Le pape latino-américain dans les terres de la xénophobie

Je ne suis pas religieuse, je ne suis pas une adepte du pape François, je remets en cause, entre autres, sa position sur le mariage pour tous, l’avortement, la non-acceptation des femmes prêtres dans l’Église catholique. Il ne peut pas venir dire en 2013 :”Qui suis-je pour juger un gay?” et en 2015, devant l’l’ONU que le mariage ou l’union de personnes de même sexe vise à «promouvoir une colonisation idéologique à travers l’imposition de modèles et de styles de vie anormaux, étrangers à l’identité des peuples, et en fin de compte irresponsables “

Allô ? Récemment, il a dit qu’il pardonnait au nom de Dieu aux femmes qui ont avorté. Nous les femmes n’acons vraiment pas besoin du pardon, ni du Pape ni de qui que ce soit d’autre. Ce qu’il nous faut, c’est qu’on respecte nos droits humains. En dehors de nous, le patriarcat, l’Église et l’État. Dans notre corps, nous commandons nous-mêmes. On l’entend parler d”équité et l’église refuse d’ouvrir ses portes à des femmes prêtres, quel niveau d’absurdité !

Mais je reconnais aussi (même s’il est très clair que c’est la stratégie de l’Église catholique face à la perte de croyants à travers le monde) les positions qu’il a prises, à la différence d’autres papes, combinant la religion avec la politique et les vents révolutionnaires rafraîchissants qui sont une claque aux grandes industries du capitalisme mondial.Et aussi, bien sûr il faut tenir compte de ce que le changement ne le concerne pas lui seul; si comme humanité nous voulons des changements,, nous devons les chercher et combattre pour eux ensemble.

Loin des préjugés, des dogmes récalcitrants, de la paresse et de la double morale qui est si typique. Le patriarcat, nous devons tous l’abolir. Je lui suis reconnaissante de parler de traite des êtres humains, de la maltraitance, des abus sexuels contre les enfants, les adolescents et les femmes. Et bien sûr, du changement climatique.

Dans mon opinion personnelle la société n’a pas besoin d’une église et d’une religion pour être humaine. Sachant le rôle joué par l’église et les religions dans les pillages, l’oppression de tant de tant d’ innocents survivant à la fois à l’extermination et à la pauvreté et de femmes subissant la violence de genre. Et qu’elle est le mentor des valeurs morales, car les valeurs sont conjuguées lorsque nous avons une conscience, un engagement, et donc que nous soutenons nos paroles par des actions. Puisse l’Église, comme l’entité puissante qu’elle est dans cette société, décider un jour de prêcher par l’exemple et, quand elle parle d’austérité, le faire en distribuant aux pauvres les millions stockés dans les banques du Vatican, pour commencer.

Je précise que je respecte ceux qui professent une religion et leur foi.

Je ne pouvais pas laisser passer, en tant que migrante sans-papiers, le concept politique au sujet de la crise de l’immigration qui a amené le pape lors de sa visite dans ce pays qui abhorre les migrants sans papiers latino-américains.

{{“En tant que fils d’une famille d’immigrants, je suis heureux d’être dans ce pays, qui a été construit en grande partie par ces familles.”}}

D’entrée le pape a précisé pour quoi il venait. Que les intellectuels et les chercheurs tirent leurs conclusions et présenté au public leurs analyses cérébrales de la visite du pape aux USA. Je suis une simple mortelle qui vit dans l’ombre de l’inclusion comme des millions de gens dans ce pays, et ces mots m’ont également touchée et je n’ai pas pu cesser de penser à ce moment-là, lorsque le pape a prononcé son discours; aux milliers de personnes traversant les frontières de la mort entre le Mexique et les USA, pour venir se retrouver dans l’enfer de l’exclusion, comme latinos, comme sans-papiers et pour leur couleur de peau.

L’entendre parler en espagnol a été magique dans ce pays où les Hispaniques sont considérés comme un fléau qui se propage et ne cesse de gagner du terrain dans la partie du Ku Klux Klan et du consumérisme. Quelque chose qui a offensé les plus de 73% de la société américaine qui sont pour les déportations de masse et contre une réforme intégrale de l’immigration, ce qui, soit dit en passant, sert de tremplin aux politiques et à tous les paresseux qui font leurs choux gras des tribulations des sans-papiers.

Je ne peux pas non plus faire l’impasse sur le manque de professionnalisme et la partialité avec lesquels les chaînes de langue espagnole dans ce pays ont traité la visite du pape. Dans une optique clairement de droite des journalistes reconnus (en dollars) pour leur opposition au progrès des peuples latino-américains qui cherchent à se libérer de l’agression US , ont crié sur tous les toits au manque d’humanité (selon eux) du Pape François qui a rencontré les ” dictateurs” Fidel et Raul Castro lors de son voyage à Cuba. Ce n’est pas seulement que le Pape n’aurait pas du aller à Cuba pour ne pas trahir les dissidents cubains (qui se soucie des dissidents cubains qui déshonorent leur propre pays et leur peuple en attaquant à partir d’ici Cuba et sa dignité?) Je parle de chaînes comme Telemundo, Univisión et CNN en espagnol, expertes en lavage de cerveau de la classe moyenne latino-américaine et des immigrants latinos dans ce pays.

Il y a un complot de Latino-Américains ignobles vivant dans ce pays: des artistes, des journalistes, des entrepreneurs, la communauté ignorante en général qui ne soutient pas de rapprochement entre Cuba et les USA, et même plus; ils veulent voir Cuba envahie et pulvérisée et qu’elle soit laissée dans l’état de l’Irak, de la Syrie, de la Libye et de l’Amérique latine lorsqu’elle a subi le choc de l’United Fruit Company, de la CIA et des oligarques collabos.

Ces journalistes se sont échauffés avec la visite du pape à Cuba, l’indigne Jorge Ramos en tête, ont déversé leur venin quand le Pape est venu aux USA, en essayant de discréditer lors de leurs émissions Fidel, Raul Correa, Maduro et Cristina. Traitant le pape de péroniste comme si cela était une offense ou le diminuait. Jorge Mario Bergoglio péroniste ? Que l’histoire de la dictature argentine nous raconte ce qu’était Bergoglio à cette époque. Le personnel est politique et il y a des misérables qui, de cette plate-forme monumentale de télévision de langue espagnole dans ce pays, lancent leur poison dans le monde et sur la terre qui leur a donné naissance.

Et même si je l’ai vu dans son costume blanc de pape, j’ai préféré le regarder sans filtre comme un Latino-américain qui est venu aux USA pour dire quelques vérités en espagnol et en anglais. C’était de la justice poétique de le voir devant les membres du Congrès qui avec leurs larmes de crocodile acclamaient un homme qui, avant d’être pape, est le fils du voisin d’Amérique latine. Puissent-ils prendre de la graine de ce qu’a dit le Pape et daigner légiférer une réforme intégrale de l’immigration et arrêter les déportations, mais ne rêvons pas …

Et quelle ironie que les prêtres trempés qui ont affronté tant d’épreuves ne soient pas entendus, ni dans ce pays, ni dans le leur, encore moins par le Congrès, je veux parler des défenseurs des droits humains des migrants comme le Père Solalinde, Pantoja, Frère Tomás González, et les Patronas [femmes qui aident les migrants centre-américains traversant le Mexique, NdT]

Au contraire, ils ont été ignorés et dans leurs pays, leurs têtes sont mises à prix. Ils mènent leurs luttes, abandonnés par l’Église et avec leur seule foi et sans l’évêque Raul Vera du diocèse de Saltillo, ils seraient déjà des martyrs. De ce côté de la frontière c’est une autre histoire, la migration se reflète dans l’image de la Vierge de Tepeyac à la périphérie de Chicago. Il est banal de dire «Prions, mes frères”, mais ces prêtres sont incapables d’appeler à une église ardente et à une théologie de la libération. (Même si c’est dur à dire, le capitalisme balaie aussi la foi). Souvent, Alejandro Solalinde est venu demander des audiences au Congrès pour parler de la migration, et on lui a envoyé quelqu’un d’origine latino-américaine pour lui jeter de la poudre aux yeux et l’éconduire.

Et puis il y a la magnifique Dolores Huerta qui appelle au boycott [de Donald Trump, NdT] sans rencontrer aucun écho, ni des «défenseurs des migrants» ni des artistes, et encore moins des médias hispanophones.

Et c’est très curieux de voir ce que la notion même de “pape” est capable de déplacer, ce qu’elle est capable de faire taire, de manipuler, de réveiller. Parce qu’il y a eu un soi-disant «printemps des sans-papiers” , quand des millions ont manifesté dans tout le pays pour la réforme intégrale de l’immigration et on personne ne les a écoutés, et pas même les médias hispaniques. On n’est si bien trahi que par les siens.

Pour conclure mon commentaire j’ajouterai quelques paragraphes de son discours à Philadelphie, dans le Hall de l’Indépendance à décortiquer car il touche à la politique, la culture, l’identité, l’humanité et la conscience.

Sans oublier de dire aussi que comme migrante, j’ai eu un frisson quand j’ai vu un fils de migrants venir faire la leçon à ce pays qui nous déteste tant, nous autres Latinos. Qu’il soit remercié pour avoir élevé la voix pour nous sans-papiers. Que ce Latino-américains enfant de migrants ait focalisé l’attention dans ce pays de xénophobie anglo-saxonne et d’arrogance caucasienne.

“Rappelons-nous les grandes luttes qui ont conduit à l’abolition de l’esclavage, à l’extension du droit de vote et à la croissance du mouvement ouvrier et les efforts progressifs visant à éliminer toutes les formes de racisme et préjugés après l’arrivée de nouveaux Américains.

Cela montre que quand un pays est déterminé à rester fidèle à ces principes fondamentaux fondés sur le respect de la dignité humaine, il se renforce et se renouvelle.

Quand un pays garde la mémoire de ses racines il continue de croître, il se renouvelle et continue à absorber de nouveaux peuples et de nouvelles personnes qui viennent à lui.

Cela nous aide beaucoup de nous rappeler notre passé, un peuple qui a de la mémoire ne répète pas les erreurs du passé, en revanche in affronte avec confiance les défis du présent et du futur.

La mémoire sauve l’âme d’un peuple de celui ou de ceux qui veulent le dominer ou l’utiliser pour leurs propres intérêts.

Quand les individus et les communautés voient l’exercice effectif de leurs droits garanti, ils ne sont pas seulement libres de réaliser leurs propres compétences, par leur travail ils contribuent au bien-être et à l’enrichissement de la société tout entière. ”

Aux Solalinde, aux Pantojas, aux Fray Tomas Gonzalez, aux Raul Vera anonymes qui risquent leur vie chaque jour pour nous sans-papiers : merci.

Traduction Fausto Giudice pour le [Réseau Tlaxcala->http://www.tlaxcala-int.org/]

Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteure.