L’échec du capitalisme: @@les faits parlent d’eux-mêmes

Lorsque l’Union soviétique s’est démantelée et que son système socialiste a échoué, les promoteurs du capitalisme s’en sont réjouis. Cependant, dix ans plus tard, lors des premières années du mandat de Bush, le grand géant ENRON a été pris en flagrant délit de falsification de ses finances en vue de dissimuler l’état véritable de ses opérations.

15 mars 2009

La société avait escroqué ses actionnaires et arnaqué les contribuables californiens en programmant une pénurie d’énergie lors des pics de consommation pour augmenter les prix. ENRON était de connivence avec l’un des plus importants cabinets comptables pour mettre en œuvre sa stratégie frauduleuse. Les sociétés WorldCom et Adelphia ont connu une expérience similaire des activités frauduleuses des entreprises, annonçant les horreurs dans le milieu de la finance et des assurances commises plus tard.

Ces sociétés gargantuesques ont subtilisé des milliards. Quelques responsables ont été inculpés et mis en prison. Jusque là, ils s’étaient hissés au rang de modèles pour les républicains, voire pour certains démocrates. Les affaires, et non pas l’Etat, gouvernant l’économie était le mot d’ordre des années 1980, 1990 et des huit premières années du 21e siècle. Les affaires régnaient effectivement en maître sur l’économie, pour aller droit dans le mur. Les hommes, et quelques femmes, qui ont dirigé ces entreprises à scandale étaient issus d’une culture où le vol à grande échelle prenait la forme d’une pratique sans faille des affaires. Bernie Madoff et ses acolytes représentent des exemples extrêmes. Créer une façade. C’est la prémisse à toutes les dérives des grandes entreprises frauduleuses. Bien se vêtir (de manière onéreuse), acquérir un bureau au loyer élevé et promettre de l’argent facile. Et le grand public (dupe) suivra tel des moutons de panurge.

Lorsque le château de cartes s’est effondré, celui de l’économie américaine et de bien d’autres pays, quelques uns des escrocs les plus visibles (les plus gourmands) se sont fait prendre et même incarcérer. Les banquiers conservateurs et les magnats de Wall Street se sont avérés être extrêmement téméraires. Ils ont en effet joué gros et perdu les investissements des clients. Le reste du pays en paie le prix cher.

Nous devrions tirer des leçons de ces scandales à l’heure de la, oserais-je dire, crise économique. En traversant la ville d’Oakland, en Californie, il n’y a plus lieu d’expliquer comment ces puissantes banques se sont jouées de personnes vulnérables en leur vendant des hypothèques immobilières qu’elles n’avaient pas les moyens de s’offrir. On peut alors se demander la chose suivante: si l’on accumulait les salaires, primes et options d’achat de titres des anciens maîtres de l’univers en y rajoutant l’argent qu’ils ont dépensé pour leurs vacances, fêtes, maîtresses et yachts, et que nous pouvions lui rendre sa forme originale, nous pourrions alors peut-être l’injecter dans la remise à niveau des bâtiments privés et publics qui pourraient ainsi satisfaire les standards modernes ! Les bidonvilles ont à nouveau émergé, à l’instar de l’expression «la classe des pauvres». Allez vous promener à Newark dans le New Jersey, à Wilmington dans le Delaware, à Pontiac dans le Michigan ou encore dans des dizaines d’autres villes à travers le pays et vous verrez que les gouvernements n’ont pas investi pour leur classe défavorisée ou dans la rénovation des infrastructures depuis des décennies. Preuve de l’échec du capitalisme, une fois de plus!

Ce dernier pervertit l’esprit des fonctionnaires, excusez-moi l’expression. Le maire d’Oakland et le conseil municipal se réjouissent à l’idée de construire un nouveau commissariat et un nouveau bâtiment municipal, reléguant au second plan la rénovation des écoles et la construction d’hôpitaux.
«Pourquoi ont-ils besoin de nouveaux locaux?» demande un résident de longue date de la Bay Area. «Ils peuvent continuer à ne rien faire dans les bâtiments délabrés qu’ils occupent aujourd’hui. Et que fait le gouvernement de tout l’argent qu’il collecte grâce aux impôts? Il le dépense bien entendu entièrement dans les guerres et des tâches futiles».

«Pourquoi ne louent-ils pas le bâtiment dernièrement libéré par Toyota ? (Toyota à Alameda a déménagé dans des locaux plus spacieux en Oakland et un mois plus tard, la succursale n’était plus solvable). Ils ne vendaient pas de voitures. Le bâtiment était assez grand pour accueillir un nouveau commissariat ainsi que le maire et son personnel impuissant».

Dans le comté de Contra Costa, comptant près d’un million d’habitants, 40000 familles ont postulé pour «seulement 350 bons de logements abordables» (Vivien Lou Chen, Bloomberg, 26 février). L’image d’habitants qui font la queue pour obtenir de la nourriture gratuite dans les villes d’Antioch, Pittsburg et Oakley est devenue monnaie courante. Les églises locales n’ont plus assez de moyens pour satisfaire le nombre croissant des nécessiteux. À Antioch, un centre de crise pour la famille («Family Stress Center») occupe désormais les locaux d’une banque auparavant florissante : une illustration symbolique de l’état de l’économie. À Watsonville, au sud de Santa Cruz, on a découvert que bon nombre de mexicains sont rentrés au Mexique ne parvenant pas à trouver du travail.

Les agences californiennes ne sont plus en mesure d’accueillir les hordes de nécessiteux, autrefois appartenant à la classe moyenne, qui ont désormais recours aux «services sociaux». Ceux qui auparavant occupaient un poste leur offrant une couverture médicale font aujourd’hui appel aux services de santé publique se faisant de plus en plus rares.

La première page de l’édition du 1er mars du New York Times s’est concentrée sur la manière dont les employés qui ont été démis de leur fonction de cadre bien rémunéré se retrouvent à travailler comme subalternes payés pour 12 dollars de l’heure. Le nombre de victimes est en forte recrudescence et dans le même temps, les agences gouvernementales, fédérales, étatiques et locales sous-financées ne parviennent pas à gérer cette situation de crise, voyant leurs ressources s’amenuiser et leur personnel diminuer.
L’histoire de l’économie de libre marché autrefois fabuleuse a été à l’origine de l’essor de la Silicon Valley en Californie. Une période durant laquelle les «promoteurs immobiliers» se sont emparés des terres agricoles fertiles pour les transformer en lotissements de maisons de banlieue typiques pour les travailleurs faisant la navette de San Francisco ou d’autres pôles de haute technologie. La pénurie alimentaire menace désormais le monde entier car il fut un temps où les sols riches ont été convertis en fondations de maisons. Nombreux sont ceux dans la région qui ont été licenciés et qui ont vu la valeur de leur maison s’écrouler ou qui les ont simplement perdues. Les revenus découlant des impôts de l’État ont tari et les budgets destinés au service social ont diminué à un moment où ils étaient plus que nécessaires.

Un travailleur dans le secteur de la construction dans le comté de San Bernardino explique qu’il n’a pas travaillé une seule journée depuis novembre. Son travail consistait principalement à paver les entrées des nouvelles maisons. «Je viens de m’engager pour un emploi consistant à ranger les rayons pour 8,50 dollars (une diminution 41,50 dollars par heure) car j’avais besoin de rentrées d’argent. Mais que se passe-t-il?»
Il m’a raconté qu’une maison à quatre chambres qu’il a aidé à construire près de Riverside a été vendue pour la bagatelle de 495000 dollars en 2006. «J’ai vu cette même maison mise à la vente pour la modique somme de 90000 dollars. Je me demande si quelqu’un l’achètera.»

Un de ses proches paye un peu plus de 200 dollars par mois pour l’hypothèque ; cependant, un paiement en bloc prévu pour le mois de mai allait faire monter les paiements à plus de 1000 dollars. «Il vient tout juste de passer d’un plein temps à un temps partiel et a vu certains de ses avantages sociaux lui être retirés. Qu’ils puissent effectuer le paiement de l’hypothèque et continuer à faire leurs courses semble impossible.»
Un agent immobilier travaillant dans la région de Contra Costa s’est plaint de la chute de près de 60% de la valeur immobilière en un an. Selon MDA Dataquick à San Diego (une source pour les étudiants en commerce travaillant sur l’immobilier), entre le mois d’octobre et janvier 2009, plus de 3100 notifications de non-paiement ont été émises (première étape de la saisie) dans la région.

Les pancartes «propriété de la banque» dans la région de la Central Valley en Californie se font aussi présentes que les restaurants Mc Donald’s. Les centres commerciaux, quant à eux, sont de moins en moins bondés, à l’exception des chaînes de supermarché et des pharmacies, les autres magasins accueillent peu de consommateurs. TJ Maxx, Old Navy (magasins de vêtements), See’s Candy (confiserie) et même Radio Shack (magasins d’électronique) semblent dépourvus d’acheteurs.

Ce qui se déroule en Californie reflète la situation dans le reste du pays. Le département d’agriculture a signalé au mois de novembre l’année dernière qu’il avait reconnu plus de 31 millions de personnes comme éligibles pour les chèques alimentaires, ce qui représente environ 15% de plus que l’année précédente.

Au début du mois de février, quelque 5 millions ont perçu des chèques d’assurance chômage. Le taux officiel du chômage dans le comté de Contra Costa, de l’ordre de 9,3 pour cents, était plus élevé que le taux national s’élevant à 7,6 pour cents. Mais le pire est à venir. Dans la Bay Area, à l’instar du reste du pays, les employeurs suppriment des emplois, font passer les plein temps à des temps partiels ou à des congés.

Qu’advient-il alors de ceux qui perdent leur emploi et reçoivent des notifications de saisie? Ils déposent leur dossier pour une assurance chômage et sont confrontés à une situation de stress. Certains perdent leur voiture, ce qui limite leurs chances de trouver un nouvel emploi. Les tensions au sein de la famille connaissent une recrudescence et le divorce, la séparation s’ensuivent, voire pire. Cette analyse de la crise du système devrait faire partie intégrante des cours sur «l’éthique des affaires».

L’attitude de l’importante classe de propriétaires reste quant à elle constante. Les propriétaires sont toujours à la recherche d’opportunités pour obtenir plus de locataires, à l’instar des patrons envers les employés. À titre d’exemple, le propriétaire d’un complexe immobilier à Alameda a demandé aux locataires de commencer à payer pour l’eau et les éboueurs. Les locataires ont exprimé leur opinion en menaçant de déménager.

Le socialisme a échoué au sein de l’Union soviétique et dans les pays de l’Est. Désormais, la nature nous menace tout autant que le chaos économique provoqué par un capitalisme défaillant. Toutefois, au lieu de faire face aux faits, la classe politique continue de paniquer à la moindre mention du terme «nationalisation». Le refus d’affronter une situation économique désastreuse n’occasionnera que de l’irresponsabilité ou de l’inaction. Le président ne peut se permette de pratiquer la politique de l’autruche en ce qui concerne l’économie ou le système de santé. Pourtant, Obama semble craindre même de soulever l’idée d’un système de santé national. Sans un plan national, les entreprises d’assurance continueront à gâcher les ressources précieuses et à sucer le sang de la classe des pauvres. Ne serait-il pas temps que les pauvres, auparavant connus sous le nom de classe moyenne, qui l’investirent à la Maison Blanche, commencent à s’organiser pour le forcer à promouvoir leurs propres intérêts : leur survie?

Traduit par Sarah Bentefrit pour Investig’Action

Source: Transnational Institute

Dessin: Latuff