Election de Macron : défaite du fascisme et triomphe du peuple ?

Macron, ou le fascisme. C’est sous cette forme que la presse aux ordres et tous les soutiens masqués avaient imposé la lecture du deuxième tour de l’élection présidentielle.

Soutenu et parrainé par l’élite politico-financière (Arnault, Bergé, Bolloré, Drahi, Gattaz, Lagardère, Parisot, Tapie, Ayrault, Bayrou, Cohn Bendit, El Khomery, Hollande, Kaspar, Kouchner, Madelin, Rebsamen, Tiberi, Valls, Attali, Henri Lévy, Minc, … pour n’en citer que quelques uns), il a, comme ministre de l’économie, fait adopter un abaissement d’impôt de 40 milliards d’euros pour les grandes entreprises (CICE), et proposé une loi d’extrême-droite, la loi travail, destinée à affaiblir les capacités de négociation de la classe ouvrière en matière de droits collectifs.

Sitôt élu, il a fait appel à un gouvernement de “personnalités” hétéroclites mais toutes d’idéologie libérale en accord avec sa volonté réaffirmée de supprimer les négociations collectives entre le capital et le travail, et de renvoyer le monde du travail un siècle en arrière, au temps du contrat où l’ouvrier isolé affronte un patron surpuissant. Car son objectif est clair, offrir à la classe capitaliste des ouvriers désarmés pour rogner sur toutes les dépenses à caractère social (éducation culture, santé, logements …), faire diminuer le coût du travail direct et indirect, imposer les mesures d’austérité qui sont dans la nature même de l’Europe et dont on voit les dégâts qu’elles provoquent en Grèce, Espagne ou Portugal, pays les plus touchés.

En politique étrangère, il affirme un acharnement belliciste en s’engageant, lors du sommet de l’OTAN, à porter à 2 % du PIB la part du budget militaire de la France, en poursuivant la campagne antirusse et en se posant en donneur de leçons à Vladimir Poutine. Il menace le gouvernement syrien de bombardements et d’agressions illégaux “à la Trump”.

Enfin, pour faire bonne mesure, pour être certain de ne pas se voir contrecarrer dans sa volonté de satisfaire la Troïka (UE, FMI, OTAN), il a annoncé qu’il gouvernerait par ordonnances, renvoyant le Parlement au rôle de croupion que lui dévolue la Vème République. Bien décidé à ne plus s’embarrasser des faux semblants de la Vème République, il confisque le pouvoir législatif à son profit exclusif.
En plus de ces dévastations de la démocratie et du droit du travail, il ajoute deux agressions contre les libertés collectives et les libertés individuelles.

Depuis son arrivée au pouvoir il mène une guerre contre la liberté d’informer et contre la presse, même lorsqu’elle n’est que légèrement critique. Lors de sa rencontre avec Poutine il a menacé deux organes de presse russes (Russia Today et Sputnik). Leur délit ? Ne pas être “Macron enthousiastes” et “influencer” la population. Quel autre rôle pourrait bien avoir la presse quand elle incite à réfléchir ?

Non content de s’en prendre à la presse étrangère Macron a tracé une ligne entre la “bonne presse”, celle qui l’encense, et la mauvaise, allant jusqu’à imposer les journalistes qui rendraient compte de ses activités et de celles de son gouvernement.

Il a menacé de boycott l’émission “Quotidien” sur TMC pour son reportage sur sa réunion d’après 1er tour à la Retonde, puis s’en est pris au directeur de France 2 qui avait osé donner la parole à JL Mélenchon plutôt que de lui réserver l’exclusivité. “La Lettre A” est attaquée en justice pour avoir donné les noms des donateurs de l’opération “Macron président”. “Libération” est visé par une plainte déposée par la ministre du travail pour avoir fait connaître le contenu de la loi qu’elle s’apprête à imposer aux Français.

Plus récemment le ministre de la justice a menacé la direction de “France Infos” si l’enquête de la chaîne de radio d’État sur les emplois MO-DEM du parlement européen se poursuivait. En plus de la presse papier, les macronistes entendent limiter les libertés du numérique si on en croit les échos de la rencontre Macron-May.

Il a fallu bien peu de temps pour que ce pouvoir qui dispose de moyens de propagande (d’influence dirait Macron) considérables veuille faire taire ceux qui ne pensent pas comme lui.

En plus des libertés collectives et constitutionnelles Macron s’apprête à agresser une partie des libertés individuelles en prolongeant l’état d’urgence au moins jusqu’en novembre pour, plus tard, que l’état d’urgence devienne la norme. La France sera sous régime d’exception banalisé qui piétinera les libertés individuelles. Un cap semble franchi.

Macron avait déclaré (“Révolution”) « nous ne pouvons vivre en permanence dans un régime d’exception ». Il s’apprête à imposer l’exception liberticide en permanence. Les libertés visées sont celles de manifester, de librement circuler, l’inviolabilité du domicile, de la correspondance, papier ou informatique (avec l’obligation de déclarer tous les identifiants de tout moyen de communication électronique), d’association, le droit à un jugement contre l’internement administratif, le droit de se taire, la présomption d’innocence. Le tout est renforcé par une présence militaire et policière massive partout.

 

La remontée militaire des Champs Élysées n’était pas qu’un effet de la mégalomanie du “conducator” mais une mise en garde: pour imposer ses vues. Il n’hésitera pas à utiliser la force tant à l’intérieur contre les opposants qu’à l’étranger contre les concurrents.

Entre le fascisme imaginaire et la dictature militariste réelle fallait-il choisir ? Nous nous rappellerons les imprécateurs imposteurs de l’antifascisme FN pour le vote Macron.

Dans ces conditions, il n’y a qu’une chose à faire pour la classe ouvrière, les fonctionnaires, les salariés privés ou publics, les chômeurs, les étudiants : descendre dans la rue, s’opposer à Macron et à son régime d’extrême-droite soi-disant “transformateur”. Car le vrai choix est là : pas entre élire des députés auxquels la Constitution permet de supprimer tout pouvoir mais entre voter ou faire de la politique, voter ou réaffirmer notre volonté de transformer la société par et pour ceux qui produisent les richesses. C’est là le sens du communisme qu’il faut réhabiliter et mettre en oeuvre.

Le mouvement EM pour En Marche mais aussi Emmanuel Macron (jamais un candidat ne se sera autant exhibé) a fait du “renouvellement politique” son principal argument de campagne. Dans ces élections, il y a eu une grande aspiration à refaire de la politique, de la grande et de la petite. Cette aspiration s’est traduite par l’abstention (Badiou).

Qui sont les candidats de la République en marche ? “Le Peuple” selon Macron. Quelle réalité y a-t-il derrière cette proclamation ?

Première remarque, presque la plus importante. Pas un candidat d'”En marche” n’est issu des nombreux mouvements sociaux qui ont éclaté au cours du quinquennat Hollande. Cela dit tout !

“En Marche”, c’est cette France des classes moyennes qui veut faire suer le burnous de la classe ouvrière pour son confort. Elle n’a pas d’autre projet que de continuer le pillage du travail productif. Toutes les tendances réconciliées de la bourgeoisie, des conservateurs aux social-libéraux flanqués de leurs satellites eurocommunistes, ont rallié Macron comme un seul homme : moins pour “défendre la démocratie” (l’empilement de treize lois liberticides en douze ans prouve que cette France d’en haut se moque des libertés !) que pour prendre leur revanche sur le 29 mai 2005 et faire plébisciter “l’intégration fédéraliste européenne” et un “gouvernement de la zone euro” concoctés dans le dos des peuples.

Les classes populaires et la partie la plus insoumise des couches moyennes campent de plus en plus en marge du système d’oppression qu’est la Vème République reformatée par l’UE.

Si Macron croit pouvoir assommer le mouvement ouvrier et progressiste avec le Blitzkrieg[1] programmé des législatives et des ordonnances estivales après celui des présidentielles, l’opposition populaire n’est pas entamée, elle n’est qu’inorganisée. Les travailleurs et la jeunesse sont exaspérés par ces politiques qui prennent sans cesse aux “petits” pour gaver les privilégiés du parasitisme financier que représentent Macron, Fillon … et Le Pen.

Pour le “peuple de Macron”, le titre de citoyen pèse trop lourd sur les épaules et il pratique la “démission citoyenne”. Il ne fera pas de politique. Il votera et remettra son sort, qu’il saura bien défendu, à un autocrate d’opérette, allant jusqu’à déclarer : “Ca fait bizarre de voter pour des inconnus.”

On peut mettre cette déclaration de renoncement en opposition avec les recommandations de la Commune de Paris à ses électeurs :

“CITOYENS Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne considèrent que leurs propres intérêts et finissent toujours par se considérer comme indispensables. Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l’action ; ils sacrifieront tout à un discours, à un effet oratoire ou à un mot spirituel. Évitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère. Enfin, cherchez des hommes aux convictions sincères, des hommes du Peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c’est aux électeurs à choisir leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter. Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considéreront jamais comme vos maîtres.”

Le comité central de la Garde nationale, 25 mars 1871, Hôtel-de-Ville

Les premiers pas de Macron sont marqués par la dissimulation qui semble être la marque de fabrique du personnage, associé à la brutalité, bien dans l’esprit du Blitzkrieg qui l’a porté au pouvoir.
En Marche, un parti qui se veut hégémonique. Macron veut faire élire la plus large majorité de ses courtisans (la macro-nie législative) à l’Assemblée afin, si possible, de chasser tous les députés opposants.

Le peuple selon Macron :

– 251/524 des candidats macronistes soit 47,9% ne se sont jamais présentés à une élection, 30 se sont présentés et ont été battus,
– 13 ont été collaborateurs de cabinets ministériels, 7 ont travaillé dans un ministère, 12 ont été assistants parlementaires.
– La majorité des candidats macronistes appartient aux catégories socioprofessionnelles supérieures : 87 enseignants ou dirigeants d’établissement scolaire, 42 profession médicales, 10 directeurs d’établissement médical, 17 ingénieurs, 28 avocats.
– Tous ont une belle carrière derrière eux, 71 soit 1/8 exerçaient des activités de conseil, 32 travaillent dans les banques, l’assurance ou les fonds de pension à un niveau élevé, 155 soit 1/3 ont leur propre entreprise.
– 44 sont issus d’écoles de commerce, 49 de sciences po, 9 d’HEC, 10 de l’ENA, 8 de l’ESSEC, 2 de l’ENS, 1 de polytech-nique.[2]

Il n’y aura donc aucun changement. Pour le renouvellement social, on repassera.

La campagne de presse pour imposer les godillots macronistes s’inspire des campagnes fascistes et poujadistes sur le thème de la chasse haineuse aux sortants et aux opposants avec une prime au journal “Marianne” qui s’est inspiré des unes de la presse pétainiste de l’État français. [3]

Des millions de citoyens ne mesurent pas encore ce que sera la catastrophe Macron et le climat qu’engendrera la victoire même relative de ces gens.


Notes:
[1] Blitzkrieg (guerre éclair) : stratégie offensive visant à emporter une victoire décisive par l’engagement localisé et limité dans le temps d’un puissant ensemble de forces mécanisées, terrestres et aériennes dans l’optique de frapper en profondeur la capacité militaire, économique ou politique de l’ennemi.
[2] Le monde 8 juin 2017 p10
[3] “Les 73 candidats à dégager” https://www.marianne.net/magazine/ces-deputes-degager

 

Source: 1er mai