Elections : que va-t-on faire face aux violences policières à Bruxelles ?

MICHEL COLLON: J’ai été violemment tabassé par deux policiers de Bruxelles – Ville en 1999 pour avoir organisé une manif pour la paix. De longues minutes de torture à l’abri des regards, quatre côtes fracturées, des semaines d’incapacité. Cette expérience personnelle m’a sensibilisé au problème dramatique qui persiste : il ne se passe pas de mois sans que des manifestants ou des citoyens se fassent brutaliser par certains policiers de ce commissariat, et cela en toute impunité depuis des années.
Il était donc logique d’interpeller les principaux partis : que proposez-vous pour mettre fin à ce scandale dans la capitale de l’Europe ? Vous trouverez ci-après les réponses intégrales du PS, du CDH, du MR, du FDF et du PTB. Ecolo et PP n’ont pas voulu répondre. Certaines réponses ont été dures à obtenir, certaines ne répondent pas vraiment aux questions posées, la langue de bois n’est pas absente. Je me suis donc permis de les confronter aussi au contexte de faits qu’on n’a pas trouvés dans les grands médias.
Votre vote peut-il contribuer à mettre fin à ces drames méconnus ? Que chacun se fasse son opinion…

                       Les bourgmestres Thielemans et Mayeur (PS)

 

Vous trouverez les réponses complètes des partis ici : Mais il est important aussi de les placer dans leur contexte : j’ai donc ici extrait l’essentiel des réponses en y ajoutant quelques réflexions et en indiquant les points concrets auxquels certains partis ont refusé de répondre.


Synthèse et commentaires sur les réponses


Première question : êtes-vous au courant ?

Que pensez-vous des violences policières commises ces dernières années à Bruxelles – Ville par certains agents (envers des manifestants, des jeunes en rue ou des citoyens lors d'interpellations) ? Avec une telle fréquence et si peu de sanctions que la Ligue des Droits de l'Homme a dû créer le site "ObsPol" pour aider les citoyens à se faire entendre et à obtenir justice.”


Synthèse des réponses :

Certains partis fournissent manifestement une réponse-type sortie de leurs documents standards. Pas forcément inintéressante, mais guère concrète. Ainsi, le FDF souligne que le code de déontologie policière ne prévoit pas de… sanctions ! Mais aucune réponse aux questions concrètement posées.


Pour le MR, Didier Reynders reste aussi dans le très général en avançant que les policiers sont… eux aussi victimes de violences ! Dos à dos ? Argument auquel le PTB rétorque que c’est souvent pour se prémunir de poursuites judiciaires que certains policiers accusent les victimes de « rébellion violente ». Mais le MR reconnaît que la Justice ne remplit pas sa mission.


Le CDH aussi parle de violences dans les deux sens. Pour les sanctions, il renvoie à la Justice et aux bourgmestres concernés.


Le PTB indique des actions concrètes qu’il a menées contre ces violences policières. Il signale que les autorités semblent nier le problème alors que la Belgique a été condamnée internationalement pour sa passivité envers la répression de ces violences.


Pour le PS, Laurette Onkelinx sort aussi une réponse très générale et sur les faits évoqués, elle renvoie au bourgmestre Mayeur, qui en effet est le premier concerné puisque ces policiers sont placés sous son autorité. Que répond-il ? Qu’il n’a été nommé bourgmestre que le 16 décembre 2013, en remplacement de Freddy Thielemans, et qu’il a personnellement pris position pour « une police citoyenne, une police irréprochable, attentive aux victimes et respectueuse des modes de vie de  chacun ». J’indiquerai plus loin à quoi il a refusé de répondre.

 

 

Deuxième question : quelles mesures concrètes ?  "Ce phénomène ne risque-t-il pas de donner une image très négative de l'ensemble de la Capitale de l'Europe et quelle mesure a prise ou propose votre parti pour faire mieux respecter les droits de l'homme dans les interventions policières ?"

 


Synthèse des réponses :

 

Pour le PS, le bourgmestre Mayeur propose davantage de formation et de sensibilisation, des caméras dans les commissariats. Le MR reconnaît cette image très négative et propose de « prendre le problème en mains » en examinant pourquoi les sanctions pénales ne fonctionnent pas.

Le CDH veut augmenter le nombre de policiers et creuse les mesures à prendre pour améliorer la formation. Il propose de faire confiance au Comité P chargé de surveiller la police. Totalement opposé à cette mesure, le PTB estime que le contrôle de la police est trop souvent confié… à la police et propose de créer un organisme de contrôle 100% indépendant.

Le Comité P fonctionne-t-il bien ? J’en ai fait l’expérience personnellement et je vais la mentionner à la fin de ce texte.


Troisième question : prendre publiquement position ou pas ? Comment considérez-vous le refus des bourgmestres Thielemans, puis Mayeur de prendre publiquement position contre ces violences ?

 

Synthèse des réponses :

 

Ici, on est en général dans le grand cache cache ! Si le PTB estime qu’il faut « des condamnations claires aussi bien par les autorités policières que par les responsables politiques. », personne ne critique concrètement les bourgmestres responsables. Le FDF n’aborde pas ce point. Le CDH trouve que les autorités politiques politiques doivent… attendre la Justice. Mais nous parlions aussi de faits qui ont déjà été jugés et sur lesquels ces autorités n’ont rien dit !

Le MR leur trouve des excuses :  « Sans doute n'ont-ils pas jugés opportun ou sans doute ne se sont-ils pas reconnu le droit de prendre position au risque de créer une autre situation d'injustice ou de surenchérir dans la victimisation des personnes impliquées. »

Pardon ? Un bourgmestre ne pourrait pas critiquer des violences policières pour ne pas être injuste ou ne pas victimiser les policiers ? Surréaliste, non ? L’explication viendra un peu loin…

Et le premier concerné, le bourgmestre Mayeur ? Il se borne à citer son discours lorsqu’il a pris la place du bourgmestre Thielemans. Mais ici, il est temps d’expliquer ce dont il refuse de parler…

En fait, Monsieur Mayeur n’est pas concerné seulement depuis décembre 2013, mais bien plus tôt. Et face aux violences dont j’ai été victime et qui ont été condamnées en justice, l’attitude de son parti a été proprement scandaleuse ! Je m’explique…

Les policiers qui m’ont brutalisé niaient contre toute évidence. J’ai dû entamer un long procès pour les faire condamner en première instance, puis en appel. Prison avec sursis, amendes, dommages à me payer. Et qu’a fait la Ville de Police qui était citée en tant qu’employeur de ces brutes ? Jamais le bourgmestre Thielemans, ni son assistant Mayeur ne m’ont témoigné un mot d’excuses ou simplement de sympathie. Jamais ils n’ont répondu à mes lettres et ce pendant plusieurs années. Pire, ils ont soutenu les mensonges policiers jusqu’à la dernière minute. Et quand ils ont été finalement condamnés à me payer des dommages, ils ont refusé !

Peu avant l’élection communale de 2012, j’ai reçu une petite partie du dommage. Depuis, plus rien et aucune réponse. Aujourd’hui, encore, ces autorités me volent de 7.000 euros qui seraient bien nécessaires à notre budget d’Investig’Action pour l’info indépendante. Pourtant, j’ai écrit maintes foi à Monsieur Mayeur, des amis appartenant à son parti l’ont questionné, mais il refuse encore de payer ce à quoi la Justice l’a condamné.


A présent, il répond enfin, après quantité de rappels et sur insistance, je pense, de Laurette Onkelinx. Mais il répond à côté de la plaque. Que valent ces belles proclamations de principes généraux « pour l’avenir » si on a fait le contraire dans le passé et qu’on se tait là-dessus ? Que valent ces nobles déclarations si on refuse de payer ses dettes ? Si les paroles ne sont pas suivies par des actes, n’est-ce pas du « boniment « ?


J’ajouterai qu’à l’époque, j’avais été confronté aux policiers brutaux dans le cadre du Comité P et que le dit Comité n’avait absolument rien fait pour établir la vérité, se dépêchant de blanchir les brutes. Je l’avais donc rebaptisé « Comité Paresse ». De nombreuses victimes s’en sont plaintes comme moi.


Pour être complet, je dois dire que le silence du MR et CDH ne m’étonne pas non plus. C’est un bourgmestre MR qui dirigeait ces policiers brutaux au moment des faits, Monsieur de Donnéa. Et le CDH a été en majorité avec le PS entre 2000 et 2012. Une échevine CDH m’a promis deux fois qu’elle allait interpeller pour vérifier les faits, ça se passait en 2008 et 2012, on attend toujours. Un conseiller de cabinet CDH m’a dit en aparté « Le PS à Bruxelles, c’est les ‘King’, nous on ne peut rien ».

Avec un « courage » de ce calibre et avec un bourgmestre qui ne met pas de l’ordre dans son commissariat (notoirement infiltré par l’extrême droite), les manifestants et les citoyens ne seront toujours pas en sécurité demain à Bruxelles – Ville.

Que chacun prenne ses responsabilités.


Michel Collon 

 

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Source: Investig'Action