“Le pêcheur palestinien doit pouvoir travailler en toute liberté et dignité sans craindre l’assassinat”

Une année après la fin de la guerre, les conséquences catastrophiques sont encore là. Interview de Zacharie Bakr, secrétaire du Comité des pêcheurs de l’Union des Comités des travailleurs agricoles de Gaza ( UAWC )

{{{Quelle est la situation un an après l’agression militaire sioniste dont a été victime Gaza, quelles sont les conséquences du blocus sur la partie du peuple Palestinien qui y réside ?}}}

Je voudrais parler dans un premier temps de l’embargo que subissent les pêcheurs. C’est le plus long embargo maritime de l’histoire. L’Etat sioniste piétine toutes les conventions internationales et empêche plus de 4000 pêcheurs d’accéder à leur espace de travail, d’autant plus que les réserves de poissons se trouvent à 6 miles nautiques. Le droit international donne au pêcheur palestinien le droit d’utiliser son espace maritime mais ces accords sont bafoués du fait du blocus.

{{{Concrètement, Quelle forme cela prend-il ?}}}

L’Etat colonial utilise des missiles contre les bateaux des pêcheurs et des balles en caoutchouc contenant des billes métalliques.  Une année après la fin de la guerre, les conséquences catastrophiques sont encore là.  Depuis Août 2014, nous avons enregistré la mort par balle du pêcheur Taoufiq Saïd Abou Riyala en mars 2015, 28 pêcheurs touchés par balles, 52 ont été arrêtés, 23 bateaux ont été confisqués, 28 ont été totalement ou partiellement détruits dont 2 grands bateaux de remorquage qui employaient chacun plus que 15 marins, 1000 filets de pêche ont été volés ou détruits.

Tout ceci s’ajoute aux pertes dues à l’offensive militaire de l’an dernier qui  ont été évaluées à 6 millions de dollars en  destruction des infrastructures, bombardement des réserves et des bateaux et destruction cabanons des pécheurs  Des centaines de pécheurs sont au  chômage à la suite de  la confiscation ou de la démolition de leurs bateau.

{{{Et la reconstruction ? Est elle possible dans le cadre du blocus ? }}}

Non. Elle n’a pas commencé et il n’y aucune chance qu’elle  commence dans un futur proche.  Lors de l’offensive militaire, l’état d’occupation  a démoli  une centaine de moteurs, en a confisqué des dizaines, des dizaines d’autres moteurs sont hors service suite à l’usure et une centaine de moteurs a besoin d’entretien mais ce même état interdit  maintenant l’entrée des pièces de rechange, de moteurs de la fibre de verre qui permet de fabriquer des bateaux.

{{{La pêche a toujours été un secteur important à  Gaza à la fois du point de vue économique et pour le ravitaillement de la population. Après vous avoir bombardé, l’état sioniste vous étrangle. }}}

Le secteur de la pêche employait  plus que 4000 personnes plus environ 1000 autres emplois induits – artisans et commerçants. Par rapport à l’an dernier,  la production a baissé de 70 % . Les revenus ont été divisés par 10, de 2000 à 200 shekels. Il y a des conséquences directes sur les familles avec la détérioration de la santé.  Nous avons déjà enregistré des cas de décès d’enfants et d’épouses de pêcheurs. 

Il y a la déscolarisation des enfants en raison de l’incapacité des parents à assurer leur scolarité. Les pécheurs et leur familles vivent en dessous du seuil de la pauvreté et ne sont plus capables d’assurer les besoins les plus fondamentaux de la famille.

{{{Peux tu rappeler les revendications de ton syndicat ?}}}

Un, la protection des pêcheurs face à l’appareil de guerre sioniste.

Deux, l’application de toutes les conventions internationales relatives à la pêche et garantie de  la sécurité des pêcheurs dans leur espace de travail.

Trois, la poursuite pénale des criminels de guerre devant les tribunaux internationaux.

Quatre, les solidaires internationaux doivent pouvoir accéder à Gaza.

Cinq, la réparation de ce que la guerre a démoli et le soutien aux  pécheurs jusqu’à ce que ce secteur puisse s’en remettre.

Six, la levée immédiate et inconditionnelle du blocus 

{{{-Un dernier mot ?}}}

J’en appelle à tous les militants du monde à soutenir matériellement et moralement l’internationalisation de la cause des pêcheurs de Gaza de façon à obliger l’Etat d’’occupation à reconnaître les droits des pêcheurs afin que le pêcheur palestinien puisse travailler en toute liberté et dignité sans craindre l’assassinat, l’arrestation ou la confiscation de son gagne pain.

Propos recueillis par JP Barrois avec l’aide d’Ali Hached, traducteur. Cette interview existe en Arabe, Français, Anglais, Espagnol et vous sera envoyée par retour dans la langue de votre choix sur demande à :
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{{Source: Investig’Action}}