Donald Trump et l’Etat profond

Opposés, Trump et l' »Etat profond »? Déjà, quelle réalité recouvre cette expression ? Ce sont les gros actionnaires dont le vote est décisif dans les conseils d’administration des grandes multinationales, des grandes banques et des gros médias. Alors, quel est leur poids réel dans la prise de décisions ? Qui appuie sur le bouton qui déclenche les guerres ? Le président US serait-il uniquement un employé ? Lisez cet extrait du dernier livre de Michel Collon, « Le Monde selon Trump »

 

Le président est un employé

 

En 2008, lorsqu’Obama est arrivé à la présidence, nous avions publié une analyse sous le titre « Quelle sera demain la politique internationale des Etats-Unis ? », prévoyant que le nouveau président, pro du marketing, allait emballer ses guerres beaucoup mieux que le cow-boy Bush. Nous annoncions que les guerres ne seraient pas moins nombreuses, mais mieux dissimulées. La guerre indirecte, à la Brzezinski. Cela s’est passé ainsi et en fait ce n’était pas difficile à prévoir. Mais ni Bush, ni Obama n’ont pu empêcher la domination des Etats-Unis d’être toujours plus contestée. Dans cet article, nous écrivions que le président des Etats-Unis n’est pas aussi puissant qu’on le croit et qu’il est en fait un employé. L’employé des multinationales dominantes. Le véritable pouvoir n’est pas à la Maison Blanche.

C’est aussi le cas pour Trump. Il existe des forces au-dessus de lui. Nos analyses ont intérêt à bien évaluer le poids et les méthodes de ce fameux complexe militaro-industriel. Est-ce que la stratégie Mearsheimer et Walt (1) sera appliquée ou bien Trump rentrera-t-il entièrement dans le rang de la stratégie militariste traditionnelle ?

Tout ce fric

 

Deux choses doivent être bien mesurées. D’abord, les moyens financiers des marchands de guerre sont énormes. Ensuite, un organisme comme la CIA travaille depuis des années en sousmain avec des puissances corruptrices comme l’Arabie saoudite et le Qatar. Dont les avoirs, volés à leurs peuples, sont déposés dans les grandes banques occidentales qui les contrôlent en fait.

Ensemble ils organisent des guerres dissimulées au public. Ensemble ils mettent sur pied, arment et entraînent des troupes non officielles comme ces groupes terroristes dits islamistes ou des armées privées comme Blackwater. Forcément, ces gens se retrouvent en présence de montagnes d’argent secret, beaucoup de fric passe entre leurs mains et puis comment renonceraient-ils aux belles commissions de ce genre de trafics qui leur donnent richesses et pouvoirs ?

Trump se trouve confronté à un « Etat profond » qui n’est pas un grand complot juif ou satanique ou autres fantasmes complotistes. C’est simplement la réalité d’un système économique
qui accumule d’énormes fortunes. Un processus renforcé par un système militaire et d’espionnage corrompu, qui travaille dans le dos des gens honnêtes et des travailleurs qui produisent et créent
le nécessaire à travers toute la planète. Voilà pourquoi les bagarres sont féroces dans l’establishment dès qu’un trublion envisage de modifier les stratégies suivies.

 

La ligne Clinton contre la ligne Trump ?

 

Ce conflit de grande ampleur a été décrit par le journaliste Glenn Greenwald (qui publia les premières révélations d’Edward Snowden). Voici son jugement sur les contradictions entre les deux lignes aux USA durant la campagne : « Hillary Clinton reprochait à Obama de ne pas avoir été plus loin et voulait imposer une zone d’exclusion aérienne en Syrie et affronter les Russes. Donald Trump pensait exactement le contraire. Il a dit qu’il se fichait de qui dirigeait la Syrie, que nous devrions laisser le soin aux Russes d’éliminer Daech, Al-Qaïda et d’autres groupes en Syrie, voire même les aider s’il le fallait.

Le programme que défendait Trump était l’antithèse même de ce que la CIA voulait. Clinton répondait exactement aux voeux de la CIA, d’où son ralliement derrière elle. La CIA a donc tenté de miner la candidature de Trump pendant tous les mois qu’a duré la campagne électorale. Depuis sa victoire, la CIA cherche non seulement à lui nuire par des fuites dans les médias, mais s’emploie activement à le déstabiliser. Il a été rapporté que des renseignements ne lui sont pas transmis, et qu’il ne devrait pas les avoir car on ne peut lui faire confiance. La CIA se donne le pouvoir de promulguer des politiques. » (1)

Ce n’est pas que Greenwald adore Trump : « Je suis d’avis que la présidence de Trump est extrêmement dangereuse. Ce ne sont pas les raisons qui manquent lorsqu’on s’informe. Ils veulent détruire l’environnement. Ils veulent éliminer le filet de sécurité. Ils veulent donner plus de moyens aux milliardaires. Ils veulent adopter des politiques sectaires envers les musulmans, les immigrants et bien d’autres groupes. Il est important de leur résister. (…)

(Mais ce que le parti démocrate fait) c’est se tourner du côté de la seule faction encore pire que Donald Trump, c’est-à-dire l’Etat profond et la CIA, qui ont commis tant d’atrocités, en les invitant quasiment à fomenter un coup d’Etat en douceur, en empêchant le président élu de mettre en oeuvre ses politiques. »

 

En fait, l’Etat profond n’est pas « pire » que Trump, ce sont deux catégories différentes. Trump se bat sur le terrain apparent alors que l’Etat profond, ce sont des réseaux d’influence bien plus enracinés qui sont directement aux commandes des affaires, économiques, politiques, idéologiques, culturelles. Lui pratique le suffrage universel, eux pratiquent le suffrage censitaire : ce sont les gros actionnaires dont le vote est décisif dans les conseils d’administration des grandes multinationales, des grandes banques et des gros médias. Ce sont leurs votes qui sont décisifs et font les choix essentiels. Tant que les masses ne s’emparent pas de ces grandes questions.

 

Note :

1. Stratégie analysée en détail dans le chapitre « Quels stratèges inspirent Trump ? ».

2. Glenn Greenwald, Empowering the ‘‘Deep State’’ to undermine Trump is Prescription for destroying democracy, interview par Amy Goodman, traduite par mondialisation.ca, 27 février 2017.

 
Extrait du livre « Le Monde selon Trump », Editions Investig’Action, mai 2017
 

ACHETER LE LIVRE

« Imprévisible » ? Oui, si on se limite aux petites phrases-chocs et aux clichés médiatiques. Mais ce livre répond au défi et apporte les clés. Où Trump mène-t-il les Etats-Unis et quelle est sa vision du monde ? Son élection reflète une crise profonde : des Etats-Unis, d’un modèle économique et des relations internationales.

Michel Collon et Grégoire Lalieu observent depuis des années la politique des Etats-Unis. Avec leur réseau d’experts et analystes, ils répondent ici aux questions essentielles :


–       Quelles sont les causes du déclin des USA ?
–       Quels stratèges inspirent Trump ?
–       La Syrie, un tournant dans l’Histoire ?
–       Pourquoi l’Europe pleure Clinton ?
–       Comment expliquer la montée de l’extrême droite ?
–       Quels poids auront les citoyens ?


Source: Investig’Action