Faut-il déclarer Hors la loi la Pauvreté ?

L’homme et la nature. La vie est le centre de tout, mais il y a des interventions ou des omissions humaines, tacites ou implicites, qui portent préjudice au bien commun. Le concept de Lèse Environnementalité s’impose comme une conséquence inévitable du biocentrisme et de l’environnementalisme intégral, pour lesquels la vie est le centre de tout. Par conséquent, la lèse environnementalité ce sont les interventions ou omissions de l’homme, tacites ou implicites, qui portent atteinte, profondément ou superficiellement, à l’environnement. Il s’en suit qu’une telle atteinte devra subir une sanction proportionnée à sa gravité. Cette atteinte sera qualifiée de grave dans le cas où elle affecte de façon irréversible ou durablement soit l’écosystème soit une communauté biologique.

L’impact de lèse environnementalité grave devrait être un délit pénal imprescriptible. Cette conception totalisante de l’environnement permet d’éclairer sous un jour nouveau de très nombreuses actions de l’humanité qui nous paraissent déconnectées ou que nous jugeons bénignes, mais qui, lorsque nous pouvons les replacer dans le cadre d’un système de vie comme cela devrait être la règle, montrent alors toute leur nocivité pour le bien vivre de tous les êtres vivants.

Lorsque nous constatons que, sur notre Terre, à cause de la pollution des eaux ou bien parce que l’accès à l’eau est insuffisant en raison du manque physique de cette dernière ou pour des raisons sociales, un milliard cent millions d’êtres humains sont privés d’accès à une eau de qualité et que 4 000 enfants en meurent chaque jour, on peut affirmer que nous sommes face à un cas très grave de lèse environnementalité. Parce que cela affecte une des espèces vivantes de l’environnement. Mais ce serait également la même situation s’il s’agissait d’une espèce animale non humaine en danger d’extinction ou s’il s’agissait de la dévastation de la vie végétale. Ce sont là quelques exemples qui illustrent le concept de lèse environnementalité.

L’élaboration de ce concept a été possible à partir de l’environnementalisation de la totalité de l’espace. Cela signifie environnementaliser, entre autres situations, toutes les disciplines scientifiques et toutes les connaissances de notre société.

Tout est connecté. L’homme est nature. L’homme constitue et intègre intimement l’environnement. Il ne se situe pas à mi-chemin. Il n’y a pas altérité ni extériorité face au milieu environnant. C’est une non-altérité. C’est tous en un seul tout.

Aboutir au concept de Lèse Environnementalité a impliqué une évolution. Au XXº siècle, le conservationnisme qu’on trouve chez Leopoldo, dans son ouvrage : « L’Éthique de la Terre », posait le problème de la protection de la planète, mais à partir d’une attitude de supériorité et d’extériorité de l’homme par rapport à l’environnement.

Passmore, un autre penseur, lui aussi continuera à affirmer la supériorité de l’homme sur la nature tout en posant également le problème de la protection de la planète. Comme nous le voyons, c’était l’homme qui était au centre et non sa demeure biologique dont l’homme n’est qu’un élément.

Naess, avec sa conception d’écologie profonde, est celui qui ouvre la porte vers l’égalité de la vie dans la diversité. L’homme n’est pas supérieur au reste. L’homme est inclus dans le reste. Cette égalité permet l’inclusion de l’être humain dans l’environnement. Il est dans celui-ci et non au dessus de celui-ci.

C’est au cours des dernières années 80 du XXº siècle qu’apparaît clairement le biocentrisme ou écocentrisme de Taylor. Il expose une conception environnementale totalisante. La centralité c’est la vie, humaine et non humaine, inséparable des éléments inertes. La communauté biologique, diverse, égalitaire de la Terre, devient la priorité.

Callicot, dans son livre « À la recherche d’une éthique environnementale », souligne combien il est important que soit respecté, dans l’environnement, l’équilibre de la vie de toutes les espèces. Et que toute espèce possède un projet de réalisation. Il y a égalité et non supériorité entre tous les êtres vivants.

Carballo, Galafassi, Zarrilli, Lacabana Carrizosa Umaña et Gudynas, parmi d’autres auteurs, chacun avec ses vues particulières, communient en un environnementalisme intégral ; ils avancent que l’environnement est aussi fait des aspects politiques, économiques, culturels et institutionnels.

Cet exposé brièvement résumé de l’évolution de la notion d’environnement nous a permis de faire ressortir l’élaboration du concept de lèse environnementalité. Il est manifeste qu’il se base sur le biocentrisme et l’environnementalisme intégral.

La Lèse Environnementalité offre un avantage concret pour le bien commun et c’est que la communauté peut dès lors poser en priorité le problème de l’environnement et qu’elle peut exiger sa prise en compte au niveau de l’État, qu’il soit rendu visible et que la législation inscrive la nécessaire imprescriptibilité de certains délits concernant l’environnement.

La Lèse Environnementalité est un concept sociologique, politique, juridique, culturel, économique et social. C’est un dispositif qui repose sur une totalité nouvelle dans le néomodernisme présent, et c’est un environnementalisme inclusif. Il s’en suit, par exemple, que les quelque sept millions de personnes privées d’accès à l’eau potable et les presque 20 millons de personnes non reliées à un système d’égout et d’épuration, en Argentine, sont un cas de Lèse Environnementalité.

C’est un dommage environnemental qui traduit la pauvreté régnante. Là où il n’y a pas d’eau potable, il y a pauvreté. Là où il y a pauvreté, il n’y a pas d’eau potable. Il y a eu des avancées dans la province de Santa Fe, en Argentine, mais étant donné le retard actuel en matière de droits de l’homme d’accès à l’eau potable et au tout-à-l’égout, ils s’avèrent insuffisants. En ce qui concerne l’Amérique Latine, le diagnostic est grave. Alors que ce continent est l’un des plus importants réservoirs d’eau douce de notre planète, près de 60 millions de personnes y sont privées d’eau potable.

La Lèse Environnementalité en arrive à dénaturaliser la pauvreté. Ce concept replace la pauvreté à l’intérieur de l’environnement. Avec cette nouvelle conception de l’environnement multidisciplinaire qui intègre les processus sociopolitiques et économiques et plus seulement la faune et la flore, la Lèse Environnementalité donne plus de forces à notre activité militante pour que soit Déclarée Hors la loi la Pauvreté (1) sur la Terre Mère.

*Professeur et Directeur de la Chaire sur l’eau UNR-Coordinateur DIP AGENTINE.

Traduction de l’espagnol : Manuel Colinas

Note : en espagnol “Declarar Ilegal la Pobreza” (DIP)

Source : Le Journal de Notre Amérique, Investig’Action