Hommage à l’incorruptible Lucio Lara !

Disparu au premier trimestre de cette année 2016, Lucio Lara fut un grand parmi les grands. Cofondateur du Mouvement pour la Libération de l’Angola (MPLA) et combattant de la première heure, il refuse plusieurs promotions dans l’armée et autres nominations dans le gouvernement comme ministre.

Malgré son âge, Lucio Lara est resté progressiste et internationaliste jusqu’au bout. À preuve, Lucio Lara a eu à recevoir une délégation de l’UPC du Cameroun en 2015 en Angola. Cette délégation a été invitée par le MPLA. À cette occasion il a eu à rappeler la fraternité d’armes qui lie les deux organisations anticolonialistes. D’ailleurs les camarades de l’Union des populations du Cameroun lui ont rendu un vibrant hommage au cours d’une édition spéciale consacrée à l’homme politique exemplaire sur Afrique Media Tv.

En effet des commandants de l’UPC sont passés par le Congo Brazzaville révolutionnaire dans les années 60 pour aller entrainer les combattants du MPLA. Cette information très peu connue des patriotes africains a été rappelée par le regretté camarade Lucio Lara. Une solidarité révolutionnaire qui nous rappelle également le rôle de la Guinée de Ahmed Sekou Touré qui a servi de base arrière à tous les mouvements de libération de l’Afrique australe. En effet la base de Kindia a abrité un centre d’entrainement commando pour l’ANC , la Swapo et la Zanu -PF. Cette base avait pour chef un certain Gowon Mbeki père de Thabo Mbeki ancien président de l’Afrique du Sud post apartheid. La plupart des camps d’entrainement en Afrique australe étaient sous la menace fréquente des bombardements de l’armée de Prétoria et de la Rhodésie. On se rappelle le massacre de Kassinga(sud de l’Angola) en 1977 lorsque plus de 800 réfugiés sud-africains et namibiens ont été massacrés par les bombardements des avions sud-africains de fabrication étasunienne; bombardement au Napalm…

Une autre information peu connue également c’est l’utilisation de la base secrète de Kouméré au sud de la Guinée-Bissau pour entrainer les combattants de la Swapo, de l’ANC et de la Zanu- Pf et ceci dès l’accession de la Guinée-Bissau à l’indépendance. Cette base de Kouméré a accueilli également des combattants du FRETILIN du Timor oriental (des Asiatiques). La solidarité des camarades des colonies portugaises doit aujourd’hui inspirer la nouvelle génération car l’opération Carlotta en 1975 qui a brisé l’offensive sud-africaine et Zaïroise sur Luanda a vu la participation de soldats bissau-guinéens aux côtés des  vaillants camarades cubains. Le colonel Mamadou Gassama patron de l’artillerie de la Guinée-Bissau et des commandants tels Mbana Kabra (un vaillant officier ballant) ont été de la partie parmi tant d’autres. En 2014 le président angolais José Eduardo Dos Santos recevant une délégation bissau-guinéenne des vétérans du MPLA a tenu à rappeler tout cela à Luanda. Il a tenu à justifier le retrait rapide du contingent angolais stationné en Guinée-Bissau après le coup d’État de 2012 entre les deux tours des élections par le souci pour les Angolais de ne pas verser une seule goutte de sang en Guinée Bissau quel que soit le motif. Il était alors hors de question pour l’Angola de tirer un seul coup de feu en Guinée-Bissau. Cette délégation bissau-guinéenne a été conduite par l’ancien Premier ministre Manuel Saturnino Dacosta. Mais on ne saurait finir sans parler d’un grand artiste bissau-guinéen qui comme  Lucio Lara  a eu un père européen (allemand) et une mère métisse.
Il s’agit du grand poète musicien José Carlos Swartz. Envoyé au Portugal pour poursuivre des études, il choisira de militer clandestinement aux côtés des camarades du MPLA, du Frelimo, du Paigc et du MLSTP (Sao Tomé et Principe).De retour à Bissau, il tentera de faire sauter la voiture du chef de la PIDE qu’il avait confondu avec celle du gouverneur militaire portugais Spinola. La voiture va exploser sans faire de victime, mais lui sera arrêté et déporté sur l’ile aux oiseaux, au large de Bissau. Il échappera à une exécution après sa condamnation à la peine de mort. Libéré après la révolution des œillets, il sera affecté comme diplomate à Cuba. Les autorités de Bissau craignant sa ligne très à gauche. Il mourra dans un accident d’avion à la Havane en 1977, laissant une veuve avec deux petits garçons. Il a été enterré à Bissau et est considéré à ce jour comme le précurseur de la musique engagée en Guinée Bissau. Il a eu d’ailleurs à enregistrer un disque avec l’icône de la musique sud-africaine Maryam Makeba alors refugiée en Guinée Conakry.

Il est bon de rappeler que des métis bon teint ont joué un rôle prépondérant dans la lutte de libération des colonies portugaises en Afrique, en Angola, en Guinée Bissau, au Cap Vert, au Mozambique et Sao Tomé et Principes. On peut même dire sans exagérer qu’ils étaient beaucoup plus rangés à gauche  que les Noirs africains bon teint. Parmi ces métis, un certain Manuel Dos Santos (Manecas) qui fut le véritable tueur des avions portugais en Guinée Bissau.

En effet Manecas a eu à conduire le groupe d’une vingtaine de combattants guinéens qui furent formés en deux mois et entrainés à l’usage des missiles Strella soviétiques à Sinferopol en Crimée. On pourra citer également les commandants Oswaldo Lopes Dasilva, Joao Carvalho,Agnefo Dantes. De retour en Guinée Bissau après une formation accélérée, les Portugais comptabilisèrent six avions abattus en trois semaines rendant ainsi le PAIGC maitre des zones libérées devenues inviolables par les chasseurs et bombardiers portugais. Le PAIGC poussa l’audace jusqu’à abattre un avion au décollage à l’aéroport de Bissau au cours d’une embuscade en plein jour. Ainsi des pilotes portugais furent faits prisonniers et le Paigc pourra désormais mener des attaques en plein jour usant des missiles Strella facilement transportables, alors qu’auparavant il fallait trainer sur des kilomètres des canons de la DCA. Les services de contre-espionnage portugais furent pris au dépourvu par cette nouvelle technologie anti aérienne qui, faut-il le rappeler, contribuera au Vietnam à faire perdre aux USA plus de 1000 avions de guerre.

Source : Le Journal de l’Afrique No.21Investig’Action