Un gouvernement antisémite

L’Etat d’Israël est considéré par l’Union Européenne comme un Etat européen; en ce sens il s’agit pour l’UE, moins de soutenir un Etat étranger que de soutenir une partie d’elle-même. La question est alors moins celle des Juifs que celle du soutien au bastion européen mis en place en terre barbare. La prétendue lutte contre l’antisémitisme devient ainsi une affaire de géopolitique.

Il y a deux formes d’antisémitisme, le premier, classique, consiste à considérer les Juifs comme une race malfaisante dont il faut se préserver, voire qu’il faut éliminer. Le second, plus sournois, consiste, au contraire, à parer les Juifs de toutes les qualités, une façon de contrer la première forme pourrait-on dire.

Cependant ces deux formes ont un point commun, elles mettent un groupe humain à part en invoquant une essence juive, malfaisante ou bienfaisante, une essence particulière comme si les Juifs avaient une place particulière dans l’espèce humaine. C’est en cela que ces deux formes d’antisémitisme relèvent du racisme.

Il est vrai que la seconde forme, qu’on peut appeler le « philosémitisme », se présente souvent comme une façon de s’opposer à l’antisémitisme, de réparer « les crimes de nos pères » comme l’exprimait dans une conférence un quelconque philosémite. C’est au nom de cette prétendue réparation que l’on soutient le sionisme et l’Etat d’Israël et qu’on joue sur l’amalgame « antisionisme = antisémitisme ». Et cela est d’autant plus facile que l’Europe a fait payer ses crimes contre les Juifs, qu’il est trop facile de réduire au seul génocide perpétré par les nazis, par une population non européenne, étrangère aux crimes commis par l’Europe, les Arabes de Palestine. Il devient alors facile, après avoir renvoyé l’antisémitisme européen au seul nazisme, de chercher dans le refus des Palestiniens de payer les crimes de l’Europe une forme d’antisémitisme, voire de considérer les Palestiniens et plus généralement les Arabes comme les héritiers du nazisme.

C’est cette recherche de bonne conscience qui a conduit les Européens à soutenir le mouvement sioniste et la création de l’Etat d’Israël, indépendamment de considérations géopolitiques moins nobles comme, par exemple, la déclaration Balfour. C’est cette recherche de bonne conscience qui conduit à soutenir les agissements d’Israël comme on le voit aujourd’hui dans la position du gouvernement français, gouvernement socialiste qui reprend l’héritage de Guy Mollet, celui de la guerre de 1956 qui a joué à la fois le rôle de défenseur d’Israël contre l’ennemi égyptien incarné par Nasser et le rôle de défenseur de l’impérialisme européen contre le même Nasser, lequel a osé nationaliser du canal de Suez. Guy Mollet mêlait ainsi bonne conscience « philosémite » et défense des intérêts impérialistes européens.

En ce qui concerne la dernière agression contre Gaza, la position des autorités françaises est claire. Dès le début de l’agression israélienne, François Hollande, en tant que président de la République, téléphone son soutien au premier ministre israélien, puis se sent obligé de faire quelque peu marche arrière devant les réticences de quelques députés socialistes, mais cette marche arrière ne change pas grand’chose à la position de François Hollande et de son gouvernement. Un problème se pose pour les philosémites de l’exécutif français, comment juguler les manifestations de soutien à la Palestine qui se développent dans toute la France. On sait qu’il y a des antisémites qui vont participer à des manifestations, reste alors à les mettre en avant de façon à casser l’image du mouvement de soutien. On laissera ainsi, lors de la manifestation parisienne du 13 juillet dernier, la LDJ (Ligue de Défense Juive) monter une provocation et amener quelques manifestants devant une synagogue, ce qui permettra de proclamer que les manifestants veulent « casser du Juif ». La police, dont la tâche est en principe de maintenir l’ordre, laissera faire la LDJ qui pourra attaquer des manifestants ; le désordre sera alors présenté comme la volonté des manifestant d’attaquer la synagogue. Devant la confusion ainsi créée, on pourra mettre en avant le caractère antisémite de la manifestation, ajoutant que celle-ci est menée par des Islamistes (un mot à tout dire) auxquels seraient soumis les organisateurs. Cela permettra ensuite d’interdire les manifestations parisiennes au nom de la défense de l’ordre public, ce qui conduira à des manifestations violentes, accompagnées à Sarcelles d’exactions antijuives, ce qu’attendait le gouvernement, pour expliquer que les manifestations sont antisémites et qu’elles portent atteinte à l’ordre républicain.

L’objectif est clair. Il faut que les manifestations de soutien à Gaza apparaissent comme des manifestations islamistes et antisémites. Cela pourra déconsidérer le mouvement et assurer au gouvernement israélien que la France le soutient. On comprend ainsi le rôle des beaux discours contre l’antisémitisme tenu par le président de la République et le premier ministre ; ainsi cet odieux discours prononcé par le premier ministre lors de la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv » qui mêle ainsi l’opération policière menée par le gouvernement de Vichy et les manifestations de soutien à la Palestine.

Contre cette politique gouvernementale, une idée quelque peu simpliste est de renvoyer à quelque soumission des politiques au CRIF. Une telle idée est une double erreur. D’une part elle donne à cette officine sioniste qu’est devenu le CRIF plus de puissance qu’il n’en a, d’autre part elle oublie le fait que si certains politiques soutiennent Israël, c’est un choix qu’ils ont fait, que ce soit pour des raisons de culpabilité européenne comme cela a été dit ci-dessus ou que ce soit pour des raisons géopolitiques, l’Etat d’Israël apparaissant à leurs yeux comme une partie de l’Europe, ses deux aspects s’entremêlant. En ce sens, ils rejoignent la position de Herzl qui présentait un Etat juif en Palestine comme un bastion contre la barbarie. Si on peut considérer la phrase de Herzl comme un argument opportuniste pour appeler les puissances de l’époque (essentiellement l’Allemagne et la Grande Bretagne) à soutenir le projet sioniste, on peut considérer que, la géopolitique aidant, c’est l’un des points forts qui reste du sionisme originel.
L’Etat d’Israël est considéré par l’Union Européenne comme un Etat européen ; en ce sens il s’agit pour l’UE, moins de soutenir un Etat étranger que de soutenir une partie d’elle-même. La question est alors moins celle des Juifs que celle du soutien au bastion européen mis en place en terre barbare. La prétendue lutte contre l’antisémitisme devient ainsi une affaire de géopolitique.

On retrouve ici la connivence entre le CRIF, cette institution née de la Résistance juive contre le nazisme et transformée, depuis les années quatre-vingts du siècle dernier, en officine sioniste, et un certain nombre de politiques de toutes obédiences. C’est cette connivence qui donne au CRIF son image de représentant des Juifs de France, moins parce qu’il est représentatif des Juifs de France que par le fait que nombre de personnalités politiques, intellectuelles et médiatiques le considèrent come représentatif des Juifs de France. Ainsi l’empressement de ces personnalités à assister au banquet annuel du CRIF où l’on communie dans la lutte contre l’antisémitisme et le soutien à l’Etat d’Israël, ou pour dire les choses plus crument, on se sert de la lutte contre l’antisémitisme pour mieux affirmer son soutien à l’Etat d’Israël. Ainsi se fabrique, en France, cette forme d’antisémitisme qu’est le philosémitisme. On peut alors noter que ce sont ceux qui affirment lutter contre le communautarisme qui communient ainsi chaque année dans l’un des plus importants rassemblements communautaristes de France.

Sans oublier que ce communautarisme juif ne peut que contribuer à développer l’antisémitisme de ceux qui voient dans cette connivence l’effet de l’influence juive via une organisation supposée représenter l’ensemble des Juifs de France.

C’est cette connivence entre une partie du monde politique français et une organisation communautaire devenue communautariste qui nous conduit à dénoncer un philosémitisme qui n’est qu’une forme sournoise d’antisémitisme. Quant au gouvernement actuel avec ses chefs Hollande et Valls, il apparaît ainsi l’un des meilleurs alliés de l’antisémitisme qu’il dénonce, à commencer par le soutien qu’il apporte à la politique israélienne.

Rudolf bkouche
UJFP / IJAN

Source: Investig’Action