« Travailleurs détachés, l’Union Européenne contre les travailleurs ! »

« Les « travailleurs détachés » sont de plus en plus nombreux en France. En Europe, ils seraient près de 1,5 millions. Leur nombre ne cesse d’augmenter : de près de 15 000 en France en 2002, ils sont passés à près de 350 000 en 2014 !

Nous nous souvenons tous du scandale sur le chantier du terminal méthanier EDF à Dunkerque. Sur près 1337 salariés, une majorité étaient Italiens, Portugais et Roumains. Sur le chantier, pas de CHSCT, pas de syndicats ; les travailleurs, soumis à la nécessité de gagner leur vie et d’envoyer de l’argent à leurs familles dans un contexte de grave crise économique du capitalisme, sont complètement aux mains de leurs employeurs. Ces derniers n’hésitent pas à leur faire effectuer des semaines de 50 heures, sans majoration des heures supplémentaires, avec, bien souvent, une ponction du coût de leur nourriture, sans parler des caravanes où ils sont entassés dans les multiples campings alentour.

Au cœur de notre pays, des travailleurs connaissent des conditions de travail digne de l’Inde ou de la Chine dans une UE qui feint de ne pas voir ce qu’elle a elle-même permise !

Mais que signifie donc ce terme de « détaché » ? Ce terme est apparu suite à une directive de l’Union européenne de 1996, directive dite de «détachement des salariés». Elle est le résultat logique du Traité de Maastricht, puis de la mise en place de l’espace Schengen visant la création d’un vaste espace de libre circulation des hommes et des marchandises au sein de l’Union européenne. En d’autres termes, il s’agissait de créer, au cœur de l’Europe, un espace de concurrence et de libre-échange, tant pour les capitaux que pour les travailleurs. Selon la directive de 1996, les travailleurs sont théoriquement soumis au droit du travail en vigueur dans le pays où ils sont détachés.
Ils doivent, en principe, toucher le salaire minimum quand il existe, mais leur employeur paye les cotisations sociales selon les critères du pays d’origine a priori plus favorables.

Au fil des ans, ce dispositif s’est répandu dans le BTP, l’agroalimentaire, l’industrie et plus généralement le travail temporaire. Par le recours à des agences d’intérim spécialisées, installées dans des pays où les cotisations sociales sont faibles sinon inexistantes, les donneurs d’ordres économisent beaucoup d’argent.

{{{À qui profite cette directive ?}}}

Évidemment pas aux travailleurs ! Sous couvert d’aider les populations subissant de plein fouet la crise dans leur pays en leur permettant d’aller se vendre ailleurs et de tenter de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles, l’Union Européenne et la grande bourgeoisie mettent en réalité en place un dispositif qui permet aux entreprises de contourner massivement les cotisations sociales, de créer des situations où des centaines de milliers de travailleurs, dépourvus de syndicats, d’inspection du travail, de droits en tant que travailleurs, sont complètement soumis au patronat et où le code du travail devient totalement secondaire.

Le deuxième profit, c’est évidemment celui de la mise en concurrence des travailleurs européens entre eux. Dans un contexte de crise capitaliste, de développement du chômage et de la misère sociale, l’Union européenne crée une arme de destruction massive en mettant directement en concurrence les travailleurs de France avec ceux des autres pays de l’UE. Comment alors s’étonner qu’un parti comme le Front National axe toute sa stratégie politique sur « l’ennemi étranger » qui viendrait voler le travail de « l’honnête travailleur français » ? Cette arme-là est essentielle dans les tentatives de la classe dirigeante de détruire et d’empêcher tout développement d’une conscience de classe, qui ne soit pas que nationale mais également européenne et qui remettrait en cause l’ordre économique établi (comprenons la domination de la bourgeoisie sur la classe des travailleurs).

{{{Une seule solution s’offre aux travailleurs d’Europe : celle de la lutte contre l’UE et le capitalisme !}}}

Il est vain et insuffisant d’affirmer que le combat pour obtenir une « meilleure directive » pour encadrer le détachement des travailleurs ou une «meilleure loi» pour réglementer le droit du travail permettrait d’éviter ces dérives. Tant que l’exploitation capitaliste et sa volonté de profit maximum elle-même n’aura pas été supprimée, le patronat ne cessera de mener la guerre de classe. La bourgeoisie ne cessera de jouer avec les frontières, délocalisera telle production dans un pays plus pauvre ou au contraire fera venir des travailleurs des quatre coins de la planète pour les exploiter ici en baissant les salaires de tous. C’est le propre du capitalisme depuis son émergence et ça le restera jusqu’à sa destruction.

Source: Investig’Action