Islamisme (2/6): Les réactionnaires, cette « merveilleuse » Arabie saoudite

L’islamisme, un concept fourre-tout? Dans le livre Jihad made in USA, Mohamed Hassan distingue cinq courants différents aux intérêts parfois contradictoires. Ce second extrait est consacré au courant réactionnaire.

Voir la première partie.

 

Vous disiez que la Grande-Bretagne a appliqué à tout le Moyen-Orient ce qu’elle avait mené en Inde. C’est ce qui l’a poussé à se rapprocher de l’Arabie saoudite ?

La Grande-Bretagne d’abord et les États-Unis ensuite ont apporté tout leur soutien à l’Arabie saoudite et à la vision rétrograde de l’islam que ce pays défend : le wahhabisme. Une attention toute particulière a été portée à ce courant religieux dès sa création    au 18ème siècle par le religieux Mohammed ben Abdelwahhab, lui-même soutenu par Mohammed Ibn Saoud, un prince de la péninsule arabique. Avec ces deux familles, l’une porteuse d’un nouveau courant musulman, l’autre avide de pouvoir, Londres voyait une belle occasion d’affaiblir l’Empire ottoman en y créant des divisions.

C’est ainsi qu’au début du 19ème siècle, Abdullah Ibn Saoud      et le petit-fils d’Abdelwahhab tentèrent un soulèvement.  Accusant les chiites de diviniser Ali, quatrième calife et gendre  du prophète Muhammad, les deux compères allèrent jusqu’à détruire les sanctuaires de Kerbala, de la Mecque et de Médine. L’Empire ottoman dépêcha alors les troupes du Pacha d’Égypte, Mohammed  Ali,  qui   écrasa   le   soulèvement.   Abdelwahhab et Saoud furent arrêtés et condamnés à mort.  Leurs  corps  furent exposés au bout d’une potence durant plusieurs jours. Mohammed Ali refusa ensuite qu’on les enterre, avançant que   les corps de ces deux agitateurs contamineraient la terre sainte  de l’islam. Ils ont donc été découpés en morceaux puis jetés à la mer. Voilà l’origine des Saoud !

 

Depuis, on peut dire que cette famille a fait du chemin…

Effectivement. Les Saoud s’y sont encore essayés à plusieurs reprises pour créer leur royaume. Finalement, c’est avec la Première Guerre mondiale, la dislocation de l’Empire ottoman et l’aide des Britanniques qu’ils sont parvenus à créer un pays à leur nom dans lequel le wahhabisme a été institué comme religion officielle.

Le Royaume d’Arabie saoudite englobant les lieux saints de l’islam et défendant une vision réactionnaire de la religion, les puissances impérialistes ont eu l’idée de soutenir à fond ce pays à leur solde pour en faire le Vatican  du monde musulman. Les États-Unis  ont succédé aux Britanniques dans le rôle de soutien à l’Arabie saoudite. Et ce soutien a été considérablement renforcé avec la découverte du pétrole d’une part et la montée du nationalisme arabe d’autre part.

 

En quoi les islamistes réactionnaires étaient-ils utiles aux impérialistes pour lutter contre le nationalisme arabe ?

La découverte de gigantesques gisements de pétrole a fait du Moyen-Orient une région extrêmement stratégique pour les impérialistes. Or, avec le développement du nationalisme, des pays arabes manifestaient le désir de prendre leur destin en main et de disposer souverainement de leurs richesses. Cela aurait été une catastrophe pour les Occidentaux qui non seulement auraient été privés de pétrole bon marché, mais qui en plus auraient dû faire face à un puissant rival si le panarabisme de Nasser avait porté ses fruits. Le dirigeant égyptien souhaitait en effet que les pays de la région, qui avaient été découpés arbitrairement par les puissances coloniales, se réunissent à nouveau autour de leur identité arabe.

De leur côté, les islamistes réactionnaires voyaient d’un très mauvais œil l’émergence du nationalisme arabe. Ce courant était tout d’abord porteur de modernité. De plus, bien qu’il ait reconnu l’islam comme un élément essentiel de la culture arabe, Nasser avait fait de la laïcité une ligne directrice en matière de gestion politique. Le nationalisme arabe était donc aux antipodes de ce que les réactionnaires du Golfe appliquaient chez eux.

 

L’ennemi de mon ennemi est mon ami. L’alliance entre les réactionnaires et les impérialistes fonctionnait donc sur ce principe ?

En réalité, les liens étaient beaucoup plus étroits que cela. Les impérialistes ont toujours craint de voir les peuples du Sud s’unir. Avec leur vision sectaire, les islamistes réactionnaires avaient et ont toujours le profil de l’allié idéal. Par ailleurs, ces dictateurs féodaux totalement déphasés avec notre époque ne peuvent compter sur un soutien massif des populations pour rester au pouvoir. Ils sont donc totalement dépendants de l’appui et de la protection que leur apportent les impérialistes.

Ainsi,  les  puissances  occidentales,  qui  prétendent  défendre    la démocratie et les droits de l’homme à travers le monde, entretiennent des rapports ultra-privilégiés avec des pays comme l’Arabie saoudite. Une caricature aux antipodes de ce que l’Occident prétend défendre, où l’on n’a jamais vraiment organisé d’élections, où l’on pratique encore l’esclavage et où les femmes ne peuvent ni conduire ni sortir sans tuteur masculin.

 

A suivre: Les Frères musulmans, de la révolte à la soumission

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