La longue lutte des Afghans de Belgique

Au cœur de Bruxelles, à quelques pas des attractions de « Plaisirs d’hiver », l’église du Béguinage abrite tant bien que mal plus d’une centaine d’Afghans, dont plusieurs familles avec enfants, qui se battent pour ne pas être expulsés vers leur pays en guerre. Noël est l’occasion de témoigner sa solidarité.

 
L’Afghanistan est en proie à une situation de guerre civile quasi-ininterrompue depuis 30 ans, et les rapports d’organisations internationales soulignent les risques qu’implique un retour dans ce pays pour ceux qui l’ont fui. Le ministère des Affaires étrangères indique que tout voyage en Afghanistan est à proscrire. Maggie De Block estime, elle, qu’il n’y a pas de problème mais a toutefois décidé de n’expulser que des hommes seuls; pour les familles, la situation est trop dangereuse… Etrange logique. Les familles ne sont donc pas expulsées, mais maintenues dans une situation de non-droit et de totale précarité. Pas contents ? On vous offre un aller simple pour Kaboul.Depuis plusieurs mois, quelque 450 Afghans – dont des familles avec enfants –, réunis dans un mouvement soutenu par de nombreux sympathisants et des dizaines d’organisations (dont la Ligue des droits de l’Homme, la Ligue des Familles, des syndicats…), se battent pour obtenir leur régularisation. La très populaire Maggie De Block, secrétaire d’Etat à l’Asile et à l’Immigration, le super-atout de l’Open VLD pour rogner sur la N-VA aux prochaines élections, leur oppose un refus catégorique. En Belgique parfois depuis plusieurs années, ces familles ont été déboutées de leur demande d’asile. Elles ont du jour au lendemain dû quitter leur logement, ne peuvent plus travailler et les enfants ne sont plus scolarisés. Elles sont donc à la rue, sans papiers, sans revenu. La seule chose qui leur est offerte : un retour « volontaire » vers l’Afghanistan. L’asile est ainsi refusé à des personnes qui peuvent pourtant y prétendre au titre de la convention de Genève sur le statut des réfugiés et des législations qui en découlent.

Un aller simple pour Kaboul
Cet aller simple, Aref, arrivé en Belgique en 2009, l’a finalement accepté début 2013, désespéré après avoir passé plusieurs semaines à la rue. Il avait lui aussi été débouté, bien que sa tête était mise à prix par les talibans parce qu’il avait refusé de se battre avec eux. Pour les autorités belges, Aref ne courait aucun danger. Arrivé en Afghanistan, il a été assassiné.
Les histoires des réfugiés afghans se ressemblent. Tous ont quitté l’insécurité et la terreur quotidienne de ce pays où les femmes n’ont aucun droit, où les filles sont interdites d’école, où les garçons sont enlevés par les talibans afin de les engager dans leurs milices – seule option pour ne pas se faire tuer –, où villes et villages sont bombardés tous les jours.
Pour ne pas rester isolés dans leur lutte, les Afghans se sont regroupés il y a quelques mois à Bruxelles. Ils se sont d’abord installés à Ixelles, dans un bâtiment désaffecté dont ils ont été violemment expulsés à la requête d’Yvan Mayeur (PS), à l’époque président du CPAS et du Samu social de la Ville de Bruxelles dont il est depuis le nouveau bourgmestre. Depuis, ils ont été chassés de plusieurs lieux où ils avaient trouvé refuge. Alors que les Afghans ont toujours manifesté dans le calme, nombreux sont les témoins qui ont été choqués de la répression policière violente dont ils font l’objet. En septembre, la police a lancé gaz lacrymogènes et lâché des chiens policiers, y compris sur les enfants, faisant plusieurs blessés par morsures. Puis, le 22 octobre, nouvelle charge policière brutale qui fera aussi des blessés. Les Afghans sont terrorisés, les enfants, traumatisés. En quelques mois, enfants, adultes et personnes âgées ont connu 8 expulsions de bâtiments, deux rafles lors de manifestations dont la dernière avec 170 arrestations et des blessés graves, des violences physiques et des humiliations de la police. Sans oublier 8 expulsions vers l’Afghanistan.
Depuis novembre, les Afghans logent tant bien que mal dans l’église du Béguinage, au cœur de Bruxelles, à 50 mètres des attractions de « Plaisirs d’hiver ». Ils ont certes un toit, mais les conditions de vie sont très pénibles. Le froid, la promiscuité, deux toilettes et un lavabo pour autant de gens, des enfants, des bébés… Face à l’indifférence politique et médiatique, trois jeunes Belges ont décidé d’entamer une grève de la faim. Ils ont été rejoints par l’avocate Selma Benkhelifa, de Progress Lawyers Network, qui défend depuis plusieurs années la cause des réfugiés afghans. Ce 15 décembre, après 4 mois de manifestations, les Afghans réussissaient enfin à voir le Premier ministre lors de l’hommage à Nelson Mandela organisé par le PS à Saint-Gilles. Elio Di Rupo a accepté de rencontrer une délégation et a proposé une médiation pour sortir de cette crise par l’intermédiaire du médiateur fédéral. Une lueur d’espoir?

Une solidarité qui requinque
Dans la situation, une chose est frappante. Quiconque entre dans l’église en ressort étonné de la gentillesse, du calme, de la dignité des Afghans. Et la solidarité présente a de quoi requinquer le plus désespéré de la nature humaine. Des gens passent apporter de la nourriture, du thé, des langes… et des sourires. Le weekend, certaines personnes invitent des familles chez elles pour qu’elles puissent prendre une douche, laver leur linge, se reposer un peu au chaud. Et elles ne le regrettent pas. Une dame témoigne : « Une amie du groupe de soutien m’a appelée un dimanche. Une famille avec trois petites filles n’avait plus pris de douche depuis un mois : pourrait-elle venir chez moi cet après-midi ? C’est une démarche à laquelle on pense, mais ce n’est pas évident d’amener des inconnus chez soi. Et puis, j’ai rangé ma méfiance et je suis allée les chercher, et j’ai insisté pour que le papa, qui ne voulait pas "déranger", vienne aussi. Et j’ai été impressionnée par ces gens, d’une gentillesse et d’une rare politesse, avec des enfants adorables. J’ai même retrouvé ma salle de bains plus propre qu’avant ! Depuis, je les ai réinvités et c’est une belle expérience. »
Le groupe de soutien appelle des familles belges à inviter une famille afghane pour un ou deux jours pendant les vacances de Noël. Du 24 au 27 décembre, vous pouvez accueillir une famille afghane dans votre foyer, que ce soit pour une soirée, une nuit ou plusieurs jours. Cette opération de « parrainage » s’ajoute à la fête de solidarité du 18 décembre : rassemblement aux flambeaux à 17 heures à l’église, puis concerts, expo de photos, rencontres… Ambiance et convivialité garanties.

Accueil d’une famille afghane à Noël
Contact (FR) : Hélène 0499 41 92 01, [email protected]
Contact (NL) : Myriam 0498 13 33 71 (de 14 à 17h), [email protected] ou Kim 0494 98 81 35 (à partir de 17h30).

Pétition de soutien aux revendications des Afghans
?A voir sur Youtube : la courte vidéo réalisée au Béguinage par Claude Semal sur sa visite aux Afghans.

Source: ptb.be