homme, par l’intermédiaire de son travail, ne peut pas produire de richesses matérielles sans le concours de la nature et il parle « d’échanges organiques avec la nature ». Mais le travail n’est pas pour Marx l’unique source de valeurs. Il écrit en effet que “l’homme ne peut point procéder autant que la nature elle-même”, c’est-à-dire qu’il ne fait que changer la forme de la matière et que, dans cette œuvre de transformation “il est constamment soutenu par des forces naturelles”. Et il ajoute que, si la terre fournit à l’homme des vivres tout préparés et un objet de travail, elle n’a pas besoin de l’homme pour exister.

 

Valeur d’usage/ valeur d’échange

 

Les biens naturels, gratuits, sont en premier lieu des valeurs d’usage. Et, à côté des biens disponibles, la terre fournit aussi à l’homme l’occasion de travailler en employant des moyens de production de provenance naturelle. Un échange n’est pas nécessaire pour que la marchandise ait une valeur d’usage.  “La valeur d’échange apparaît d’abord comme le rapport quantitatif, comme la proportion dans laquelle des valeurs d’usage d’espèces différentes s’échangent l’une contre l’autre”

 

Soucieux en premier lieu de l’exploitation de la main d’œuvre, Marx déplore que “les machines agricoles remplacent l’homme et que c’est se tromper étrangement que de croire que le nouveau travail agricole à la machine fait compensation”.

 

Et il remarque la destruction des sols qu’entraîne l’intensification de l’agriculture “l’agriculture capitaliste trouble encore les échanges organiques entre l’homme et la terre, en rendant de plus en plus difficile la restitution de ses éléments de fertilité, des ingrédients chimiques qui lui sont enlevés”

 

Marx critique donc le progrès de l’agriculture capitaliste qui, non seulement exploite le travailleur, mais dépouille le sol. En accroissant la fertilité à court terme, les procédés utilisés ruinent en effet à long terme les sources durables de fertilité. Et, plus la grande industrie s’y mêle, plus le processus de destruction est rapide. La grande industrie détruit des forêts entières et ce qu’elle prétend faire pour les replanter est absolument négligeable

 

Et si Marx relève les effets désastreux de la pollution pour l’homme, il s’en inquiète également pour la nature, notamment pour l’eau des rivières car il remarque l’effet destructeur de l’industrie sur la qualité de l’eau : l’utilisation de substances colorantes, le rejet dans l’eau de détritus, le passage des navires, la construction de canaux, privent le poisson de son milieu vital.

 

La production capitaliste, écrit-il, concentre les forces historiques motrices de la société et d’autre part détraque l’interaction métabolique entre l’humanité et la terre ; elle empêche, autrement dit, le retour à la terre de ses éléments nutritifs constituants” Il regrette que la nature soit considérée comme un objet dont l’utilisation est soumise à la responsabilité de l’homme car il postule que l’homme n’est pas propriétaire de la terre. Il en a la jouissance, il en est en quelque sorte usufruitier, mais il doit la léguer aux générations futures après l’avoir améliorée en « bon père de famille”.

 

Les interprétations quant à l’écologisme de Marx peuvent différer. Mais, si Marx écrit que « aussi longtemps qu’existent des hommes, leur histoire et celle de la nature se conditionnent réciproquement”, peut-on encore douter ?

 

Source: Investig’Action