Du Blitzkrieg à la Pax Americana : Le Plan White annonce la sujétion d’après-guerre à l’impérialisme américain (1943)

Logiquement à l’avant-garde de l’initiative, comme en 1940 envers le Reich, la Banque de France adapta les siens au nouvel ordre européen des choses dans les mois qui suivirent Stalingrad.

Le 15 avril 1943, Boisanger livra à son conseil général, « dans leur teneur exacte, les projets élaborés actuellement en Angleterre et aux États-Unis et relatifs au statut monétaire dont ces deux pays envisage[aie]nt de doter le monde à l’issue de la guerre »(1).

Régulièrement informé depuis mai 1943 par Auboin des plans d’Europe américaine et des rivalités anglo-américaines dont les États-Unis sortiraient victorieux (2), le gouverneur de la Banque de France « expos[a] » le 15 juillet les « dispositions principales des Plans “Keynes” [anglais] et “White” [américain] ».

L’« exposé », aussi serein que celui d’Auboin en janvier 1939 sur les plans allemands, fut, quant au fond, plus réticent, vu l’ampleur prévue des bouleversements financiers et commerciaux.

Le vainqueur « impos[erait] aux nations adhérentes l’abandon d’une part de leur souveraineté » par « fixation des parités [monétaires …,] des participations de chaque pays » et par ses « interventions nombreuses […] dans la politique monétaire de chacun des États membres […]

L’organe directeur » de l’institution étant « composé de représentants de pays étrangers, c’est, finalement, à des directives étrangères que chaque État serait obligé de se soumettre. […]

Le plan White [… était] destiné surtout à mobiliser les ressources du marché américain au profit des pays appauvris en vue d’assurer à l’industrie et au commerce des États-Unis des débouchés après la guerre » : ses rédacteurs visaient « la suppression des accords bilatéraux de clearing », et tordraient donc le cou au commerce intereuropéen.

La Banque de France connut donc plus d’un an à l’avance et avec précision les décisions que Washington notifierait à la conférence de Bretton-Woods de juillet 1944.

-Notes :

1) CGBF, 15 avril 1943, ABDF.

2) Lettre Auboin à Bolgert, Bâle, 19 mai 1943, BDF, BRI, 1069 199211/40, ABDF.

Source : Aux origines du carcan européen, 1900-1960. La France sous influence allemande et américaine, Paris, Delga-Le temps des cerises, 2014, p. 107-108