Briser le blocus de Gaza

Investig’Action offre en exclusivité à ses lecteurs des extraits du livre “Briser le blocus de Gaza”, écrit par le capitaine de la Marine Marchande Lionel Guoésigoux, qui nous relate avec précision ce que fut sa mission, entre 2010 et 2011, au sein de la “Flottille de la Liberté”: trouver un navire, un équipage et permettre ainsi à la France d’être au rendez-vous pour tenter de briser le blocus maritime de la Bande de Gaza, imposé par l’Etat d’Israël. Le récit d’un “naufrage” maritime annoncé.

{{{Chapitre 1 (P 13 & 14)}}}

« Le métier de marin qui a occupé une grande part de ma vie m’a bien souvent permis d’aborder le thème de la mer à travers son histoire, et c’est ainsi que je me suis penché naturellement sur le problème du blocus maritime de la bande de Gaza, pour chercher à comprendre comment une telle chose était possible, comment l’État d’Israël pouvait justifier ce blocus, et pourquoi la communauté internationale se contentait de simples déclarations de bonnes intentions et de gesticulations diplomatiques face à cette situation inadmissible.

L’idée d’arriver avec une flottille importante dans la bande de Gaza m’a de longue date séduit et paru réalisable, même si ce projet en appelle à des exigences de préparation délicates et à une exécution maritime d’une rigueur quasi militaire :

– Trouver un bateau pour transporter des passagers en haute mer, dans des conditions de sécurité optimale et d’hygiène acceptable, tout en respectant la législation du pavillon national et les règles du droit maritime international,

– Mettre au point des stratégies pacifiques face à des militaires surarmés, ce n’est pas seulement une affaire de militants déterminés, mais aussi et surtout une affaire de professionnels de la mer.

Pour une mission d’une telle envergure, avec ensuite une mobilisation et un engagement aussi importants, je voyais la nécessité d’une organisation mûrement réfléchie et rigoureuse afin de mener à bien la préparation du projet. »

{{{Chapitre 6 (P 91 & 92)}}}

« Le Suliman possédait toutes les caractéristiques et qualités nautiques dont nous avions besoin pour notre mission. D’une longueur d’environ 29 m pour une puissance de 450 chevaux, ses deux moteurs diesel Mercedes Turbo 10 cylindres lui permettaient d’avoir une vitesse de croisière d’environ 12 nœuds. Sans être un avaleur de noeuds31, le Suliman possédait une machine très respectable, et avec une coque rénovée il pouvait atteindre 14 nœuds sans trop de difficulté. Ce bateau avait été construit en 2004 au chantier El Sambaskamy à Damiette en Égypte. Avec ses onze cabines il pouvait transporter plus de vingt passagers et son équipage. Sa capacité de 12 000 litres de fuel lui donnait une autonomie particulièrement intéressante.

Il fallut cependant beaucoup d’efforts, de contrôles et même de travaux, pour que le Suliman ressemble enfin à la publicité mise en ligne par le brooker anglais de Douvres, chargé de la vente de ce bateau.
Nous étions là en présence d’un milieu d’affairistes bien particulier, qui requiert beaucoup de méfiance, de prudence, et un savoir-faire spécifique pour limiter les risques. Nous n’y avons échappé pour ce bateau qu’avec l’aide d’amis bienveillants et dévoués. Les « filouteries » et pièges ont pu être déjoués, malheureusement au prix d’une perte de temps importante. »

{{{Chapitre 12 (P 146 & 147)}}}

« Même s’il faut reconnaître que l’impact politique et médiatique a permis de donner un certain éclat à la dénonciation de l’insoutenable blocus terrestre et maritime de la bande de Gaza, les objectifs fixés pour ce projet n’ont pas été atteints. Loin s’en faut. Nous sommes passés à côté de l’essentiel de nos engagements qui, je le rappelle une fois encore, étaient de :

– Dénoncer et briser le siège israélien de Gaza, avec une flottille internationale,

– Promouvoir et faire respecter le droit international,

– Répondre à la crise humanitaire que subissent un million et demi de Gazaouis.

La constitution de la flottille n’a pas été réalisée, et s’est réduite à un nombre insuffisant de bateaux, tous concentrés en Grèce. Il était question de plus de seize navires de pays différents, trois cargos, un paquebot international, peut-être même deux ! Et à leur bord, au moins mille deux cents passagers !

Dans ces conditions, la Flottille II aurait pu effectivement représenter une véritable petite armada et causer un problème considérable aux autorités israéliennes. Le souci principal pour l’État hébreu résidait dans le nombre de bateaux et celui des participants engagés dans cette opération.
Arrêter huit à dix navires aurait été sans doute plus facile mais une vingtaine, aussi différents, et plus de mille passagers, cela posait des problèmes logistiques bien plus importants, de sorte que certains bateaux auraient vraisemblablement réussi à forcer le blocus maritime pendant que d’autres se faisaient arraisonner par l’armée israélienne. Il était donc capital de connaître parfaitement les caractéristiques techniques de chaque navire engagé afin de mettre au point des stratégies nautiques à l’approche de la bande de Gaza. »

{{{Chapitre 13 (P 153)}}}

« Ce récit est aussi un hommage à toutes les associations qui se sont impliquées avec sincérité et profonde conviction dans le projet, ainsi qu’aux nombreux donateurs et tous ceux qui ont participé de près ou de loin à cette aventure.

Qu’ils en soient ici remerciés, et sachent que, si une nouvelle opération devait voir le jour, nous saurions veiller à ce que seules des personnes désintéressées et dignes de leur confiance puissent apporter leur talent et leur compétence pour que soit mis fin à l’insupportable blocus maritime de la bande de Gaza.

L’immense majorité des personnes que j’ai pu rencontrer au cours de ces neuf mois de mission méritent beaucoup de gratitude et de respect pour leur dévouement et le travail bénévole accompli en toute discrétion.
Beaucoup vont découvrir, au travers de ces quelques lignes, toute une partie immergée de l’iceberg. Et ce n’est sans doute pas la seule ignorée de la majorité des participants ! Il en va certainement ainsi de bien des projets, car dans ces élans associatifs, souvent, une minorité aux méthodes sournoises et intéressées parvient à s’arroger places et postes clés au profit de ses propres objectifs ou intérêts. Mais là, je suis certain de ne rien vous apprendre… »

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Source: Investig’Action