Ce que les Cubains espéraient d’Obama

A Cuba, l’importance de l’élection du premier président ni blanc ni anglo-saxon dans l’histoire des États-Unis ne venait pas seulement de la politique globale de la grande puissance et n’avait rien à voir avec sa couleur de peau ou son ethnie. Ce qui comptait vraiment pour l’île, c’est que cet homme représentait l’espoir de mettre un terme à la politique hostile au projet révolutionnaire et populaire, processus indépendantiste de luttes initiées 140 ans plus tôt.

Les Cubains comprenaient alors, partant de leur propre expérience, que les promesses électorales d’Obama mèneraient inévitablement à une contre-offensive des puissants consortiums financiers incarnés par Wall Street et le complexe militaro-industriel.

Ces derniers, pour défendre le maintien du statu quo et ses privilèges, disposent de la force de leurs armes de guerre, du contrôle des médias d’information, de l’éducation et de la culture pour manipuler les consciences et conduire de grandes masses de personnes à agir à l’encontre de leurs droits et de leurs propres intérêts dans le contexte d’un ordre juridique et social régi par l’argent et la concurrence du marché, permettant ainsi d’assurer la supériorité de leurs revenus sur les aspirations humaines naturelles de paix, de solidarité et d’égalité.

Les Cubains avaient raison d‘espérer l’élection d’un président qui, d’après ses promesses, allait ouvrir la voie à un nouveau chapitre dans les relations entre la Havane et Washington. Mais ils savaient mieux que personne que pour pouvoir accomplir presque toutes les promesses formulées aux mouvements populaires et aux familles modestes qui l’ont amené au pouvoir, le président des États-Unis récemment élu serait confronté dans son propre pays aux mêmes forces rétrogrades qui pendant un demi-siècle ont freiné l’avancée de la révolution sur l’Ile.

Cette équation supposait que les liens entre Cuba et les Etats-Unis entretenus tout le long du XXème siècle et les premières années du XXIème siècle devraient être modifiés d’une manière spectaculaire.

Pour arriver à atteindre cette utopie en mer des Caraïbes, le gouvernement nord-américain devrait renoncer non seulement à son ambition séculaire de s’occuper du destin de l’île, mais également à ses élans impériaux au niveau global, Cuba n’étant pas sans ignorer l‘inimitié des peuples du Tiers-monde et des plus modestes nations industrialisées à l’égard des Etats-Unis et dont le soutien solidaire a été pourtant, en ultime instance, son principal soutien dans la guerre de résistance qu’il a livré.

En effet, des millions d’Afro-Américains ont contribué à la victoire d’Obama par leurs votes, ce groupe ethnique qui a souffert de l’esclavage légalement autorisé jusqu’en 1865, suivi par un siècle de cruelle discrimination raciale connue sous le nom de « Jim Crow », les agissements terroristes du Ku Klux Klan et plus tard la répression violente de leurs luttes pour les droits civils durant les années 60, qui ont donné des leaders tels que Martin Luther King Jr ou encore Malcolm X.

Aux yeux des Cubains, qui ne prennent pas part à cette élection, mais qui ont été jusqu’ici les victimes directes de la cruelle politique impérialiste, cette victoire de la nation étatsunienne pouvait annoncer le début d‘ une période de bon voisinage et de paix dans la région, dans le contexte d’une ample démocratisation des relations internationales. Cet espoir résidait dans l’idée que surgisse aux États-Unis, par la volonté du peuple, un gouvernement respectueux de l’indépendance de Cuba.

A l’issue de deux mandats présidentiels et à l’approche de leur terme, quelque chose a changé, au moins formellement, sous le mandat d’Obama. Les relations diplomatiques et le dialogue sur diverses affaires importantes ont été rétabli, mais l’essentiel du blocus économique est maintenu de même que subsistent d’autres manifestations humiliantes de cette relation inique : la base de Guantánamo en territoire cubain, le maintien des plans subversifs -affichés ou infiltrés, et la campagne médiatique contre Cuba.

Il ne reste que quelques mois avant le terme définitif du mandat d’Obama et la fin des espoirs nourris quant aux relations bilatérales avec les États-Unis, espoirs à la hauteur des aspirations du peuple cubain, après le mandat de ce président qui semblait si différent des autres…

*Journaliste cubain

Source : https://manuelyepe.wordpress.com/20…

Traduction de l’espagnol par Maëva Otte pour Investig’Action