De Salvador Allende à Hugo Chavez, le socialisme contre la barbarie

Karl Marx a un jour écrit: «celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre». Est-ce le cas pour la révolution bolivarienne qui fête cette année ses seize ans de lutte? L’expérience vénézuélienne connaîtra-elle le même sort que la révolution chilienne conduite par Salvador Allende? C’est certainement le rêve que font chaque nuit les opposants à la révolution. L’extrême droite vénézuélienne soutenue par les États-Unis rêve d’un nouveau Pinochet. Washington de son côté fantasme sur un nouveau 11 septembre vénézuélien en référence au 11 septembre 1973 au Chili. Les ennemis de la révolution s’avèrent être toujours les mêmes: l’oligarchie apatride et l’impérialisme états-unien. Les premiers souhaitent reprendre leurs privilèges, les seconds s’emparer à nouveau du pétrole. Mais le gouvernement vénézuélien, appuyé par une majorité de son peuple, n’entend pas se laisser faire…

{Photomontage par BAF.F ! pour Investig’Action}

Plus de quarante ans se sont écoulés depuis le coup d’État militaire du général Augusto Pinochet au Chili. Après les décennies noires qu’a connues l’Amérique Latine en proie aux dictatures, après la «décennie perdue» des années 1990 qui furent marquées par les politiques néolibérales aux conséquences désastreuses, les années 2000 marquèrent un tournant historique pour le continent latino-américain. Du Nicaragua à l’Argentine en passant par la Bolivie, des politiques redistributives furent mises en place avec plus ou moins de radicalité. Un pays, le Venezuela, devint le fer de lance de cette résurrection latino-américaine. Emmené par son président charismatique Hugo Chavez, la nation caribéenne entama une révolution politique, économique et sociale ambitieuse. Nationalisations de secteurs stratégiques, investissement massif dans l’éducation, la santé, le logement, adoption d’une nouvelle constitution qui institue une véritable démocratie participative…

Quant à la politique extérieure, le dirigeant vénézuélien a toujours exprimé un rejet viscéral face à l’impérialisme états-unien et n’a cessé de travailler pour qu’émerge un bloc du «Sud» avec des pays comme l’Iran, le Brésil, la Russie, la Chine et les autres pays latino-américains pour ainsi lutter contre l’hégémonie de Washington sur le continent et dans le monde. Toutes ces mesures-là ont eu le don d’agacer sérieusement l’ancienne oligarchie vénézuélienne représentée par les partis Action Démocratique (AD) et Copei qui ont gouverné ensemble pendant près de 40 ans mais aussi et surtout les États-Unis qui voyaient dans la révolution bolivarienne un remake de l’expérience chilienne conduite par Salvador Allende quarante ans plus tôt. Par conséquent, ce qui avait été tenté et réussi au Chili devait se reproduire au Venezuela. Coup d’État militaire, guerre économique, guerre médiatique, guerre psychologique…

{{{La guerre économique}}}

Peu de temps après l’élection de Salvador Allende, le président Richard Nixon, après avoir soutenu farouchement l’opposition à l’Unité Populaire (UP), chargea son secrétaire d’État Henry Kissinger de préparer un plan pour «faire hurler l’économie chilienne». Étant donné que Washington avait échoué à faire barrage à Salvador Allende dans les urnes, il fallait désormais trouver de nouvelles combines pour renverser le président démocratiquement élu. On utilisa donc l’économie comme arme de destruction massive. Le but était de créer des crises à répétition, d’organiser des pénuries, d’instaurer le chaos… Bref, il fallait créer un sentiment de mécontentement au sein de la société chilienne pour délégitimer le gouvernement populaire de Salvador Allende et ainsi le pousser vers la sortie.

Pour cela, les États-Unis s’appuyèrent sur ses alliés de l’oligarchie chilienne. Tout d’abord, cette dernière, qui avait perdu son pouvoir politique mais qui gardait encore son hégémonie économique, entama une guerre sans merci contre le gouvernement et en définitive contre le peuple chilien. Un petit groupe de capitalistes était alors les «propriétaires» du Chili. Il s’agissait de la richissime famille Edwards qui détenait notamment le journal El Mercurio, un quotidien qui joua un rôle central dans le renversement du président Allende, de la célèbre famille Matte Perez ainsi que de José Alessandri, ancien président chilien, qui devint après sa défaite contre Salvador Allende en 1970 le président de la puissante entreprise de la Compagnie Manufacturière de Papiers et de Cartons (CMPF).

Tous ces puissants bourgeois à la solde des Etats-Unis qui dominaient alors le Chili étaient chargés de «faire hurler l’économie chilienne». Pour cela, ils utilisèrent une arme très performante: la spéculation et l’accaparement. Il s’agissait alors de produire ou d’importer des marchandises mais de ne pas les mettre en vente. Ces dernières étaient stockées dans d’immenses hangars. On spéculait sur tous types de produits mais spécialement sur ceux de première nécessité comme le papier toilette, les œufs, la farine, le sucre, le lait, le riz… Toutes sortes de produits basiques dont les Chiliens avaient besoin pour vivre convenablement. Ces pénuries n’étaient donc pas la conséquence de l’incompétence du gouvernement ou d’un manque de production. Non, elles étaient soigneusement orchestrées par les maîtres de l’économie chilienne largement soutenue par les États-Unis.

Comme l’a affirmé l’ancien vice-président de la Banque Centrale chilienne, Hugo Fazio : {«si on étudie les chiffres de l’économie chilienne de cette période (1970-1973), la production chilienne n’a jamais diminué, donc de ce point de vue, on ne pouvait pas expliquer le désapprovisionnement»} (1).

José Cadermatori qui fut nommé ministre de l’économie en 1973 par le président Allende confirme les propos d’Hugo Fazio : «Le volume de la production se maintenait mais le problème, c’est que les produits n’étaient pas mis en vente. Ils étaient accaparés, cachés, pour ainsi spéculer sur ces derniers ou bien pour des raisons purement politiques» (2). Tous ces produits qui disparaissaient mystérieusement réapparurent à la suite du coup d’État et de la prise de pouvoir du dictateur Pinochet.

De leur côté, les États-Unis étaient prêts à tout pour en finir avec celui que Nixon qualifiait de «fils de pute» (3), en l’occurrence Salvador Allende. Des grossièretés qui témoignent de la haine immense que Washington portait au gouvernement populaire chilien.

Dès 1970 donc, de nombreuses banques états-uniennes bloquèrent les crédits au secteur bancaire chilien. A la fin de l’année 1970, c’est au tour de la Banque Mondiale sous contrôle des États-Unis de stopper ses crédits à Santiago. Washington faisait également pression sur ses alliés européens pour que ces derniers n’investissent pas au Chili. Et puis on pourrait citer le sabotage électrique de 1972 ou encore le financement par le gouvernement états-unien de la grève des camionneurs qui paralysa tout le territoire chilien.

Ainsi, pendant tout le mandat de Salvador Allende, les agressions économiques ne faiblirent pas. Il fallait absolument faire plier un gouvernement qui avait osé s’attaquer aux intérêts états-uniens dans le pays en nationalisant, et ce fut le plus grand «crime» que commit Allende, les gigantesques mines de cuivre alors sous contrôle des multinationales états-uniennes.

Cette nationalisation d’un secteur stratégique de l’économie ne fait-il pas écho à une nationalisation d’un domaine tout aussi stratégique dans un autre pays de la région? Il est bien évidemment ici question de l’étatisation de l’industrie pétrolière par le gouvernement vénézuélien d’Hugo Chavez. Quarante ans d’écart mais les mêmes déterminations et le même volontarisme politique. Et qui dit révolution similaire dit déstabilisations similaires!

A l’arrivée au pouvoir du commandante Chavez, plus de la moitié de la population du Venezuela vit sous le seuil de pauvreté. Un million et demi de Vénézuéliens ne savent ni lire ni écrire et deux Vénézuéliens sur trois n’ont jamais vu de médecin. Pendant que la masse du peuple souffre de la faim et de la misère, une petite poignée de nantis s’enrichit grâce à l’argent de la rente pétrolière. Les multinationales états-uniennes de leur côté accumulent les bénéfices records. Les inégalités sont criantes et les choses ne semblent pas près d’évoluer. Le président Chavez décide donc de donner un plus gros poids à l’entreprise pétrolière nationale PDVSA pour ainsi développer le pays et réduire la pauvreté.

La réaction de l’opposition et des États-Unis ne se fit pas attendre. En 2002, des milliers de travailleurs de PDVSA se mirent en grève du jour au lendemain, sans raison valable. On apprendra quelques temps plus tard que ces grévistes avaient été payés par la CIA (4) pour cesser le travail et ainsi paralyser toute l’économie vénézuélienne très dépendante du pétrole. Camionneurs chiliens, travailleurs pétroliers vénézuéliens. Même méthode pour les mêmes objectifs. En 2012, la raffinerie de Amuay explose mystérieusement faisant 48 morts et 156 blessés. Quelques jours plus tard, dans un entretien à la télévision publique, le vice-président de PDVSA Eulogio Del Pino, affirma que le gouvernement n’écartait pas la thèse du «sabotage économique».

Enfin, ces deux dernières années, l’offensive de l’opposition vénézuélienne a redoublé en intensité. Il faut dire que cette opposition a de quoi être désespérée. En effet, elle ne cesse de perdre élections après élections. La défaite électorale est permanente, que ce soit pour les élections présidentielles bien sûr, législatives, mais aussi municipales que le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) a largement remportées en décembre 2013. Pourtant, la droite vénézuélienne avait fondé tous ses espoirs dans Enrique Capriles, notamment après la mort du commandante Chavez. Mais rien n’y a fait. Toute cette frustration-là a donc poussé ceux qui détiennent encore un fort pouvoir économique au Venezuela à redoubler d’efforts pour déstabiliser le président Nicolas Maduro en utilisant une méthode déjà utilisée quarante ans plus tôt au Chili : la spéculation. La bourgeoisie vénézuélienne reproduit à la lettre les actions menées par l’élite chilienne contre Salvador Allende. Parmi les représentants du grand capital vénézuélien, on trouve l’empire Cisneros qui possède notamment le laboratoire FISA producteur de biens de consommation tels que shampoings, déodorants, savons …

Ensuite la famille Mendoza dont le magazine Forbes a estimé la fortune à 2,7 milliards de dollars (5). Lorenzo Mendoza, le chef de cette famille détient de nombreuses entreprises alimentaires qui produisent de la nourriture de base ainsi que des condiments et du vin. Comme par hasard, c’est ce genre de produit (farine, œufs, sucre…) ou encore les déodorants et autres produits de toilette qui viennent à manquer dans les rayons des supermarchés. Nicolas Maduro, connaissant l’histoire chilienne et la détermination des grands capitalistes à faire tomber la révolution bolivarienne a accusé Lorenzo Mendoza de baisser volontairement la production et de cacher des produits pour provoquer des pénuries. Et le président vénézuélien a vu juste. Ces deux dernières années, ce sont des dizaines de hangars et d’entrepôts qui ont été découverts remplis de marchandise. Des marchandises qui auraient normalement dû se trouver sur les étals des magasins. Également mise en cause l’entreprise privée Herrera C.A qui est accusée par le gouvernement bolivarien de spéculer sur les produits de première nécessité. Ces derniers mois, ce sont plus de mille tonnes de produits divers comme des couches ou du lait pour bébés qui ont été découverts dissimulés.

La stratégie de l’opposition bourgeoise n’a pas pris une ride depuis la révolution chilienne. Les sabotages, la spéculation, l’accaparement font partie des stratégies favorites pour affaiblir le pouvoir en place. Du Chili au Venezuela, la guerre économique a pour but de fabriquer artificiellement une situation de pénurie et de manque permanent. Par ce procédé, on tente de déstabiliser non seulement le gouvernement mais toute la société. Au fond, ces agissements ont deux objectifs. Le premier est économique et vise à travers la spéculation à faire augmenter les prix. En effet, plus un produit est rare, plus son prix grimpe. Le deuxième est de nature politique. Créer ce genre de situation permet à l’opposition et aux grands chefs d’entreprises d’accuser le gouvernement d’amateurisme ou d’incompétence. Et ceci a en partie fonctionné. Certains citoyens ont en effet mis sur le dos du gouvernement la responsabilité de ces pénuries. Bien sûr, le gouvernement bolivarien commet des erreurs et sa gestion économique est loin d’être irréprochable.

Il ne s’agit donc pas d’analyser de manière binaire et manichéenne la situation au Venezuela comme le font la majorité des médias occidentaux. Mais force est de constater que les preuves qui mettent en cause la responsabilité des Cisneros, des Mendoza et autre Herrera sont irréfutables. Les tonnes de biens saisis par la Garde National Bolivarienne (GNB) sont autant d’éléments qui mettent en exergue la violente guerre économique qui est menée contre l’État vénézuélien.

Il serait cependant incomplet d’analyser la guerre économique qui a eu lieu au Chili et qui a lieu actuellement au Venezuela sans prendre en compte un pilier essentiel de toute cette stratégie de déstabilisation quotidienne. Cet autre pilier est évidemment le système médiatique. Comme sur le plan économique, la guerre médiatique qui fut déclarée au président Allende est très proche de celle qui est menée depuis quinze ans contre la révolution socialiste bolivarienne. Voyons ça de plus près.

{{{Guerre, propagande et manipulations médiatiques}}}

Au Chili, un quotidien va énormément participer à la propagande et aux manipulations en tout genre. Il s’agit du journal El Mercurio, propriété du richissime homme d’affaires Agustin Edwards. Pendant les trois années du gouvernement Allende, le journal ne cessera de créer les conditions nécessaires à la chute du président démocratiquement élu. Un travail de sape qui sera grandement piloté depuis les États-Unis. En effet, Edwards reconnaîtra plus tard que son journal bénéficiait d’un financement et était soumis à un contrôle éditorial strict de la part de Washington. Un rapport vient éclairer un peu plus cette alliance entre l’homme d’affaires et le gouvernement états-unien. C’est le rapport Church. Dans ce dernier, il est écrit explicitement que: «En accord avec la CIA, les efforts du journal El Mercurio ont eu un rôle significatif dans la création des conditions du coup d’État militaire». De plus, chaque numéro comportait un article préparé aux Etats-Unis.

Les unes du journal témoignent de l’offensive médiatique anti-Allende et de sa volonté d’en finir avec le gouvernement socialiste. Ainsi, après le sabotage électrique de 1972 et la grève des camionneurs, le quotidien s’en donnait à cœur joie pour critiquer le pouvoir en place et l’accuser de tous les maux. Il titrait par exemple «Le Chili manque de pain», «Grande grève nationale», «Alerte au désapprovisionnement» (6), «Le gouvernement se met à la limite de la loi» ou encore «C’est ça le communisme» faisant ainsi un lien entre la pensée marxiste du président Allende et les pénuries qui frappaient le pays. Enfin, le samedi 8 septembre 1973, soit trois jours avant le coup d’État militaire, le quotidien publie un article prémonitoire intitulé «Le Chili au bord de la rupture de son système démocratique». Comme s’il savait déjà ce qui allait se passer trois jours plus tard. El Mercurio était devenu l’organe de propagande de la droite réactionnaire chilienne. Un outil très utile à la nouvelle dictature qui l’utilisa pour légitimer son image. Le nouveau régime militaire ferma en effet tous les médias pro-Allende, fit emprisonner quarante-sept journalistes, en assassina trente et un, et ne circulèrent plus que les médias favorables au régime dictatorial dont le fameux El Mercurio.

Même son de cloche quarante ans plus tard avec les quotidiens putschistes El Universal, Ultimas Noticias ou El Nacional au Venezuela. Mais aussi et surtout avec les très puissantes chaînes de télévision Globovision ou Venevision qui appartiennent au groupe Cisneros Media. Tous ces médias ont effectivement joué un rôle tout aussi important qu’au Chili.
S’agissant de Globovision, la chaîne a participé grandement au coup d’État du 11 avril 2002 contre le président Hugo Chavez en divulguant de fausses informations, en montrant des images de partisans de Chavez tirer depuis le haut d’un pont sans préciser que ces partisans tentaient juste de se défendre et de riposter aux tirs de snipers qui venaient de tous côtés, en affirmant à tort que Chavez avait ordonné à la police de tirer sur la foule et que ce dernier avait finalement démissionné de son poste de président sous la pression de la rue. Venevision de son côté rendit un hommage appuyé dès le lendemain au travail des médias et à leur implication dans le renversement d’Hugo Chavez. Dans le programme «24 horas», Napoleon Bravo qui dirige le programme exulte: «Je vais dire une chose et nous devons le dire autant Venevision que RCTV (une autre chaîne anti-Chavez), merci Televen, merci Globovision». Son interlocuteur Victor Manuel Garcia, président de l’institut de sondage Ceca ajoute: «Merci aux médias de communication» (7).

Avant, pendant et après le coup d’État, les médias firent tout ce qui était en leur pouvoir pour provoquer le renversement du gouvernement bolivarien. Le 12 avril 2002, au lendemain du coup d’État, El Universal titre joyeusement «Se Acabo!» (8) (C’est terminé!). Le même jour, le quotidien Ultimas Noticias titre en une «Chavez se rinde» (Chavez s’est rendu) et écrit plus bas «Des snipers provoquent un massacre après la marche: 13 morts et 100 blessés».(9)

En accusant le «régime chaviste» d’avoir tiré sur les manifestants, les différentes chaînes de télévision, de radio ainsi que les journaux tentèrent en vain de décrédibiliser et de délégitimer le président élu quatre ans plus tôt. Car, en réalité, le nombre de morts avait été discuté à l’avance par l’opposition qui souhaitait ainsi montrer au monde entier la «tyrannie» chaviste. Les événements d’avril 2002 n’étaient en définitive pas seulement un coup d’État militaire mais aussi un coup d’État médiatique magnifiquement mis en scène dans le documentaire La révolution ne sera pas télévisée. Deux jours plus tard, les manifestations monstres des partisans du président déchu mirent fin à ce coup de force et le président Chavez reprit son poste le 13 avril au soir.
Néanmoins les médias n’avaient pas dit leur dernier mot et, à la fin de l’année 2002, la grève des travailleurs pétroliers qui provoqua de grandes pénuries leur offrirent une nouvelle occasion de s’attaquer à la révolution bolivarienne. Ils surfèrent sur cet événement pour alarmer la population et la monter contre son gouvernement. Les différents journaux titraient leurs articles ainsi: «Les supermarchés rationnent la vente de certains produits»

«Manque de médicaments» ou encore «L’inquiétude internationale augmente au sujet du Venezuela».(10) Peine perdue! Malgré les campagnes médiatiques défavorables et la douloureuse situation économique qui suivit la grève des travailleurs pétroliers, le président Hugo Chavez resta plus populaire que jamais.

Plus récemment en 2013, les médias oligarchiques trouvèrent une nouvelle opportunité d’attenter contre la souveraineté du pays. Le 14 avril 2013, de nouveau frustrés par la défaite électorale de leur «poulain» Henrique Capriles Radonski, cette fois-ci contre Nicolas Maduro, les médias d’opposition attaquèrent d’emblée le nouveau président de la République. Le 16 avril 2013, soit deux jours après l’élection de Maduro, El Nacional publia sur son site internet un article alarmant «Il faut des mesures d’urgence pour freiner l’inflation et les pénuries» et que par conséquent «Les plus pauvres souffriront d’une inflation de 5,8%». Comme si ce journal oligarchique se préoccupait des plus pauvres, lui qui a soutenu les gouvernements qui ont le plus martyrisé les plus faibles par des politiques néolibérales notamment.

Enfin, force est de constater que les grands médias d’opposition vénézuéliens ont fortement mis à mal le professionnalisme et la déontologie journalistiques. En effet, le travail normal d’un journaliste, lorsqu’il relaie une information ou une photo, est de vérifier ses sources. De ce point de vue, non seulement ceci n’a pas été fait mais, pire, les médias dominants vénézuéliens ont volontairement menti sur la provenance de certaines informations. C’est ce qu’il se passa lors des violentes manifestations de février 2014 qui firent de nombreux morts. Pendant plusieurs semaines, des bandes armées dirigées par les leaders d’extrême droite dont Léopoldo Lopez, la députée Maria Corina Machado et le maire de la métropole de Caracas, Antonio Ledezma, semèrent le trouble dans le pays. Leur but était de pousser le président Maduro et son gouvernement vers la sortie. C’est alors qu’entrèrent en jeu les réseaux sociaux, les pro et anti Maduro s’affrontèrent dans une guerre d’image et d’informations. Les opposants publièrent des centaines de photos qui montraient la supposée «répression» de la police bolivarienne. Des photos qui en réalité provenaient pour la plupart d’autres manifestations réellement réprimées par les forces de l’ordre, comme au Chili ou en Égypte.

Ces photos furent malheureusement reprises sans qu’aucune vérification ne soit effectuée au préalable et ceci dans le seul but de salir et d’accuser le président vénézuélien d’autoritarisme. Il y a bien eu parfois du côté des policiers vénézuéliens un usage excessif de la force mais cela n’avait rien à voir avec les caricatures grossières qui ont été publiées sur la toile.

Les médias dans leur ensemble ont évolué positivement depuis les années 1970. Les nouvelles technologies, internet, les réseaux sociaux ont révolutionné le domaine des médias. Néanmoins, on constate que les actions des médias putschistes au Venezuela ressemblent comme deux gouttes d’eau à celles mises en pratique au Chili quarante ans auparavant. Les grands médias oligarchiques se sont ainsi faits les porte-parole de l’opposition d’extrême droite. Leur production journalistique est très souvent émaillée de mensonges, de propagandes, de manipulations, d’approximations… Ils installent une peur permanente et font du gouvernement le seul responsable de tous les maux qui touchent la société. Alors que, nous l’avons vu, les pénuries étaient largement organisées par les propriétaires des grandes entreprises.

Pourquoi les Cisneros ou les Edwards qui détenaient et détiennent les plus grands médias ne disaient pas la vérité? Tout simplement parce que ce sont eux, en tant que grands capitalistes, qui étaient les principaux responsables de ces pénuries. Ils n’allaient pas tout de même pas s’accuser dans leurs propres médias des problèmes qu’ils dénonçaient. Et la boucle est bouclée. Tout comme en Occident, la connivence entre pouvoir économique et pouvoir politique est intrinsèquement liée. Les grands patrons d’entreprises sont les grands patrons des médias. Ils défendent donc leurs intérêts et n’hésitent pas à utiliser leurs organes de propagande pour soutenir des coups d’État et des déstabilisations en tous genres.

En Amérique Latine, les médias oligarchiques n’ont pas hésité à soutenir les pires dictatures, notamment dans les années 1970. Au Chili, comme nous venons de le voir, mais aussi en Argentine avec le quotidien Clarin. Ainsi, ce qui a été possible en Amérique Latine est loin d’être impossible en Europe. Un gouvernement révolutionnaire comme au Venezuela qui prendrait le pouvoir en France ou en Espagne deviendrait immédiatement la cible privilégiée des médias dominants. Et le scénario chilien et vénézuélien ne tarderait pas à se reproduire.

{{{Conclusion}}}

Toutes ces guerres économiques et médiatiques répétées à l’encontre de présidents démocratiquement élus et insoumis à l’ordre dominant font partie d’une guerre plus large et qui s’avère être psychologique. En effet, du point de vue économique, le fait de créer des pénuries à répétitions provoque un sentiment croissant d’insécurité et de méfiance. Le manque est psychologiquement un sentiment très douloureux pour l’homme. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un manque de produits de base dont tout homme a besoin pour vivre correctement.

De son côté, l’opposition réactionnaire vénézuélienne n’hésite pas à s’afficher avec les anciens responsables de la dictature chilienne, augmentant ainsi le sentiment de complicité et d’entraide entre ces derniers. L’opposition vénézuélienne s’est rendue à Santiago pour rencontrer des anciens hauts responsables de la dictature. Henrique Capriles Radonski s’est notamment affiché aux côtés de Jovino Novoa, ancien sous-secrétaire du gouvernement Pinochet et fondateur du parti pinochiste Union Démocratique Indépendante (UDI) ou encore avec Patricio Melero, dirigeant étudiant et maire durant le régime de Pinochet, actuel président de l’UDI.

Et bien sûr, lorsqu’on parle de coup d’État et de déstabilisations, on ne peut oublier le rôle que jouent les Etats-Unis. Dans un article publié dans le Guardian, le journaliste Mark Weisbrot signale que «Ce sont 5 millions de dollars qui en 2014 ont été transférés du budget fédéral pour soutenir les activités de l’opposition. Et ceci n’est que la pointe de l’iceberg, si on y joint les centaines de millions de dollars qui ont été apportés durant les 15 dernières années” (11)
La guerre contre la révolution bolivarienne est donc globale. Elle oppose une majorité du peuple vénézuélien et son gouvernement à l’oligarchie médiatico-politique nationale et à l’impérialisme états-unien. Une guerre qui vise à détruire un processus révolutionnaire et qui dure déjà depuis 1999.

L’ombre de l’expérience chilienne de l’Unité Populaire plane en permanence au-dessus du Venezuela. Mais, ce qui change aujourd’hui, c’est que le Venezuela n’est pas seul en Amérique Latine et dans le monde. Il bénéficie de l’appui de nombreux pays et pas des moindres comme le Brésil, l’Argentine, la Russie ou encore la Chine. De plus, l’intégration régionale impulsée par le président Hugo Chavez avec des organismes tels que l’ALBA ou la CELAC renforce particulièrement la solidarité entre les nations et les peuples latino-américains.

L’Unité, voilà ce qui manqua cruellement en 1973. La leçon de l’histoire doit servir à anticiper le futur pour ne pas «être condamné à revivre le passé».

Source: Journal de Notre Amérique n°2, Investig’Action, mars 2015.