L’Indépendance de l’Écosse et le Déclin de l’Occident

Le désir d’indépendance des millions d’Écossais ne ressemble en rien au scénario de « Braveheart », le film de Mel Gibson. Il ne s’agit pas de la traditionnelle « lutte pour la libération nationale ». Indépendamment de son objectif de départ, le vote pour l’indépendance écossaise du 18 septembre est devenu un référendum pour l’austérité.

{{L’impérialisme et le mode de vie britannique}}

La Grande-Bretagne était autrefois l’empire qui pratiquait le plus le pillage. De Dublin à New Delhi et jusqu’à Téhéran, des millions de personnes maudissent quotidiennement l’Empire britannique et la famille royale. L’impérialisme britannique est synonyme de famines causées par l’homme, d’expulsions, de massacres qui ont causé la mort de millions d’Irlandais. Cela se réfère également aux colons qui ont assassiné sans pitié les Africains avec les premières armes automatiques développées, qui ont perpétré des crimes horribles contre les populations aux Caraïbes et en Inde, et qui ont commis tant d’autres atrocités à travers le monde qu’il serait trop long de dresser une liste.

Les esclaves, chargés de récolter le coton, ont eu un rôle majeur dans l’établissement de l’industrie textile britannique et en ont fait une puissance industrielle mondiale. Les banquiers britanniques, les capitalistes et la noblesse étaient partisans de la confédération des esclavagistes lors de la Guerre civile, dans l’espoir de conserver leurs profits.
L’amélioration du niveau de vie de la classe ouvrière a permis le bon fonctionnement de l’impérialisme britannique. Le pillage de l’Afrique et de l’Asie a assuré un salaire plus élevé et une vie plus aisée pour certains travailleurs qualifiés en Angleterre, en Écosse et au Pays de Galles.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne étant en déclin, des mesures extrêmes ont été prises afin de gagner la loyauté des travailleurs britanniques envers l’empire. Le « Parti travailliste » est entré en fonction en prétendant être un parti du socialisme et de la classe ouvrière britannique. Le National Health Service (le système de santé publique) a été mis en place afin d’assurer des soins de santé gratuits pour tous les citoyens britanniques ; d’importantes mesures ont été prises afin de lutter contre le chômage ; la gratuité des études universitaires a été consolidée. Ces mesures ont été adoptées afin que les travailleurs britanniques continuent d’agiter l’Union Jack (drapeau du Royaume-Uni) et soutiennent les crimes abominables contre les populations en Afrique et au Moyen Orient.

Avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, des millions de Britanniques admiraient l’Union soviétique et son dirigeant, Joseph Staline. Le Parti communiste britannique a mené d’importantes grèves de la faim dans les années 20 et 30. Les militants travaillistes ont paralysé le pays en 1926 avec une grève générale. Les mouvements syndicaux, en particuliers ceux des mineurs, étaient réputés pour leur radicalisme et leur militantisme. L’État providence a mis en place une stabilité sociale et une vie aisée dans le but de récupérer la confiance des travailleurs britanniques envers leurs dirigeants impérialistes.

L’alliance avec la Grande-Bretagne a été essentielle pour les agressions militaires américaines à travers le monde. Les bombardements par les Britanniques ont contribué à la destruction de Belgrade en 1999, de Bagdad en 2003, et de Tripoli en 2011.

{{“L’Austérité” est le maître mot}}

La crise économique actuelle a poussé la société britannique à réexaminer ce que l’on appelle le « consensus keynésien ». Les études sont de plus en plus privatisées, et les frais déboursés par les étudiants universitaires sont très élevés. Le National Health Service est soumis à des réductions budgétaires, les hôpitaux ferment et les services sont très réduits. Les familles de la classe ouvrière se voient imposer une « taxe sur la chambre à coucher », et le coût de la vie ne fait qu’augmenter de manière inquiétante. Les fonctionnaires reçoivent des salaires plus bas et des pensions réduites et les soins aux enfants ainsi que d’autres services sociales sont soumis à des coupes budgétaires.

Le taux de chômage des jeunes britanniques ne fait qu’augmenter. Les jeunes travailleurs qui ont un emploi ne reçoivent pas un salaire aussi élevé que celui des générations précédentes, et ils disposent d’une protection de l’emploi nettement moins efficace. Cette situation a provoqué des manifestations massives dans les universités et par les syndicats. Elle est également à l’origine des émeutes de 2011 qui ont choqué le monde entier.

En plus de la montée des émeutes et des révoltes, il y a eu une augmentation du fascisme et de la répression policière. La liberté d’expression et de réunion des Britanniques est entravée. Le monde était consterné lorsque le Parti national britannique, un groupe ouvert de suprématistes blancs, a gagné des sièges au Parlement européen pour la première fois. Plus récemment, la English Defense League (la ligue de défense anglaise), un groupe violent d’extrémistes antimusulmans, a été responsable « d’invasions dans les mosquées » en attaquant des musulmans en pleine prière.

La promesse d’une « vie meilleure » qui avait autrefois était faite aux Britanniques et qui avait gagné leur soutien pour l’effrayante colonisation mondiale n’est plus d’actualité. La société britannique réagit de différentes manières face à cette baisse du niveau de vie. La condition de la Grande-Bretagne ne diffère pas tellement de celle de la France, de l’Allemagne ou des États-Unis. L’ancien ordre économique global est en crise. Les banquiers occidentaux voient leur règne mondial menacé et essayent désespérément d’éviter la crise.

{{En quoi consiste vraiment l’indépendance de l’Écosse ?}}

Il n’y pas de doute sur le fait que l’Écosse est une nation. Les Écossais ont leur propre culture et un contexte historique unique. Ils disposent d’une langue nationale qui a été supprimée. Ils ont leurs propres groupes religieux avec une histoire indépendante. Le peuple écossais se diffère clairement du peuple anglais, irlandais ou gallois.

Cependant, l’Écosse d’aujourd’hui n’est pas une colonie de l’Angleterre. Les rois écossais ont porté la couronne britannique. Les banquiers écossais font des bénéfices extraordinaires partout dans le monde, tout comme les banquiers anglais. Alors qu’en général les Écossais ont des revenus plus bas que les Anglais, l’Écosse n’est pas une colonie « surexploitée », et elle ne fait pas partie du communément appelé « tiers-monde ». L’Écosse est en fait une nation se trouvant dans le territoire de l’empire britannique.

Le désir d’indépendance des millions d’Écossais ne ressemble en rien au scénario de « Braveheart », le film de Mel Gibson. Il ne s’agit pas de la traditionnelle « lutte pour la libération nationale » comme en Irlande ou ailleurs, et de nombreux Britanniques de gauche, le membre du Parlement Georges Galloway inclus, s’opposent à l’indépendance. Cette dernière proposée par l’Écosse n’aurait pas divisé les forces armées du Royaume Uni. Et elle n’aurait pas non plus lancé une nouvelle devise écossaise. Beaucoup d’Écossais partisans de l’indépendance disaient que cela aurait été un premier pas vers une indépendance totale.

Indépendamment de son objectif de départ, le vote pour l’indépendance écossaise du 18 septembre est devenu un référendum pour l’austérité.
L’Écosse est un fief pour le Parti travailliste britannique et les syndicats. Les Écossais considèrent leur libération du Royaume Uni comme un moyen d’arrêter les coupes budgétaires. Le vote n’était pas nécessairement un vote pour s’affranchir du Royaume Uni mais bien du Parti conservateur, des coupes budgétaires dans les services sociaux, du néo-libéralisme et de la privatisation. C’était un vote qui avait pour but de préserver les services de soins de santé, les soins aux enfants et les emploies des fonctionnaires.

Tommy Sheridan, socialiste écossais récemment emprisonné, activiste en faveur de l’indépendance et ancien membre du parlement écossais, a parcouru le pays en réclamant un vote pour l’indépendance. Dans ses discours, il souligne que durant les dernières décennies, le Parti conservateur n’a jamais obtenu la majorité parmi les Écossais.

Les dirigeants du Parti national écossais et du Pari socialiste écossais réclament la nationalisation immédiate de nombreuses industries dans le cas éventuel d’un vote pour l’indépendance. Des entreprises comme British Petroleum ne dissimulent pas leur inquiétude quant à la gestion d’une Écosse totalement sous le contrôle des socio-démocrates et des militants de gauche.

L’avenir des ressources en gaz naturel et en pétrole du pays est en jeu. Si l’Écosse s’était libérée du Royaume Uni, le contrôle de ces ressources naturelles par les milliardaires à la Bourse de Londres aurait été limité comme jamais auparavant. Un nouveau gouvernement écossais, avec de nouvelles mesures politiques et une régulation des échanges, aurait hautement affecté l’économie mondiale. Des milliards de dollars étaient enjeu à l’approche du 18 septembre, et le référendum aura certainement des conséquences sur le conflit croissant entre les États-Unis, la Russie et la Chine dans la lutte pour la place de puissance économique mondiale.

Ce ne fut pas une surprise de voir que le vote était très serré et que la différence serait très petite. Indépendamment du résultat, le vote a été la preuve des symptômes visibles de la crise dans le monde occidental.

Alors que la Russie, la Chine et les autres puissances se font la concurrence sur le marché mondial, les sociétés capitalistes de l’Europe occidental et des États-Unis se voient dans l’obligation de s’adapter. Le vote du 18 septembre dernier aurait été un moment symbolique qui aurait pu donner lieu à une longue période de transition.

Caleb Maupin est un analyste politique et un activiste installé à New York. Il a étudié les sciences politiques au Baldwin-Wallace College. Il a été inspiré et impliqué dans le mouvement Occupy Wall Street, particulièrement pour le magasine en ligne « New Eastern Outlook ».

Source : http://journal-neo.org/2014/09/17/scottish-independence-and-the-decline-of-the-west/

Traduit de l’anglais par Muhammat Asa pour Investig’Action