Les Etats-Unis plus isolés que jamais en Amérique Latine

Du 9 au 11 avril s’est tenu à Panama le septième sommet des Amériques qui réuni les dirigeants du continent américain. Pour la première fois depuis sa création, la République de Cuba y a participé.
Parallèlement, les organisations sociales, indigènes, des droits de l’homme se sont retrouvés pour le sommet des Peuples. De nombreux thèmes y ont été traités tel que le blocus économique contre Cuba, le décret impérial du président Obama contre le Venezuela ou encore l’invasion dont le Panama a été victime en 1989 par les Etats-Unis.
Nous vous proposons ici l’interview d’Olmedo Beluche notamment journaliste, sociologue et professeur à l’université de Panama qui revient sur le rôle du sommet des Peuples et les nombreuses luttes et revendications qu’ils porte.

{{ {{{Tarik Bouafia : Tout d’abord, quel est l’objectif de la Sommet des Peuples? Qui y participe, quels sont ses objectifs, son impact et les thèmes qui ont été abordés lors de ce sommet à Panama?}}} }}

Olmedo Beluche : L’objectif de le Sommet des Peuples est d’aborder les thèmes qui ne sont pas au programme des sommets des chefs d’états et d’établir une série d’exigences envers les gouvernements.
Le Sommet des Peuples a pu compter sur la participation d’environ 3000 délégués, dont la moitié était des représentants de pays étrangers, provenant de presque tout le continent, mis à part le Canada et quelques îles des Antilles, et représentant toutes les mouvances sociales; c’est ainsi que s’est tenue avec succès le Sommet des Peuples, qui a siégé durant 3 jours dans le grand amphithéâtre de l’Université de Panama.

Quinze ateliers se sont penchés sur la majorité des thèmes qui préoccupent les peuples d’Amérique: la politique ingérente de l’impérialisme nord-américain dans la région, les politiques néolibérales et leurs conséquences contre le droit au travail digne et la liberté syndicale, le problème de la migration et le traitement humanitaire qu’il requiert, l’extractivisme et la catastrophe écologique qui en découle, les peuples indigènes et leurs droits, l’invasion nord-américaine à Panama le 20 décembre 1989 et l’exigence d’excuses de la part d’Obama envers les victimes, la discrimination des femmes et la question du genre, notamment.

{{ {{{Ce sommet a été marqué par deux événements importants: la participation historique de Cuba à le Sommet des Amériques, et le rejet du décret annoncé par président Obama contre le Venezuela. Sur ces thèmes, quelle fut la position soutenue par le Sommet des Peuples?}}} }}

Deux sujets ont pris une place importante lors des débats: d’un côté, le fait que Cuba, de son propre chef, et avec l’appui solidaire de l’Amérique Latine et des Caraïbes, sans faillir à ses principes et représentée par son président Raul Castro, participe pour la première fois en 50 ans à une réunion de la OEA. Cet événement a été salué par tous les délégués à le Sommet des Peuples, tout en rappelant que le blocus contre Cuba se poursuit et que nous exigeons une levée immédiate de celui-ci.
D’autre part, le Sommet des Peuples, de même que le 7ème sommet des chefs d’états américains, a coïncidé avec la décision d’Obama de déclarer le Venezuela “menace contre la sécurité nationale”. Décret que toutes personnes dignes, dont la majorité des gouvernements participants, ont condamné, tout comme 11 millions de sociétés qui se sont adressées aux Etats-Unis.

Cette “erreur” de politique extérieur d’Obama contre le Venezuela l’a bien évidemment isolé et a provoqué une fracture lors du sommet officiel, l’empêchant d’aboutir à une déclaration commune. Déclaration à laquelle est parvenue le Sommet des Peuples, ce dont nous nous félicitons.

{{ {{{Beaucoup d’organisation panaméennes ont profité de ce sommet pour demander que justice soit faite concernant l’invasion états-unienne de 1989. Pouvez-vous nous rappeler brièvement les événements et nous en dire un peu plus quant aux luttes de la société panaméenne pour la reconnaissance de ce massacre yankee?}}} }}

Commençons par rappeler que dans le cadre du sommet, le président Nicolas Madura s’était rendu au quartier d’El Chorrillo avec le Comité des Familles de victimes du 20 décembre 1989. Depuis le massacre qui a eu lieu il y a 25 ans, aucun président panaméen n’avait été à Chorrillo pour rendre hommage aux victimes des bombes nord-américaines.

En 1989, au prétexte de renverser le général Manuel A. Noriega, les Etats-unis ont envahi Panama entraînant au moins 500 morts identifiés, 100 disparus, 2000 blessés, laissant 20 000 personnes à la rue, particulièrement à Chorrillo, et entraînant une perte de 4000 millions de dollars pour l’économie panaméenne.
Lors de ce sommet, le Comité de Familles a exigé d’Obama qu’il exprime des excuses historiques pour ces crimes ainsi qu’une réparation économique pour les dommages matériels.

{{ {{{Beaucoup d’analystes mettent en évidence l’isolement grandissant des Etats-Unis en Amérique latine. D’après vous, qui connaissez bien la situation latino-américaine, à quoi peut-on attribuer cela? Et comment voyez-vous les relations entre les US et le continent latino-américain?}}} }}

Les Etats-Unis sont de plus en plus isolés parce que leur interventionnisme rampant et leur impérialisme économique sont de plus en plus évidents. Les peuples se sont dressés contre le modèle néolibéral qui nous a appauvris et contre les pseudo-démocraties oligarchiques, tous deux impulsés par la politique extérieure nord-américaine. Ceci a donné lieu à l’émergence de gouvernements indépendants de la tutelle yankee, comme celui de l’ALBA, et quelques autres progressistes qui sont en forte contradiction avec Washington et qui sortent également du cadre imposé par le nord.

Si les processus de mobilisation de masses se poursuivent, la tendance politique en faveur de la gauche sera de plus en plus grande. Si, comme le prétendent les Etats-Unis, des coups d’états permettant d’installer la droite au pouvoir ont lieu, dans la force ou de manière plus subtile, la soumission aux dictats de l’empire règnera de nouveau.

{{ {{{Pour terminer, quel est le bilan du Sommet des Peuples, qui existe maintenant depuis 10 ans? Quels objectifs ont été atteints et quels sont les défis à venir, les espoirs pour le futur?}}} }}

Le Sommet des Peuples d’il y a 10 ans, présidé par Hugo Chavez et Evo Morales, a permis la défaite de l’intégration économique imposée par les Etats-Unis, appelée “Aire de libre commerce des Amériques », ouvrant la voie d’un nouveau modèle d’intégration, plus solidaire et souverain, l’Alliance bolivienne des Amériques (ALBA). Cette victoire fut complète lors de la réintégration de Cuba à l’OEA et la fin de l’isolement imposé par les Etats-Unis en 1962.

Source : Investig’Action