Violences policières: des victimes témoignent

Voici quelques-uns des témoignages bouleversants recueillis par l’Observatoire des violences policières en Belgique. Une grande partie des faits ont été commis à Bruxelles. Cette impunité octroyée aux policiers brutaux de cette ville par les autorités politiques, policières et bien souvent judiciaires aussi, cette impunité encourage que des faits similaires soient commis ailleurs comme on l’a vu de plus en plus tout récemment encore…


M. : "Après avoir été roué de coups avec des gants, j'ai accepté de peur de me déshabiller"

Coupable d'avoir escaladé une grue pour admirer la vue, M. va apprendre une nouvelle façon de connaître le grand frisson…

 

"Au printemps 2013 entre minuit et 1h du matin, un ami et moi décidons d'escalader une grue de chantier qui se trouvait rue de l'escalier pour admirer le paysage du haut de la grue. Nous étions trois, une autre amie avait décidé de rester en bas. Au moment de notre descente, une camionnette de police ainsi qu'approximativement trois voitures de police sont arrivées au pied de la grue. C'étaient des policiers habillés de gilets pare-balles, rangers, etc.. Ils m'ont demandé ce que j'avais l'intention de voler, et le but de ce que j'avais fait, ce a quoi j'ai répondu que c’était uniquement pour admirer le paysage du haut de la grue, et pour avoir un "frisson".

Un policier m'a aussitôt répondu "Je vais t'en donner du frisson". Prenant cela pour une menace, je lui ai répondu que ce n’était pas la peine de faire le "cow boy". Ils m'ont demandé une pièce d'identité, je n'avais qu'une carte d'abonnement de train ainsi que ma carte de crédit pour confirmer mon identité. Je ne suis pas belge (d'origine UE). Ensuite, un policier en civil que je pense être un inspecteur de police est arrivé, et à l'aide d'insultes et de hurlements m'a demandé ce que j'avais volé et pourquoi j’étais monté en haut de cette grue. Je lui ai répondu que c’était pour admirer le paysage du haut de la grue, que je n’étais pas un voleur et que mes intentions n’étaient pas malhonnêtes. Il m'a aussitôt mis un coup de poing dans la figure. Peu de temps après je me suis retrouvé plaqué au sol, un pied sur la tête et menotté de force en me tordant les bras, ce qui a probablement causé la déchirure musculaire. J'ai reçu des coups de pieds dans le ventre et dans la figure ce qui m'a provoqué de prononcer quelques injures. Ils m'ont amené jusque dans la voiture, où j'ai encore une fois reçu des claques dans les oreilles et des coups avant qu'ils ne ferment la porte. Deux policiers m'ont emmené au commissariat central, durant le trajet j'ai voulu poser des questions, ce à quoi je n'ai reçu comme seules réponses que des "Ta gueule".


J’ignore si cela fait partie de la procédure mais je n’ai pas pu être attaché et le chauffeur roulait à une allure démesurée en ne respectant pas du tout le code de la route (feux grillés). Arrivés au commissariat, j'ai été emmené dans une salle où, après quelques coups de poing dans les côtes et estomac pour que je cesse de poser des questions, on m'a demandé de vider mes poches, ce que je fis. Le contenu de mes poches se trouvant par terre, on m'a accusé de les avoir pris pour des "chiens" et m'ont forcé à ramasser mes effets personnels en me rouant de coups avec des gants renforcés. Ayant finalement peur pour ma dentition, je décidais d'accepter. Puis, on m'a demandé de me déshabiller. Puisque je refusais, on m'a violemment plaqué au sol, traîné par les cheveux. Déshabillé de force, je me suis retrouvé en caleçon. On m'a alors demandé de l'enlever, j'ai encore refusé je me suis a nouveau retrouvé roué de coups. Ayant a nouveau peur pour mes parties intimes, je décidais a nouveau d'obéir. Quand je fus complètement nu, on m'a demandé de me tourner et de faire des flexions-extensions contre le mur. Après avoir fait la première, on m'a hurlé de compter à voix haute, je refusais, mais après un coup de poing au niveau des côtes, j'acceptais de compter à voie haute. On m'a autorisé à remettre mon caleçon, ils m'ont menotté, (…) Tout était un prétexte pour m'administrer de nouveaux coups. Après cela, on m'a emmené dans une cellule avec des barreaux dans laquelle on m'a enlevé les menottes, et rendu mes habits. Quelques minutes plus tard, un policier arrivait en me demandant de signer un papier. Je voulais lire ce papier avant de le signer, on m'a hurlé dessus pour que je le signe sans tarder, ce que j'ai fini par faire par peur de nouveaux coups et de plus étant donné que je ne voyais quasiment plus rien suite aux claques dans les oreilles et aux coups de poing qui m'avaient rendu complètement sonné et enflé.


Après environ une demi-heure mon ami et moi avons été placés dans des vraies cellules. Quelques minutes plus tard un policier me lance "Tu es tombé hein ?!" ce à quoi j'ai répondu "Non, j'ai été tabassé par des policiers." La porte s'est ouverte on m'a menotté, et emmené dans le parking, où je suis monté dans une voiture de police pour aller à l'hôpital où une infirmière m'a demandé ce qui c'est passé, je lui ai dit la vérité. Elle m'a nettoyé, puis un médecin est arrivé, après lui avoir raconté l'histoire, elle a constaté mes blessures, et j'ai dû faire des radios du thorax et du visage. Après cela j'ai été reconduit dans ma cellule. Au matin, on m'a rendu mes effets personnels, et libéré sans nous tenir au courant de quoi que ce soit. Je n'aurai aucune honte ni aucun scrupule à décrire ce que j'ai vécu comme de la torture mentale et physique."


A. : "J’ai demandé aux policiers leur identité et c’est là que l’inspecteur s’est emporté"

Appelant la police suite à une banale altercation avec un employé de banque qui refuse d’encaisser une grosse somme d’argent, la situation dégénère au moment où il demande l’identité des policiers. Il sera ensuite condamné pour rébellion et revient sur des éléments qui, selon lui, n’ont pas été pris en compte par les juges qui l’ont condamné.

 

"Je voudrais refaire quelques observations concernant le jugement. Il n’a jamais été fait état des manquements du gérant de la banque de ne pas accepter le versement de ma recette de travail, c’est le gérant qui m’a menacé d’appeler la police et c’est moi qui l’ai fait. Au bureau de police, on ne m’a même pas demandé mon identité, étant donné que je déposais la recette de mon travail pour mon employeur et que j’avais déjà été confronté à un refus de la même banque en juin pour soi-disant une somme trop élevée. J’avais du alors téléphoner à ma société pour que mon versement soit accepté par le gérant de l’agence. Dans les cinq minutes la police était présente, le commissaire Y a discuté avec le gérant et puis est venu me dire qu’il ne pouvait rien faire sur le plan pénal. J’étais d’accord avec eux et je leur ai demandé leur identité pour justifier auprès de ma société le refus de versement de ma recette par le gérant.

C’est là que l’inspecteur s’est emporté en me sommant de sortir du sas (je prenais note de leurs noms). Je lui ai répondu que nous ne sommes plus à l’armée et c’est là que tout a commencé. J’ai été pris par le bras et tiré violemment à l’extérieur du sas de la banque. Je suis tombé et ils se sont jetés sur moi. Tout le monde est au courant qu’il y a des caméras de surveillance dans les banques. Pourquoi ne pas avoir demandé de les visionner? Cela aurait pu démontrer l’énervement des policiers. Je n’ai pas porté des coups volontaires : je me suis débattu et ils ont reçu des coups (nuance). Ils auraient du me laisser me relever tout seul. Au lieu de cela, ils m’ont crié de me mettre sur le ventre et m’ont passé les menottes dans le dos. Ma recette a été éparpillée sur la route. Je n’ai jamais refusé de donner mon identité. La carte bancaire de ma société avec mon identité était avec ma recette et le camion de ma société en stationnement en face de la banque.(…)

Il n’est pas non plus fait mention de mes deux côtes fracturées qui me font encore souffrir actuellement parce que l’inspecteur X s’est laissé tomber de toute sa grandeur sur ma poitrine pour soi-disant m’immobiliser (on n’a pas voulu me donner de copie de ma radiographie de la clinique). Je me demande encore aujourd’hui comment j’ai pu mordre un policier au mollet ou à la cheville en étant couché sur le sol avec quatre policiers sur moi. Lorsque j’étais menotté les mains dans le dos et attaché sur la banquette arrière du combi de la police, l’inspecteur X est venu déposer mon soulier droit, perdu lors de la bousculade. Toute ma recette se trouvait dans ce soulier sur le plancher devant moi dans le combi (l’inspecteur était à l’extérieur du combi). Quand je lui ai fait remarquer qu’un billet de 10 euros était tombé sur le sol du combi, celui-ci est rentré dans le véhicule pour m’enfoncer ce billet dans la bouche, alors qu’il aurait pu simplement le mettre dans mon soulier avec le reste de l’argent. C’était de la provocation et cela n’a pas été retenu par les juges. Tout ce qui a été retenu c’est que je me suis défendu quand ils ont voulu me menotter alors que je ne comprenais pas pourquoi et que j’ai repoussé le policier X hors du combi après la scène du billet. Le tribunal a qualifié cela de rébellion. J’ai ensuite passé la nuit au cachot et ceci sans boire et ni manger du mercredi 16h au jeudi 16h. Les juges ne se sont jamais mis à ma place, à savoir être traité comme un grand criminel alors que je voulais tout simplement déposer ma recette comme l’exige mon patron. J’ai été condamné a 3 mois de prison avec sursis et tous les frais de justice ont été mis à ma charge (plus ou moins 7000 euros). L’inspecteur X s’est porté partie civile contre moi et me réclame plus de 25000 euros de frais pour dommage corporel."


I. : "Arrêté pour avoir 'rasé le guichet en montrant votre ID de loin'"

I. est interpellé à la douane dans une gare de chemin de fer, dans l'exercice de ses fonctions professionnelles. Il va se heurter à l'obstination d'un agent qui le prend en grippe pour une raison inconnue, alors qu'on lui reproche un comportement courant dans sa profession…

"Chef de cabine et membre du personnel d'une compagnie de train de longue date, j'arrive au guichet de la police belge et mon équipe décline son identité comme le veut la procédure. Je me trouve en tête et montre ma carte d'identité à l'agent de police qui me fait signe de la main gauche, comme cela arrive régulièrement, vu que nous sommes reconnaissables à nos uniformes et munis de badges de service.

Je poursuis ma route et un autre agent présent debout dans le guichet me jette un regard très sévère. En continuant mon chemin, je lui montre ma carte d'identité à travers la vitre pour lui prouver que j'étais en règle de documents. Je me rends vers la douane en montrant mes 2 badges de service. Lorsque je m'apprête à placer mes sacs au rayon X, je vois arriver deux agents de police, dont celui qui se trouvait au guichet de la police belge, qui me demande agressivement de lui donner ma carte d'identité. Je lui demande le but de son intervention. Il me répond qu'au moment de passer au guichet, son collègue m'a demandé de m'arrêter et j'ai refusé. Je lui réponds que son collègue m'a fait signe de la main comme cela se fait une fois sur deux, raison pour laquelle j'ai poursuivi mon chemin. "C'est faux !" me rétorque-il sur un ton de plus en plus agressif, "Vous avez rasé le guichet en montrant votre ID de loin". Alors que je tente de prouver ma bonne foi, Monsieur l'agent me demande de les suivre au poste de police. Je lui demande pour quelle raison. Il ne m'y répond pas, mais insiste sur un ton à la limite de l'hystérie !

C'est à ce moment que Monsieur l'agent me tire l'avant-bras gauche de façon brutale en me disant "Allez hop !", me pointant le chemin avec son index. Je lui dis de ne pas me toucher car je n'ai ni volé, ni été outrancier à son égard et encore moins avoir posé un acte de rébellion. Tous mes collègues sont témoins ! (..) Son collègue lui, reste calme tout le temps. En me dirigeant vers le poste de police, je lui demande de pouvoir me faire accompagner d'un collègue comme témoin. Il refuse et me tire l'avant-bras une deuxième fois. A l'intérieur, Monsieur l'agent m'ordonne de m'asseoir et d'éteindre mon GSM. Je profite de sa brève absence pour informer mon bureau de mon arrestation. A son retour, il m’ordonne de couper mon GSM sur un ton que je ne pourrais même pas décrire. Je suis toujours sans connaître le motif de mon arrestation. (…)

Une dame entre dans les locaux en informant les agents en néerlandais qu'elle est mandatée par quelqu'un de la compagnie de trains à venir chercher le sac de matériel sans lequel le train ne partirait pas ! Je remets donc le sac à la dame sans connaître son identité. Après environ 40 min de détention, Monsieur l'agent me présente 3 documents à signer :

 

  • Premier document, le motif de mon arrestation : trouble à l'ordre public, information que je découvre ;

  • Deuxième document : absence de fouille, et

  • Troisième document : pas de saisie d'objets personnels.

Je demande à voir le procès-verbal, l'agent me répond qu'il l'a déjà envoyé au Parquet et que si je voulais y avoir accès, je n'avais qu'à écrire au Parquet. Je signe les 3 documents en mentionnant "Pas d'accord avec le motif de mon arrestation". Après près d'une heure je puis sortir du poste de police et me rends à mon bureau (…) où je raconte l'incident aux délégués syndicaux. (..) Plus tard je me suis rendu au commissariat de ma commune pour porter plainte, il m'a été clairement dit par l'inspectrice qu'elle ne pouvait pas prendre ma plainte déontologiquement, même en insistant, et m'a conseillé de porter plainte au Comité P, ce que j'ai fait. Souffrant toujours du bras, mon médecin m'a prescrit un arrêt de maladie de 7 jours."

 

M. : "J'étais seul allongé sur la civière. L'un des policiers s'est approché de moi et m’a asséné 5 ou 6 coups de poings sur le crâne"

M. est sans-papier. Renversé à vélo par un automobiliste qui a fait demi-tour sur la chaussée et est immédiatement reparti, il est emmené sans ménagement à l’hôpital, où… l'un des policiers le roue de coups en essayant de lui faire avouer son adresse après avoir soigneusement fermé la porte de la chambre…

"Je circulais à vélo sur la bande de gauche sur le boulevard A. à Bruxelles, me préparant à tourner. C'est à ce moment qu'une voiture m’a heurté à toute vitesse en voulant faire demi-tour. Elle m'a renversé et ma jambe droite s’est retrouvée coincée sous la roue. Très vite, la voiture a bougé. Des passants m’ont proposé d’être témoins de l’accident, mais étant sous le choc et la douleur je n'ai pas réagi à cette proposition.

Deux policiers à vélo sont arrivés. La passagère du véhicule qui m'a renversé ne cessait de me crier que je faisais du cinéma. Une ambulance et une autre patrouille de police sont ensuite arrivés sur les lieux. Je me souviens que lorsque j’étais couché sur la civière dans l’ambulance, un policier s’est tenu au-dessus de moi et a dit également : " Arrête ton cinéma ! ". Les policiers m’ont demandé mon adresse mais pris de peur et de douleur, je ne l’ai pas donnée : je suis sans-papiers. L’ambulance m’a emmené à l’hôpital. Je ne pense pas qu’il y avait des policiers dans l’ambulance le temps du trajet. Aux urgences, je criais et pleurais sous l'effet de la douleur et de l’énervement contre le chauffeur de la voiture. J’étais assez agité. Le personnel soignant est venu plusieurs fois me dire : " Calme-toi sinon tu iras en chambre seul ! " Une infirmière plus compréhensive m’a permis de tenir sa main pour me réconforter. Je ne cessais pas d'invectiver le chauffard, mais pas du tout le personnel des urgences à qui je disais " Ne vous inquiétez pas, je suis gentil ". Sans cesse tournaient dans ma tête des images de peur de perdre ma jambe, des conséquences de ma situation de sans-papiers, de douleur. On m’a conduit dans une chambre isolée. En me déplaçant mon genou blessé par l’accident s’est retrouvé coincé entre le mur et la civière. J'ai crié pour prévenir l'infirmière.

Seul dans cette pièce une minute plus tard une infirmière (l'agent de sécurité) ouvre la porte, deux policiers entrent et la porte se referme sur eux. J'étais seul allongé sur la civière. L'un des deux policiers au moins était présent sur le lieu de l’accident : c'est lui qui s’est approché de moi et m’a asséné 5 ou 6 coups de poings sur le crâne en me criant : " Dis-moi ton adresse ! Dis-moi ton adresse ! Calme toi ! ». L’autre policier n’a pas bougé, n’a pas tapé, il a juste regardé sans intervenir. J’ai crié et pleuré en disant : " Pourquoi tu me frappes ? " et j’ai donné mon adresse. Le policier a dit: " Tu n'as rien et tu pleures comme une fille ? Arrête ton cinéma. ", puis " Ah ! Te voilà calmé ! " et j'ai répondu que c'était parce qu’il daignait me parler au lieu de donner des coups.

Le tout a duré une dizaine de minutes au cours desquelles personne du corps médical n'est venu voir ou se renseigner sur mon état. Ensuite les policiers ont ouvert la porte et se sont adressés au personnel soignant : " Voilà, vous pouvez entrer, il est calmé ! ". Alors que je pleurais toujours, et plus fort qu’avant ! Les policiers sont restés dans l’embrasure de la porte et j'ai dit devant tout le monde : " Pourquoi tu m’as frappé ? J'ai jamais vu un policier frapper un accidenté ". On a enfin commencé à examiner mon genou. Les policiers sont partis, sans plus. Personne n’a réagi à ma dernière question. Ni à ce moment-là, ni par la suite. Alors que tout le monde a très bien entendu…"

 

G. : "Il n’y a rien à discuter, tu vas voir ce que tu vas voir !"

Renversement des rôles dans cette nouvelle affaire de violences policières illégitimes : à l'origine d'une infraction routière, les agents ne vont pas apprécier qu'on le leur rappelle et se montrer brutaux envers G., le piéton qu'ils ont failli renverser. Leurs divers collègues successivement rencontrés se révéleront quant à eux tantôt indifférents, tantôt solidaires des agresseurs impliqués, voire plus chargés encore en testostérone ! Récit d'une découverte pénible de l'abus de pouvoir légal…

 

"Ce matin d'août de bonne heure, je m’apprêtais à m’engager comme piéton sur un passage clouté lorsqu'une voiture de police a surgi par ma gauche, me coupant littéralement le passage et manquant de me rouler sur le pied. Ne pouvant s’engager immédiatement dans l’avenue, la voiture est restée à moitié à l’arrêt sur le passage en me barrant l’accès au passage pour piétons. S’agissant manifestement d’une conduite dangereuse et ne respectant pas une règle élémentaire de priorité aux piétons, je me permets d’attirer l’attention des occupants du véhicule en donnant une légère tape du bout des doigts sur le bord du toit du véhicule, de façon à ce que le signal puisse être entendu dans l’habitacle.

 

Immédiatement, 2 agents en uniforme sortent du véhicule. La passagère, manifestement en service, me fait remarquer de façon directe que je n’ai pas à faire cela. Je lui réponds d’un ton neutre tandis que le conducteur continue à se diriger vers moi. Il m’interrompt brutalement en me sommant de lui présenter ma carte d’identité. En voyant que je n’interromps pas immédiatement ma phrase et continue à m’adresser à sa collègue, il m’ordonne à nouveau sur un ton autoritaire de lui sortir ma carte d’identité faisant mine de m’avertir. Je lui demande, calmement, si l’on peut savoir la raison d’une attitude aussi autoritaire. Faisant alors mine d’insinuer que je refuse d’obéir à son injonction, il s’approche de moi, m’agrippe et me dit quelque chose comme « Bon ; insubordination, tu veux faire le malin, on t’embarque ! ».

 

Dès le moment où je le préviens qu’il n’y a aucune raison de porter la main sur moi ainsi, alors que j’ai déjà sorti mon portefeuille de ma poche pour m’exécuter, il perd patience et se montre ouvertement agressif, m’ordonne de ne pas discuter et de m’exécuter, tout en continuant à me bousculer et me pousser dans la voiture. Il ne s’agit vraisemblablement pas d’un contrôle d’identité, il s’agit d’une agression pure et simple. Victime manifeste d’un cas où l’usage de la force n’est absolument pas nécessaire, je lui demande sans complaisance s’il croit sincèrement que je vais me laisser ceinturer sans aucune explication valable ? La suite est connue : l’agent tente alors de me plaquer contre la voiture à l’aide d’une clé au bras musclée et agrémentée d’une formule du genre « Il n’y a rien à discuter ! » et « Tu vas voir ce que tu vas voir !». Au vu de plus d’une dizaine de témoins attablés à la terrasse du café en face et qui confirmeront ces déclarations, je me débats légitimement afin de résister à une situation aussi absurde que brutale.

 

Sans que je puisse expliquer comment ni pourquoi, deux policiers en civil (distinctement reconnaissables à leur brassard rouge), ont alors soudain surgi de nulle part, probablement de la terrasse de l’établissement en face, pour prêter main forte à l’agent et ils se trouvent finalement – selon les divers témoins – à 4 pour me ceinturer et me menotter : je ressens une douleur certaine, épaule et omoplate totalement pris en tenaille, je sens un craquement du coté de mes vertèbres cervicales. Ma chemise est notamment déchirée à hauteur de l’épaule. S’ensuivent les menottes serrées excessivement de manière à blesser sans raison, la brutalité (divers effets de clés de bras avec plaquage contre le véhicule).

 

Finalement menotté, je suis jeté dans la voiture de police, main sur la tête de rigueur. En atterrissant dans la voiture j’ai droit à une vive douleur d’écrasement de mes poignets au contact du dossier. Les policiers me conduisent toutes sirènes hurlantes au commissariat. Le conducteur, responsable de la situation, se fait un plaisir de m’expliquer que, comme j’ai résisté lors du «contrôle » je vais être écroué pour la journée. Je remarque rapidement que je ne suis plus en possession de mon GSM. J’insiste à 2 ou 3 reprises que je dois récupérer mon GSM, qui contient un répertoire important de contacts et de nombreuses informations importantes pour moi. Rien n’y fait, mes droits sont ignorés et ma demande reste sans réponse. On ne me demande pas non plus, à aucun moment, le numéro utile pour simplement appeler ou vérifier si quelqu’un décroche.

 

Une fois au commissariat, je suis conduit dans ce qui ressemble à un bureau, où on me fait m’asseoir sur une chaise et patienter sous la surveillance de la policière. La situation est alors la même, on m’annonce que je vais être écroué pour avoir résisté lors de mon interpellation et avoir troublé l’ordre public. A aucun moment on ne m’explique la raison précise de cette arrestation musclée et de cette escalade de brutalité. Après quelques instants un autre agent, apparaît qui me fait immédiatement me rasseoir de force sur une chaise d’un geste brusque sur l’épaule en me criant « Assis ! ». Je me relève immédiatement en reculant la chaise du pied en lui faisant remarquer que c’est aux chiens qu’on donne des ordres de cette manière. Il prend donc l’initiative de m’empoigner par la trachée qu’il ne manque pas de serrer suffisamment pour me couper la voix, de me faire traverser tout en force la moitié de la pièce à reculons en me vociférant des mots d’une rare violence pour enfin me plaquer, toujours menotté, dos contre un bureau dont le rebord me taillade les lombaires. Il s’amuse encore un peu à me dominer et m’intimider, à me faire parler ainsi quelques instants alors que pratiquement aucun son ne sort de ma bouche et que je vire au rouge. Après quoi on m’explique simplement que si je me « calme », on me promet de desserrer très bientôt ces douloureuses menottes trop serrées. Les collègues, assermentés comme il se doit, confirmeront la scène.

 

On m’explique ensuite que je vais être transféré au commissariat du centre pour y être écroué, sans raison déclarée. Demande réitérée d’avoir des nouvelles de mon GSM. Négatif. Les deux agents à l’origine de l’interpellation et moi-même reprenons la route. Au cours du trajet, l’agent au volant fait toujours autant preuve de vitesse et de jeux de sirènes inutiles, en continuant à m’agresser verbalement sur un ton pour le moins condescendant, tandis que la passagère lui fait remarquer qu’il pourrait rouler moins vite. Une fois sur place, l’agent conducteur se fait à nouveau un malin plaisir à me balader de droite à gauche par le bras comme au bout d’une laisse et s’assure que mes poignets continuent d’enfler dans les menottes. Une petite torture dont il semble visiblement se délecter. A l’intérieur du commissariat, on m’invite à signer un document dans lequel je reconnais être privé de liberté et un autre dans lequel je mentionne être bien en possession de mon ordinateur portable mais je précise clairement que mon GSM est toujours manquant, et que je n’en ai toujours aucune nouvelle. Ce ne sont déjà plus les mêmes policiers et ils sont encore moins au courant que les précédents de ce qu’a pu devenir le plus important de mes effets.

Après avoir subi un interrogatoire et une fouille complets, mes effets sont confisqués et stockés dans un sac en plastique. Un autre agent prend des copies détaillées de toutes mes empreintes palmaires et digitales. Une photo de face et deux profils sont tirées pour alimenter leurs fichiers. Je suis vraisemblablement dès lors fiché, sans pouvoir dire ou refuser quoique ce soit, je n’ai rien à dire et aucun conseil ne m’est présenté. Je dois à présent encore me déshabiller pour raison de sécurité pour éviter « tout risque » en cellule. Je suis ensuite conduit au cachot « 11 » pour séquestration, mes affaires restent à la porte. La porte se referme et on me souhaite « une bonne après-midi ». Je séjourne, défroqué et à moitié-nu dans un lugubre cachot pendant plusieurs dizaine de minutes. Finalement, vers midi, deux autres policiers viennent pour m’en faire sortir. Je récupère mes affaires et je suis reconduit plus loin à l’extérieur par encore un autre agent. Ce dernier me fait remarquer que je n’ai pas le profil de leurs clients habituels. Je n’ai aucune information, aucun nom de personne de contact, aucune indication quant à la suite de la procédure. Tout est apparemment fait pour que je puisse recevoir le moins d’informations possible.

 

Les ecchymoses et différentes lésions issues de cette rébellion alléguée sont constatées par un médecin urgentiste directement après ma levée d’écrou : éraflures, contusions, érythème, ecchymoses. J’ai également fait constater aux différents intervenants l’état de ma chemise, déchirée au niveau de l’omoplate. Je souffre également depuis d’une vertèbre cervicale déplacée qui m’empêche d’effectuer des mouvements totalement naturels, constaté également. Je retourne ensuite au premier commissariat afin d’obtenir de plus amples informations quant à la suite à réserver à cet événement. On me dit à l’accueil d’attendre quelques instants. Quelques minutes plus tard, apparaît sur le seuil de la porte une personne d’âge mûr en civil se déclarant être le commissaire faisant fonction. Il ne décline aucun élément d’identité. Il m’explique que la procédure va suivre son cours et que je dois attendre la production du PV, en me précisant qu’une enquête est en cours et que cela peut prendre jusqu’à 2 semaines. Il me précise également que si je pense qu’il y a abus, je peux escalader l’affaire au comité P, compétent pour ce type de plaintes. Je ne suis pas informé faire l’objet d’une recherche, de troubler ou de pouvoir troubler l’ordre public d’une quelconque manière, avérée ou non. Je ne suis pas informé non plus de menacer le maintien de la sécurité publique. Je repars donc sans aucune information tangible. Sans les témoins présents sur les lieux, je n’aurais aucun élément me permettant d’attester la survenance même des faits.

 

En conséquence, je demande réparation du préjudice subi, la restitution sans délai de mon GSM, la communication immédiate du PV des événements, l’identité et grade des différents agents ayant participé à cette arrestation, ainsi qu’une communication rigoureusement exacte de leurs motifs. Je demande également qu’un avocat pro deo soit nommé pour prendre le relais juridique quant à ce dossier."

 

Renate : "Il était environ 11:50 quand, sans bas ni soutien-gorge, désorientée, démunie, j’ai pris un taxi. Le conducteur m’a dit : « Vous êtes arrangée ! »"

Renate BRANTZ a décidé de parler. Brutalisée par des policiers, trompée par un médecin des urgences, humiliée dans sa féminité, puis dupée par les policiers qui lui font signer un P.V. sans ses lunettes, elle révèle les faits à la presse (c'est pourquoi, avec son accord, nous publions son identité) puis dépose une plainte auprès du comité P, et engage un avocat. Elle lance un appel à témoins.


"Je rentrais chez moi ce dimanche 23 juin 2013 jour de la fête de la musique, vers 5:00 du matin. Alors que je me trouvais rue du Belvédère, près du croisement avec la chaussée de Boondael, j’ai aperçu des jeunes gens (environ 20 personnes) ainsi que… trois policiers en uniforme et plusieurs voitures de police. C’était la fête de la musique. J’ai entendu les policiers leur dire «Rentrez chez vous car il y a des gens qui travaillent demain ! » J’ai dit gentiment : « Il y a peu de gens qui travaillent le dimanche. C’est le week-end de la fête de la musique. En plus, il y a si longtemps qu’il n’y a plus eu un week-end sans pluie, vous pourriez faire une exception pour ces jeunes gens. » Deux des trois policiers, qui faisaient comme un mur devant le groupe, se sont immédiatement retournés, ils m’ont menottée, mains dans le dos avec un collier de serrage en plastique et m’ont jetée dans une de leurs voitures. Les policiers ont encore parlé pendant quelques minutes avec le groupe. Ces personnes étaient choquées, j’ai entendu l’une d’elles exprimer que ce que j’avais dit n’était pas formulé d’une manière agressive.

 

Dès que la voiture a démarré, le policier assis à côté de moi (âgé d'environ 40 ans) m’a frappé l’œil gauche en disant « Tu vas en avoir sur ta gueule comme ça tu vas te calmer ! ». Le conducteur et le policier qui m’a frappée ont échangé sur ce coup de poing. Le conducteur a demandé « C’était bien une droite, hein ? ». Celui qui venait de me frapper a confirmé. Le conducteur était un peu enveloppé, l’autre plus jeune, un peu plus grand, était d’une corpulence moyenne. Ils s’exprimaient en Français avec un léger accent bruxellois. J’étais très angoissée, je souffrais physiquement et je me sentais terriblement humiliée et totalement démunie en tant que citoyenne, femme, mère et grand-mère. J’ai demandé « Où m’emmenez-vous ? » Ils m’ont répondu « On va chez le docteur.» En rentrant aux urgences de l’hôpital d’Ixelles, mon nez saignait. J’ai interpellé une infirmière et le médecin de garde : « Regardez-ce qu’ils m’ont fait ! » Il n’y a pas eu de réaction, ni de la part du médecin, ni de l’infirmière. Ils ne m’ont posé aucune question. J’ai demandé un verre d’eau au médecin. Mais il est reparti chercher des papiers. Le policier m’a dit que c’est lui qui me donnerait le verre d’eau. Pendant l’absence du médecin, le policier a approché un gobelet de ma bouche. J’étais toujours menottée, je venais de recevoir un coup au visage et j’étais donc affaiblie et maladroite. J’ai donné un léger coup de tête dans le gobelet. L’autre policier m’a alors tenue par le cou tout en me décrochant une nouvelle droite à la mâchoire, côté gauche. Ces faits se sont passés devant le collègue du policier mais sans témoin extérieur, au sein des urgences. Au retour du médecin, le policier qui m’avait tendu le gobelet lui a expliqué que j’avais refusé de boire l’eau et que j’avais agressé les policiers. J’ai rétorqué : « Comment pourrais-je vous agresser alors que j’ai les mains liées derrière le dos ? »

 

Après avoir reçu un document du médecin de garde, Dr K-M d’après la signature figurant au bas du document que je possède, les policiers m’ont emmenée au commissariat de police de la rue du Collège. A l’arrivée au commissariat de la rue du Collège, on m’a demandé : « Est-ce que vous savez pourquoi vous êtes là ? » J’ai demandé qu’on me l’explique. Les policiers ont dit que la raison était l’état d’ivresse sur la voie publique. Ce fait n’est pas prouvé par l’examen clinique pratiqué les mains entravées par des colliers de serrage, et pendant lequel aucune prise de sang n’a été effectuée. Ensuite, une femme policière portant des gants en plastique est entrée et m'a libéré les mains. Elle m’a demandé de me déshabiller : « Manteau, chaussures, bas, chaussettes.» J’ai été emmenée par un autre policier dans une cellule, où je suis restée environ trois quarts d’heure. Après cela, on m’a mis des menottes métalliques pour me transférer à l’Amigo. J’ai exprimé mon désarroi à une femme policière : « Regardez ce que vos collègues m’ont fait. » Cette dame m’a répondu : « Je n’en ai rien à foutre. » Je suis arrivée au commissariat de l’Amigo vers 07:15. A nouveau, j’ai du enlever mes vêtements : manteau, bas, soutien gorge, bijoux et lunettes. Ces objets ont été mis dans un sac en plastique. J’ai été enfermée dans une cellule, cette fois-ci, on m’avait donné deux gobelets d’eau. Je n’ai reçu aucune explication entre les deux commissariats.

 

Après un certain temps, j’ai attiré l’attention en frappant à la porte afin de savoir combien de temps ils comptaient me garder. On m’a dit : « Cela dépend, maximum jusqu'à 17:00. » Vers 11:30, on m’a ouvert la porte. Puis dans le couloir, l’inspecteur m’a ordonné de plier la couverture, de remettre mes chaussures, mon manteau. Par contre, je n’ai pu remettre ni mes bas, ni mon soutien gorge. Mes lunettes ne m’ont pas été remises. Or, avant de sortir du commissariat, un P.V doit être signé. Je suis incapable de lire un document sans lunettes. J’ai donc signalé ce fait. Le policier m’a dit que je n’étais pas obligée de signer mais il m’a menacée : « Si tu n’arrêtes pas ton cinéma, tu retournes au cachot. » Alors, parce que je craignais pour ma liberté et que je me sentais menacée et diminuée dans ma féminité, sans soutien-gorge et sans lunettes, j’ai fini par signer un document que je ne pouvais pas voir, ni a fortiori lire. Après mon audition, l’inspecteur J. L. m’a demandé si je voulais faire une déclaration. J’étais dans un état de choc, j’avais peur qu’une déclaration ne puisse être utilisée contre moi. J’ai préféré m’abstenir. Il m’a dit « Pas de problème, Madame. » Cependant en se levant à mon départ, il a ajouté « Ah, Ah ! Je vous dis que ce n’est pas en votre faveur de ne pas faire de déclaration. »…

 

Il était environ 11:50 quand, sans bas ni soutien-gorge, désorientée, démunie, j’ai pris un taxi. Le conducteur m’a dit : « Vous êtes arrangée ! » C’est à ce moment là que j’ai regardé mon visage dans le miroir et que j’ai constaté les dégâts. Après avoir pris une douche, je me suis rendue à l’hôpital d’Ixelles, aux urgences où le docteur S. C. a effectué un constat de lésion. Je sais aussi que des jeunes ont filmé mon arrestation. J’aimerais retrouver ces images. S’ils se reconnaissent, ils peuvent se rendre au Murmure café (18, rue du Belvédère), où on leur donnera mes coordonnées."

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A. : "Mon compagnon, lui, n'ose pas remplir ce formulaire, par peur de riposte de la police."

Étrange réveil pour A. qui va se découvrir, pour une banale querelle de voisinage dans un immeuble mal insonorisé, la notion passe-partout si pratique de "troubles à l'ordre public". Fort secouée par l'attitude de la police, elle a du entamer une médiation tandis que son compagnon craint des mesures de rétorsion…

 

"Je vais dormir chez des amis. Le matin j'allume mon GSM et j'ai plein d'appels en absence, dont un message vocal d'un ami de mon compagnon qui me dit que celui-ci a été arrêté dans le couloir de mon immeuble et emmené au poste pour trouble à l'ordre public. Il me raconte aussi qu'ils avaient essayé d'allumer la webcam pour filmer ce qu'on lui faisait subir et que les policiers l'ont éteinte. Je téléphone au commissariat où serait mon compagnon, je demande où il se trouve : il a disparu, mais il paraît qu'il serait chez eux… après un moment le policier me confirme qu'il est bien dans leurs locaux. Je lui dis sur un ton calme et poli qu'on ne fait pas cela aux gens … Il me répond que mon compagnon a été arrêté en train de faire la fête et de déranger le voisinage, pour me dire ensuite qu'il n'a pas à juger. En fait la voisine, qui est très sensible au bruit dans l'immeuble, a tendance à appeler la police à tout moment pour la télé, les voix… l'immeuble n'est pas insonorisé, et elle peut se plaindre juste parce que l'on parle dans le salon.

 

Entre-temps, l'ami qui est resté dans mon appartement pour attendre mon compagnon m'appelle à plusieurs reprises, la dernière fois pour me dire que la police est encore dans mon couloir, à 7 heures du matin, il veut me les passer mais j'entends "Non, on ne parle pas à Madame, elle a été désagréable avec notre collègue au téléphone". L'ami insiste, mais ils ne veulent pas me parler et s'en vont. La voisine avait encore appelé, après qu'elle ait entendu parler chez moi. Peu après mon coup de fil, mon compagnon est relâché (alors qu'il était prévu qu'il sorte à 12:00), il me sonne, m'explique que la voisine avait encore appelé la police, qu'ils sont passés, que ça ne s'est pas bien passé : propos racistes, agression physique sur son ami dans mon appartement ; les policiers ont attiré mon compagnon dans le couloir l'ont alors arrêté pour trouble à l'ordre public. Il me dit qu'il a été mis au cachot toute la nuit, qu'on l'aurait frappé, et il m'annonce que son ami, quand il est sorti après le deuxième passage de la patrouille, a été arrêté dans la rue alors qu'il allait acheter du pain en bas, pour encore trouble à l'ordre public.

 

Je n'étais pas présente lors de ces événements mais j'ai été choquée de l'ampleur que les choses ont prise car mon compagnon et mon ami parlaient tranquille dans le salon (même si, étant Africains, ils ont tendance à parler fort…) J'ai été choquée que des policiers aient des attitudes pareilles et qu'ils emmènent des personnes aux cachot pour un problème de voisinage en invoquant des faits qui n'existent pas, comme le trouble à l'ordre public… Pendant des jours j'ai eu peur de revenir dans mon appartement et suis restée sous le choc. J'ai ensuit commencé les démarches pour un médiation : j'avais aussi besoin de partager ce que je vivais et quelque jours plus tard lorsque j'ai retrouvé un peu de calme, je suis moi-même allée au commissariat porter plainte contre la voisine pour harcèlement, mais ils ont refusé de prendre ma plainte, et j'en ai profité pour expliquer un peu ma version des faits par rapport à cette voisine, et à la tournure qu'ont pris les événements, tout en gardant du recul et le contrôle sur moi-même car l’accueil n'a pas été des plus chaleureux.

Voilà en gros ce que j'ai vécu, pas facile d'en porter témoignage. Mon compagnon, lui, n'ose pas remplir ce formulaire, par peur de riposte de la police."

 

S. : "Lorsque je me suis mis à lire mon audition il me dit 'Ça fait 10 ans que je fais ce travail, je ne vais pas t'arnaquer', et moi confiant, je signe…"

Tutoiement, coups, insultes racistes, humiliation, mensonge et duperie pour S., suite à l'interpellation de son ami étranger qui voyageait en bus sans ticket en sa compagnie.

"J'étais dans le bus De Ljin avec un ami français qui venait passer la nuit chez moi.

Mon ami n'avait pas de titre de transport et moi je n'avais pas mon abonnement annuel sur moi. Les contrôleurs nous demandent de descendre du bus. Je reçois un formulaire pour mon éventuelle amende, et mon ami étant français, les contrôleurs décident de contacter la police. La police arrive et ils décident d'emmener mon ami au commissariat. À ce moment je me permets de demander à la policière : " Madame s'il vous plaît, dans quelle commissariat l'emmenez-vous ? " Elle me répond très nerveusement et en criant " Tu recules et tu ne parles pas !!!! " Moi j'essaie d'expliquer que mon ami vient de France, qu'il ne connaît pas mon domicile et qu'il n a pas de téléphone pour que je puisse le joindre… Je n'ai même pas eu le temps de dire oui que le policier me saute dessus, me prend par la gorge et m'étrangle contre la paroi vitrée, dans un premier temps avec ses main puis avec sa matraque, puis se met à crier : " Assis-toi, Assis-toi ! ", mais de la manière dont il me tenait, impossible de m'asseoir. Les 2 agents de sécurité de la compagnie de bus s'en sont mêlés et me bousculent, me traînent vers le banc. Une fois assis, je ne lève plus la tête, les policiers retournent vers mon ami et un policier me donne un coup de matraque et m'ouvre l'arcade sourcilière. Je saigne tellement qu'ils décident de me menotter et de m'emmener à l'hôpital.

 

Je pensais que c'était la fin de mon cauchemar mais non !!!!!!! Ils m'ont soulevé par les menottes vers le haut jusqu'à ce que je tombe sur le genoux puis m'ont demandé de me relever. Ils ont fait ça 4 fois de suite, je n'en pouvais plus. Ils rigolaient et se moquaient de moi en me disant que je n'étais qu' " Un voleur, comme tous les Arabes ". Je criais à l'hôpital, je demandais de l'aide mais rien, personne ne réagissait. La secrétaire médicale a vu comme ils m'ont traité, mais elle n'a pas réagi. Ensuite ils m'ont emmené en cellule.

 

Au moment de mon audition j'explique tout cela au policier qui prend ma déposition, mais il n'écrit pas tout ce que je dis. Moi, le voyant tellement gentil que lorsque je me suis mis à lire mon audition il me dit " Ça fait 10 ans que je fais ce travail, je ne vais pas t'arnaquer ", moi confiant, je signe mais malheureusement il n'a pas vraiment noté tout ce dont je lui avais parlé."

 

C. : "Je souhaite vous faire part de mon témoignage car je pense que la police a manqué de professionnalisme et a perdu le contrôle"

En juin 2012, le Parti populaire, suivi par le mouvement Nation, avait organisé une manifestation contre le fascisme islamiste. La JOC et les jeunes FGTB avaient organisé une contre-manifestation pour dénoncer tous les fascismes. Les policiers avaient violemment interpellé des jeunes dans la station de métro Trône à Bruxelles. C. était parmi eux...

"Nous avons d’abord déambulé pacifiquement dans les rues de Bruxelles lors de ce rassemblement qui se voulait une manière de réprouver la venue du fascisme et de l’extrême droite dans la Capitale. La police en vélomoteur nous guidait le long du parcours et la matinée était plutôt conviviale. Tout se passait bien jusqu’à ce que la police, voulant sans doute nous empêcher de rejoindre le groupuscule fasciste, nous immobilisa dans la rue Montoyer en bloquant les accès de la rue par des auto-pompes et des véhicules d’intervention.

 

Ceci nous a coincés dans cette artère vide et certains d’entre nous, dont mon amie et moi, avons décidé de prendre le métro (station Trône de la rue Montoyer) afin de rentrer chez nous puisque notre marche s’arrêtait inopinément là. Nous sommes descendus à notre aise dans le métro et nous avons attendu sur le quai qu’un métro arrive. Aussitôt le métro arrivé, les portes de celui-ci sont restées définitivement fermées et quelle ne fut pas notre surprise qu’à cet instant, deux cohortes de policiers (casqués, matraque à la main et bouclier) ont lancé l’assaut sur nous qui étions sur le quai. Les hordes de policiers sont venues des deux côtés du quai, nous empêchant de nous échapper tant l’allure était violente et laissait présager un désastre pour les manifestants impuissants et médusés.

 

La police a chargé au travers des personnes stagnant sur le quai, ne faisant plus la différence entre les voyageurs qui attendaient le métro et les jeunes manifestants syndicalistes. Il n’y a eu aucune mise en demeure, chaque policier s’emparait d’un jeune et le matraquait sans discuter ni même demander des papiers d’identité. Certains ont eu la vie sauve car nous avons fait semblant d’être des voyageurs qui attendaient le métro. La police chargeait ensuite faisant le tri entre les personnes du quai : tout ce qui ressemblait à un jeune avec un sweat-shirt et un jean était tabassé sans ménagement. La jeune fille qui m’accompagnait a été traînée sur le côté, frappée à plusieurs reprises et comme si cela ne suffisait pas, le policier qui s’occupait d’elle, a arraché les fils de frein de son vélo et à saccagé celui-ci devant mes yeux médusés. Ils ont perdu tout contrôle et frappaient au visage des jeunes sans défense, c’était un spectacle horrible et nous étions impuissants car j’ai voulu à quelques reprises secourir ces jeunes, qui avaient l’âge de mes enfants, et à chaque fois j’ai été bousculée par la police qui me hurlait dessus. Finalement, j’ai réussi à mettre fin aux coups en appelant des journalistes munis de caméras qui ont accouru pour filmer ces scènes apocalyptiques. Aussitôt, la police a cessé les coups et à menotté les jeunes. Je suis profondément choquée par ce qui est arrivé, et je m’en suis sortie sans coup uniquement parce que je suis sans doute moins stigmatisée que les jeunes, étant une femme de XX ans, avec une apparence plus « traditionnelle ou conventionnelle » que certains jeunes.

 

Je souhaite vous faire part de mon témoignage car je pense que la police a manqué de professionnalisme et a perdu le contrôle. Les scènes de violence étaient épouvantables, d’autant plus épouvantables que la violence s’adressait à des jeunes filles et jeunes garçons sans arme, sans défense et non menaçants. Les caméras de la station de métro attesteront de mes observations."

Voir cette vidéo montée à partir des images d'équipes TV, et cette vidéo tournée par un témoin qui attendait sur l'autre quai.

 

M. : "Ensuite, tout me parait un peu vague tellement j'étais choqué"

M. raconte son interpellation musclée en mars 2013 à Bruxelles. La soirée avait pourtant bien débuté…

 

"On avait passé une excellente soirée ma femme et moi, petite sortie resto et karting. On rentrait vers la maison lorsqu'on a entendu une sirène et on a vu des gyrophares bleus. Je me suis arrêté à droite pour les laisser passer, et là, un inspecteur en civil sort du véhicule banalisé arme au poing dans ma direction, braquée sur moi et me criant de couper le moteur. J'ai immédiatement obtempéré, déposé mes mains sur le tableau de bord. Et là cet inspecteur m'a agrippé à la gorge d'une main en me serrant la carotide tout en continuant à me braquer avec son arme.

Ensuite, tout me parait un peu vague tellement j'étais choqué.

Le même inspecteur a commencé à s'en prendre verbalement à mon épouse qui lui demandait de me lâcher et de se calmer, qu'il n'avait pas le droit de me toucher et de me brutaliser. "Toi, tu fermes ta gueule", a été sa seule réponse. Il m'a alors dit : "T'as vu comment tu roules ? Tu roules comme un fou". A ce moment là, une inspectrice est venue et l'a écarté de ma voiture, en reculant il a encore dit à propos de mon épouse qui demandait seulement si c'était normal un tel comportement de la part de policiers, qu'elle la ferme ou bien… L'inspectrice m'a demandé de présenter les documents du véhicule ainsi que ma carte d'identité et celle de mon épouse. J'ai redemandé la raison de cette interpellation, à cela on m'a répondu que je roulais comme un maft, autrement dit comme un fou. Ce que je conteste et là-dessus on me dit qu'en fait c'est un simple contrôle de routine.

J'estime que pour un simple contrôle de routine, la méthode était plutôt musclée. On nous a également signalé, pour justifier ce contrôle, que c'était aussi à cause du type de voiture que je conduisais, une F., modèle très prisé par les voleurs, un véhicule de plus de 15 ans !

L'inspectrice nous a remis nos papiers, en nous invitant à dégager. Quand ma femme a répondu qu'on allait porter plainte, on nous a dit de surveiller notre boite aux lettres dans les jours qui viennent, qu'on aurait un petit cadeau. Nous n'avons jamais été ni impolis, ni grossiers ou outrageants vis-à-vis des inspecteurs. On a obtempéré à la moindre injonction qui nous a été faite, du début à la fin."

 

S. : "Je me suis fait tirer dessus par un policier qui jouait avec son arme de service"

S. et son compagnon racontent leur incroyable mésaventure. Où l'on voit que la hiérarchie policière reconnaît le comportement inadapté ou illégal, mais se montre particulièrement clémente dans la sanction…

 

"Mai 2011, en début de soirée. Mon compagnon était en train de pêcher et moi je l'accompagnais. Nous étions dans un champ quand c'est arrivé. Dans un premier temps, nous avons entendu des coups de feu au loin. mon compagnon X. est aussi chasseur et nous savons que la chasse n'est plus autorisée à cette période de l'année. X. pensait dans un premier temps que quelqu'un tirait sur des ramiers. Mais vu que les coups de feu étaient loin de nous, on a continué à avancer.

 

Quelques minutes plus tard, je me souviens d'avoir entendu un coup de feu et un sifflement passé près de moi. J'ai vu la balle traverser le buisson à deux mètres de moi. Très vite, il y a encore eu deux ou trois coups de feu. Les balles étaient encore près de nous, mais je serais incapable de dire où elles ont atterri. Pris de panique, X. et moi avons commencé à courir vers la voiture. Au moment où on a commencé à courir, d'autres coups de feu ont suivi très rapidement.

 

Nous n'avons pas été touchés, mais nous étions pris de panique. X. a directement téléphoné à son père et en repartant, nous avons croisé 4 jeunes hommes. L’un des quatre est policier. Il a dans un premier temps nié toute l'histoire. Mais, un de ses copains à avoué.

 

Par la suite, les policiers sont venus, dont une connaissance du policier qui nous a tiré dessus. Le jeune policier est reparti avec ses copains au commissariat pour leurs dépositions. X. et moi avons été entendus sur place. Le policier qui m'a entendue a minimisé la situation. D'après lui, il ne l'a pas fait exprès et le principal c'est que nous soyons ressortis indemnes de cette mésaventure. Nous avons porté plainte, et nous avons même été entendus par la Procureure du Roi de M., qui nous a pris pour des imbéciles. Elle ne comprenait pas pourquoi on maintenait notre plainte alors qu'on était pas touchés.

 

Cependant, il faut savoir, que le policier a été transféré à Z. , à 10 km de M.. Et il a eu une réduction de salaire pendant deux mois. Mais, à l'heure actuelle il travaille toujours avec son arme de service. Le policier a également provoqué X. à plusieurs reprises dans une soirée. C'est également pour ça que nous continuons notre plainte car il n'a pas le moindre remord.

 

L'affaire est toujours en cours et nous avons été entendus une deuxième fois par un membre du Comité P de Bruxelles car la police de M. n'a fait que le strict minimum pour l'enquête. Cela fait presque un an que j'ai été entendue par le Comité P et personne ne veut me donner des nouvelles. Les copains du jeune policer sont considérés comme témoins. Alors qu'ils se sont peut être amusés avec l'arme également. Le policier n’était pas en service ce jour-là. Il a prétendu que la veille, il avait été épuisé par sa garde et qu'il avait oublié de ramener l'arme au commissariat.

 

Je n'ai pas été agressée physiquement, mais j'ai eu l'impression à chaque instant qu'on nous prenait pour des fous. Nous sommes scandalisés que certains policiers, et la Procureure du Roi de M. minimisent la situation car nous n'avons reçu aucune balle. Il est vrai, nous n'avons pas été touchés, mais si ça avait été le cas, que se serait-il passé ? Les conséquences auraient pu être différentes, mais les faits eux restent les mêmes. Un flic qui appelle ses copains pour aller jouer au pistolet. Sauf que ce n'était pas du plastique. Et que des douilles ont été retrouvées sur le chemin de terre en face du champ où nous étions. Ils disent ne pas nous avoir vu. Mais nous ne le saurons jamais car le flic et ses copains sont allés ensemble au commissariat et ils ont certainement discuté de ce qu'il ne fallait pas dire. Cela restera un mystère jusqu'au bout. Ce que je comprends dans cette histoire, c'est que les loups ne se mangent pas entre eux."

 

T. : "Ce site sera pour moi la seule réparation à toutes les souffrances après ce traitement barbare."

En avril 1997, T. interpellée pour un banal contrôle d’alcoolémie à Bruxelles, est loin de s'attendre au traitement qui va lui être infligé. Et qu'elle revit encore, jour après jour, depuis ce cauchemar...

"J’ai été amenée au commissariat après un accident de voiture, pour un contrôle d'alcoolémie. Le policier me demande de souffler dans l’alcootest et, en s’ accroupissant en face de moi à mes genoux, il me donne l'appareil et me met ses deux main sur les genoux comme pour les écarter. J'ai pris peur et n'ai pas soufflé dans l'appareil. Il m’emmène alors dans un bureau et me fait asseoir sur une chaise à roulettes. Quelqu'un est arrivé derrière moi et a retiré la chaise sur laquelle j'étais assise. Je tombe violemment à terre et mon genou a littéralement explosé. Les policiers me relèvent et me font rasseoir sur la chaise. Il m'ont gardée dans ce bureau la jambe pendante et dans d'atroces souffrance, il m'ont sommée pendant des heures de signer une déclaration comme quoi je refusais l'alcootest. Quand ils ont vu mon pantalon se distendre à cause du gonflement de mon genou, ils ont appelé le médecin, pas pour mon genou, mais pour faire constater que je refusais et l’alcootest et la prise de sang. Je n'étais à ce moment plus en mesure de décider ou pas, la seule chose que je pouvais faire c'était les supplier d'appeler une ambulance. Le médecin, qui m'avait demandé si j'acceptais ou pas de faire une prise de sang pour l'alcool, a discrètement dit à l'un des policiers qu'il redoutait effectivement un problème au genou : à ce moment-là toute ma jambe avait enflé…

8 heures après être arrivée au bureau de police, ils ont enfin appelé une ambulance. Pour moi l’enfer n’était pas fini. Diagnostic : fracture du genou avec arrachement osseux.

 

Ma plainte à la gendarmerie n'est jamais arrivée au Comité P car elle n'a jamais été transmise par la gendarmerie. Il m'a fallu 1 an pour me remettre de cette violence, de la fracture, de la dépression et des multiples hospitalisations. Des années d'angoisse à l'idée de rencontrer les policiers qui m’ont fait vivre un enfer… Aujourd’hui, 16 ans après, j’y pense tous les jours que Dieu fait en me disant que j’ai eu de la chance de ne pas avoir été violée ou plus encore. L’histoire de Jonathan Jacobs m’a bouleversée. j’ai pour lui et ses parent une pensée et je prie pour que plus jamais ça n'arrive à personne. Merci pour ce site, ce sera pour moi la seule réparation à toutes les souffrances que j'ai vécues à cause de ce que j’appelle encore aujourd'hui un traitement barbare."

G. : "J'ai longtemps pensé à aller porter plainte, mais il faut dire que le commissariat du quartier n'a pas bonne réputation…"

En août 2012, G. fait une mauvaise rencontre en rentrant chez lui. Dans son quartier, poser des questions aux policiers qui vous interpellent peut s'avérer risqué…

 

"Rentrant, j'en ai profité pour faire un détour par une épicerie pour faire un raccourci, je passe par la rue D. Je suis presque arrivé au parc qui longe cette rue quand une patrouille de police fait hurler ses sirènes, me demande de m'arrêter et de lâcher ce que j'ai en main. Je m’exécute immédiatement quand un premier policier m'attrape violemment le bras et me tire en arrière pour me plaquer contre la façade d'une maison. Le second (ils étaient 3) me demande ma carte d'identité, en la cherchant dans ma poche et les sentant assez tendus je leur demande leurs matricules. Et c'est la que tout s'envenime : sans rien comprendre j'ai reçu un coup dans le genou droit (peut-être avec une matraque) et je me suis effondré sur le trottoir la bouche la première. Je suis resté au sol et ils sont repartis, en s'en allant je les ai entendus dire : "De toutes façons, il ne correspondait pas"".

"N'habitant pas loin, je suis vite rentré chez moi me soigner. J'ai longtemps pensé à aller porter plainte, mais il faut dire que le commissariat du quartier (D.) n'a pas bonne réputation, donc je me suis résigné a ne pas déposer plainte…"

 

G. : "Je demande les noms des agents qui m'ont agressé, mais pour toute réponse, on me rend mes affaires et on me jette dehors."

G. a accepté que nous publiions le récit de ses déboires. La scène se passe en avril 2007 à C., après une altercation avec un contrôleur SNCB…

 

"Lors de mes trajets M.-C. (pour aller au travail) un contrôleur de la SNCB m'a pris en grippe. Après avoir signé dans un contrat de travail, j'ai du prendre le train la première semaine sans avoir d'argent pour le payer : je commençais en intérim, il me fallait une semaine avant d'avoir de quoi payer mon titre de transport. Durant cette semaine, j'ai donc pris le train en prenant soin d'avertir chaque jour le contrôleur de ma situation. En milieu de semaine, je tombe sur le contrôleur L., qui n'a pas du apprécier que je le dérange pour demander un ticket sans argent, car il s'est mis à me critiquer ouvertement devant tous les autres passagers en me disant que quand on a pas d'argent pour acheter du pain, on ne mange pas, et qu'il en était de même pour le train."

"Révolté par l'attitude de ce contrôleur, j'ai remarqué qu'il n'avait pas contrôlé les billet de train durant le trajet, il s'était plutôt assis en charmante compagnie pour discuter durant le service. Au moment de descendre à M., je lui ai signalé que la prochaine fois que je le verrai, je ne prendrai plus la peine de lui annoncer ma situation puisqu'il semblait qu'il ne travaillait pas durant son service, j'aurai donc très bien pu faire l'économie du billet de train et de l'amende administrative."

"La semaine suivante, je touche mon premier salaire intérimaire, je paye mes dettes à la SNCB et j'ai la possibilité de m'acheter mes propres billet de train. Il faut savoir que je bossais à G., en plus du train, je devais prendre un bus pour me rendre sur mon lieu de travail. En revenant le soir, il arrivait souvent que je ne puisse prendre mon billet à la gare faute de temps, je prenais alors soin d'avertir le contrôleur non plus pour signaler mon impossibilité de payer, mais bien pour signaler que je prendrai mon ticket durant le trajet. Tout s'est bien passé durant quelques semaines, jusqu'au jour où je tombe pour la seconde fois sur ce contrôleur. Je l'avertis de ma situation mais il refuse de me laisser monter dans le train, je reste pantois quant à sa réaction, lui de son coté ricane. Je prend le train suivant pour me rendre sur mon lieu de travail où j'arrive en retard."

"Quelques jours plus tard de nouveau, sur le chemin du retour, en voulant signaler que je vais payer mon billet dans le train, je me rend compte que c'est de nouveau L. qui contrôle. De nouveau celui-ci me refuse le droit de prendre mon ticket, malgré le fait que je lui montre que j'ai de l'argent pour payer, je lui montre aussi les tickets de la semaine pris de la même manière qu'aujourd'hui, mais rien n'y fait, il me demande de descendre du train. J'explose de colère, je refuse et m'assieds fermement en refusant de quitter le train. Le contrôleur fait de l'excès de zèle : il appelle d'abord le chef de gare qui en comprend pas la réaction de ce contrôleur; après avoir essayé de lui faire entendre raison, le chef de gare me regarde d'un air gêné et m'explique que le contrôleur est allé chercher la police des chemins de fer."

"Trois policiers arrivent, j'essaye d'expliquer la situation mais je n'ai pas droit à la parole : au lieu de m'écouter les policiers me demandent de sortir du train. Je refuse en expliquant que c'était la troisième fois que cet homme me prenait en grippe et que je refusais de descendre, que j'avais de quoi payer et que ce n'était pas normal de subir cela. L'un des policiers me demande de me calmer, je lui explique que c'est difficile de revenir au calme face à un contrôleur obstiné. Le policier m'explique que si je continue comme cela, il va me menotter. Je lui réponds que si cela lui fait plaisir, il peut le faire. 10 secondes plus tard, j'étais évacué du train, les main menottées derrière le dos."

 

"Je suis entouré de 4 policiers, j’enrage, énervé mais pas violent pour un sou, la seule chose que je veux, c'est être entendu réellement. On me fait rentrer dans le poste situé dans l'enceinte de la gare, direction le bureau. Les policiers changent alors de ton : sans aucune raison, je suis plaqué au mur par deux policiers, un troisième en rentrant dans le bureau me lance sa main au visage en me disant qu'il allait bien s'amuser avec moi. Je ne comprend plus rien, je sens une main sur ma gorge qui me coupe la respiration, je demande pourquoi, je n'ai à aucun moment fait preuve de violence ni d'agressivité, mais rien n'y fait. Au bout de quelques secondes, celui qui doit être le supérieur du poste envoie deux des policiers m'ayant violenté dans leur bureau, j'ai enfin le temps de m'exprimer. En regroupant les faits, les policiers se rendent compte que mon histoire tient la route. J'ai de l'argent, j'ai les tickets de train de la semaine pris de la même manière qu'aujourd'hui, mes raisons pour prendre mon ticket dans le train sont tout à fait valable. Quand je leur demande de prendre contact avec le chef de gare pour qu'il confirme que lui-même n'a pas compris la réaction de ce contrôleur, le ton des policiers change. Après 45 minutes les choses commencent enfin à se débloquer. Au moment ou les policiers comprennent que je suis la victime, sans plus attendre ils mettent fin à l'audition. Motif invoqué, ils sont appelés en renfort sur une autre affaire (je n'ai entendu aucun appel, aucune demande, ils essayent en fait de se débarrasser de moi). Je demande le noms des agents qui m'ont agressés, mais pour toute réponse, on me rend mes affaires et on me jette dehors."

 

"Révolté, j'ai d'abord tenté de porter plainte au bureau de police officiel de C.. On n'a pas voulu prendre ma plainte, l'agent d'accueil m'a timidement indiqué le comité P en soutien. Je ne voulais pas en rester là, j'ai déposé plainte contre ce contrôleur au bureau de police des chemin de fer de M., les policiers ont pris le temps de regrouper les informations et le chef de gare impuissant a confirmé que c'était bien le contrôleur L. qui avait bien pété un plomb. Le soir, j'étais de nouveau au bureau de la police des chemins de fer de C. pour rencontrer le chef de ces policiers. Cette personne n'a pas voulu prendre de plainte, j'ai quand même eu la possibilité de rencontrer le chef de l'unité qui m'a intercepté, celui-ci s'est excusé pour son attitude, mais à aucun moment je n'ai pu obtenir les noms des agents qui m'ont violenté."

 

"J'ai voulu prendre le temps de raconter mon expérience, car j'ai entendu ce matin Monsieur V. G., enquêteur, s'indigner de l'existence d'un site comme ObsPol. Je voulais juste qu'il sache que si la hiérarchie ne cherchait pas à cacher sans cesse les débordements de ses troupes, nous n'aurions peut-être pas le sentiment d'être obligés de venir raconter notre expérience. J'ai à tout moment de ma vie respecté l'uniforme ainsi que ceux qui mettent leur vie au service de la population, mais les agents à qui j'ai eu à faire ce jour n'avaient de policier que l'uniforme. Habillés en treillis et combat shoes, j'aurai pu les apparenter à n'importe quel groupuscule nazi."

 

R. : "Rien ne peut excuser cette agression de la part des forces de l’ordre"

Et comme si cela ne suffisait pas, huit mois plus tard, un autre dérapage impressionnant se déroule en Belgique. Le samedi 7 mai, R. se rend à un festival en soutien aux étrangers détenus dans un centre fermé. Alors qu'il arrive à proximité du centre devant lequel le festival se déroule, ce jeune fait l’objet d’un contrôle d’identité qui va déraper de manière incompréhensible.


R. ne comprend pas le néerlandais et le policier ne s’adresse pas à lui en français. Il s’en suit une remarque désobligeante de la part du festivalier. R. aurait demandé, non sans humour, s’il pouvait avoir des sous-titres. Les deux policiers se mettent alors à discuter en néerlandais. L’un deux répond « ja ja » calmement. Puis soudainement, survient une inattendue explosion de violence envers le jeune homme. G., qui a assisté à toute la scène nous l’a décrite : « C’était d’une violence terrible, le premier coup semblait prévu pour tuer ou briser ! J’ai cru qu'il allait lui casser la tête tant il lui donnait de coups… Le sang a véritablement giclé… Pourtant, à aucun moment le jeune homme ne s’est montré menaçant, il demandait plutôt grâce ! Ensuite, alors qu'il était ensanglanté, effondré à terre, les policiers ne lui ont apporté aucun soin ! Au contraire, celui qui l’avait frappé s’est encore assis sur lui pour le menotter…


Le jeune homme hurlait, le policier lui a alors gueulé de se calmer, alors qu'il venait de lui arracher un bout de lèvre, ou de joue, qui pendait de la mâchoire… C’était effroyable ! ». L’autre policier,  présent et actif sur les lieux, n’a pas pris la peine de retenir son collègue. Il est resté posément sur le côté, à assister tranquillement à ce déchaînement de violence.
La victime s’est vu poser une vingtaine de points de suture, avant qu'un scanner ne révèle de multiples fractures aux mâchoires et la perte de plusieurs dents, nécessitant une opération immédiate. Son immobilisation et sa rééducation vont durer plusieurs mois. Personne ne peut dire dans combien de temps il pourra, simplement, se remettre à manger et à parler comme avant. Le témoignage de R. peut être visionné ci-dessous.
Rien ne peut excuser cette agression de la part des forces de l’ordre. Tout policier qui cède à la colère pour des mots qu'on aurait pu lui proférer ne possède pas une maîtrise suffisante de soi pour assurer l’ordre public. Une telle responsabilité est au-delà de ses capacités.

G. : "Je n e fais que pleurer"

Racontez moi depuis combien de temps vous êtes dans les centres fermés

– Depuis le […][2011]

Vous êtes arrivé en Belgique à ce moment là ?

– Oui, je suis arrivé à l’aéroport et j’ai demandé l’asile. On m’a amené dans le centre […]. J’y suis resté environ […] semaines. Puis on m’a donné une réponse négative. Ils ont prévu un jour de départ pour moi, c’était le […]. Je suis allé à l’aéroport mais j’ai refusé d’être rapatrié. Alors on m’a envoyé dans le centre de B. où je suis resté 1 mois. Puis ils ont prévu une nouvelle expulsion. C’était le […]. Quand je suis arrivé à l’aéroport, je leur ai expliqué que j’avais invoqué des éléments nouveaux, que mon avocat avait envoyé ça chez l’assistante sociale, mais qu'elle ne les avait pas envoyé à l’office. Comment pouvaient-ils me rapatrier dans ces conditions ?

Ils m’ont dit que ce n’était pas leur problème, que c’était la décision de l’office et qu'il fallait que je parte. Comme ils voulaient me rapatrier, un policier m’a frappé, je suis tombé par terre. Ils m’ont attaché les pieds. Ils voulaient aussi m’attacher les mains, mais comme j’ai résisté, un policier m’a donné un coup de pied dans la nuque. Ma tête a cogné le bitume et ça m’a cassé deux dents.
Ils ont dit : “Puisque c’est comme ça, on va appeler le docteur de l’aéroport, il va te faire une piqûre, tu ne vas plus rien comprendre et on va t’emmener comme ça.” Quand le docteur est arrivé, j’ai refusé la piqûre car j’avais entendu ce que les sold… euh, les policiers avaient dit. Donc le docteur ne m’a pas fait la piqûre et m’a dit de rester calme, que la voiture du centre allait venir me chercher. Je suis retourné au centre de B. C’était le week-end, il n’y avait pas de docteur, donc je suis resté comme ça en train de saigner.
Le lendemain, le docteur m’a seulement donné un médicament et fait une attestation médicale. On m’a mis dans une cellule séparée du groupe parce que j’avais les dents cassées et le mardi, ils m’ont changé de centre. Maintenant je suis ici au centre fermé.

Et vous venez de quel pays ?

– Je suis d’origine c., mais j’ai pris l’avion en A.

Et ils ont voulu vous renvoyer en A. ?

 –Oui

Et vous avez fait constater ces blessures par le médecin ?

– Oui, il a constaté, il a fait une attestation.

Et maintenant, vous attendez des suites à tout ça ? Vous allez encore être expulsé ?

– Mon avocat a demandé une liberté provisoire à cause de ma santé. Vu comme je souffre, je ne peux pas rester dans un centre fermé. Le tribunal a accepté la mise en liberté, mais les gens de l’office des étrangers ont fait appel. Je ne sais pas, il faut que je reste ici, dans ce lieu de détention.

Et comment ça se passe dans le centre ?

– Pour moi c’est vraiment très difficile parce que je suis souffrant, je n’arrive pas à dormir. Pendant la journée ça va encore, mais pendant la nuit, ma tête chauffe, ça bat très fort. Et puis là où les dents entrent dans la chair, ça me fait tellement mal !

Et on ne vous a pas fait des radios ?

– Non. Les médecins ont juste constaté.

Et vous recevez des médicaments ?

– Ils me donnent seulement des médicaments pour les maux de tête et des médicaments pour dormir. Mais je n’arrive pas à dormir. Je ne fais que pleurer.

 

Source: https://www.obspol.be/temoignages.php